Voilà un des podcasts que j'avais repérés l'an dernier, mais.. pas écoutés à ce moment-là, faute de temps ( il faut dire que j'ai fait fort l'an dernier pour ce qui était des écoutes, et beaucoup moins fort pour ce qui était de la lecture)
4 parties toutes aussi passionnantes les unes que les autres
1: exploiter les masses, exploiter la race, une histoire du capitalisme.
Axé autour du livre "Capital et Race" de l'historienne Sylvie Laurent, voilà un sujet général socio-économique passionnant. Elle est l'invitée de l'émission et détaille de manière précise les liens inextricables entre le capitalisme, et toutes sortes de -ismes dont il dépend, intrinsèquement: le racisme, l'antisémitisme, le sexisme.. et plus généralement l'exploitation des classes défavorisées ( qui, si on y réfléchit bien, ne le sont que parce qu'une classe autoproclamée dominante les défavorise!)
J'ai trouvé extrêmement intéressant de souligner la contemporanéité de l'expulsion des juifs d'Espagne (après avoir chassé les musulmans pendant la "reconquista" ( si vous cherchez l'origine du nom d'un certain parti d'un certain politicien, n'allez pas plus loin) justement achevée en 1492 et la conquête de l'Amérique: D'une part l'Espagne expulse de chez elle des gens identifiés comme indésirable, impossibles à assimiler, et en même temps, elle s'approprie un territoire immense dont elle expulse les légitimes habitants également considérés comme indésirable, un frein à l'appropriation de terres considérées comme vides.
Vides? alors qu'il y avait des millions d'habitants? L'analyse pertinente est que ce ne sont pas à proprement parler des habitants, mais des " naturels", et la nature est, dans la pensée capitaliste, une ressource à exploiter. Les indiens étant rétifs à travailler gratuitement pour les nouveaux" propriétaires", ben.. on les zigouille et pour cultiver ces territoires immenses, il n'y a plus qu'à prendre ailleurs une main d'oeuvre gratuite, considérée comme un matériau à exploiter au maximum. Le parallèle est parlant: les juifs, à qui l'on renie le droit à leur culture, les indiens à qui on renie le droit à leur bien historique, les africains, à qui l'on renie le droit à leur individualité. ( et évidemment plus tard, les femmes aussi, considérées comme des travailleurs gratuits, et cantonnées dans les limites qu'on leur assigne: production d'enfants et travail domestique. Ou de domestiques, c'est du pareil au même. A elles, c'est le droit de choisir leur propre vie qui est renié)
Je regarderai évidemment si ce livre est disponible à la bibliothèque, je le mets d'ores et déjà en PAL.
2 - il était une fois dans l'ouest, les Cow boys noirs: l'épisode est en lien avec la biographie ( pas mal romancée) de Nat Love que je suis en train de lire. Mais oui, c'est fort intéressant de voir comment des années de propagande à travers les shows de Buffalo Bill, les romans et les Westerns ont effacé jusqu'à la conscience que l'histoire du Far west est beaucoup plus multiethnique qu'on ne le pense. Malgré les recensements écrits, nombreux , des gens qui travaillaient en tant que Cow-Boys ( littéralement , des garçons vachers, ou des bouviers, de suite ça sonne moins mythologie moderne).
Et là aussi la réalité du métier n'a pas grand chose avec le héros de Western.
On parle d'un travail difficile, mal payé, souvent dangereux, qui consistait principalement à rassembler des troupeaux de bovins élevés en semi liberté ( voire en liberté totale, vu les surfaces de plaines), afin de les faire monter dans des wagons à bestiaux, direction Chicago où se trouvaient les principaux abattoirs qui fournissaient les états du nord. Oui on voit le rassemblement des vaches et les wagons à bestiaux dans les westerns, mais il n'est jamais clairement dit que cette étape s'intègre simplement dans une chaine de production bouchère, où la vache de l'ouest va finir dans une assiette bourgeoise à New York ou Chicago. Chaîne agro-alimentaire dont les cow-boys sont un maillon ultra subalterne, et ultra mal payé, bien que le travail des connaissances agricoles très poussées et une excellent condition physique. C'était tellement logique et tellement évident qu'on aurait du y penser: qui avait l'expérience nécessaire, connaissait l'art et la manière de s'occuper des troupeaux, et acceptait un travail difficile même payé une misère, faute de mieux, sinon les anciens esclaves devenus quasiment par la force des choses employés agricoles? Qui avait une connaissance fie de l'élevage et du dressage des chevaux, sinon les peuples natifs et les mexicains? Donc oui, près de 20 à 25% des cow-boys étaient justement d'anciens esclaves affranchis ou leurs enfants, des métis, des natifs, ou des migrants mexicains, qui avaient déjà les qualifications nécessaires et contrairement aux prolétaires blancs qui pouvaient peut être se faire employer dans une usine, ou devenir petits commerçants, il n'y avait pas trop pour eux d'autre débouchés. D'ailleurs Nat Love a lui même troqué sa tenue de vacher contre un uniforme d'employé ferroviaire lorsque la compagnie Pullman a décidé d'employer exclusivement des afros américains (considérés comme ayant un profil naturellement soumis ET une endurance forgée par l'expérience agricole). Le cheval de fer plutôt que le cheval, un travail moins dangereux, plus stable, et malgré tout mieux payé.
3 - 1941, une armée noire dans le désert: Il est question ici du fort Huachuca, à la frontière mexicaine. Auparavant poste réservé aux Buffalo soldiers pendant les "guerres indiennes", il a été réutilisé pendant les guerres mondiales comme lieu d'entrainement de garnison des soldats noir de l'armée américaine. C'est étonnamment en travaillant sur la ségrégation en milieu hospitalier que l'historienne Pauline Peretz en a entendu parler et a décidé de s'y intéresser. Car l'endroit était assez curieux et plus mixte que bien d'autres, alors qu'il est situé en plein dans le sud des USA.
Mais on y trouvait une médecine de pointe, le nec plus ultra de la médecine moderne lors de la seconde guerre mondiale, exactement à cause de la ségrégation. Ca parait étrange, mais...ce qu'elle explique c'est que les armées noires avaient des officiers noirs et des médecins noirs. Ceux ci ne pouvaient pas intégrer un corps blanc, car il était interdit à des noirs de donner des ordres aux blancs. Mais elles pouvaient être dirigées par des officiers et médecins blancs. Sauf que dans leurs cas, être affectés à un régiment noir était une punition pour les mauvais éléments. Tandis que les officiers et médecins noirs qui y étaient affectés étaient l'élite: ceux qui venaient de famille riches, ou avaient pu se distinguer par leurs résultats, et notamment pour les médecins avaient été formés en Europe, où des spécialités comme la psychiatrie étaient ouvertes aux étudiants américains qui avaient de bons résultats.
Le paradoxe a été donc d'avoir côte à côte en plein désert, un hôpital vétuste avec des médecins blancs compétents, et juste à côté, une médecine de pointe, du matériel dernier cri, des médecins ultra compétents mais noirs.Les hôpitaux militaires en région isolaient soignaient aussi la population locale, et les autorités tablaient sur le fait que la population blanche préfèrerait être soignée par des blancs.
Erreur. Entre être opéré par un mauvais ou un bon médecin, le choix est vite fait à part d'être un raciste convaincu, et la population , les familles d'officiers blancs, et jusque aux officiers blancs.. ont choisi l'option la plus raisonnable !
Et l'historienne met en avant ce que cette armée, malgré des règles strictes a pu apporter, en formation de spécialistes ( outre les officiers et médecin, il y a tout le volet technique, qu'on laissait volontiers aux noirs.. les USA n'était pas très motivée à armer une population qui pensait-on pourrait se retourner contre la hiérarchie.. et donc qui sont devenus les mécaniciens d'élite? Et aussi les mécaniciennes, car l'armée s'ouvrant progressivement aux femmes, ça a aussi été l'occasion d'émancipation féminine par le travail, des femmes y voyant l'occasion de trouver un travail stable, d'acquérir des compétences qui leur étaient refusées dans la vie civile: devenir mécaniciennes ou conductrices de camions, de pouvoir être indépendantes économiquement sans devoir rendre des comptes à un mari ou à leur famille, et avec en plus l'aura de participer à l'effort de guerre. C'est super intéressant.
4 - Artistes et militantes, les anthropologues: Portraits de 3 femmes anthropologues, qui avaient également d'autres chapeaux:
Zora Neale Hurston, écrivaine, Eslanda Robeson, journaliste, Katherine Dunham, danseuse et chorégraphes avaient toutes trois une formation d'anthropologues et ont mis a profit leur statut de femmes noires méricaine et leur formation pour pouvoir aller.. voir si l'herbe était plus verte ailleurs. Et Revenir au pays avec une militantisme chevillé au corps. Dans l'idée générale, une anthropologue est forcément un homme blanc.. or non. Par contre il y a de fortes chances qu'il ne s'intéresse pas du tout à la condition féminine ou des minorités, soit qu'elle ne l'intéresse pas soit qu'il ne la voie pas par une forme de myopie culturelle.
Je suis très curieuse de voir les chorégraphie de Katherine Dunham, inspirées des danses antillaises et le film ou Eslanda Robeson et son mari Paul ( célèbre chanteur et acteur, dôté d'une voix de basse somptueuse) ont joué..à Marseille. Une adaptation du roman Banjo de Claude McKay que j'ai aussi mis sur ma liste " à lire" et qui se passe à Marseille.
4 fois 50 minutes absolument passionnantes, a écouter sans plus tarder!
Bienvenue amis curieux!
Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...
Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture
dimanche 16 février 2025
Histoire africaine-américaine, un passé marginalisé ( podcast)
vendredi 8 mars 2024
Qui a peur d'Angela Davis? ( Podcast 2023)
Entre mois de l'histoire Afro- américaine et mise en avant des luttes féministes en mars, voilà un podcast évoquant Angela Davis, ses engagements sociaux et politiques. Le programme date de l'été dernier et je l'ai écouté à ce moment là, j'espère donc qu'il est encore accessible et le restera quelques temps. apparemment oui, je vois que les archives de cette série de podcasts sont encore accessible sur plusieurs années
C'est ici: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-qui-a-peur-d-angela-davis
Mais donc, c'est un programme très intéressant, et passablement enrageant, non parce qu'il serait mal fait, mais parce qu'au contraire, il donne véritablement à ressentir le traitement injuste vécu par Angela et ses concitoyens dans les années 60/70 et même encore après.
Et encore, Angela est née dans une ville défavorisée d'un état profondément raciste, mais dans une famille de classe moyenne, elle a pu faire des études jusqu'à devenir professeur d'université, en dépit des difficulté. Nombre de ses camarades d'enfance, issus de familles pauvres, ouvrières, n'ont pas eu cette option.
Au travers de son parcours, c'est aussi la fin de la ségrégation qui est évoqué, fin " politique", mais qui a perduré dans les têtes. Je vous ai déjà parlé plusieurs fois ce cette révélation particulièrement choquante de l'existence de médias "noirs " et "blancs" jusqu'au début des années 1980 au moins.
Et pourquoi pour moi, d'un point de vue de française, biberonnée au jazz et au blues, c'était inconcevable hors d'un pays comme, disons l'Afrique du Sud de la même époque, où là, oui, je savais que ça existait encore, que c'était suprêmement con, mais que ça existait. Et je peux même vous dire qu'en 1991, j'étais au collège et que des 1989, les profs d'histoire nous parlaient de l'arrive au pouvoir de De Klerk, puis de la libération de Mandela comme d'un événement majeur qui annonçait un très grand changement...
Donc ben voilà, je savais les USA un peu beaucoup rétrogrades, mais jamais au grand jamais, les mêmes profs d'histoire ne nous avait dit que finalement la situation n'était pas franchement plus avancée qu'en Afrique du Sud. Probablement parce que les USA ont gagné du crédit mondialement à la fin de la guerre froide et qu'on a volontairement ou inconsciemment, occulté tout ce qui n'allait pas.
Force est de constater que les luttes sociales, de toutes sortes n'y sont pas finies, tant on a l'impression qu'une avancée d'un côté est immédiatement suivie d'un recul par ailleurs (je pense en particulier aux dramatiques reculs de la santé, de la culture, de l'éducation, des droits des femmes...)
En tout cas j'ai appris qu'Angela Davis a écrit un essai sur le blues et le féminisme, mettant en avant les chanteuses et musiciennes de blues, et c'est pas peu de me dire que ça me tente beaucoup, autant d'ailleurs que ses mémoires.
samedi 3 février 2024
The Green book, voyage dans l'amérique ségrégationniste ( podcast, 2 X 50 minutes)
Que voilà un sujet original et qui m'a beaucoup intéressée!
Je n'en avais jamais entendu parler et aux dires de Candacy Taylor, la documentariste qui s'y est intéressée, et bien qu'elle soit aussi afro américaine, ni elle, ni ses amis, ni la plupart des gens qu'elle connaissait n'en avait jamais entendu parler. Sa mère ne le connaissait pas, mais son beau père en avait un vague souvenir et c'est donc avec lui qu'elle a eu l'idée de s'y intéresser et de publier un essai autour de ce livre vert et du voyage en voiture dans l'Amérique ségrégationniste.
Quel est ce livre vert?
Déjà, Green, non à cause de la couleur, bien que la couverture ait joué sur les mots, mais parce qu'il a été rédigé par Victor Green, postier New-Yorkais dans les années 1930, et qui a perduré jusque au milieu des années 1960, quand la fin de la discrimination d'état l'a rendu obsolète.
Il s'agit d'un ... Livre Bleu, pour utiliser une analogie qui parlera aux français. Enfin, un guide de voyage, donc. Mais à destination d'un public spécifique, les noirs américains qui partent en voyage en voiture sur les routes. D'où son sous titre " le livre vert du voyageur noir" ou de l'automobiliste noir, selon les éditions.
![]() |
| A cause de ces couvertures qui évoquent assez peu un guide de voyage, beaucoup de gens se souvenaient avoir vu le livre en librairie, mais pensaient qu'il s'agissait d'une BD |
A l'origine Mr Green s'était simplement intéressé à New-York et avait rédigé un petit guide sur sa ville, afin de donner à ses concitoyens des trucs et astuces pour se rendre à certains endroits de la ville , sans risquer d'être trop contrôlés par la police. Le succès a prouvé qu'il y avait une vraie demande et d'années en années, s'est élargi, grâce aux bonnes adresses communiquées à l'éditeur par les lecteurs, au point de devenir un indispensable du voyage en voiture. Finalement, un ancêtre du guide du routard.
On y trouve non seulement les informations habituelles d'un guide de voyage, les distances entre divers lieux, les bonnes adresses, restaurants, hôtels, stations services, garages, magasins, cinémas, salles de concerts... avec ce détail particulier qu'elles sont accueillantes pour les voyageurs noirs, qui auront l'assurance ne ne pas au mieux être renvoyés dehors sans ménagement, au pire sous la menace d'un fusil ou menottés par les policiers.
Ils répertorient également des choses moins évidentes dans un guide de voyage, mais vitales à l'époque pour cette population, c'est à dire les adresses des hôpitaux, médecins, pharmacies où ils peuvent trouver de l'aide en cas d'accident, de maladie ou de médicaments à renouveler. Ou même simplement, les adresses d'individus privés qui disposent d'une chambre à louer ou à prêter pour la nuit dans des endroits isolés, où rien d 'autre n'existe. Donc oui, il est impossible d'estimer combien de vies ce guide a sauvé, mais certainement plus d'unes.
Ne serait-ce que parce qu'il donnait aussi des conseils de voyage, pour éviter de se faire arrêter. On est à une époque où un noir même aisé, n'est pas supposé être propriétaire de sa voiture, et pour las policiers blancs, un noir au volant d'une voiture , ça ne pouvait être que deux cas de figure: soit un chauffeur d'une voiture appartenant à un blanc, soit un voleur de voiture.
Pour écarter le risque d'être pris pour un voleur, il était conseillé donc aux conducteurs noirs de garder dans leur voiture une casquette d'uniforme de chauffeur professionnel, afin de pouvoir faire croire aux policiers qu'il était dans la première catégorie. Chose confirmée par le beau père de l'autrice, qui lui a expliqué avoir vécu lui même cette situation, alors qu'il était très jeune, lorsque ses parents ont été contrôlés. La casquette qui restait dans la voiture et que personne ne portait était une sorte de sésame, après quoi il a pu constater que beaucoup d'autres personnes avaient ce genre de casquettes à disposition dans la voiture. D'autres préféraient voyager de nuit, emportant tout un matériel de camping et de grandes quantités de nourriture, pour limiter le risque de rencontrer la police et garder la possibilité de camper discrètement loin de tout sur le trajet, sans avoir à chercher épiceries et logement
Une autre information pratique et vitale donnée dans le guide était de répertorier les "sundown towns" un concept tellement ahurissant qu'il parait presque issu de la science fiction pour la française que je suis. Il s'agissait de villes entièrement habitées par les blancs, où les noirs ne pouvaient aller qu'à certaines heures ( et bien sûr rester du côté de la rue qui leur était "gracieusement" accordé d'utiliser). Ils devaient absolument être partis au coucher du soleil, sous peine d'arrestation, de passage à tabac ou pire - on est dans les années 1930, au moment de la Dépression, au pire de la ségrégation et des lynchages. Donc des villes a éviter le plus possible, y compris pendant les heures autorisées, on y était vraiment pas les bienvenus.
Une solution simple et astucieuse proposée par un gars qui voulait simplement rester en sécurité lorsqu'il se déplaçait.
Le premier épisode se concentre sur ce qu'était le guide et comment il a été conçu, ce qu'il contenait, le second propose une réflexion absolument passionnante sur le concept de voiture et de mobilité aux USA. En effet, il pointe du doigt le paradoxe: beaucoup de travailleurs pauvres du sud sont partis travailler dans les usines Ford, dans le nord, dans un endroit où ils étaient mieux payés, un peu moins oppressés, et fabriquaient à la chaîne toute la journée des voitures, symboles pour les américains blanc de prospérité et de liberté, de l'American Way of life. et lorsque ces ouvriers avaient atteint un niveau économique suffisant pour se payer l'une de ces voitures, on les suspectait de les avoir volées.
La réflexion va plus loin en interrogeant le concept de mobilité comme signe de liberté, et en mettant cette situation en parallèle avec le fait que toujours actuellement, pour un même délit ou crime, un noir sera plus facilement envoyé en prison qu'un blanc. Or la prison, c'est exactement l'endroit dont on ne peut pas bouger.
Ce guide qui indiquait aux noirs comment se déplacer, au nez et à la barbe des blancs avaient aussi une dimension politique: on prend la liberté dont vous essayez de nous priver, malgré l'abolition de l'esclavage. Le rôle important des intellectuels qui sont partis en Europe pour travailler, des GI noirs venus combattre en Europe et qui n'étaient plus à leur retour, disposés à obtempérer, a été crucial dans cette nouvelle perception de la mobilité comme pouvoir. On connaît aussi l'importance et la symbolique du trajet en bus dans la lutte pour les revendications.
Ce qui si on y réfléchit est paradoxal, puisque les ancêtres de ces mêmes gens avaient eux, été contraints à un long voyage dont ils n'avaient jamais voulu. Le déplacement, volontaire est perçu comme une revanche, à la fois sur l'immobilité inhérente à l'esclavage, et au déplacement non volontaire de gens qui étaient considérés comme des " biens meubles" ( ceux qu'on peut déplacer à volonté)
Moi-même grande voyageuse et en tant que femme, j'ai conscience de la portée subversive du voyage, dans la mesure où chacun de mes déplacements est commenté avec des phrases comme "tu n'as pas peur?", "mais pourquoi quitter ta région", " tu as de l'audace", " moi je ne pourrais pas voyager seule".. selon le cas avec envie, ou suspicion. Et pourtant je suis européenne, en Europe. L'idée est encore gravée dans les tête que les femmes sont destinées aux espaces intérieurs, à la limitation à une maison, à des trajets circonscrits à la distance maison-travail, ou " pour aller voir la famille" ( donc.. pour aller dans un autre espace clos, dans l'univers familial qui lui est de tout temps dévolu). celle qui déroge est à la fois admirée.. et crainte.
alors une femme noire, qui voyage à cette époque, y en avait-il?
Bien peu. Mais laissez moi vous présenter Bessie Stringfield: femme, noire, aux USA dans les années 1940, et MOTARDE! Mieux, elle est même devenue cascadeuse. Coeur géant pour elle! Du simple fait d'avoir voulu vivre sa vie, comme elle l'entendait, sans prendre en compte son sexe ou son apparence en fait une pionnière et un modèle.
Nul doute qu'elle a dû plus d'une fois utiliser le Green book pour ses déplacements.
L'essai de Mme Taylor n'est pour le moment pas traduit en français, je ne sais pas s'il le sera un jour dans la mesure où le sujet en est très spécifique, mais c'est un moyen fort intéressant d'aborder la réalité de la vie quotidienne à l'époque de la ségrégation, qui met en avant la résistance individuelle en marge des grands mouvement sociaux. Ce qu'a fait Mr Green semble dérisoire face aux discours politiques, manifestations, sittings... et pourtant c'était au moins aussi important d'aider les gens à améliorer leur vie quotidienne dans la mesure du possible, en attendant que la politique daigne évoluer.
En tout cas, c'est un podcast passionnant, qui méritait son sujet dédié, et que je recommande plus que largement. Voilà en tout cas le genre d'informations que je kiffe trouver sur le net, et qui rend cette ressource extraordinaire. Ce n'était pas aussi facile pour les gens de 1930 de trouver les informations, mais Mr Green a eu une intuition géniale.
épisode 1 ici
épisode 2 ici
La page dédiée au guide sur le site de la bibliothèque publique de New-York, on peu même accéder à deux cartes pour "planifier son voyage", en fonction des adresses, en 1947 ou en 1956. En 9 ans, on était passés de 796 adresses à 1505.
mercredi 1 novembre 2017
Clair Obscur, l'émission des musiques sombres
![]() |
| je ne sais pas qui avait décidé de ce logo bricolé pour leur page myspace, mais le cabinet du Dr Caligari, je ne peux qu'approuver |
C'était le nom d'une émission sur RAJE, station de radio locale, et dédiée aux " musiques sombre", scènes gothiques, punk, psychobilly, new wave, electro et tout ça.
Elle était d'ailleurs animée par Stéphane, un vrai copain de la vraie vie, et Nathalie, qui est devenue une vraie copine de la vraie vie aussi.
Et mine de rien, il n'y avait pas une grande quantité d'émissions dédiées à ce genre de programmation.
Toutes les semaines il y avait donc une heure d'antenne dédiée à des choses qui n'ont pas souvent l'honneur d'être diffusées sur les ondes. Et sur la webradio.
Tellement peu en fait que notre petite radio locale était écoutée via le net un peu partout dans le monde ( aux dires de Steph, l'auditeur le plus éloigné - en tout cas celui qui s'est manifesté sur le forum de l'émission - était en Amérique du Sud.
Et ce d'autant plus qu'on a eu droit a des émissions thématiques par fois, scène goth au Brésil, scène goth Slave, Tango et musiques sombres, Soirée No Hell, fuck off Cupidon, etc...
Et j'ai découvert pas mal de choses sortant de l'ordinaire grâce à eux, en particulier le style festif et coloré du psychobilly, Horropops en tête, et le cabaret décadent d'inspiration années 30 du Cirque aux mirages.
L'émission a quitté l'antenne en 2012 si je ne me trompe pas, après 4 ans d'existence , suite à un changement de politique éditoriale de la radio , qui ne voulait plus de format long, et des émission de 15 minutes maximum (pour pouvoir caser plus de pubs, on ne va pas mentir, c'est ça la vraie raison).
Mes potes ne voulaient pas transiger, il est impossible développer un sujet sur 15 minutes surtout pour une émission hebdo; ç'aurait été une quotidienne diffusée 15 minutes par jour sur 5 jours, ok, mais là...
Exit donc Tapage nocturne ( sur le metal) et Clair obscur.
Nathalie n'anime plus d'émission radio, Stéphane officie sur une autre webstation. J'en parlerai aussi à l'occasion.
Cependant, les émissions qui font donc environ une heure sont toujours accessibles, écoutables et téléchargeables. J'ai un petit rituel personnel: je ne peux rien faire dans les transports à part écouter de la musique, donc j'ai calé un certain nombre d'émissions, sur mon lecteur mp3.
Et une heure c'est à peu près le temps en TER d'un Avignon-Marseille. 3h00 en TGV pour Paris, donc chaque fois que je vais à Marseille ou à Paris, je m'en réécoute une ou deux, ou trois.
Pour les écouter, c'est par ici
Et pour les flemmards, quelques exemples de ce qu'ils m'ont fait découvrir et que j'ai particulièrement kiffé, très varié histoire de vous donner une idée de ce qu'ils étaient capables de dénicher.
Emissionsur le nouvel an russe:
Żywiołak - femina
Siouxsie and the banshees - Love in a void
Je ne sais plus trop , une émission spéicale "psychobilly" je crois:
Zombina and the skeletones - the grave and beyond
Horrorpops - walk like a zombie
Dandelion wine - I want an Hippopotamus for christmas
Le cirque des mirages - comme si tu étais là
samedi 30 avril 2016
Exocet ( podcast radio)
Exocet s'est donc achevée depuis quelques années, mais Patrick Baud, l'animateur ( et avignonnais, je me devais de souligner et mettre en avant mon concitoyen) a repris et décliné le concept en version webradio sous le nom d'Axolot, qui connait depuis un joli succès sur le web: chaîne youtube, livre illustré par Boulet... Les premières émissions pêchaient un peu par excès de potacherie, mais de semaine en semaine, l'humour facile a peu a peu cédé le pas à une approche plus rigoureuse, qui s'est concrétisée depuis sur la chaîne Axolot, et c'est une bonne chose...
![]() |
| Patrick Baud dans un cabinet de curiosités, ça c'est de la mise en abîme |
Toutes les archives ne sont pas trouvables mais en voila quelques unes, bizarreries , fantômes, animaux mythiques sont mes invités ce soir..
- spéciale fantômes et objets hantés... du plus sérieux au plus farfelu ( les gens qui ont tenté de vendre un fantôme en bouteille ou un canard de bain maudit via Ebay).
![]() |
| Tremblez, mortels, devant votre seigneur et maître ! |
- L'occulte partie 1: spéciale rites occultes: vaudou, nécromancie
et satanisme ( où vous apprenez que pour une frange de chrétiens intégristes, si vous n'êtes pas chrétien pratiquant, et de leur mouvance, précisément, vous êtes automatiquement classés satanistes.. On se retrouvera donc quasiment tous ensemble chez le diable, rendez vous pour une fiesta d'enfer les amis!)
partie 2: sorcellerie, spiritisme et chamanisme. Bon l'invité a une étymologie un peu étrange pour Aix en Provence ( Aquae Sextiliae, rien à voir avec les chèvres, désolée pour lui..)
Le fantôme de Greenbrier, une série de meurtres non élucidés sur du bétail et Emilie Sagée (un fantôme américain qui élucide son propre meurtre, une institutrice du XIX° siècle dont les élèves étaient près à juger qu'elle avait un doppelganger ou tout au moins un sosie, une jumelle, ce qu'Emilie à toujours nié)
Personnellement je trouve cette histoire de serial killer de vaches et de moutons bien louches, il me semble que ça avait été évoqué dans un épisode de X-Files cette affaire. Enfin, l'hypothèse des tests de radioactivité par l'armée est plus flippante que tout le reste! Voui, vous avez compris, je balise comme une dingue dès qu'on parle de radioactivité...
![]() |
| Quand même avoir " fantôme" écrit comme épitaphe, c'est la classe dans ce monde et dans l'autre...avoir Zona comme prénom, c'est la honte pour l'éternité. |
La liste des épisodes disponibles en ligne












