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vendredi 8 mars 2024

Qui a peur d'Angela Davis? ( Podcast 2023)

 Entre mois de l'histoire Afro- américaine et mise en avant des luttes féministes en mars, voilà un podcast évoquant Angela Davis, ses engagements sociaux et politiques. Le programme date de l'été dernier et je l'ai écouté à ce moment là, j'espère donc qu'il est encore accessible et le restera quelques temps. apparemment oui, je vois que les archives de cette série de podcasts sont encore accessible sur plusieurs années


C'est ici: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-qui-a-peur-d-angela-davis

Mais donc, c'est un programme très intéressant, et passablement enrageant, non parce qu'il serait mal fait, mais parce qu'au contraire, il donne véritablement à ressentir le traitement injuste vécu par Angela et ses concitoyens dans les années 60/70 et même encore après.
Et encore, Angela est née dans une ville défavorisée d'un état profondément raciste, mais dans une famille de classe moyenne, elle a pu faire des études jusqu'à devenir professeur d'université, en dépit des difficulté. Nombre de ses camarades d'enfance, issus de familles pauvres, ouvrières, n'ont pas eu cette option.
Au travers de son parcours, c'est aussi la fin de la ségrégation qui est évoqué, fin " politique", mais qui a perduré dans les têtes. Je vous ai déjà parlé plusieurs fois ce cette révélation particulièrement choquante de l'existence de médias "noirs " et "blancs" jusqu'au début des années 1980 au moins.
Et pourquoi pour moi, d'un point de vue de française, biberonnée au jazz et au blues, c'était inconcevable hors d'un pays comme, disons l'Afrique du Sud de la même époque, où là, oui, je savais que ça existait encore, que c'était suprêmement con, mais que ça existait. Et je peux même vous dire qu'en 1991, j'étais au collège et que des 1989, les profs d'histoire nous parlaient de l'arrive au pouvoir de De Klerk, puis de la libération de Mandela comme d'un événement majeur qui annonçait un très grand changement...
Donc ben voilà, je savais les USA un peu beaucoup rétrogrades, mais jamais au grand jamais, les mêmes profs d'histoire ne nous avait dit que finalement la situation n'était pas franchement plus avancée qu'en Afrique du Sud. Probablement parce que les USA ont gagné du crédit mondialement à la fin de la guerre froide et qu'on a volontairement ou inconsciemment, occulté tout ce qui n'allait pas.

Force est de constater que les luttes sociales, de toutes sortes n'y sont pas finies, tant on a l'impression qu'une avancée d'un côté est immédiatement suivie d'un recul par ailleurs (je pense en particulier aux dramatiques reculs de la santé, de la culture, de l'éducation, des droits des femmes...)
En tout cas j'ai appris qu'Angela Davis a écrit un essai sur le blues et le féminisme, mettant en avant les chanteuses et musiciennes de blues, et c'est pas peu de me dire que ça me tente beaucoup, autant d'ailleurs que ses mémoires.


lundi 21 août 2023

le Manifeste des chomeurs heureux - Anonyme

 Voilà un petit ouvrage qui m'avait été offert il y a quelques années par une copine, mais que je n'avais pas encore eu le temps de lire.
En pleine canicule, et à la veille ( textuellement, demain!) de reprendre le travail, mais à temps partiel, voilà une lecture parfaite.




ET SI LE CHÔMAGE N'ETAIT PAS UN PROBLEME MAIS UNE SOLUTION?
C'est textuellement ce pavé anar dans la mare capitaliste qui sert de base au manifeste des Chômeurs Heureux, petit texte drôle, poétique et tract politique à la gloire de l'inactivité non plus subie mais choisie.
Le malheur du chômeur ne vient-il pas de ce que la valeur sociale d'un individu est calqué sur son statut professionnel? ( le texte date de 1996, la préface de 2006, mais force est de constater qu'en 2023, rien n'a changé, bien au contraire)
Du fait qu'on définit les gens selon leur travail  plus ou moins enviable? (la femme de ménage qui trime sera toujours considérée par une certaine frange de population comme moins importante que le PDG qui exploite ses congénères)
Que le lien social (illustré en introduction par un marché au puces andalous, où règne le système D et l'emploi journalier dégotté grâce aux relations, au bagout, et aux recommandations) est méprisé au profit de l'économie de marché, de marché boursier, bien sûr?
Que la plupart des jobs à plus ou moins court termes ( 1996 je vous rappelle) sont menacés par les réorganisations en vue que le haut de l'échelle sociale gagne toujours plus d'argent et le bas.. toujours moins.

De toute façons, entre temps, avec la pandémie, le travail à distance.. beaucoup de jobs se sont révélés ouvertement être ce qu'ils sont: de simple gagne-pain sans grand intérêt, facilement supprimables.
Les supermarchés ont massivement opté pour les caisses automatiques, où une seule personne passe sa journée à superviser 12 caisses ( et donc 1 seule personne à payer... yep). caisses que je boycotte le plus possible. Un supermarché de mon quartier à même passé le cap de ne plus du tout avoir de caisse normale. Autant dire que c'est carrément le magasin que j'évite le plus possible. parce que malheureusement, on n'en est pas encore au point de pouvoir se passer d'un job, fût-il nase..
Je fais une formation pour la traduction et déjà les gros éditeurs lorgnent vers l'IA pour faire de la traduction " qualité suffisante", demandant aux traducteurs de faire un travail de relecteur/ correcteur.
Les petits éditeurs semblent plus conscient de l'a nécessité d'avoir recours à un être humain pour obtenir un résultat de qualité.
A part croque-mort, je ne vois pas quel job ne pourrait pas être remplacé rapidement par de la délocalisation, de l'informatisation ou que sais-je.

La société devient tellement déshumanisée, tellement renfermée sur elle-même, que ça devient même dur de faire sortir les gens de chez eux pour participer à un événement, club, concert etc...même GRATUIT et en dehors de tout cadre officiel. J'ai tenté de créer un club de langues, organisant des discussions gratuites, les gens sont motivés la première fois, trouvent qu'une rencontre par mois, c'est trop peu, demandent que ça se passe plusieurs fois par semaine.. et ne donnent plus signe de vie quand on leur précise les dates. Mais ne veulent pas non plus de pratique en ligne, limite il faudrait venir chez eux l'organiser. Les restaus se désolent que les clients continuent à se faire livrer la bouffe par Uber eats ( grand exploiteur de population précaire s'il en est)
En fait le mouvement de repli était déjà amorcé avant les confinements, mais depuis, le simple désir de faire quelque chose est en berne. Zéro Libido motivationnelle.
Est-ce que c'est parce que les gens ont conscience que leur jobs sont pourraves, et qu'ils n'ont aucun centre d'intérêt en dehors ce ces jobs pourraves? Est-ce que le fait de s'en être rendu compte les a définitivement assommés pour TOUT? Aucune idée.

Finalement l'enchaînement avec l' Euphorie Perpétuelle et la quête d'un bonheur formaté socialement est pertinent.

Alors que moi, quand je fais connaissance de quelqu'un et que je veux apprendre des choses sur cette nouvelle personne, je suis moins intéressée par le statut de son travail ou le pognon qu'il gagne que par le fait de savoir si ce travail lui plaît. En gros " non, mais je veux savoir quelles sont tes passions, pas comment tu les finances". Je ne sais pas si la phrase attribuée à Lennon est bien de lui, honnêtement, elle pourrait. Mais dans tous les cas, je m'en sens totalement proche!

En effet, après 5 ans de reprise d'études, financées sur les sous mis de côté pendant des années et la moitié du prix de la vente de la maison familiale, sans autre source de revenus que des boulots ponctuels par ci par là, le besoin de sous se fait sentir et croyez-bien  que ce n'est pas par plaisir que je me vois contrainte de retravailler. Je le dis haut et fort, c'est pour avoir quelques sous (je n'ai pas une passion ni pour la mise en rayons des produits d'un grand magasin, ni pour la collecter de dossiers servant à faire des papiers d'identité et la distribution de sacs de recyclage).  De sous et de cotisations pour une retraite qui sera plus que maigre , si tant est qu'elle ne soit pas repoussée à 75 ans le temps que j'arrive à 65.

Je me suis donc bien sentie concernée par ces " chômeurs heureux", inactifs volontaires qui estiment avoir une ressource bien plus précieuse que l'argent: le temps.
C'est exactement ce que j'ai ressenti cs dernières années, mon absence de ressources me donnant en plus la satisfaction d'être non -imposable et de ne pas financer un gouvernement que je ne reconnais pas.
Donc reprendre le travail oui.. mais à temps partiel, parce que faut pas déconner non plus!
Pour le moment, et même à temps complet, je n'aurais PAS assez d'argent pour habiter seule, dans la mesure où dans ma région, les logements sont hors de prix.
Je dois donc cohabiter à plus de 45 ans avec ma mère, mais con s'entend bien. Le petit boulot en dessous de 900/ mois sera donc réparti de la manière suivante: rembourser les 500 € que je luis dois encore, et une fois fait, augmenter ma part de loyer. Mettre de côté un pourcentage de ces sous sur mon épargne retraite/ tuile. Financer mes cours de danse. Prendre des cours de piano ( et changer mon clavier hors d'âge au passage). Reprendre des cours de chant. Et après, on verra bien ce qu'il en reste.

Donc moins de taf, plus de temps ( dont une bonne partie il est vrai sera consacrée à finir mes études), la seule manière de concilier la chèvre et le chou. Quand je reprendrais mon " vrai" travail ( c'est à dire celui que j'avais trouvé par défaut, sans lien avec mes formations, mais qui est en CDI), je ferais aussi en sorte que ce soit à temps partiel.

Le livre qui m'a été donné, donc reçu gratuitement, ira pour sa part poursuivre sa route tout aussi gratuitement en boîte à livre. Qui sait, peut être que j'ajouterai une petite étiquette avec l'adresse de ce sujet, histoire que son prochain lecteur/ sa prochaine lectrice, puisse avoir une idée de qui l'a eu entre ses mains auparavant. Dans une maximum de domaines, je pratique l'économie circulaire, de toute façon.

Idée n°169: un journal


lundi 20 juin 2022

Papicha ( film 2019)

 Voilà un film dont j'ai entendu parler à sa sortie, mais aussi, récemment en moins d'une semaine par ceux personnes différentes. Visible en streaming jusqu'au 22 juin, j'ai vite profité d'avoir un soir tranquille pour le regarder.




L'histoire est simple mais hélas toujours contemporaine, si on songe à la situation des femmes  en Afghanistan.
Dans les années 90 à Alger, Nedjma, étudiante et styliste amatrice, tente de résister à la situation politique, qui oppresse chaque jour davantage les femmes: faisant le mur de la cité U, elle se rend avec sa copine Wassila clandestinement en boîte de nuit, avec la complicité (payante) du gardien de la cité U et des chauffeurs de taxi. Là, elle vend ses créations vestimentaires aux jeunes femmes ( "Papicha", c'est la jolie fille en dialecte algérois). Rien que le fait d'y aller est complexe: il faut se mettre en tenue de soirée dans la voiture, mais avoir  un hijab à portée de main pour se cacher, en cas de contrôle de police. Arrêter très vite la musique " profane". Prétendre qu'on revient d'un mariage. Faire semblant, tout le temps.

Et que fait on en discothèque, à par vendre des vêtements? Comme partout ailleurs sur la planète: on retrouve des amis, on fume, on boit, on danse, on rit, on se dispute, on drague.. en oubliant la situation politique.

Pendant ce temps les affiches de propagande se multiplient sur les murs de leur cité U,  qui vantent le "hijab de la musulmane" ; comprendre la "bonne musulmane", comme leur copine Samira qui se lève à 5h00 du matin pour faire la prière dans la chambre, pas les joyeuses fêtardes comme Wassila et Nedjma, qui rentrent à 5h00 du matin.
Samira c'est tout le contraire: la fille ecoincée malgré elle dans la tradition, un peu supersititieuse ( elle pense que boire debout et de la main gauche attire le démon) ce qui lui vaut d'être charriée par ses copines. Mais Samira a un gros problème: elle va se marier, mais... pas de son plein gré. Son fiancé a été choisi par son frère, elle doit obtempérer, alors qu'elle préfèrerait son petit ami, qui la laisserait finir ses études et travailler. Elle doit en même temps renoncer à ses études, alors qu'elle voudrait passer son diplôme, et envie la liberté des autres qui sortent, ont des amis. Sa liberté se limite a improviser un rap dans la chambre.

Kahina, elle, veut partir et ne rêve que d'aller au Canada, quitte à faire "Alger -Montréal à la nage s'il le faut"

Lassées de voir les affiches de propagande et de les enlever tous les jours, les filles, qui ont encore le droit de s'habiller en jogging ou de marcher dans les couloirs sans foulards - mais pour combien de temps - décident de se rebeller. ce qui est risqué, le colleur d'affiches est armé.
La menace est partout présente:  évoquée par les informations à la TV, par un contrôle par une police armée jusqu'aux dents, la mention de faux barrages de police qui sont des embuscades terroristes.
Les espérances de la jeunesse, passent au travers des paroles de chanson, d'un cours magistral en français sur Albert Jacquard qui évoque la société telle qu'elle devrait être...Cours violemment interrompu par un groupe de femmes endoctrinées, en hijab intégral et gants, qui viennent manifester contre l'emploi d'une langue étrangère, interrompre le cours, en sortir de force le professeur.
Le prosélytisme se fait jusque dans le bus,  des gens montent distribuer des prospectus" couvrez les filles".
La mère de Nedjma, montre à ses filles un haïk, une autre sorte de voile qu'elle a du porter des années auparavant. Une explication sur la manière traditionnelle de le draper, est très "parlante": une célibataire peut laisser une mèche de cheveux dépasser, une femme mariée ne le peut pas. L'idéal social est même qu'elle cache un oeil par pudeur, ce qui fait dire à Nedjma qu'elle sont des cyclopes. Mais comment le faire tenir? Entre les dents. Comment faire alors pour parler? Réponse: elle ne doit pas parler. Le vêtement est conçu pour empêcher même physiquement les femmes de s'exprimer. Mais 30 ans  plus tôt, il a eu son utilité, on pouvait y dissimuler des armes facilement.

Lorsque sa propre soeur, portant encore le haïk sur elle est assassinée en sa présence par une intégriste ( avec une séquence incroyablement forte de linceul qu'on noue.. tout à fait comme le voile avec lequel les trois femmes jouaient dans la séquence précédente) Nedjma décide de se venger symboliquement: elle va utiliser ce tissu, symbole de l'opression, et recruter ses copines pour organiser un défilé de haïk.. transformés en vêtements interdits. dans la cité U.
Ce n'est pas gagné, l'oppression masculine est partout: les hommes collants suivent les femmes dans la rue, le concierge se met à faire du harcèlement sexuel sur les étudiantes, le petit ami " idéal" de Nedjma n'est pas macho, mais essaye quand même de décider pour elle " après ton défilé on se mariera et on ira habiter en France, il n'y a pas d'avenir ici" ( ce en quoi il n'a pas tout à fait tort, les gens crachent dans la rue quand ils croisent une femme habillée à l'européenne, ou l'insultent. Le marchand de tissus a été racheté par un émirati et du jour au lendemain ne vend plus que des hijabs; La nourriture du restau U est farcie de bromure supposé " calmer les ardeurs" des filles, mais surtout dangereux pour leur santé; les lieux de loisirs sont détruits les uns après les autres; l'université est noyautée par les intégristes religieuses... le temps est compté et d'ici peu Nedjma et ses copines ne pourront plus aller à la plage se baigner en maillot )

Les femmes ne peuvent plus compter que sur une solidarité qui est de plus en plus fragile, chaque jour, car beaucoup cèdent à la pression sociale pour simplement ne pas risquer leur vie.

Ce passé tragique, c'est celui de beaucoup de femmes pendant la "décennie noire", victimes anonymes à qui la réalisatrice Mounia Meddour donne des noms et des visages. Les jeunes actrices (et les quelques jeunes acteurs aussi, bien que leurs rôles soient plus secondaires) sont excellentes.
Par contre attention, c 'est un drame,et plus dur que je ne pensais, donc je préviens pour ceux qui sont sensibles, ça finit plutôt mal...
Mais c'est une jolie découverte inattendue, qui a d'ailleurs gagné pas mal de prix Je l'avais repéré mais je n'étais pas vraiment libre en 2019, et je n'avais pas pu y aller.

S'il vous tente, vous pouvez le voir ici, jusqu'à après demain, le 22/06

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Film où on entend plusieurs langues: arabe algérien majoritairement, mais aussi anglais et français, par ci par là. Et c'est d'ailleurs assez marrant d'entendre les gens passer naturellement d'une langue à l'autre en plein milieu d'une phrase. Le biliguisme le plus total.