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dimanche 26 mai 2024

L'âme de Hegel et les vaches du Wisconsin - Alessandro Baricco

 Que voilà un étrange titre, trouvé  bizarrement au rayon " musique" de la médiathèque, et pour cause, il s'agit d'un essai sur la musique et plus particulièrement sur la place au XXI° siècle de la "musique savante", muséifiée par les tenants du bon goût qui l'érigent en rempart contre la médiocrité.
Oui mais, y - a-t-il vraiment un bon goût? Et à partir du moment où on trace des frontières à défendre, on bloque l'évolution naturelle des choses.


Donc, avec une telle thématique, j'étais obligée d'emprunter cet opuscule, d'autant qu'en mai, c'est le mois italien et que ça fait super longtemps que je n'y ai pas particulier. J'avais déjà lu " Soie", du même auteur, et je l'avais franchement trouvé très moyen pour ne pas dire carrément ennuyeux, au point de me demander pourquoi ça a été un tel succès. Je n'en ai pas gardé grand chose, et en relisant ma chronique, je confirme, ça ne m'évoque plus rien, si ce n'est l'ennui. Donc c'est aussi l'occasion de donner une seconde chance à l'auteur.
Et c'est déjà mieux, même si le langage philosophique est parfois étrange dans ce domaine, surtout lorsqu'il s'agit de battre en brèche l'idée d'un bon goût et d'une supériorité intellectuelle de la musique classique, de ceux qui l'écoutent et, en particulier, clament haut et fort n'écouter que ça ( pour info je suis en train de rédiger tout ça avec Bruce Springsteen dans les oreilles)

J'avoue qu'en tant que mélomane qui écoute de tout, ça me saoule toujours de voir des gens séparer la musique en caissons étanches. Et bien qu'ayant été biberonnée à la musique classique et au jazz, j'écoute écouter peu de classique, pour une bonne raison: j'ai toujours du mal à l'écouter sur disque, je préfère aller l'écouter en salle ... comme tout type de musique d'ailleurs. Mais avec la différence que j'en joue aussi, et donc, ma pratique fait qu'en dehors, j'ai envie d'écouter... ce que je ne joue pas ( oui, c'est d'une imparable logique: je ne joue pas de rock à la guitare, donc je suis très contente d'écouter Bruce faire ce qu'il sait faire et très bien. Si j'exerçais mes doigts sur ses une guitare, et que j'apprenne à jouer ses titres, j'aurais... envie d'écouter autre chose. Voilà, j'aime écouter.. ce que je ne sais pas faire, ou que je n'essaye pas d'apprendre à faire.
Dans l'absolu, c'était le cas de ma mère aussi, et le mien: ayant pratiqué la danse pendant des années dans l'enfance, et après avoir arrêté en devenant adulte ( à l'époque, il n'y avait pas d'autre possibilité que soit devenir professionnelle, soit arrêter), elle n'avait pas spécialement envie d'aller voir des ballets qui lui rappelait que c'est ce qu'elle aurait voulu faire, sans en avoir eu à l'époque les moyens financiers. J'ai fait de la danse moderne et je n'en regarde que très rarement. J'ai longtemps chanté en chorale et je vais très rarement écouter des choeurs en concert. Je pense que c'est lié au fait que ce qui a de l'attrait, c'est ce qu'on ne fait pas. Quand on connait l'envers du décor, c'est ... moins une priorité.

Donc revenons à Alessandro, à Hegel et aux vaches.
C'est un tout petit livre en 4 parties: l'idée de musique cultivée, l'interprétation, la nouvelle musique et le spectaculaire.
Mais alors pourquoi Hegel et les vaches?
Parce que Baricco met en parallèle les réflexions de Hegel sur la musique dans les années 1820, et un mémoire contemporain de l'université du Wisconsin, étudiant les effets de la musique symphonique sur la production laitière des vaches locales...
Selon Hegel, "la musique doit soulever l'âme au-dessus du sentiment dans lequel elle est plongée". À l'inverse, les chercheurs de l'Université du Wisconsin ont découvert que la production de lait augmentait de 7,5 % chez les vaches qui écoutent de la musique symphonique !

On ne va pas ici débattre de la véracité de cette affirmation ou de la crédibilité du pourcentage, qui peut être vrai ou faux, selon qu'un protocole scientifique a été respecté ou pas.
Mais ça me rappelle les expériences sur les effets de la musique, tel le " pansement Schubert", dont je parlais un peu ici. Je reviendrai prochainement sur le rapport entre musique, santé mentale et neurologie, j'ai encore un livre en attente sur ces sujets.
Mais effectivement il est rare de voir des études tente la même chose avec d'autres types de musique ( ici, un petit article sur le metal... anti-stress)

La première partie m'a aussi fait penser à un petit passage d'une conférence d'André Manoukian sur le jazz, où il mettait en en rapport le jazz et sa liberté ( son dada personnel, puisqu'il est pianiste de jazz) et le concept de " Conservatoire". Je n'avais en effet pas réfléchi au pourquoi du comment de cette appellation bizarre pour une école de musique. Un lieu où on met la musique en conserve? Et bien.. oui, tout à fait!
C'est la faute à Mendelssohn!
A son époque, la musique des siècles passées étaient considérée comme inintéressante, vieille poussiéreuse. Felix a trouvé des partitions de Bach, a trouvé ça cool, et et décidé qu'il serait intéressant de la remettre en avant, initiant sans le vouloir le mouvement de sclérose qu'évoque indirectement Baricco. Alors oui, c'est intéressant d'avoir un approche diachronique, mais ça devient un problème à partir du moment où
- ce qui est ancien devient valorisé du seul fait de son ancienneté ( et il doit y avoir pas mal de bouses oubliées dans la musique ancienne aussi - de fait, il y en a, je tairais simplement les noms de ceux que j'aime pas, na!)
- ce qui est ancien devient valorisé au point que les évolutions ultérieures ne sont même pas prises en compte. Ce n'est que vraiment récemment que le conservatoire de ma ville a ouvert un pôle "musiques actuelles", appellation très vague et qui ne donne aucune notion de ce qui s'y fait? Jazz? Pop?Rock? Colégram? .
Ce que pointe Manoukian ici, c'est aussi la transformation de l'enseignement, qui a totalement perdu la dimension d'improvisation, qui était pourtant une des forces de quelqu'un comme Bach par exemple, pour se concentrer sur le suivi à la lettre, à la note près d'une partition.
Au point que le musicien capable d'improviser sans partition est devenu dans l'idée de beaucoup "l'illettré musical", celui qui ne sait pas lire une partition (insérer ici l'éternelle blague sur les batteurs: comment faire cesser un batteur de jouer? donnez lui une partition. Il va sans dire que je kiffe les batteurs qui savent improviser)

Dans mon cas, c'est l'inverse, ayant appris sur partition, je peux difficilement m'en passer parce que je n'ai pas les techniques d'impro... qui sont naturelles aux musiciens de blues et de jazz, lesquels ne se prennent pas du tout la tête avec les partitions, y compris ceux qui savent les lire. J'envie beaucoup cette liberté qui est ce vers quoi j'essaye dans ma pratique, de tendre de plus en plus. En particulier en apprenant le piano, je cherche à ne pas me contenter de suivre exactement une partition, mais aussi à comprendre la structure harmonique, et à travailler avec des grilles d'accords, ce qui rend souvent bien plus visible la structure en question. Comme ça, au minimum, la partie accompagnement sera libre, OSEF si ce n'est pas exactement la manière dont untel joue tel morceau.

Pour l'interprétation ( 2e partie), inévitablement sanctionnée dès qu'elle ne correspond pas 100% à la partition - ou à l'idée que s'en fait l'auditeur- je vous propose Fazil Say avec son interprétation très libre et personnelle du Clair de lune de Debussy. Il y a en commentaire les inévitables " c'est pas comme ça qu'on DOIT jouer Debussy" ( Et qu'esse t'en  sais? T'as demandé à Claude ce qu'il en pense?) et... je kiffe cette version parce qu'il y met sa sensibilité personnelle et que ça me parle plus qu'une énième version, passez-moi l'expression, "balai dans le Q"

(Ha, le disque de Bruce est fini, je passe à Pink Floyd!)

La 3° partie aborde le paradoxe de la musique contemporaine, qui en tant qu'avant garde, aurait dû être le parangon de la modernité, mais qui, à trop vouloir renouveler la forme, aller vers des calculs mathématiques et une logique compréhensibles de l'auteur seul, s'est totalement coupée du public. Et cette obsession de la forme " surprenante" (mais qui a force de surprises permanentes, perd l'effet de surprise, qui ne se comprend qu'en lien avec une cohérence interne reconnaissable) est devenu ce qui a enfermé la musique contemporaine dans sa tour d'ivoire, en marge de la modernité. Elle n'a plus évolué qu'en vase clos, et donc... sans lien avec monde qui a continué de tourner sans elle.
Ce que j'ai souvent résumé en "Messiaen, c'est intéressant à analyser, mais c'est chiant à écouter"
Et la 4° et dernière partie évoque le spectaculaire en musique " savante", via Puccini pour ses opéras et Mahler pour ses symphonies. L'auteur y voit des précurseurs du langage cinématographique ( et en veut pour preuve leur emploi régulier en musique d'ambiance de films).
Je le laisse seul responsable de ses affirmations, d'autant que je connais assez peu Puccini ( et le peu que j'ai écouté n'est pas ma tasse de thé) et Malher ( pour moi c'est surtout le gars qui a mis en III partie de sa première symphonie le thème de "Frère Jacques", en mode mineur, ce que je considère plutôt drôle que spectaculaire)

Oui, je m'éloigne du contenu du livre, mais c'est d'ailleurs l'objectif de l'auteur en avant-propos, semer des pistes de réflexion plutôt que de poser des questions et d'y répondre. Et ce d'autant que l'auteur se concentre principalement sur la musique " savante", ce qui laisse supposer que le reste est une musique "bête" ou du moins " simple". Donc je vais élargir avec quelques réflexions en vrac, hop, sur le rock et la pop.

Ce printemps, un sacré lièvre a été soulevé, lié à l'idée de respecter les morceaux à la lettre, et à celle de spectacle, mais dans le domaine du rock. Un groupe de rock très célèbre, et qui fait maintenant payer ses places de concert facilement dans les 1000 livres sterling, a été pris en flag' de lipsync.
J'ai parlé l'an dernier de Wings of Pegasus ( Fil Henley) et de ses analyses. Fil a analysé plusieurs prestations des Eagles et prouvé par A+ B que le groupe fait depuis plusieurs années semblant de chanter sur des enregistrements audio. Quand une "prestation" est sonorement la même qu'un autre faite 1 an auparavant, à la nanoseconde près, il n'y a pas d'autre explication possible: c'est parce que c'est exactement la même bande qui est diffusée. Ce qui explique aussi pourquoi le groupe était aussi féroce depuis longtemps, à faire la chasse à tout risque d' enregistrement pirate. Moins pour les royalties que pour éviter de voir la fraude révélée.
Là, deux camps s'opposent, chez les auditeurs:  ceux qui sont dans le déni et cherchent à réfuter les preuves, ou à minimiser la triche en argumentant " on va voir un concert de rock, on veut que ça sonne exactement comme sur le disque, qu'importe si c'est du mime. Ils nous ont donné ce qu'on attend, donc c'est ok, y'a pas de triche".
Et l'autre, qui l'a très mauvaise d'avoir payé une somme exorbitante pour voir des gens faire du mime, argumentant que "nous on veut voir du live, c'est l'expérience qui nous plaît, on ne veut pas payer pour écouter un disque qu'on peut écouter chez nous,  ils ont menti, qu'ils nous remboursent".
Je vous le dis de suite, je serais carrément dans le second camp, celui qui se rallie à la bannière " real music by real musicians" (oui, j'ai encore trouvé le moyen de vous le caser quelque part, ça va devenir un running gag, mais c'est exactement pour ça que j'ai totalement adhéré à sa démarche)

Je me dis que cette dérive vient aussi de ce côté pervers de la muséification, y compris dans le rock: beaucoup de gens veulent entendre en concert exactement ce qu'ils ont sur le disque, et vont râler si le chanteur dit " aujourd'hui je suis un peu malade, donc on prend tel morceau un ton et demi plus bas". Au contraire, j'applaudis à la faculté d'adaptation de ceux qui peuvent le faire, et changer tel ou tel morceau en fonction de leur forme, de l'acoustique de la salle, ou du remplissage de celle-ci.
J'adore quand je suis surprise par une version un peu différente sur scène, ce qui était l'une des grandes compétence du real musician ci-dessus mentionné.
Prendre en compte les attentes du public, c'est bien, mais quand ça en vient au point de " on va leur donner ce qu'ils veulent, on va faire semblant de chanter, et qu'à la fin, il y a concert de louanges pour le chanteur qui, à 75 ans, " chante encore aussi bien que quand il en avait 30", ce qui était déjà un bon indice de truc suspect, la ligne est franchie.

Donc quand Baricco a écrit son ouvrage en 1999, il s'est surtout concentré sur ce qui a précédé et ce qui lui parlait. 25 ans plus tard, le constat de muséification est amer. La "real music" s'éloigne de plus en plus, quel que soit son genre.
Les amateurs de musique classique s'écharpent sur quel est le meilleur orchestre, le meilleur enregistrement, le meilleur chef.. (évidemment toujours des enregistrement datant d'avant les années 70, depuis " c'est tout moisi"), et ça fait pitié.
Les amateurs de rock trouvent pour certains normal de se faire arnaquer, juste pour avoir exactement la même chose qu'"avant", et ça fait pitié.
Les fans de Taylor Swift (chanteuse dont je me fous totalement, je la laisse à ceux qui l'apprécient, c'est leur droit le plus strict) la statufient de son vivant, y'a jamais eu mieux, y'aura jamais mieux, y'a qu'elle pour faire une chanson de 10 minutes (ahahaha! ELP? Tool?) et, inversement, leur manque de culture musicale générale, fait pitié.

Et au milieu, moi, qui veut écouter des trucs anciens, en découvrir de nouveaux, mais n'arrive le plus souvent pas à connecter avec la musique récente, parce qu'il n'y a même plus d'instruments ou si peu.Il y a encore de très bonnes choses, mais elles ne sont plus diffusées sur les canaux les plus faciles d'accès. Coup de coeur récent pour le duo franco-ivoirien Tchologo. Vous en aviez entendu parler? Moi non plus je les ai découvert en concert, localement.

Autre point intéressant, Baricco parle abondamment de la dimension commerciale de la musique, ce qui était déjà le cas par le passé, quand quelqu'un comme Haydn - d'origine modeste- écrivait des morceaux de commande pour des gens de la haute société, pour lesquels la musique était un produit de luxe , destiné à montrer leur goût et leur standing. On n'en est plus là: produit de consomation , oui, mais le goût s'est fait la valise. Et on en a pas fini, avec l'approche des 90 ans de la naissance d'Elvis Presley, on voit apparaître des tas de goodies de mauvais goût, type "crocs avec photo d'Elvis", la musique est devenue secondaire, un produit dérivé de l'image de la star. Beaucoup de gens portent des tee-shirts à l'effigie de groupes qu'ils ne connaissent pas, juste comme objet de mode ( et peuvent se trouver dans l'embarras lorsqu'ils se voient expliquer que le tee-shirt au logo sympa est en fait un groupe suprémaciste à l'idéologie trèèèèès douteuse)

J'ai donc réussi dans un seul sujet à caser en vrac Bruce Sprinsteen, Schubert, Pink Floyd, Medelssohn, André Manoukian, le jazz, Pop & Rock & Colégram, Puccini, Malher, Frère Jacques, Fil Henley, The Eagles, Qui-vous-savez, Taylor Swift, ELP, Tool, Tchologo, Haydn, Elvis Presley...

jeudi 31 mai 2018

Nous nous sommes tant aimés ( film 1976)

Ouf, juste à temps pour un deuxième sujet italien, avant la fin du mois...
Le problème c'est que le cinéma voisin propose pas mal de films italiens.. en juin!
Il n'y a que celui-ci que j'ai pu voir dans les temps.

Et malgré sa célébrité, je ne l'avais pas vu, en fait j'en étais persuadée, mais j'ai du confondre.




Donc, on va suivre la vie sur 30 ans de 3 copains résistants, de la fin de la seconde guerre mondiale, et jusque dans les années 70.
Il y a Nicola, l'anarchiste féru de cinéma qui rendre dans son patelin perdu pour se marier Antonio le colérique qui retrouve son travail de brancardier à l'hôpital..mais est écarté des promotions à cause de ses sympathies ouvertement rouges, et Gianni, stagiaire avocat qui vivote en attendant l'engagement qui va faire décoller sa carrière.
Ces gens aux moyens modestes passaient leur temps au restaurant " demi-portion"le seul abordable pour eux.
Mais la fin de la guerre, le retour à la vie civile, l'arrivée d'une jolie femme dans leur petit groupe, un gros contrat pour Gianni.. tout celà va avoir raison de leur belle union. Ou peut-être faire ressortir ce que leur amitié avait d'improbable et n'était au final qu'un accident de l'histoire?
Le tempérament colérique d'Antonio va l'écarter de plusieurs opportunités professionnelles, l'intransigeance de Nicola va l'éloigner de sa famille la jolie Luciana, qui rêve d'être actrice mais n'arrive pas à se décider entre Antonio et Gianni finit par faire voler en éclat une situation précaire.
Et lorsqu'ils se retrouvent par hasard une fois toutes les dizaines d'années, les retrouvailles finissent immanquablement en dispute mémorables et en fâcherie.
Gianni, considéré par tous comme le plus idéaliste de la bande, est celui qui en apparence a le mieux réussi, il est en réalité celui qui a le plus perdu: devenu riche en défendant un businessman pourri jusqu'à l'os, dont, par faiblesse ou appât du gain il a épousé la fille, il est devenu bourgeois et arriviste, marié à une femme gentille mais sotte dont il se désintéresse absolument, subissant le perpétuel mauvais caractère de son odieux beau-père... il en vient à détester tout le monde, et surtout ce qu'il est devenu. Triste vérité qu'il tente de cacher à ses copains en les évitant autant que possible.

Il sont forts pour ça les italiens: un film en apparence drôle, car on y rit, ou plutôt on y sourit souvent...mais le fond est incroyablement acide et noir. Les trois copains sont des ratés et en ont conscience, ils ont beau se débattre pour essayer de faire changer les choses.. le monde continue sans eux, et sans se soucier d'eux.
C'est du coup.. terriblement réaliste avec de bons moments de sarcasme ( la belle-famille complètement ridicule de Gianni vaut son pesant d'or).
Une jolie découverte donc... Et puis Ettore Scola aux manettes, Vittorio Gassman (Gianni)  Nino Manfredi ( Antoni), le moins connu Stefano Satta Flores ( Nicola) Stefania Sandrelli (Luciana) tous sont excellents.
Et je pense que Scola a mis beaucoup de lui-même dans le personnage de Nicola, le cinéphile, incollable sur Vittorio de Sica (qui, comme Fellini et Mastroianni fait une apparition dans sont propre rôle). Tout le film est d'ailleurs une mise en abîme du cinéma: extrait de films, séances au ciné-club du coin, cinéma du coin, jeux d'éclairage.. et au théâtre ( lorsque Luciana explique a Antonio le principe des conventions et des dialogues théâtraux, ou les apartés où les acteurs pulvérisent le 4° mur sans vergogne

Par contre, ce film m'a donné terriblement.. faim!

ceci est une référence aux 3 mousquetaires.. Un pour tous, tous pour un ( et pasta pour tout le monde!)

(nota - ne JAMAIS aller voir un film italien sans avoir mangé un peu avant: la profusion de pâtes et de pizza visibles à l'écran sont un supplice de tantale!)

un film et un peu de musique. Petit mois italien, mais c'était à prévoir..


jeudi 17 mai 2018

Trois compositrices baroques

Jeu: combien pouvez vous citer de compositrices en musique classique ou romantique, ou moderne?

Il n'y en pas beaucoup....Lili et Nadia Boulanger, Germaine Tailleferre, Clara Schumann et Alma Mahler moins connues que leurs maris...
Hildegarde von Bingen, si on remonte au moyen-âge.
Une poignée au mieux.

Rejeu? Et des compositrices baroques, vous en connaissez?

Moi non plus, en tout cas jusqu'à hier. Car je suis allée à un concert de musique barque italienne, où j'ai découvert 2 noms, ceux de Barbara Strozzi (1619-1677) et Francesca Caccini ( 1587-1641) toutes deux filles de célèbres compositeurs, il n'y a pas de secret, à l'époque, il fallait soit être femme de, soit être fille de pour qu'on daigne conserver vos compositions, auxquels une petite recherche en ligne vient d'ajouter Isabella Leonarda ( 1620-1704), qui a eu accès à une formation musicale, cette fois non en tant que membre d'une famille de musiciens, mais en tant que religieuse.
Ce qui était la seconde voie, principalement pour devenir exécutantes.
N'oublions pas que l'un des plus célèbres compositeurs italien de l'époque, et un de mes favoris personnels, à savoir Vivaldi lui-même, était professeur de musique dans une institution musicale réservées aux femmes pauvres mais talentueuses, élevées au frais de l'état, dans le but expressément avoué d'en faire des musiciennes accomplies, capables de gagner leur vie en donnant des concerts. Donc même si la discipline y était monacale, quelque part, elles avaient une chance que bien d'autres n'avaient pas de pouvoir exercer leurs talents.

Mais des compositrices ... il n'y en avait que peu, donc, et qui méritent d'être sorties de l'oubli.

Francesca Caccini ( fille donc de Giulio Caccini): chanteuse, luthiste, guitariste et première femme a avoir officiellement composé des opéras, dont le seul qui soit parvenu jusqu'au XXI°siècle est " La liberazione di Ruggiero d'all'Isola d'Alcina, opera comique sur un argument extrait d'Orlando Furioso)
Elle a particulièrement composé pour les cordes, ses instruments de prédilection.
Voilà donc une chaconne, très dansante, pour violon, guitare et clavecin

Et une chanson, " Lascatemi qui solo", ici par une mezzo-soprano, et qui me donne l'occasion de vous faire voir un archiluth - ou théorbe, j'ai du mal à les différencier, j'avoue -instrument roi de la Renaissance et des débuts du Baroque pour la musique de chambre et l'accompagnement vocal avant d'être supplanté par les guitares, moins encombrantes il est vrai!

Chi desia, chanson pleine d'humour, extraite du même concert.  Chant, théorbe, guitare, percussion, clavecin, violon, violoncelle.

Barbara Strozzi, fille adoptive et/ou illégitime de l'écrivain Giulio Strozzi, érudit et ouvert d'esprit qui a favorisé l'éducation musicale de sa fille. Bravo papa Strozzi!
Et en tant que chanteuse, elle a logiquement composé principalement des chants religieux, et profanes, des airs, ariettes et madrigaux pour voix et basse continue.. sur des textes écrits par son père. Bravo bis, papa Strozzi!

Cantate "Eraclito amoroso", que j'ai particulièrement appréciée hier, de jolis passages qui bougent beaucoup entre le grave et l'aigu ( ici chanté par Philippe Jarrousky, à qui ce genre de répertoire va comme un gant, j'ai beaucoup plus de mal avec sa voix aigue sur des compositions modernes, type Erik Satie. Mais il fait partie des gens à la voix " non grave" que j'apprécie bien en général)
Celui là, il me faut la partition, je meurs d'envie de le travailler...
Quante volte, madrigal à 2 voix ( ici un ténor et un baryton, et c'est splendide)

Amor non si fugge - on retrouve nos musiciens du concert où était programmée Francesca Caccini


Isabella Leonarda. Il y a moins à dire de sa vie, puisqu'elle est devenue nonne à 16 ans et n'a jamais quitté la vie religieuse. Son oeuvre est donc en grande partie sacrée ( pour les pièces chantées) et instrumentale.

Douxième sonate pour violon et continuo ( et elle n'a pas franchement grand chose à envier à la musique du prêtre roux)

Magnificat pour 4 voix et accompagnement

Normalement le RDV musical du mois italien, c'était prévu le 31 mai, mais je suis absente du 25 au 30, et pas sure d'avoir le temps de préparer quelque chose d'autre d'ici là. Donc j'anticipe, et je verrai si je refais un petit sujet musical pour la fin du mois!



dimanche 20 novembre 2016

L'Italie en musique ( 3) - J'aime pas Verdi!

Une idée de billet un peu farfelue pour l'année italienne, qui m'est venue en devant jouer l'ouverture de la Force du destin en orchestre.
Hé non, je n'aime pas Verdi. Il y a une raison à ça: mon père adorait Verdi, et donc j'ai donc subi en boucle du Verdi toute mon enfance. En boucle. Quasiment jamais un autre compositeur. Et toujours les morceaux les plus connus. De quoi saturer et ne plus pouvoir supporter de l'entendre
L'autre raison, que j'ai découverte en étudiant la musique, c'est  que dans tout ce qu'il a composé on met tout le temps en avant les choeurs, qui sont souvent très peu intéressants à chanter.. et a entendre: chant en homorythmie, et avec le cliché rythmique qui revient tout le temps " noire double pointée suivie de double croche"
Donc pour ceux qui ne comprennent pas bien: tout le onde chante la même chose exactement en même temps, à des hauteurs différentes, mais.. c'est ennuyeux au possible. En tout cas pour moi qui aime le baroque , le contrepoint le fugato, etc.. des choses bien plus variées

preuve:

Preuve sonore
Un extrait d'un choeur, et même sans trop connaître la musique on voit que tout le monde, même la soliste - note à part, j'aime son collier! - dit la même chose au même moment, à la même vitesse... snif, quand j'ai chanté ça en choeur, j'avais l'impression pantoufles-pyjama-tisane.
Et c'est un cliché qui revient dans quasiment absolument tous les choeurs, qui soient planants comme la Vergine, ou Va pensiero, ou un peu plus bourrins (les lombards) leur donnant  pas subtil du tout qui me gonfle abondamment ( ouaip, et ça vaut pour Aida, Nabucco et tous ces trucs là). Qu'il y ait une ressemblance entre des morceaux d'un même auteur, je veux bien, mais là, petit touitouitouitoui de flûte, entrée du choeur en double piano ( ou entrée du choeur en double piano puis touitouitouitoui de flûte...) c'est presque du décalque les uns des autres, je soupçonne Verdi lui même d'avoir écrit en pantoufles-pyjama avec une verveine

Tant qu'à faire du gros son, au moins il  poussé la logique jusqu'au bout dans le choeur des tziganes alias " choeur des enclumes" qui est assez drôle. Verdi, précurseur du Heavy Metal!
En tout cas il y a vraiment un musicien qui tape sur une enclume dans l'orchestre et ça, ça sauve un peu le truc à mes yeux ( et mes oreilles)

Mais donc le défi et de trouver AU MOINS 3 morceaux ( 5 si je peux) de Verdi que je trouve écoutables, car il ya forcément des choses à sauver, genre des choses que mon père ne m'aurait pas suffisamment assené jusqu'à m'en faire pleurer des oreilles ignorant toute demande et prière de changer de disque au sens propre au moins une fois de temps en temps.

Hé bien oui, j'ai quelques morceaux qui,sans aller jusqu'à me réconcilier avec Verdi, m'évitent la détestation absolue.
Alors Le duo avec choeur "Brindisi" très connu, mais dans cette version, rien que pour la tête que fait Roberto Alagna, qui a tellement l'air de se demander ce qu'il fait là..


Le quatuor final de Rigoletto, qui prouve que ce bonhomme, capable d'écrire les choeurs les plus ennuyeux de la terre à force d'être réguliers et sans surprise était capable de faire pourtant des choses très intéressantes avec 4 voix.
4 personnage, chacun chante son morceau presque sans se préoccuper des autres ( en version théâtrale, tous sont de leur côté) Le duc (ténor) parle d'amour à une prostituée(mezzo) qui le prend avec dérision, parce que les belles paroles coûtent peu, et de l'autre côté de la scène Gilda ( soprano) que le duc a draguée pendant toute la pièce découvre la réalité des activités nocturnes de son gandin, tandis que Rigoletto ( Baryton ) tente de consoler sa fille.

Et lorsque Verdi s'en donnait la peine, ça donne une pépite de quatuor très bien écrite ( ici version concertante avec Cesare Valetti - ténor et Cesare Siepi - Basse. Et oui, c'est une basse qui chante une partie normalement dévolue à un baryton, donc j'aime encore plus!)


Un solo. Celui de Felipe II dans Don Carlo, "ella giammai m'amò". violoncelle lancinant et .. voix de basse ( vous sentez comme un motif récurrent chez moi?). Hé oui. On peut être le roi, régner sur la moité du monde connu et se prendre un vent...(sisi, je vous assure que c'est le sujet, il n'arrive pas à comprendre qu'une femme puisse ne pas vouloir de lui.)
Ici par L'excellent Ferruccio Furlanetto ( un peu âgé pour le rôle, mais  dont j'aime beaucoup la voix, et dans la mesure du possible, je cherche des interprètes italiens aussi )
Et version concertante parce que quand même Cesare Siepi, et que je n'arrive pas à me décider entre Siepi et Furlanetto

Oscar ( Le Bal Masqué) . Et pour une fois, ce n'est as pas une basse :D Oscar est un rôle de jeune garçon écrit pour voix de femme, comme Chérubin chez Mozart. Mais ce morceau montre enfin un côté moins sombre et dramatique de Verdi ( Oscar sait plein de choses et s'amuse bien à raconter qu'il pourrait faire chanter du monde). Ici par Paola Santucci, que je viens de découvrir à l'occasion.

Et hormis opéras? Et oui, il y a des oeuvres moins connues. Pas forcément plus subtiles, mais plus reposantes ( ouaiiiiiis! pas de choeur dans un quatuor à cordes)

Et il y a la Valse Brillante que Nino Rota a réutilisée pour la musique du film le Guépard, ce qui fait qu'elle est souvent attribuée à Nino Rota lui même, mais non, il s'agit à la base d'un morceau de Verdi, un peu réadaptée pour les besoins du film

Donc non, je n'aime toujours pas Verdi, hormis une poignée de morceaux ( mais au moins je peux précisier" j'aime pas Verdi sauf...blabla)

Je suis maso, m'obliger à chercher des morceaux que je pourrai aimer au milieu de X compositions d'un composteur pour lequel j'ai si peu d'affinités!

Après, je trouve intéressant le contexte de ses oeuvres à défaut d'en apprécier la musique: le risorgimento et comment un compositeur ( parmi tant d'autres) est un peu devenu involontairement le symbole de la révolte politiquede l'époque.Quand je suis partie en voyage en Italie avecle lycée on nus avait expliqué ce fait. Au xIX°siècle les murs italiens s'étaient couverts de graffiti "Viva Verdi" qui avaient en fait très peu à voir avec la musique et beaucoup  avec la politique puisqu'il s'agissait d'un code signifiant " Viva Vittore Emanuele Re d'Italia" au nez et à la barbe des occupants autrichiens.
Et vu le contexte de l'époque, lorsqu 'Aida met en scène une histoire d'amour pas très passionnante entre un esclave éthiopienne et un officier Egyptien, sur fond de conflit armé entre envahisseurs et envahis. Enlevez l'histoire d'amour de Roméo et Juliette en Egypte, il reste l'exacte situation de l'Italie du XIX° siècle en conflit avec l'Autriche.
L'ennui c'est que pour des raisons évidentes de censure de l'époque, et ça vaut pour d'autres opéras de l'époque,  LE sujet réel est nappé d'autres couches qui finissent par prendre le pas sur le thème central. Ouplutôt,avec le temps, la portée complètement politique de la chose a été oubliée. C'est bien dommage.

En tout cas lorsque mon père me rebattait les oreilles avec Verdi, c'était toujours pour le versant sentimental pas folichon de la chose (" ha oui, c'est une belle histoire d'amour et de jalousie et à la fin tout le monde meurt, c'est beau", Bon, je ne vois pas le "beau" de l'assassinat par jalousie, j'avoue. Je ne spoile pas, c'est valable pour Shakespeare que Verdi à adapté d'ailleurs). Et je suis même quasi sûre qu'il n'a jamais vu le sous-texte politique. autant dire que je ne tiens pas de lui du tout sur ce point là!

mercredi 28 octobre 2015

L'Italie en Musique - Moyen-âge et début Renaissance

Après vous avoir un peu parlé de quelques chanteurs et chanteuses j'ai envie de vous faire entendre des choses que j'aime bien, pas forcément connues du grand public qui va plutôt associer "musique italienne " avec le baroque de Vivaldi ou le bel canto du XIX° siècle.
Mais voilà... on va partir loin en arrière, à la charnière du Moyen-âge et de la Renaissance (oui, c'est difficile à dater, surtout que la Renaissance a commencé dans un coin du monde avant de s'étendre et donc ne correspond pas forcément aux mêmes époques selon qu'on parle de Rome, Florence, Pise, Avignon, Paris ou Londres... ou selon qu'on considère l'architecture, la peinture, la musique ou les sciences..)

 ARS NOVA
Jacopo Da Bologna - Madrigal Fenice Fu' ( XIV° siècle). Noter: c'est chanté en langue vernaculaire , et non pas en latin, il s'agit de musique de cour et non pas e musique religieuse. Si on devait donner un concert en lien avec le le batiment où je travaille, c'est exactement ça qu'il faudrait jouer:

Même époque pour Donato Da Cascia : Faccia chi de', s'el pò, chè passa l'ora (XIV°siècle, instrumental sur instruments anciens. L'oreille n'est plus vraiment habituée à ces sons qui peuvent dérouter à première écoute)

 Lorenzo da firenze - chasse à trois voix ( les Chasses sont un genre musical populaire au moyen âge qui évoquent des thèmes de.. chasse, et des instrument utilisés pour sonner le gibier, des cris d'oiseaux...)

ARS SUBTILIOR:
Une petite curiosité? Matteo Da Perugia, compositeur Milanais de la fin du XIV ° siècle a mis en musique nombre de textes français ( enfin, en ancien françois! tendez bien l'oreille)
Hélas Avril...

Paolo da Firenze - Cosa non è

Bon , ça donne envie de danser tout ça, non, partants pour un petit saltarello? Et si vous connaissez déjà la musique, c'est peut être grâce aux anglais de Dead Can Dance qui l'ont remise en avant sur un disque.


Pour l'instrument " au son bizarre" qu'on entend sur cet enregistrement vers 1'50, je n'ai pas une absolue certitude sans vidéo, mais il me semble bien qu'il s'agit d'un cromorne 
 
Par contre pour la danser la tarentelle, il faudra encore attendre un peu... hooo juste quelques siècles!

mardi 13 octobre 2015

L'italie en Musique: mon top chanteurs et chanteuses

Ceux qui me suivent régulièrement savent déjà que la musique est mon principal loisir, et en particulier, le basson (que j'ai joué pendant 15 ans, j'ai expliqué récemment pourquoi à mon grand désespoir ça n'est plus possible, j'en ai même fait une mini-dépression nerveuse, si, si...) mais aussi, ça je l'ai moins dit, le chant lyrique.

Et j'avais envie de faire une sélection d'auteurs et de morceaux italiens qui me plaisent bien, de chanteurs/teuses. Quand je dis musique, il faut penser surtout " renaissance, classique, baroque", je n'ai aucune affinité avec l'italo dance des années 90 par exemple, et pas beaucoup plus avec la pop des années 80.
On va donc commencer par  des chanteurs et chanteuses, les compositeurs, ça sera pour un autre billet.

et qui d'autre pour illustrer que Bianca Castafiore?

Dans le domaine lyrique, je le reconnais, mes chanteurs et chanteuses favoris sont rarement italiens. Il y a une raison simple à celà: j'ai plus d'attirance personnelle pour les voix graves, et les pays du sud italie, Espagne, mettent surtout en avant tenors et soprani. Donc je vais plutôt aller vers des chanteurs d'autres nationalités
mon choix personnel est donc à la base: Felicity Lott - anglaise - soprano, Anne Sofie Von Otter - suédoise- mezzo soprano, Ewa Podles -polonaise -contralto pour les femmes, Nicolai Gedda - suédois-, ou Rockwell Blake - américain - ténor, Dietrich Fischer-Dieskau -allemand- et Samuel Ramey - américain- basse
C'est un casting de rêve que je vous ai fait là!

Mais j'ai bien quelques chouchous de l'autre côté des alpes:

Une chanteuse lyrique: Renata Tebaldi. Dans les années 50/60, c'était un peu la guerre entre les irréductibles partisans de Maria Callas, et les admirateurs forcenés de Renata Tebaldi. D'autant plus qu'elles interprétaiet souvent les mêmes rôles.Et personnellement, j'ai une nette préférence pour Renata Tebaldi. Sa voix me plaît plus, son interprétation aussi en général.

Puccini - Madame Butterfly- Un bel di Vedremo

Catalani - La Wally - Ebben? Ne andrò lontano

Un chanteur lyrique: Ruggero Raimondi. Je l'ai déjà mentionné ailleurs cet été,  donc un autre morceau cette fois. Là encore , voix, interprétation. Il y a une pléthore de ténors italiens, mais c'est bien le baryton qui retient mon attention
 E t avant toute question, non, je n'ai jamais vraiment accroché à la voix de Pavarotti, si je devais choisir un ténor ça serait probablement Giuseppe Di Stefano.
Difficile d'expliquer exactement pourquoi, mais avec moi, les voix passent ou ne passent pas. Je ne mets pas en doute le talent, le travail de Pavarotti, mais sa voix me parlait beaucoup moins. Exactement comme avec Callas.Et c'est ce qui me fera parfois préférer une voix moins parfaite mais qui me "parle" plus qu'une autre irréprochable mais à laquelle il manquera l'indéfinissable détail qui fera la différence. Exemple: Je sais que Rockwell Blake est loin de mettre tout le monde d'accord, si on se base uniquement sur des critères de son,  mais j'ai adoré sa voix quand je l'ai VU chanter  "la dame blanche" tant il avait l'air de s'amuser )

Puccini - Tosca - Va, Tosca, va (Raimondi est vraiment  un Scarpia glacial à souhait)

Verdi - Ernani - Infelice! ( j'ai du mal avec Verdi, en général, mais là... )


 Edit: Misère! J'ai failli oublier Cesare Siepi. Je corrige cette énorme erreur de suite

Mozart - Die Zauber flöte - O Isis und Osiris

Verdi - Don Carlo - Ella Giammai m'amo


et dans d'autres domaines? Je suis fan de Jazz et de blues. Et oui...

Un chanteur : Paolo Conte, ça n'étonnera personne!
Sotto le stelle del jazz

 Come di


Une chanteuse: Veroica Sbergia. Je l'ai découverte un peu par hasard  dans une émission radio dédiée au jazz, et j'ai tout de suite adhéré.

Me, myself and I

En plus je l'ai vue sur scène, elle ne se prend pas au sérieux, joue de la planche à laver avec des brosses à cheveux,  et c'est génial.

Je suis obligée aussi de mettre un petit mot sur les italiens d'amérique, parce que quand même, je viens de trouver cette pépite:

Frank Sinatra & Dean Martin - We're glad that we're italians




samedi 10 octobre 2015

La rebelle - Valeria Montaldi

A la recherche pour le mois italien d'un livre bien précis qui était mis en avant par ma médiathèque habituelle ( mais comme une truffe, ce jour là, je l'ai juste noté dans un coin de ma tête en pensant m'en souvenir.. et une fois revenue à la médiathèque, tout ce qui m'est revenu c'est qu' il me semble que c'est écrit par une femme, probablement une italienne, dont le nom commence par un M, je crois, en tout cas la 4°de couverture parle d'une musicienne au XVII° siècle... va retrouver un titre avec ça...)
Donc j'inspecte la rangée des M à tout hasard.. "la rebelle".. c'est peut être ça.. ha non pas du tout mais le sujet " femme médecin au moyen-âge" à l'air sympa, je vais l'emprunter, on verra bien.

Autant dire que je n'en attendais pas grand chose: ce n'est pas celui que je cherchais au départ, je n'ai jamais entendu parler de l'auteur, le titre est d'une banalité assez consternante et la couverture.. très moche!
La tête de la femme qui semble flotter au dessus du reste, son maquillage trop moderne pour le XIII° siècle.. dire qu'un graphiste à bossé là dessus, ça me désole.
Tel quel, j'ai l'impression de voir la jaquette d'un DVD de téléfilm au titre un peu pipeau ( ou d'une série genre " Dr Quinn" ce truc multirediffusé, qui partait d'une bonne idée mais se noyait vite dans les bons sentiments un peu gentillets pour ne pas dire cucul la praline)
Mais passons, ça c"était le gros point négatif. Mais comme il ne faut pas juger un livre à sa couverture, je dois dire que c'est au final plutôt une bonne surprise.  Je craignais le cucul-la-praline et... non.

Ca commence d'entrée par une activité totalement illicite au XIII° siècle à Paris ou ailleurs: un vol de cadavre dans un cimetière. Deux étudiants en médecine déterrent une pendue pour le compte de Rolando, célèbre médecin milanais très en vue dans la capitale française, qui s'apprête nuitamment à procéder à une autopsie pour montrer à son étudiant l'agencement du corps humain. L'étudiant a juste le temps d'apercevoir une troisième personne avant de s'évanoir: un garçon aux traits très fins, presque féminins. Et pour cause, la troisième personne est Caterina Da Colleaperto, une femme médecin. Aussi incroyable que ça puisse paraître, il y a eu quelques femmes maîtresses en médecine au Moyen-âge. Caterina, d'origine italienne, a étudié à Montpellier, une des seules universités en Europe acceptant les étudiantes (et une des rares acceptant les maîtres de médecine orientaux aussi). Caterina part du principe que pour bien soigner les malades, il faut connaître le fonctionnement du corps humain, et pas seulement se contenter de diagnostics plus ou moins précis, et d'établir des ordonnances que les apothicaires vont confectionner.
( Ceci était déjà évoqué dans Fortune de France qui se passe 3 ou 4 siècles plus tard)
En tout cas à l'époque, pas question pour un médecin de se salir les mains: les fonctions de médecin et chirurgien sont bien séparées et empiéter sur le domaine de l'autre c'est risquer d'être mis au ban de sa propre corporation. arracher les dents, soigner les abcès, réparer les fractures, remettre un os en place, faire des saignées, tout ce qui est salissant en fait, c'est le domaine des chirurgiens-barbiers ( autant dire aller se faire soigner les dents par son coiffeur).
Grâce à l'appui de Rolando qui est un peu plus que son collègue, Caterina a réussi a trouver un emploi comme médecin à l'Hôtel-Dieu et une petite clientèle prestigieuse de dames de la haute société qui préfèrent parler de certains problèmes gênants à une autre femme ( telle une comtesse qui cache une calvitie avancée).
Mais une première erreur va être commise par Caterina: sauver la vie de Marion, une femme enceinte en danger de mort en pratiquant une césarienne. Elle a outrepassé ses droits en pratiquant la chirurgie, sa hiérarchie n'attend qu'une deuxième erreur pour s'en débarrasser. Le fait que la patiente ait survécu n'entre pas en ligne de compte pour les responsables de l'hôtel-dieu, c'est même presque une circonstance aggravante: Marion est une domestique engrossée par son employeur - coucher avec le patron faisant quasiment partie de la fonction de femme de chambre à l'époque, impossible de s'y soustraire - et renvoyée lorsque sa patronne découvre son état. Autant dire dans la conception de l'époque, à peine mieux qu'une prostituée. Marion et Caterina vont devenir très proches, la seconde révoltée par cette situation engageant la première.
C'est alors que les catastrophes s'enchaînent pour Caterina: enceinte de Rolando, elle découvre qu'il a une femme légitime en Italie et qui s'apprête à le rejoindre, donc rupture de la part de celle qui compte bien garder son enfant et l'élever seule. Mais c'est aussi le moment ou l'autopsie est découverte: Belle occasion pour Rolando ( qui est par ailleurs le genre de personne à assassiner la patiente d'un collègue qui a plus de chance que lui d'accéder à un poste à responsabilité pour le discréditer, en mélangeant du poison aux remèdes de l'autre médecin.. charmant personnage!), belle chance de se venger de celle qui vient de le plaquer en acceptant de lui laisser porter l'entière responsabilité de l'autopsie. Seule solution pour échapper à la prison: Caterina doit fuir et accompagnée de Marion, se joint discrètement à une caravane de marchands en partance pour Milan.

Ca c'est pour le premier fil directeur. il y en a un autre, et le récit alterne entre les deux - qui vont bien sûr finir par se rejoindre. A Milan, La Colombetta, une confrérie religieuse un peu à part, sorte de secours populaire avant l'heure, qui travaille avec des laïcs décide de monter un dispensaire pour les malades pauvres de la ville, ceux qui n'ont pas les moyens d'aller se faire soigner à l'hôpital. ils s'adjoignent les services d'un chirurgien barbier de la ville un peu versé en médecine, mais qui se retrouve débordé et le dispensaire manque d'un vrai médecin. On devine vite que les religieux de la colombetta ne vont pas hésister longtemps à engager un médecin compétent peu importe son sexe, dans une ville qui par ailleurs est plutôt rétive à ce genre de chose. A Caterina donc de réussir à gagner la confiance des pauvres de la ville pour commencer une nouvelle vie.

La troisième intrigue tourne autour de Marco, le tailleur milanais, qui fait la jonction entre les deux: celui-ci cache un lourd secret, plutôt deux lourds secrets chacun pouvant lui faire perdre tout crédit et potentiellement la vie: soit par exécution car il est homosexuel, un crime puni de mort, soit par accident, car il est adepte d'un fortifiant qui lui permet de travailler plus longtemps et plus vite. Une drogue donc, à base d'arsenic, qu'il achète à des gens louches...une erreur de dosage et c'est la mort par empoisonnement.

Tout ceci est intéressant, parfois un peu décousu, surtout au début où les chapitres alternent entre Paris et Milan avec toute une foule de nouveaux personnages, dont on ne sait s'ils seront récurrents ( Silvestro le gamin des rues ou frères Marcello, Rufo le chien) ou vont juste apparaître et disparaître aussi vite( Agnès la cochonne comment dire... la femme du bailly qui a le feu aux fesses.
D'autres ne seront là que pour évoquer la vie médiévale, particulièrement celle des classes populaires et des miséreux, la condition des femmes en particulier: une femme qui a bien du mal a surmonter sa honte à s'adresser à la Colombetta pour obtenir de quoi ne pas mourir de faim et de froid, une autre qu'on retrouve morte lapidée ( herboriste, elle a eu le malheur de ne pas réussir à soigner des malades. Si elle avait été un homme, on aurait dit que dieu les avait rappelés à eux, pour une femme, on parle de sorcellerie et de mauvais oeil et on l'assassine).
La condition des serviteurs aussi est intéressante: Marion est devenue la maîtresse de son patron parce que ça faisait quasiment partie du travail et pour éviter la rue, la mendicité et la misère, Mikail, le secrétaire du tailleur acheté enfant au marché aux esclaves, est devenu l'amant du patron... pour éviter la rue, la mendicité et la misère. Homme ou femme, un serviteur n'est là que pour le bon plaisir de son employeur. La condition du patron homosexuel n'est pas non plus reluisante, à une époque où tout ce qui sort de la norme établie par l'église est rapidement mis à l'écart, si possible derrière de solides barreaux ( on est en pleine guerre des Guelfes et des Gibelins, l'inquisition va commencer à faire parler d'elle et déjà des prédicateurs s'érigent contre le goût du luxe et de l'ostentation. Ce ne sont pas encore les bûchers de vanités de Savonarole, mais ça va venir, un siècle plus tard))

Donc non, on est pas dans les bons sentiments, c'est même assez violent parfois. Lors d'une étape en montagne avec la caravane, Marion est violée par un serviteur de la troupe, avec l'habituel " on est en pleine forêt, inutile de crier, personne ne t'entendra". Mais le chien qui accompagnait la femme attaque l'agresseur et le blesse. Il ne peut marcher et compte donc sur l'aide de sa victime pour l'aider à redescendre vers la vallée. que fait la douce, la gentille, la soumise, la pieuse Marion qui a toujours subi l'humiliation? Elle l'aide à se relever et l'aide à redescendre. Vite fait. Directement. En le poussant bien fort du haut du ravin près duquel ils se trouvent. Si on ne l'a pas entendue crier elle, on ne l'aura pas entendu crier, lui non plus.
Merci, merci à l'auteur, je ne vous dis pas ma joie à lire cette vengeance qui m'a fait un immense plaisir.
La rebelle, c'est tout autant Marion qui décide de ne plus subir que Caterina qui décide de tenter sa chance ailleurs quand le vent tourne. On m'objectera qu'elle s'enfuit. Oui. Mais pour pouvoir continuer à exercer son métier dans un milieu profondément machiste. On ne peut pas changer les mentalités en quelques mois, et dans un monde fait par les hommes et pour les hommes, c'est en louvoyant qu'on peut gagner peu à peu son autonomie. Et encore, ça n'est jamais entièrement gagné, il suffit de regarder le XXI° siècle pour voir à quel point les acquis sont fragiles et ... simplement pas encore acquis à certains endroits.

Donc une bonne surprise, beaucoup moins gnangnan que ne le laissait craindre sa couverture et son titre. L'auteur s'est documentée visiblement sur le moyen-âge et les différents corps de métiers, et malgré une narration un peu ardue au début, on se laisse vite embarquer, ça se lit vite et facilement malgré quelques passages un peu redondants qui auraient pu être écourtés.

Un site à consulter pour en savoir un peu plus sur la situation politique qui sous-tend ce roman: L'Italie à la fin du Moyen-âge.
Bon hé bien ça m'a donné envie d'aller visiter Milan en tout cas, j'ai vu Gênes et Turin, mais pas encore  Milan.