dimanche 20 novembre 2016

L'Italie en musique ( 3) - J'aime pas Verdi!

Une idée de billet un peu farfelue pour l'année italienne, qui m'est venue en devant jouer l'ouverture de la Force du destin en orchestre.
Hé non, je n'aime pas Verdi. Il y a une raison à ça: mon père adorait Verdi, et donc j'ai donc subi en boucle du Verdi toute mon enfance. En boucle. Quasiment jamais un autre compositeur. Et toujours les morceaux les plus connus. De quoi saturer et ne plus pouvoir supporter de l'entendre
L'autre raison, que j'ai découverte en étudiant la musique, c'est  que dans tout ce qu'il a composé on met tout le temps en avant les choeurs, qui sont souvent très peu intéressants à chanter.. et a entendre: chant en homorythmie, et avec le cliché rythmique qui revient tout le temps " noire double pointée suivie de double croche"
Donc pour ceux qui ne comprennent pas bien: tout le onde chante la même chose exactement en même temps, à des hauteurs différentes, mais.. c'est ennuyeux au possible. En tout cas pour moi qui aime le baroque , le contrepoint le fugato, etc.. des choses bien plus variées

preuve:

Preuve sonore
Un extrait d'un choeur, et même sans trop connaître la musique on voit que tout le monde, même la soliste - note à part, j'aime son collier! - dit la même chose au même moment, à la même vitesse... snif, quand j'ai chanté ça en choeur, j'avais l'impression pantoufles-pyjama-tisane.
Et c'est un cliché qui revient dans quasiment absolument tous les choeurs, qui soient planants comme la Vergine, ou Va pensiero, ou un peu plus bourrins (les lombards) leur donnant  pas subtil du tout qui me gonfle abondamment ( ouaip, et ça vaut pour Aida, Nabucco et tous ces trucs là). Qu'il y ait une ressemblance entre des morceaux d'un même auteur, je veux bien, mais là, petit touitouitouitoui de flûte, entrée du choeur en double piano ( ou entrée du choeur en double piano puis touitouitouitoui de flûte...) c'est presque du décalque les uns des autres, je soupçonne Verdi lui même d'avoir écrit en pantoufles-pyjama avec une verveine

Tant qu'à faire du gros son, au moins il  poussé la logique jusqu'au bout dans le choeur des tziganes alias " choeur des enclumes" qui est assez drôle. Verdi, précurseur du Heavy Metal!
En tout cas il y a vraiment un musicien qui tape sur une enclume dans l'orchestre et ça, ça sauve un peu le truc à mes yeux ( et mes oreilles)

Mais donc le défi et de trouver AU MOINS 3 morceaux ( 5 si je peux) de Verdi que je trouve écoutables, car il ya forcément des choses à sauver, genre des choses que mon père ne m'aurait pas suffisamment assené jusqu'à m'en faire pleurer des oreilles ignorant toute demande et prière de changer de disque au sens propre au moins une fois de temps en temps.

Hé bien oui, j'ai quelques morceaux qui,sans aller jusqu'à me réconcilier avec Verdi, m'évitent la détestation absolue.
Alors Le duo avec choeur "Brindisi" très connu, mais dans cette version, rien que pour la tête que fait Roberto Alagna, qui a tellement l'air de se demander ce qu'il fait là..


Le quatuor final de Rigoletto, qui prouve que ce bonhomme, capable d'écrire les choeurs les plus ennuyeux de la terre à force d'être réguliers et sans surprise était capable de faire pourtant des choses très intéressantes avec 4 voix.
4 personnage, chacun chante son morceau presque sans se préoccuper des autres ( en version théâtrale, tous sont de leur côté) Le duc (ténor) parle d'amour à une prostituée(mezzo) qui le prend avec dérision, parce que les belles paroles coûtent peu, et de l'autre côté de la scène Gilda ( soprano) que le duc a draguée pendant toute la pièce découvre la réalité des activités nocturnes de son gandin, tandis que Rigoletto ( Baryton ) tente de consoler sa fille.

Et lorsque Verdi s'en donnait la peine, ça donne une pépite de quatuor très bien écrite ( ici version concertante avec Cesare Valetti - ténor et Cesare Siepi - Basse. Et oui, c'est une basse qui chante une partie normalement dévolue à un baryton, donc j'aime encore plus!)


Un solo. Celui de Felipe II dans Don Carlo, "ella giammai m'amò". violoncelle lancinant et .. voix de basse ( vous sentez comme un motif récurrent chez moi?). Hé oui. On peut être le roi, régner sur la moité du monde connu et se prendre un vent...(sisi, je vous assure que c'est le sujet, il n'arrive pas à comprendre qu'une femme puisse ne pas vouloir de lui.)
Ici par L'excellent Ferruccio Furlanetto ( un peu âgé pour le rôle, mais  dont j'aime beaucoup la voix, et dans la mesure du possible, je cherche des interprètes italiens aussi )
Et version concertante parce que quand même Cesare Siepi, et que je n'arrive pas à me décider entre Siepi et Furlanetto

Oscar ( Le Bal Masqué) . Et pour une fois, ce n'est as pas une basse :D Oscar est un rôle de jeune garçon écrit pour voix de femme, comme Chérubin chez Mozart. Mais ce morceau montre enfin un côté moins sombre et dramatique de Verdi ( Oscar sait plein de choses et s'amuse bien à raconter qu'il pourrait faire chanter du monde). Ici par Paola Santucci, que je viens de découvrir à l'occasion.

Et hormis opéras? Et oui, il y a des oeuvres moins connues. Pas forcément plus subtiles, mais plus reposantes ( ouaiiiiiis! pas de choeur dans un quatuor à cordes)

Et il y a la Valse Brillante que Nino Rota a réutilisée pour la musique du film le Guépard, ce qui fait qu'elle est souvent attribuée à Nino Rota lui même, mais non, il s'agit à la base d'un morceau de Verdi, un peu réadaptée pour les besoins du film

Donc non, je n'aime toujours pas Verdi, hormis une poignée de morceaux ( mais au moins je peux précisier" j'aime pas Verdi sauf...blabla)

Je suis maso, m'obliger à chercher des morceaux que je pourrai aimer au milieu de X compositions d'un composteur pour lequel j'ai si peu d'affinités!

Après, je trouve intéressant le contexte de ses oeuvres à défaut d'en apprécier la musique: le risorgimento et comment un compositeur ( parmi tant d'autres) est un peu devenu involontairement le symbole de la révolte politiquede l'époque.Quand je suis partie en voyage en Italie avecle lycée on nus avait expliqué ce fait. Au xIX°siècle les murs italiens s'étaient couverts de graffiti "Viva Verdi" qui avaient en fait très peu à voir avec la musique et beaucoup  avec la politique puisqu'il s'agissait d'un code signifiant " Viva Vittore Emanuele Re d'Italia" au nez et à la barbe des occupants autrichiens.
Et vu le contexte de l'époque, lorsqu 'Aida met en scène une histoire d'amour pas très passionnante entre un esclave éthiopienne et un officier Egyptien, sur fond de conflit armé entre envahisseurs et envahis. Enlevez l'histoire d'amour de Roméo et Juliette en Egypte, il reste l'exacte situation de l'Italie du XIX° siècle en conflit avec l'Autriche.
L'ennui c'est que pour des raisons évidentes de censure de l'époque, et ça vaut pour d'autres opéras de l'époque,  LE sujet réel est nappé d'autres couches qui finissent par prendre le pas sur le thème central. Ouplutôt,avec le temps, la portée complètement politique de la chose a été oubliée. C'est bien dommage.

En tout cas lorsque mon père me rebattait les oreilles avec Verdi, c'était toujours pour le versant sentimental pas folichon de la chose (" ha oui, c'est une belle histoire d'amour et de jalousie et à la fin tout le monde meurt, c'est beau", Bon, je ne vois pas le "beau" de l'assassinat par jalousie, j'avoue. Je ne spoile pas, c'est valable pour Shakespeare que Verdi à adapté d'ailleurs). Et je suis même quasi sûre qu'il n'a jamais vu le sous-texte politique. autant dire que je ne tiens pas de lui du tout sur ce point là!

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