mardi 1 novembre 2016

Phantom of the Paradise ( 1974)

Deuxième film ( même si la diffusion était l'inverse) de ma soirée ciné.
L'autre pilier de la cinéphilie musicale kitsch. ( et 1974 est une année de dingues pour la musique, on conaît woodstocke et l'île de wight, mais en 1974, il y a eu le California Jam, concert géant rassemblant entre autres  Earth wind and fire, Deep Purple, Black Sabbath et Emerson Lake and Palmer. Je sais où j'irais si j'avais une machine à voyager dans le temps, juste pour voir Emerson en concert - je n'en avais pas parlé, j'étais en plein déménagement, mais sa mort 'a encore plus marquée que celle de Bowie.)

Donc revenons en à Phantom.
Contrairement au Rocky Horror, qui est réalisé par un inconnu, et dans un objectif de délire maximal, Phantom est l'oeuvre de Brian de Palma, rien que ça, qui s'était déjà fait la main sur pluieurs formats depuis le début des années 60. Et pour ceux qui connaissent de Palma pour ses films policiers et fantastiques plutôt sérieux, là, il a vraiment claqué une durite.
Phantom est assez oublié, mais c'est probablement mon favori de ce réalisateur. Et j'avais oublié au passage à quel point ce film est fun, en plus d'être exigeant au niveau références et réalisation.
et en version restaurée en plus :D

J'aime le RHPS, mais je préfère Phantom, et pour plusieurs raisons. Déjà, donc pour sa rigueur de mise en scène, parfois un peu datée, mais maîtrisée, et le délire ne l'emporte pas sur le propos, mais aussi parce qu'il a quand même un bon dosage fun/ noirceur. Ensuite parce que ce n'est pas une comédie musicale, au sens une histoire agrémentée de passage musicaux sortis un peu de nulle part, mais qu'il EST la musique. C'est elle le personnage principal, et donc les passages musicaux font partie intégrante de l'histoire, et donc c'est justifié. Même les personnages sont au service de la musique et doivent se plier à ses exigences, quitte à en mourir.

Mais ça parle de quoi? comme vous pouvez le supposer, c'est une relecture du fantôme de l'opéra, mais en version opéra rock.
On nous le dit dès le début, c'est " l'histoire d'une musique, de celui qui la composa, de la fille qui la chanta, et du monstre qui la vola"

Swan est un producteur à qui tout sourit, tout ce qu'il entreprend réussit, il a le nez pour voir venir les modes, et les plier à ses propres volontés. Il impose son goût aussi longtemps qu'une chose lui plaît, et est capable de retourner le marché du show-business en fonction de ses envies du moment, fait les vedettes et les défait du jour au lendemain. Un véritable mafieux de la musique.( D'ailleurs on ne le verra pas avant un bon moment, son apparition sera une vraie surprise tant on ne l'imagine pas comme ça).
Et Swan est avant tout narcissique et mégalomane, sa nouvelle lubie est le Paradise, une salle de concert entièrement dédiée à sa gloire, mais il n'a pas la musique qui conviendrait pour l'inaugurer.

La solution va lui apparaître, alors qu'il assistait à un concert d'un des groupes de sa maison de disque, le Juicy fruits ( ringardise absolue des rockers à bananes et Swan commence à se lasser de la mode rétro qu'il a lui même lancée).

Les intermèdes de la soirée sont assurés au piano par un dénommé Winslow Leach, excellent pianiste, excellent compositeur, mais chanteur médiocre et type assez incolore à la dégaine de geek à lunettes. Swan envoie donc Mr Philbin , son homme de main convaincre par de belles paroles et s'il le faut par la force, le naïf Leach. Qui refuse de ne leur céder que des extraits de son oeuvre, c'est une cantate de plus de 300 pages sur le thème de Faust, il refuse de la tronquer pour en faire des chansons pop, et veut avoir droit de regard sur les interprètes. Pas de souci, confiez nous la partition, on la regarde et on vous rappelle d'ici un mois.
Evidemment vous l'avez compris, il n'est pas rappelé, et même fichu dehors sans ménagement lorsqu'il tente de se faire connaître. C'est la musique que Swan veut, pas son auteur.
en même temps, le logo est un oiseau mort et la maison de disque se nomme Death Records. Ca ne présageait rien de bon.

On lui a volé son oeuvre, mais candide comme il est, il se refuse à le croire et pense à une méprise. Il tente donc par tous les moyens - et surtout les plus ridicules- de s'incruster chez Swan pour en discuter et se fait toujours repousser. Jusqu'à arriver par hasard au moment où une audition de chanteuses pour les chorus se prépare, il y  rencontre Phoenix, jeune chanteuse très douée. C'est elle qu'il veut, non pas comme choriste, mais pour les passages solos féminins. Mais que peut imposer un auteur dépossédé de son oeuvre?
Pis, Phoenix n'aura même pas les choeurs, lorsqu'elle se rend compte qu'en fait, auditionner n'a pas grand chose à voir avec sa compétence de chanteuse, mais beaucoup plus avec l'acceptation de participer ou non, à une partouze. Ce qu'elle refuse, elle est chanteuse et refuse de coucher avec l'équipe de production pour réussir.
Exit Phoenix, et exit Leach aussi, Swan a suffisamment de monde dans sa poche, et le fait juger et incarcérer sous de faux motifs par une justice corrompue, à la prison de Sing Sing ( j'adore ce jeu de mot) Pire encore le malchanceux se trouve "volontaire désigné d'office" pour un programme dentaire, qui consiste à remplacer toutes ses dents par un râtelier métallique, genre "tu as voulu jouer avec Swan, tu as tout perdu".

Lorsqu'il entend par hasard à la radio de la prison que le Paradise va être inauguré par Swan avec une chanson qui n'est autre que la sienne, dénaturée par Les Juicy Fruits, il tente -et réussit une évasion bien improbable, qui le mène jusqu'à la maison de disque, où dans un accès de rage, il détruit tout ce qu'il trouve.. mais tombe dans la presse à disque. Gravement blessé, privé de voix, et défiguré, portant à vie imprimé sur la joue son propre titre extorqué et chanté par des losers qu'il déteste. L'humiliation totale. Il va donc simuler sa propre mort et revenir "hanter " les studios, où il vole costume et masque pour se composer une allure de justicier masqué, et commettre des attentats pendant les enregistrements.

Vite coincé par Swan qui voit quand même la possibilité d'avoir un esclave taillable et corvéable à merci, lui fait signer un contrat. Le genre de 500 pages, avec des clauses écrites en tout petit, qu'on signe de son sang.
messieurs dames.  le diable. Oui, c'est un petit bonhomme à coupe au bol qui ne paye pas de mine, mais c'est un teigneux.
Oui Swan n'est pas vraiment un producteur comme les autres et Faust est évoqué non seulement via la cantate de Leach, mais aussi par ce contrat démoniaque ( qui stipule entre autre que le compositeur appartient corps et âme, à vie, à la maison de disque. Oui ce n'est pas légal, mais on a affaire à un personnage qui ne s'embarrasse pas de légalité)

(nota, j'ai déjà vécu ça: faire la même taille que quelqu'un d'assis.. en étant debout.Mine de rien ce "petit" détail me rend Paul Williams sympathique malgré son rôle de salaud.)
Et Leach va encore se faire rouler... jusqu'au moment où il comprend que seul le sabotage de cette soirée d'ouverture, quitte à aller jusqu'au meurtre, est sa seule issue. Le gars gentil et simplet s'est mué en vengeur masqué impitoyable.

Faust et le fantôme de l'opéra ne sont d'ailleurs pas les seules oeuvres citées, il y a un passage cyniquement drôle qui cite directement le Portrait de Dorian Gray. Et une autre à Frankenstein et sa créature - agrémentée de paillettes, parce que c'est le showbiz!. Et pour ces références et la manière dont il les imbriques, Brian de Palma a droit à ma reconnaissance immortelle. Agrémentée de paillettes elle aussi!

Pareil pour la citation de la scène de la douche de Psychose, détournée de manière absolument sarcastique où un chanteur de hard rock chochotte se fait ridiculiser. Elle fait toujours son effet au ciné, et prouve que De Palma est aussi un réalisateur doué pour la parodie et le sarcasme.

Le monde du showbiz n'est sort pas grandi, bien au contraire,  et c'est  un plaisir de voir des références écorner un peu les vedettes de l'époque:
lorsque Leach au piano chante ( faux) en se dandinant avec ses lunettes cul-de-bouteille... on pense forcément à quelqu'un, genre.. Elton John; le groupe de rock grand guignol qui inaugure participe à l'inauguration ont les figures peintes en blanc,à la fois en référence au cabinet du Dr Caligari ( le décor ne trompe pas) mais aussi à un jeune groupe de rock encore peu connu dont la particularité est le maquillage noirs et blanc...

Non, juste à peine..
 Les beach boys s'en prennent aussi pour leur grade à d'autres moments, bref, un bonheur.

Sinon, voilà " 5 bonnes raisons de voir le film", j'avoue que l'idée du réalisateur qui se venge d'une injustice personnelle en transposant ça dans un autre film rend la chose encore plus jouissive!

Un mystère pour moi: comment Jessica Harper ( Phoenix, aux faux airs de Janis Joplin, lorsqu'elle auditionne enfin normalement, je l'avais oubliée dans la liste des références) n'a pas fait une carrière internationale n'a pas fait carrière comme chanteuse a une voix magnifique, un peu grave, comme j'aime! Par contre on l'a vue en jeune danseuse dans Suspiria de Dario Argento. Tiens faudrait que j'en parle de ce film

Une autre raison: les musiques tiennent méchamment la route, Paul williams, qui tient le rôle du producteur véreux, n'est pas acteur à la base, mais un authentique compositeur et producteur - pas véreux ni diabolique j'espère?.
Mais c'est lui, ce petit bonhomme blond à coupe au bol qui a composé toutes les musiques du film dans divers genres: rock, hard rock, blues, bluegrass, country, gospel a capella, pop.. un surdoué (et j'adore la séquence où il trafique électroniquement pour rendre au fantôme sa voix perdue.. l'améliorant au passage par rapport à ce qu'elle était dans la réalité: l'invention de la voix de synthèse qui est trop beaucoup trop utilisée actuellement. Pas de parole, mais cette séquence a un impact incroyable: Swan est à la fois manipulateur et malhonnête, mais c'est aussi un technicien qui touche sa bille dans son domaine et donc n'a pas usurpé cette réputation là. Swan est un personnage assez fascinant: monstrueux ignoble, mais créateur aussi)
Et donc les musiques sont excellentes. Et au passage, Paul Williams chante lui même ( voix "reconstituée" du fantôme. Oui, si on écoute bien, la victime dépossédée de tout, jusqu'à sa figure et sa voix, se retrouve avec celle de son bourreau... ce n'est pas innocent à mon avis)
Il n'a pas ce qu'on appellerait une jolie voix, plutôt nasale, mais qui me plaît malgré tout beaucoup, car elle dégage une émotion dingue.
Mais le gars est aussi capable de sortir un texte d' une ironie et d'un humour noir assez réjouissant.

Donc voilà, les deux sont très proche dans le temps (74 pour Phantom, 75 pour le RHPS), les deux sont musicaux, j'aime les deux mais pas pour les mêmes raisons. RHPS c'est plutôt le délire en cas de coup de déprime, le truc qui remonte le moral. Phantom c'est un " vrai" film, cohérent, et la musique ne peut pas être dissociée de l'histoire, ce ne sont pas des "numéros" musicaux ( logiquement il est plus dur de trouver en ligne des extraits ciblant telle ou telle chanson, il faut se reporter sur l'audio).

Donc je dirais d'un point de vue pur plaisir de cinéma, c'est quand même Phantom of the Paradise qui l'emporte, car c'est un excellent film avec un fond et un message donc, sarcastique, sur le star system. c'est du Brian de Palma, veine humoristique, qui a coulé une bielle, mais c'est du Brian de Palma pur jus. En tout cas il a une place dans mon coeur de cinéphile que n' a pas RHPS.  Mais une chose est sûre: foncez le voir, c'est une pépite de cynisme trop peu connue du grand public

3 commentaires:

  1. En plein dans ma "phantomoftheoperamania", je suis ravi de pouvoir lire ton billet, qui m'en apprend plus sur cette adaptation! Je ne l'ai jamais vue, mais ça a l'air totalement barré, et en même temps réalisé avec exigence! je suis curieux... Merci pour cet article hyper détaillé!

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    1. hé bien j,espère que tu auras l'occasion de le voir et de l'apprécier. C'est un film coloré et festif, absolument pas sobre ou trop sérieux et pour peu qu'on soit de cette humeur là, il gagne vraiment à être connu.

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  2. Tombée un peu par hasard sur votre article (bon, "mois anglais" pas tout à fait le hasard non plus !), je suis ravie ! J'avais adoré ce film (vu il y a fort longtemps...) et je le reverrai avec plaisir (je vais acheter le dvd !!)

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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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