samedi 12 novembre 2016

Entretien avec un vampire - Anne Rice


 Il y a fort fort longtemps, je crois qu'on peut remonter à plus de 18 ans, quelque chose comme ça, j'avais lu et apprécié les 3 premiers tomes de la série des vampires d'Anne Rice.
Pas adoré, mais apprécié.
J'ai tenté le 4°et.. impasse, impossible de le finir, le livre me tombait des mains. J'ai abandonné, considérant que les 3 tomes faisaient une bonne trilogie, conclusive, et qu'il n'y avait pas besoin d'ajouter quoi que ce soit.

On m'avait offert le tome 1 du cycle des sorcières, je l'ai tenté, et abandonné au bout de 80 pages.Ennui profond, et je ne voyais pas non plus où l'auteur voulait en venir, ça mettait vraiment trop de temps à se mettre en place, donc...nouvel abandon.

Hum? Je vois un peu partout sur la blogosphère littéraire que " Le sortilège de Babylone" est son meilleur livre. Je vais tenter le coup avec celui- là. Bilan? Abandon au bout d'un quart du livre
Pour expliquer, ça commence par un meurtre: une jeune femme est assassinée et son ancien professeur l'apprend par les médias et.. Exit le meurtre la suite est une longue discussion entre le professeur parti écrire seul dans une maison isolée et.. disons faute de mieux, un fantôme, l'identité d'Azriel  n'est pas bien claire, toujours est- il  qu'il va raconter son histoire au professeur, comment il vivait à l'époque antique à Babylone et comment il a été manipulé et.. fantômifié. Attendez, un immortel qui raconte sa vie à un mortel, mais ça me rappelle un truc.  Hé oui,  tout le principe en tout cas, jusqu'à ce que je lâche l'affaire est un décalque du principe d'entretien avec un vampire. Un écrivain au lieu d'un journaliste, seul, en tête à tête avec un fantôme au lieu d'un vampire. en beaucoup, beaucoup moins passionnant et surtout, très réchauffé. Le meurtre? Bah, il doit forcément revenir sur le tapis à un moment, mais je n'avais vraiment pas le courage de me farcir des pages et des pages d'Azriel racontant sa vie, sa mort et ses aventures post-mortem pour le savoir. Je le garde quand même sur un coin d'étagère, on ne sait jamais, je changerai peut être d'avis et le finirai un jour?

je m'interroge encore sur ce choix visuel " Renaissance" qui ne correspond ni à l'époque où se passe l'intrigue ( Fin  années 70) ni à celle qui est racontée , XVIII et XIX° siècles)
Du coup, j'ai eu un gros doute. Anne Rice, ça tient la route ou pas? Donc une seule manière de le savoir, reprendre celui que j'avais apprécié et voir si la sauce prenait à nouveau ou non.

Verdict.. oui.. et non en même temps.

Oui, parce que définitivement Entretien avec un Vampire installe bien son histoire sans prendre 150 pages pour le faire, et qu'il se permet ( c'est le premier livre de l'auteur) quelques traits d'humour sarcastiques voire légèrement tendancieux qui m'ont bien faite sourire, humour qu'elle semble avoir totalement perdu depuis.  Comme lorsque le journaliste demande au vampire " est-ce que c'est vrai que les vampires peuvent se transformer en fumée pour passer à travers les trous de serrures".
Et que l'autre lui répond "  non, mais j'aimerais bien me pouvoir me changer en fumée et passer au travers de toutes sortes de serrures aux formes diverses et sentir leur caresse, blabla". Loulou veut donc participer à une soirée où on passe au travers d'un maximum de trous.. .. euh. Il y a un endroit comme ça dans ma ville, un club un peu spécial où je ne suis jamais allée* mais où je sais qu'il se passe des soirées avec un grand nombre de participants, je suis sûre qu'ils seront très ouverts à toute proposition :D

Toute cette dimension qui avait d'ailleurs été un peu gommée de la version film, que j'avais vu avant de lire le livre, et qui faisait pourtant déjà assez fort dans les sous-entendus sexy, et vaut d'être quand même vu, ne serait-ce que pour l'ineffable plaisir de voir un scientologue décapiter des rats à coup de dents. Oui je n'aime pas beaucoup Tom Cruise en général, mais j'avoue l'avoir apprécié dans ce film là, parce que c'est justement très éloigné de ce qu'il fait normalement et qu'il a l'air de s'être amusé, sans trop se prendre la tête. Par contre Louis reste un poil casse-burettes que ça soit en version papier ou film, et c'est dommage, c'est  le personnage principal, et je comprend pourquoi il est mis au rencart dans les tomes suivants. J'ai juste envie de lui faire fermer sa grande bouche pleine de dents pointues une bonne fois pour toutes à chaque fois qu'il se plaint. Si ta vie de mort est si insupportable bah, suicide toi en restant au soleil, ou laisse toi mourir de faim, mais par pitié, arrête de geindre. Et le personnage supposément touchant à ne pas vouloir abandonner sa nature humaine en devient pénible à force de ressasser la même rengaine.

Et donc Non, parce que ce qui m'avait gênée à la première lecture est toujours là:
Louis, le personnage central qui raconte donc son histoire, aurait pu être intéressant, mais ses dilemmes moraux sont un leitmotiv qui tourne vite en rond, et à force de répétition, le personnage devient fade.
Par contre la raison de sa déprime, du temps où il était encore vivant, est bien plus logique dans le livre :  il s'est disputé avec son frère qui est mort , accident ou suicide,  quelques minutes plus tard, et tout le monde le rend responsable de cette mort, donc il ne supporte plus les accusations muettes, d'autant que lui même se sent coupable, que dans le film: sa femme est morte et il est tout triste. C'est un poil léger quand même, mais plus simple à mettre en place au cinéma en quelques minutes que la relation épineuse entre les deux frères.

Et donc, ce cher Louis passe  une bonne partie de son temps à critiquer Lestat, le vampire, le "monstre" qui l'a "fait",  car il tue des humains sans états d'âme et c'est pas bien, mais lorsque lui-même se décide enfin à commettre son premier meurtre, il choisit une petite fille de 5 ans comme victime. La paille et la poutre.
"Ha mais oui, mais c'est pas pareil, puis elle allait mourir de faim ou de maladie, puis j'ai pas pu aller jusqu'au bout, puis.. " tatata, t'es un monstre comme celui que tu méprises et c'est tout, alors museau sur ta supposée supériorité morale parce que tu as des remords à tuer des gens.

La petite fille, donc, parlons-en.  Claudia. L'élément désigné " trop choupinou" de l'histoire. Mignonne comme une poupée et.. tueuse sanguinaire.
Il y a avait une idée intéressante: mordue à l'âge de 5 ans, elle n'a aucun souvenir de sa vie de mortelle, ni aucun sens de  morale humaine.Nature sans culture, et la nature de Claudia fait froid dans le dos, on est loin de la conception rousseauiste de l'homme né bon et corrompu par la société, c'est tout le contraire!
Claudia c'est ça, une gamine sauvage qui pousse la logique de sale gosse pourrie gâtée par ses deux "papas" jusqu'à devenir une serial-killer de 5 ans, coincée pour toujours à l'âge où les affreux jojos torturent les insectes. Qui va vieillir "mentalement" en gardant toujours l'apparence de ses 5 ans, ce qui la met hors d'elle. Ok, je peux comprendre sa colère.
Sauf que Claudia concentre deux types de personnages que je déteste à égalité: la gamine capricieuse qui joue à l'adulte et plus tard, l'adulte capricieuse qui joue à l'enfant, et toujours pour manipuler les autres
Dans le film, elle était un peu plus âgée, législation sur les enfants acteurs oblige, l'actrice avait 12 ans, et le personnage aussi. Bon je n'aime pas Claudia en version film non plus, même si le fait qu'elle soit un peu plus âgée et un peu moins capricieuse la rendaient plus supportable - le personnage a probablement été un peu remanié pour la rendre un peu plus conforme à l'âge de l'actrice, je suppose, donc moins capricieuse- mais déjà lorsque le film se débarrasse d'elle, j'avais poussé un soupir de soulagement et un " enfin!!!" ( et accessoirement, on va pouvoir refaire des blagues gentiment salaces sans que ça ne vire au légalement douteux)

Ce problème d'âge rend donc - et ça j'avais oublié- pas mal de passages trèèèèès chelous. Mais vraiment. Déjà parce que même au départ, quand elle a réellement 5 ans, l'auteur la sexualise terriblement et c'est gênant au possible. J'avais détesté à la fois le personnage, pour le caractère capricieux qu'elle a, mais aussi , et surtout, la manière très malsaine dont elle est présentée.
Chose que je ne savais pas lors de ma première lecture, L'auteur avait une fille, morte de maladie à l'âge de 6 ans, et l'écriture du roman a été un peu sa catharsis. C'est du coup encore plus glauque. Qu'elle la transpose quelque part un personnage immortel, je comprend la démarche, mais du coup, en faire à la fois une monstre sans pitié et une mini-allumeuse...oui il y a là quelque chose que je trouve particulièrement douteux.

Mais voilà, ce roman, qui a ce gros handicap que 2 des personnages principaux sur 3 me gonflent, reste malgré tout assez agréable à lire. Parce que Lestat sauve le tout. Pas étonnant qu'il soit devenu le personnage central des tomes suivants.
Là, on a droit à la version qu'en donne Louis, qui le déteste autant qu'il l'admire, donc Lestat est plutôt présenté selon les moments comme un idiot, un sale con, une enflure, un monstre, mais capable de tromper son monde en se faisant passer pour le type le plus sympa de la terre, embobinant les gens par des paroles étincelantes.. et souvent à double sens. Un double sens souvent réjouissant.
Lorsqu'il dit à son vieux père, aveugle, qui n'a aucune idée de ce qu'est devenu son fils " je passerai mes journées à dormir et mes nuits à boire si j'ai envie", le décalage entre le sens que comprend l'aveugle qui imagine que son fils est un noceur invétéré, et celui qu'y met le vampire - et que comprend le lecteur-  est excellent.

Et donc ce premier tome se permet régulièrement ce genre de petits traits d'humour noir à travers Lestat, qui fait que le lecteur est intrigué et intéressé par ce personnage malgré le point de vue négatif qu'en donne Louis, qui ne peut se défaire d'une fascination étrange pour ce personnage qu'il n'arrive pas à comprendre. Lestat est tout ce que Louis n'est pas, tout ce qu'il déteste mais, quelque part aussi, aimerait malgré tout être: un peu dingue, imprévisible, joyeusement fêtard, cynique et je-m'en-foutiste. On devine vite qu'il est plus complexe que l'image qu'en donnent les autres, et on a bien sûr une envie: celle de connaître son point de vue sur la même histoire.
Ca ne sera pas tout à fait la même histoire, mais  la sienne sera le sujet du tome 2... (hum et rétrospectivement, je comprend pourquoi j'ai laissé tombé le tome 4 en cours de route: manque de cohérence entre le caractère brillant, amoral et cynique du Lestat qu'on a apprécié depuis 3 tomes, qui devenait terne au possible.. il a du laisser son sens de l'humour quelque part entre les deux tomes. Et ça, le manque de cohérence interne, ça ne ne pardonne pas. )

Donc au final, un livre qui a de bonnes idées, mais un personnage central ennuyeux au possible, heureusement contrebalancé par un comparse haut en couleur - et par conséquent tout le passage où Lestat est hors jeu, et où l'histoire se concentre sur les "vacances" de Louis et Claudia à Paris est loooong, mais looooong (j'abuse mais c'est presque ça: ils viennent des USA et vont en Europe, là où ils espèrent trouver d'autres vampires, et donc font ce que font logiquement des américains en goguette à Paris: du tourisme "Paris By Night" et la tournée des cabarets jusqu'à trouver d'autres... buveurs nocturnes)

Le temps n'a pas amélioré le roman, qui est disons.. dans la moyenne haute pour un roman fantastique, avec le choix novateur à la fin des années 70 de donner la parole directement au personnage surnaturel au lieu de se contenter de l'éliminer, mais les défauts sont toujours là, amplifiés par le fait que j'ai eu beaucoup d'autres lectures fantastiques depuis.
Mais, en regard des autres romans de l'auteur, les plus récents, qui sont verbeux et ennuyeux au possible, celui là à le bon goût de ne pas (trop) se prendre au sérieux et de se permettre quelques moments humoristiques et des sous-entendus (homo)sexuels inattendus et souvent drôles ( et parfois la collision avec les événements contemporains peut devenir encore plus drôle, lorsque les 2 vampires qui vivent quasiment comme un vieux couple parlent de leur gamine adoptive et de "ses deux papas". Rien que pour ça et d'imaginer l'apoplexie que feraient les manifestants de l'autoproclamée" manif pour tous" j'ai eu un grand sourire j'avoue. tiens oui, envoyons leur des caisses de livres d'Anne Rice et de DVD du film!)

De mémoire, l'adaptation film avait des défauts ( mais déjà signé de Neil Jordan, à qui on doit entre autre  La compagnie des loups et Breakfeast on Pluto, deux bon films dan des genres très différents ), mais aussi avait assez bien rendu ce côté  humoristique, cynique et caustique de Lestat.
D'ailleurs c'est très bête, mais je ne peux plus l'imaginer autrement qu'avec les bouclettes blondes qu'arborait Tom Cruise.  Alors qu'il m'indiffère la plupart du temps, là je l'avais trouvé étonnamment bon, même en ayant revu le film après avoir lu le livre.

Et apparemment il y a une Bd qui a été faite, d'une part je suis assez curieuse d'y jeter un oeil, histoire d'avoir vu tous les supports, mais vu qu'elle est sous titrée " l'histoire de Claudia" , donc le personnage que je veux tuer quasiment dès son apparition, je sens que ce n'est pas pour moi.

Et il est également question d'un remake au ciné. Mouaif, je ne vais pas épiloguer sur le manque absolu d'imagination des producteurs d'Hollywood: " Tiens il y a un bouquin qui a marché, on en a fait un film qui a marché, si on faisait un remake du film? Y'a des sous à se faire". Zéro originalité et zéro prise de risque, hormis celui de décevoir en bloc les gens qui ont apprécié le livre ET ceux qui ont apprécié le film. Mais quelque part on s'en fout de ceux qui partiront avant la fin, du moment qu'ils ont payé leur place.

Voilà, un livre, pas mal mais pas exceptionnel, mais toujours largement au dessus, à mon humble avis de ce qu'à fait l'auteur par la suite. Et ça me peine vraiment de devoir le dire.

Ceci dit, ça vaut toujours mieux que les daubes vampiriques récentes qui ne respectent pas la moindre parcelle du principe même du vampire. Un vampire, ça mort, ça boit du sang et ça ne se balade pas au soleil en brillant comme une princesse Disney ( et non je ne me lasse pas de tailler un short à Twilight que j'ai essayé de lire. Oui j'ai essayé. Je vous jure, ce n'est pas mon genre de casser quelque chose gratos. Mais sérieusement, ici, même Louis est assez relou, ce n'est cependant rien à côté de la bande d'ado " tro d4rk " de Twilight. Et dire que des milliers de fans vont avoir cette référence, alors que je suis sure que même le moins bon des livres d'Anne Rice est largement meilleur que... ça, donc oui à défaut, par pitié allez lire Entretien avec un vampire et lâchez moi ce truc juste bon à caler un meuble)

Hum, j'attends la salve de messages rageux "haaa ta osé critiké Twilight, ki té pour critiké t'y conné rien". Bon Twilight est vieux maintenant, genre holalala, 10ans, donc peut être qu'il n'a plus trop de fanatiques, ou bien ils ont grandi et sont passés à autre chose, mais à tout hasard je prends les devants:

et tant pis pour ceux qui ne connaissent pas l'expression
* Histoire véridique, une fois,  à l'époque de la fac, en sortant de restau avec deux copines, deux gugusses qui n'avaient peur de rien et surtout pas du ridicule et des râteaux, nous ont abordées pour savoir si on voulait les accompagner au club échangiste. "Mais vous n'avez pas besoin de participer, on a juste besoin d'amener des filles pour pouvoir rentrer". Heu merci, mais non merci, pas la peine d'insister...

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