jeudi 20 octobre 2016

Le corbeau ( film 1935)

Pour la journée hommage à Bela Lugosi, j'ai eu envie de voir ce que donnait ce film.. que je ne connaissais pas du tout.

L'affiche était prometteuse, et même triplement prometteuse: Une nouvelle d'Edgar Poe, et les deux maxi vedettes du cinéma fantastique des années 30.
D'un côté Bela Lugosi, en savant fou adepte fanatique d'Edgar Allan Poe.
De l'autre Boris Karloff en repris de justice au visage ingrat.
Ca ne pouvait que donner quelque chose d'intéressant non?


Et bien, on simplement dire que le résultat n'est pas à la mesure de ce qu'on aurait pu espérer.
Le corbeau ? en fait ce n'est pas vraiment une mise en scène du texte de Poe contrairement à ce qu'on pouvait espérer. Il est juste mentionné de deux manières: lorsqu'on découvre le Dr Richard Vollin, il en récite un bout à un solliciteur venu d'un musée, et désireux de découvrir la collection d'objets inspirés de Poe que possède le médecin.
Un peu plus tard, il est en effet mis en scène au théâtre dans une chorégraphie pour danseuse et récitant.
Et c'est tout.
Donc de quoi ça parle?

De Jean Thatcher ( oui ça me fait rire), danseuse et chorégraphe qui a eu un accident  de voiture dans la séquence d'ouverture. Dans le coma, les médecins sont impuissants, elle risque d'y rester, si on ne fait pas intervenir Le Dr Vollin, neurochirurgien réputé qui seul pourra la sauver. Or, il a pris sa retraite pour se consacrer à sa passion bien étrange: la construction de moyens de torture inspirés des oeuvres de Poe ( il y a dans sa cave entre autre des répliques exactes et fonctionnelles de la lame qui descend et de la pièce qui rétrécit dans " Le puits et le pendule"). Vollin n'est pas très motivé à l'idée de devoir s'occuper de cette patiente imprévue qui bouleverse ses occupations, mais tout le monde le tanne, y compris le juge Thatcher, père de la danseuse, jusqu'à ce qu'il accepte.

Ellipse! Un mois plus tard, Jean est magnifiquement remise, danse à nouveau et vient remercier Vollin en l'invitant à la représentation qu'elle va donner, un sujet choisi spécialement pour lui, sur le thème du corbeau d'edgar Poe. il n'en faut pas plus pour que Vollin, qui en pinçait déjà pour elle, ne l'assimile totalement à la "long lost Lenore" du poème. Le père Thatcher voit cette idylle naissance d'un très mauvais oeil ( rappelons, après avoir limite supplié à genoux le chirurgien de sauver Jean), après tout, Jean est fiancée au très incolore Jerry Halden, donc non, ça ne se fait pas, merci monsieur de bien vouloir rayer ma fille de votre mémoire.
Autant dire qu'il le prend très mal.
Une occasion de se venger va se présenter lorsqu'un bandit en fuite, Mr Bateman ( oui là aussi ça me fait rire) déboule chez Vollin en lui demandant de lui refaire le visage pour se racheter une nouvelle vie. Vollin accepte à l'unique condition que Bateman, en échange, commette un assassinat pour lui.. on se doute que c'est sur la personne du juge. Bateman n'est pas d'accord, il veut profiter de l'occasion pour devenir honnête - et beau par la même occasion car  son explication est la suivante: je suis laid, on s'est toujours moqué de moi, donc je suis devenu un criminel.

voilà donc Bateman, avant
L'idée de Vollin est démoniaque: défigurer le malchanceux Bateman , afin de ne pas être doublé, en lui promettant de lui rendre figure humaine lorsqu'il aura commis le crime.

et après!
Là aussi, un tel argument c'était prometteur. Mais le film est desservi par deuxchoses. Ou plutôt trois.
La première, c'est une réalisation très, mais alors très planplan, sans relief. Vous connaissiez Lew Landers vous? Moi non plus. Merci allociné, je sais maintenant que Le corbeau est son premier film en 1935 et sa dernière mise en scène, un épisode de  Rintintin en 1960. Ouaip!  autant dire un réalisateur oublié loin d'avoir eu une carrière ou même un film remarquable. Tout ce que j'ai pu mettre en avant dans es précédentes chroniques de films anciens ou récents: la profondeur de champ, l'éclairage, le cadrage, la photographie.; et bine là, on peut l'oublier, rien ne ressort, c'est filmé comme dans les années 10 bien en face et sans vraiment de recherche ( à part UN plan, vu et revu depuis, mais novateur à l'époque: un masque d'anesthésie en vue subjective par le patient. Un plan sur une heure de film, c'est peu! Bon quelques autres sont assez sympa, mais ça fait tout au plus une poignée, on est loin du film dont la beauté des cadrages va vous clouer au fauteuil)
un des autres cadrages pas mal: le pendule en contre plongée

La deuxième: les personnages secondaires, que Vollin invite lors de sa "party"pour donner une crédibilité à l'invitation qu'il fait au juge et à sa fille, sont creux. Mais vraiment creux: les prootype des casse-burettes de tout film d'horreur qu'on a envie de voir mourir dans d'atroces souffrances et le plus vite possible ( un colonel et sa femme et une madame qui appelle son mari " Pinkie". qui sont-ils? ne le sait pas, ils ne servent à rien, à part peut être mettre en valeur les personnages principaux par contraste avec leur manque total de profondeur?Jean elle même n'a pas beaucoup de dialogue, c'est typiquement une "belle au bois dormant" qu'on va réveiller de son coma, puis convoiter. son rôle se résume à hurler de peur à intervalles réguliers pour que Jerry, son fiancé vienne jouer son rôle de chevalier sauveur. Et le juge qui aurait pu être intéressant manque cruellement de temps à l'image pour être vraiment développé.
Je sens qu'il a du se passer quelque chose comme " le casting, bah, on s'en fiche, les gens vindront pour les deux têtes d'affiche, donc on les mets bien en avant eux et leurs rôles et ça suffira". Et en effet, ils sont tous deux excellents, même si dans la droite ligne des rôles qui les ont fait connaître, Lugosi en savant fou, mais incarnation de la classe à l'européenne dans la droite ligne du comte roumain qui a fait sa renommée, Karloff en malheureux défiguré qui devient dangereux d'être rejeté pour sa laideur. tiens donc :D
non non, il ne fait que vérifier la cicatrice de l'opération...J'avoue, ce discret clin d'oeil  Dracula m'a fait plaisir

et la troisième: le film est supposé être un minimum violent, enfin, dans la limite des critères de l'époque, avec un personnage central fasciné par la torture et la mutilation  mais reste très sage sur tout ce qui touche à la violence. Vraiment. Frankenstein était beaucoup plus violent et de loin. Et là, pourtant le sujet imposait un minimum de violence, même suggérée, un meurtre en ombres chinoises pour satisfaire le code Hayes, que sais-je..Mais non, on ne fait que parler de violence. Et encore de manière très mondaine. M le Maudit date de 1931 et arrivait à créer un climat très glauque avec peu de moyens. Oui mais voilà, d'une part on n'est pas en Europe, et Lew Landers n'est pas Fritz Lang. On y revient: sans moyen c'est sur les éclairages et les cadrages qu'il faut jouer.

voilà à peu près l'unique moment violent " regardez la pendule, dans 15 minutes vous serez coupé en deux"


Du coup Le corbeau vaut pour la rencontre historique de deux figures du cinéma fantastique, mais manque de tout ce qui aurait pu en faire un bon film. L'impression générale est celle d'un film de trouille honnête, mais sans grande ambition, réalisé par un second couteau du cinéma.
mais ils ont l'air de s'être plutôt amusés sur le tournage.

Quand j'y pense Lang est parti aux USA en 1935. Rien que d'imaginer ce qu'un réalisateur d'une pareille trempe aurait pu tirer d'un tel sujet de de telles têtes d'affiche...

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