vendredi 7 octobre 2016

Double assassinat dans la rue Morgue - Edgar Allan Poe

C'est aujourd'hui, c'est le jour d'Edgar Poe.

Après avoir évoqué plusieurs récits fantastiques les autres années, j'ai enfin décidé de m'attaquer à cette histoire policière. Enfin il me semble que je l'avais déjà lue il y a très très longtemps, puisque je me souvenais de l'identité toute particulière de l'assassin.

On y fait connaissance pour la première fois du chevalier Dupin, aristocrate français un peu excentrique, qui vit la nuit et dont le loisir est de démêler des mystères apparemment insolubles. Car Dupin, apparu sous la plume d'Edgar Poe en 1841 est le prototype de l'enquêteur solitaire, qui va résoudre les énigmes par la seule force de sa déduction, en s'appuyant sur les petits détails qui ont échappé à tout le monde. Autant dire le prototype de tous les détectives qui vont suivre en littérature ( même Arthur Conan Doyle y fait parfois une référence directe dans ses récits, pour faire dire à Sherlock Holmes à quel point il est supérieur à Dupin, d'ailleurs! Mais malgré la petite vanne, un hommage est un hommage).
« Vous pensez certainement me faire un compliment en me comparant à Dupin, observa t-il. De mon point de vue, c’est un collègue tout à fait inférieur. Cette façon de s’immiscer dans les réflexions de ses amis avec une remarque tout à fait à propos, après un quart d’heure de silence, est vraiment très artificielle et tape-à-l’œil… » dixit Sherlock. Un peu l'hôpital qui se fout de la charité !

Oui mais Dupin est inspiré des mémoires de Vidocq, authentique policier (et ancien bagnard) français du début du XIX° siècle. Et voilà ce que Dupin dit de Vidocq

« Vidocq, par exemple, était bon pour deviner ; c’était un homme de patience ; mais sa pensée n’étant pas suffisamment éduquée, il faisait continuellement fausse route, par l’ardeur même de ses investigations. Il diminuait la force de sa vision en regardant l’objet de trop près. Il pouvait peut-être voir un ou deux points avec une netteté singulière, mais, par le fait même de son procédé, il perdait l’aspect de l’affaire prise dans son ensemble. »

Chacun balance sur son modèle, donc!

Ici donc, c'est un double meurtre très étrange qui préoccupe la police parisienne:  Madame L'Espanaye et sa fille, deux dames  sans histoire, ont été retrouvées sauvagement assassinées dans leur appartement au quatrième étage. Pas d'issue possible apparemment, ni pour entrer ni pour sortir, pas de témoins visuels, les voisins s'accordent seulement sur le fait qu'ils ont entendu deux voix , l'une grave et s'exprimant en français, l'autre aigue. Mais personne n'arrive à dire s'il s'agit d'une voix de femme ou d'homme, ni même quelle langue elle parlait.Les témoins, de différentes origines s'accordent juste sur le fait que "ce n'était pas un locuteur de leur propre langue" et emmetent l'hypothèse qu'il ou elle parlait une langue qu'eux-mêmes ne maîtrisent pas.
autre bizarrerie, les dames l'Espanaye avaient retiré une forte somme d'argent de leur compte en banque , quelques jours plus tôt, or, l'argent est toujours là.
Voilà qui est bien mystérieux: un meurtre sans mobile apparent, de l'argent qui n'a pas été volé, une violence insensée, des témoins qui n'arrivent pas à se mettre d'accord.

La procédure d'une enquête policière y est décrite, dans un grand souci de réalité:  présentation et interrogatoire des témoins, croisement des interrogatoires, conclusions...
Enquête de terrain de Dupin, découverte des détails etc...

Une courte nouvelle, donc, mais dans laquelle j'ai eu du mal a rentrer,  car au lieu de présenter les personnages et d'attaquer le récit, l'histoire commence par une digression sans grand intérêt sur le jeu d'éche, les dames et le whist, et les qualités qu'il faut pour être un bon joueur. et ça n'a pas franchement grand chose à voir avec ce qui va suivre. donc quelques pages plutôt sans intérêt au départ, tenez bon, lisez en biais, ça va devenir plus intéressant à l'arrivée de Dupin et de son comparse.

J'ai bien aimé l'enquête elle-même et sa conclusion au final  assez cynique - et vacharde pour la maréchaussée - lorsqu'on apprend QUI a tenu en échec les meilleurs policiers français...
J'aime bien aussi l'humour macabre du titre, rien que le nom de la rue est réjouissant.

Lu non pas en VO pour cette fois, mais dans la traduction trouvable ici, par exemple, de Charles Baudelaire. Oui, Poe et Baudelaire, pas besoin d'en dire plus.
in memoriam Edgar Poe

2 commentaires:

  1. Réponses
    1. et pourtant un de ses titres très connus ;). Mais on est plus dans la veine "Poe, pionnier du roman policier occidental" que pionnier du fantastique, ici.

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