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jeudi 1 octobre 2026

Louves love - Sophie Bédard

 Grosse arrivée de BD indépendantes ces jours ci, et en voilà une qui sera parfaite pour ouvrir en douceur les bal des monstres.

Enfin, un monstre gentil en l'occurrence.


La sympathique Freddie, petite brune timide, travaille dans un café, quelque part au Québec. Elle vient de passer une semaine moisie: son "crush" - à qui elle n'a jamais adressé la parole, et qui donc ne sait rien de ses sentiments, vient de partir vivre en Angleterre. Un gros chien l'a mordue. La plomberie chez elle déraille. ET elle doit former la nouvelle employée.
surprise, la nouvelle est une très jolie femme, nommée Silver, et Freddie oublie illico sa peine de coeur, espérant bien se rapprocher de sa nouvelle collègue.
Et c'est le cas, le courant passe bien entre Silver et Freddie, qui par chance, sont toutes les deux lesbiennes.
Mais un énorme problème se profile. Alors que le rendez-vous se déroule comme sur des roulettes, Freddie se retrouve soudain dotée de griffes, de poils.. et fuit chez elle, ou elle est accueillie violemment par sa colocataire, Camilla. Forcément, Camilla voit arriver chez elle un loup-garou. 
Ce qui nous vaut ce dialogue absurde
- Tu es un loup-garou maintenant? Comment ce serait arrivé?
- Peut-être quand je me suis fait mordre par le gros chien noir la semaine dernière.
- Mais t'es allée à l'hôpital après...
- Ben oui, mais ils m'ont vaccinée contre la rage, pas contre la lycanthropie.

( car oui le point fort de cette BD ce sont les situations et les dialogues absurdes et ironiques. Lorsque Freddie explique l'origine de son nom, c'est parce que ses parents étaient fan de Freddie Mercury, ils espéraient qu'elle ait un talent musical, elle a du prendre des cours de musique pendant des années, mais .. chante comme une casserole, joue de la guitare comme un pied et en plus déteste la musique de Queen. Mmmmm pas bien ça!)

Mais l'insouciante Freddie se dit que bon, ça va, là c'est parce que c'était la pleine lune,  c'est ok, elle va avoir 4 semaines pour trouver une solution à son problème.
Sauf que non, sa transformation n'es pas liée à la pleine lune, mais à état émotionnel. Et donc, forcément, se trouver en présence de sa trop jolie collègue est une situation particulièrement stressante.
Pire encore, un chasseur de loup-garou ( assez maladroit et à l'allure de ninja), vient d'arriver en ville, qui se met donc en tête de se débarrasser du loup, enfin de la  louve-garoue? louve-garoute? Freddie n'arrive même pas à savoir comment se décrire pour le coup.

Bon, on voit venir la révélation de tellement loin que ce n'est pas un spoiler: bien sûr, le chasseur est une chasseuse, et bien sûr, c'est Silver, qui doit chasser une louve inoffensive et avec qui elle préfèrerait fricoter.
Mais Silver n'avait déjà pas trop envie de poursuivre cette carrière familiale. Elle est la XIV° de la famille à porter ce prénom chelou hérité de mère en fille, en soeur, en tante et en cousine (sa soeur aînée est "Silver XIII", laissez moi deviner leur nom de famille est "Bullet"?) et n'a aucun goût pour ce job. Son rêve à elle est de travailler dans un café et de se spécialiser en latte art. Elle a donc opté pour cette région précisément parce qu'on n'y avait pas signalé de loup garou depuis 10 ans, afin de pouvoir simplement exercer son job de rêve loin des exigences familiales.

C'est une BD assez courte (lue un samedi de mai au travail, pendant une heure hors service public, car oui, feuilleter, voir lire les nouveautés fait partie de mon taf! Oui je peux lire des BD au boulot, c'est pas cool ça?), au scénario peu original, mais on s'en fiche, ce n'est pas l'objectif. On vise l'efficacité, avec une métaphore transparente: la chasse au loup garou, c'est l'homophobie. Et les loups garous sont des gens comme vous et moi, à part leur petite spécificité, il n'y a donc aucune raison de les détester. Le dessin expressif et souvent drôle sert ce propos, les dialogues souvent absurdes font mouche, et Camilla la colocataire de Freddie est particulièrement savoureuse.

Le tout est léger, et propose une histoire d'amour lesbienne SANS drame, sans chichis, sans aborder de sujet plus lourds Heartstopper le faisait (harcèlement scolaire, maladie mentale, difficulté à trouver son orientation). Et mine de rien ça fait du bien, un sujet LGBT qui est traité comme un sujet non polémique, juste avec humour. Car c'est avant tout une comédie sentimentale, sans violence, sans pression, sans coercition, sans manipulation...

Je note deux choses qui font plaisir: 
Déjà, l'héroïne principale n'est pas un canon, mais une petite rondouillarde et son physique n'est jamais un ressort comique, donc, une héroïne qui a une vie professionnelle, amicale, sentimentale, tout en étant la nana la plus normale qu'on puisse imaginer. 
Et l'édition française, Exemplaire-Edition met un point d'honneur à traiter équitablement les auteurs et autrices, et à leur offrir une rémunération digne de ce nom, et une liberté créatrice (elle a été fondée par Lisa Mandel "libre comme un poney sauvage", ceci explique celà.. ).
Et donc leur première collection lancée est celle de romance queer (et ethique!), laissant la part belle aux autrices et auteurs LGBT ou militant anti homophobie. Louve love est le premier tome, on attend ces jours ci un titre de Lisa Mandel un de Jul Maroh, pour les noms les plus connus

Je rajoute la petite satisfaction personnelle d'ajouter une BD québécoise à ma liste de lecture, j'ai jusqu'à présent peu de lectures québécoises, et en matière de BD, la seule que je connaissais était " L'Ostie d'chat".

samedi 2 août 2025

Après avoir fini mon café, j'ai tout quitté pour une île grecque - Eliane Saliba Garillon

 Voilà  une lecture qui s'est glissée  dans mon planning ( une animation à faire à la bibliothèque  cette semaine  sur le thème  de la Grèce, j'ai donc repris ce livre dont une collègue avait  lu un extrait dans un autre contexte, on reprend et on remanie les thématiques faute de temps et d'inspiration pour en explorer de nouvelles)

Là,  c'est "le petit déjeuner  littéraire " estival, et donc vacances, îles,  il y a un passage sur la culture des cafés en Grèce,  avec un peu de rebetiko  en fond musical, ça ira bien.

Donc comme le livre n'était pas bien épais, j'en ai profité  pour le lire en entier pendant mes vacances. Et le moins qu'on puisse dire c'est que ce n'est pas vraiment ce à quoi je m'attendais. Est-ce que  je l'ai lu avec plaisir ou sans déplaisir? Oui. Est-ce que je vais en garder un souvenir marquant ? Non.

Je ne savais pas qu'il  s'agissait de "roman détente", genre que je n'avais pas tenté jusqu'à présent , c'est fait et... je ne jugerai pas sur un seul, mais a priori,  ce n'est pas ma tasse de thé  ... ou de café.

Le point de départ tient à l'arrière d'une carte postale envoyée de Paros: Fina, quadragénaire,  traductrice, s'ennuie à mort dans sa vie quotidienne. Son mari est un riche ingénieur,  chiant comme la pluie. Quoi qu'elle fasse, il la critique,  et la rabaisse d'un " pff, n'importe quoi". Un de trop. Après avoir bu son café, Fina le quitte après 12 ans à mettre sa personnalité en veille. Et décide sur un coup de tête d'aller à Paros, parce  qu'elle traduit les memoires d'une actrice hollywoodienne venue passer ses dernières années là-bas.  Et donc elle trouve une location pour au départ 3 mois, chez un vieux monsieur et son petit fils, ils vont devenir  amis, la traduction prend son temps, et le sejour de Fina se prolonge, entre découverte de la culture locale, des habitants forcément simples et sympathiques  et...

Et c'est là que j'ai beaucoup à redire : les clichés. Costi, le vieux monsieur grec est simple, enjoué et naturellement philosophe. Et parle anglais ( mais comme le roman est écrit en français,  on a vite l'impression  que tout le monde sur cette île est bilingue, jusqu'aux vieux deux musiciens libanais d'Antiparos). Ha, et il insiste  lourdement sur sa santé  déclinante, et le fait que son petit fils aime beaucoup Fina. Damn'! Serait-ce important pour l'intrigue?

Le petit Andraos est par chance, parfaitement bilingue parce qu'il est né  aux USA, et parfaitement orphelins,  puisqu'il est revenu vivre en Grèce  chez son grand-père à  la mort de ses parents. Il est aussi très mature pour son âge, hein, il se pose plein de questions sur la solitude, la parentalité, etc.....puis Fina n'a pas d'enfant, on sent venir le truc gros comme une maison de riche américaine excentrique dans les Cyclades. Damn'! Serait-ce aussi important pour l'intrigue?

Solal, le mari, est parfaitement insupportable  mais moins que sa mère, la belle-doche riche, snob, et parfaitement antipathique. 
Et bien qu'elle ait deux filles, il n'y en a que pour son fils.  Fina s'entend bien avec ses belles-soeurs pour exactement  cette raison  d'être  toutes les trois méprisées par la vieille.. mais ça  n'est pas plus utilisé que ça, donc pas super important pour l'intrigue

Aviva, la tante octogénaire Fina, est parfaitement excentrique, le cliché  de l'artiste peintre restée  célibataire toute sa vie. elle sert surtout de contrepoint à tout le reste.

Maureen, la vedette américaine est parfaitement morte. Et était de son vivant, une peau de vache, finalement assez semblable à la belle-mère de Fina. Et "comme par hasard", ce qu'elle raconte dans ses mémoires correspond  chapitre par chapitre à ce que vit Fina recluse volontaire sur la même  île. Etrangement, Fina ne la déteste pas et en vient même à la trouver sympathique.

Et là, le manque de réalisme me pose problème : Fina  n'a pas appris  un mot de grec en un an et demi et pourtant  papote avec l'épicier, la mercière, le propriétaire du restaurant, les hôteliers, et.. tout le monde. On part du principe que si c'est une zone touristique,  tout le monde y est bilingue, même s'ils passent leur temps à dire qu'ils ne connaissent pas le français et que leur niveau d'anglais est très bas.

La belle-famille est forcément une famille Lequesnoy, des bourgeois parisiens à l'opposé de la simplicité naturelle de Paros (même Rousseau était moins cliché, à ce niveau-là). Paris est présenté de manière très négative. Et pourtant, dans le récit, il est sans cesse fait référence à des endroits à Paris, le café  acheté  rue Tartempion, l'appartement dans le boulevard Truc, le restaurant  et les boutiques du quartier bidule. Et des auteurs qu'on est supposés avoir lus ( Ormesson, BHL, Gibran..) Comme si tout lecteur français devait forcément connaître tout ça par coeur ( ce qui est d'autant plus étrange  qu' Eliane Saliba Garillon est libanaise. Francophone, mais une libanaise qui habite au Liban). Le film Mamma mia, dont on suppose que tout le monde l'a vu - j'apprends donc que ça  se passe en Grèce et que non ce n'est pas un film italien, donc. Et je ne l'ai pas vu, et n'en ai pas l'intention.

Or, là, je suis paumée. Ca ressemble à un sorte de connivence culturelle dont je me sens pas mal exclue, comme si le lecteur type était pensé pour être une femme parisienne de 45 ans. Je suis une provinciale provençale de 48 ans. Et à la lecture, c'est curieusement Paris et ses références  qui me sont totalement étrangères, alors que la vie grecque telle que décrite est plus proche de mon quotidien. C'est là que j'ai l'impression  d'une part de be pas être  le lectorat visé, puisque des codes supposés communs m'échappent absolument.  Mais j'ai eu aussi l'impression de lire un prospectus  non touristique, destiné à le faire comprendre  que la vie à Paris, c'est nul, et que le mariage est une monumentale erreur. Non, mais je le savais déjà,  c'est bien pour ça  que je n'ai aucune envie d'habiter à Paris ou de me marier 😂

Et après tout ça,  et une romance amorcée avec un canadien de passage (et peu utile, saut pour faire encore plus comprendre par contrepoint que Solal,  le légitime, est un gros nul) , et l'adoption anecdotique d'un chat (parce que toute personne aimant les livres est liée aux chats, c'est dans le cahier des charges : auteur, libraire, bibliothécaire,  traducteur... ce cliché a la vie dure) , donc après tout ça,  la fin est ... décevante. 
À quoi bon nous montrer une femme qui reprend sa vie en main, si c'est pour que sa vie soit en fin de compte à nouveau inféodée aux décisions des autres? Le vieux Costi lui force mine de rien souvent la main, son mari continue à s'imposer à distance, même Maureen - ou son fantôme - semble vouloir depuis la tombe contrecarrer ses projets...Elle est tout sauf la femme libre qui décide pour elle-même. Oui elle est partie, mais n'a pas vraiment appris à dire " Merde" aux autres en 1 an et demi.

Et puis.. il y a dans cette histoire au moins autant de vieux que dans un récit de Perceval, c'est étrange cette manie de mettre des vieux partout. 

Donc, ça  se lit plutôt bien, mais...je m'attendais quand même à un peu plus d'intérêt et un peu moins d'invraisemblances. Roman détente, certes, mais ce n'est pas une raison pour y mettre AUTANT de clichés. Ou alors, il aurait fallu y aller à donf' et y mettre de l'humour un peu plus burlesque. Là, c'est juste.. un peu plat.