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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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jeudi 16 octobre 2025

Axolot tome 3 (BD) - Patrick Baud et encore pleine de gens, dont deux revenants

 Des revenants, c'est de saison! Car oui, Boulet et Geoffroy Monde, déjà présents pour le tome 1, sont à nouveau de la partie pour ce 3° opus.

Et donc, sans plus attendre, qu'est-ce qu'on y trouve?
Toujours les petits articles du Cabinet de curiosité, ça, ça ne change pas.

Et cette fois, deux nouvelles petites séries " fil rouges" : Les messages codés, dédiés aux codes mystérieux et non encore déchiffrés au moment de la sortie du tome: le disque de Phaïstos, le Kryptos, le Manuscrit de Voynich que je connaissais déjà, mais aussi le chiffre de Beale et l'affaire Taman Shud que j'ai découverts. Ce dernier est particulièrement intéressant dans la mesure où il se double d'une enquête policière non élucidée. Et "les damnés du village", qui évoque des villages dont les habitants ont des caractéristiques pour le moins étranges: une épidémie d'endormissements au Kazakhstan, une île de Micronésie dont 10% (25 habitants sur 250, ça fait bien 10%) des habitants sont achromates en conséquence d'un très fort taux de consanguinité, un autre à Bali qui a un taux de sourds et muets record, et un autre au Brésil où les naissances de jumeaux sont inhabituellement fréquentes. Caractéristiques génétiques dues à l'isolement de populations, ou à la présence de toxiques dans l'environnement, les hypothèses sont ouvertes.

Et pour le reste nous allons parler du fantôme de Greenbrier aux USA, seul cas connu de témoignage de fantôme dans une affaire criminelle: une femme trouvée morte, dont le mari refuse obstinément que que l'on examine le cadavre ( en 1897, cette attitude a été mise sur le compte du chagrin, le pauvre tout ça. Pensez, il avait l'air si triste en lui mettant autour du cou son écharpe favorite, disant qu'elle aurait voulu être enterrée avec). La mère de la femme qui soupçonnait fort le mari ( on se demande bien pourquoi?), a déclaré avoir vu en rêve le fantôme de sa fille, accusant son mari. Enquête post-mortem, et.. on se rend compte qu'elle a été étranglée, que le médecin n'a pas pu examiner le corps et n'a pas trouvé ça suspect. Au cours du procès, on apprend que le veuf en était à son troisième mariage, veuf de fois de femmes mortes de causes inexpliquées, qu'il avait fait de la prison et avait déclaré à ses compagnons de cellule qu'il voulait se marier 7 fois. Mais ça ne prouve rien non?
Bon les jurés l'ont quand même condamné à la taule à vie, il n'a rien avoué mais... ses antécédents on parlé plus fort que le fantôme, du moins sont plus crédibles. 

L'histoire de Jack l'aiguilleur d'Afrique du sud est plus tranquille, puisqu'il s'agit d'un singe, devenu par un concours de circonstances, et non sans péripéties, assistant aiguilleur dans une gare. 

La statue de Masakichi est.. glauque. Un sculpteur japonais, parti chercher fortune aux USA, est diagnostiqué tuberculeux, et au lieu de passer le peu de temps qui lui reste à vivre avec sa femme, se met en tête de réaliser une statue à sa propre effigie, la plus réaliste possible pour qu'elle continue à veiller sur elle quand il ne serait plus là. Sauf que... non seulement l'effet a été à l'opposé de ce qu'il attendait, la statue trop réaliste ayant fait mourir l'épouse d'une crise cardiaque avant l'âge ( sa santé était fragilisée par la misère et la malnutrition, puisque son mari ne travaillant pas, il ne pouvait pas gagner de quoi les nourrir), mais que Masakichi lui a en fait survécu plusieurs années. Il a donc involontairement tué sa femme en voulant trop prendre soin d'elle dans l'autre monde plutôt que dans le réel.

Le mystère du Col Dyatlov, quelque part dans l'Oural ( des randonneurs trouvés morts dans la montagne, en petite tenue, en février 1959) , est encore irrésolu, bien que de forts soupçons ( URSS, Guerre froide, cadavres trouvés teintés de orange avec des os fracturés) se portent sur des victimes collatérales d'essai nucléaires. Qui irait imaginer en testant une bombe au milieu de rien, nuitamment, et dans le plus grand secret que des randonneurs son juste en dessous? Ca reste plausible. Un autre possibilité avancée étant qu'ils se soient déshabillés par effet paradoxal de l'hypothermie et que l'état des cadavres soit du aux prédateurs.

La bible du diable,
alias Codex Gigas, de Bohême est un manuscrit médiéval géant, remarquable par des dimensions et son enluminure de diable. LA légende raconte qu'il aurait été réalisé en une seule nuit par un moine copiste avec l'aide du diable. Evidemment la publicité exagérée existait déjà au moyen-âge, et envelopper un manuscrit déjà hors du commun d'une légende surnaturelle, ça attirait les pélerins ( et donc les thunes, pardon, les offrandes)

Le fantôme d'Heilbronn, en Allemagne dans les années 1990, n'est pas un vrai fantôme, mais un mystère résolu depuis: une série de meurtres et de cambriolages commis en Allemagne, en France et en Belgiques  a tenu la police en échec pendant de nombreuses années. Sur chaque scène de crime, on retrouvait l'ADN d'une femme, inconnue des fichiers. Les bandits appréhendés lors d'un vol jurant n'avoir aucune complice féminine. La conclusion, bien des années après est à la fois décevante, ridicule, mais aussi quelque part savoueuse. C'est un truc si con, que ça pourrait figurer dans les anecdotes de Philippe Boxho sur le fait de ne pas prendre les preuves ADN pour absolument fiables, et de poursuivre une chimère, au point de risquer de laisser échapper les vrais coupables. 

Les plafonds de sang de Kyoto, j'en ai entendu parler mais je ne les ai pas vus, je ne pense pas être allée dans l'un des temples concernés. Au XVII siècle lors de la bataille de pouvoir entre Tokugawa Yeyasu et Mitsunari Ishida, une garnison de samouraï partisane de Yeyasu, assiégée au château de Fushimi, a préféré se sucider que se rendre. Les planchers imbibés de sang on été réutilisés dans la construction de temples. Mais je me suis aussi posé cette question: puisque quelqu'un décapitait les samouraï lors du rituel du seppuku, qui a décapité le dernier? Et c'est fichtrement impressionnant, puisqu'on peut encore voir nettement dans traces de mains ou de pas au plafond.

L'histoire du poids de l'âme (21 grammes) toujours bien connue, date de 1907 et repose sur.. pas grand chose. Un médecin a voulu estimer le poids de l'âme en pesant des gens avant et après leur trépas et a sorti de son chapeau cette mesure, la différence de poids de l'un des morts), mais sans suivre le moindre protocole scientifique, et en tordant pas mal ses calculs pour arriver à cette valeur. Autant dire qu'il n'a pas été pris au sérieux.

Les soeurs Fox , célèbres médium américaines du XIX siècles, étaient elle d'authentiques escrocs ( escroques?). D'un canular de jeunesse, elles ont fait fortune, mais même lorsque prises de remords elles ont avoué la supercherie, leurs fans n'ont pas voulu les croire, préférant s'imaginer qu'elles étaient médiums malgré elles!

La mésaventure d'Elmer Mc Curdy est drôle, mais assez effrayante. Un bandit raté du Far- West a été embaumé, et personne ne réclamant son corps, sa momie a servie de publicité non-vivante au croque-mort Puis a été achetée, est passée de main en mains, exhibée dans un cirque, une fête foraine.. au point qu'on en a oublié qu'il ne s'agissait pas d'une fausse momie en papier mâché plus très réaliste car bizarrement repeinte en orange , mais d'un vrai cadavre. On l'a redécouvert lors d"un tournage d'un épisode de l'homme qui valait trois milliard". Alors qu'on le prenait pour un accessoire de cinéma, un bras cassé par inadvertance révèle un os. Incroyable. Il a donc fallu remonter le fil pour redécouvrir qui était le malheureux, qui a eu plus de succès mort que vivant!
Cadeau, une vidéo sur ce sujet, je ne connaissais pas la chaîne, on y parle aussi de choses étranges, donc, à éplucher! En tout cas, l'embaumeur a fait du bon boulot, puisque la momie a réussi à ne pas moisir ou tomber en poussière pendant plus de 65 ans


jeudi 9 octobre 2025

Axolot tome 2 ( BD) - Patrick Baud et plein de gens, mais différents de ceux du tome 1

 Et on reprend le même concept!


Cette fois encore plusieurs histoires étonnantes alternent avec des rubriques récurrentes , on y retrouve le cabinet de curiosités , et on y ajoute en lieu et place du bestiaire , des arbres et des biais cognitifs, une exploration des rites amoureux stupéfiants du règne animal, des portraits de savants fous prêts à tous pour la science ( et ils sont bien allumés), et des troubles mentaux sidérants.

Première étape , la maison Winchester en Californie. Winchester comme l'arme favorite des cow-boys dans les westerns, oui. Et il s'agit précisément d'une maison jamais achevée , construite à la demande de la veuve de l'armurier. Se sentant menacée par les fantômes des victimes des armes à feu de feu son mari, un médium l'a convaincue qu'elle aurait la paix si elle faisait construire une maison où héberger les spectres venus lui demander des comptes. Elle aurait alors la pais à la seule condition que la maison ne soit jamais finie. Et donc une maison immense, construite au petit bonheur la chance, sans plan d'agencement, comptant des dizaines et des dizaines de pièces sans cesses modifiées On ne sait pas si ça a réellement marché où si la veuve est allée rejoindre les fantômes qui hantent la maison à sa mort, toujours est-il que c'est depuis devenu une curiosité très visitée.

On continue en France à la rencontre de l'inconnue de la Seine, pourtant depuis bien connue, tant la culture populaire s'est emparée de son cas. Cette femme anonyme devenue célèbre après sa mort, lorsqu'on a repêché son corps dans la Seine,. Son expression étrangement sereine ne cadre pas avec une mort par noyade , qu'elle soit accidentelle ou par suicide, mais, c'est probablement ce qui a conduit un employé de la morgue à faire un moulage de son visage. Peut-être autant que par la nécessité d'avoir un portrait permettant à la police ou à des proches de l'identifier, ce qui n'a jamais été le cas. Qui est- elle? Le mystère ne sera probablement jamais résolu.

Ce qui est sur c'est que Sam le chat insubmersible a lui échappé à 3 naufrages successifs, ce qui lui a valu une notoriété inattendue. Est-ce qu'il a épuisé 3 vies sur sa carte de fidélité ? Ou peut-être que c'était un chat noir qui attirait la malchance sur les bateaux qui le prenaient à bord?

On continue avec Thomas Midgley l'"individu qui a eu le plus d'effet sur l'atmosphère, plus que tout autre organisme vivant". En voulant améliorer la vie de tout le monde, il a inventé l'essence au plomb puis le CFC. C'est ballot ( un peu l'inverse de Fritz Haber qui lui, a inventé un engrais qui a sauvé de la famine pas mal de monde, mais est aussi responsable par ailleurs, et en toute connaissance de cause, du gaz Moutarde et du Zyklon B. Ah, et son engrais s'est révélé des années après avoir un effet désastreux sur la pollution des sols)

L'histoire suivante est celle d'un militaire anglais chanceux (enfin, tout est relatif), Adrian Carton de Wiart,  puisque revenu vivant de la guerre des Boers, de la première guerre mondiale et de la seconde également. Pas toujours en un seul morceau, puisqu'il a semé des bouts de lui même sur presque tous les champs de bataille. En kit, mais vivant. Le gars a même survécu à un crash d'avion. Je me demande si Julien Hervieux lui a consacré un de ses épisodes du petit théâtre des opérations, il faut que je vérifie.

Les hommes singes d'Ilya Ivanov n'ont heureusement jamais existé, et là la version BD prend une tournure SF dans l'esprit " l'Ile du Dr Moreau", particulièrement réjouissante. Le vrai Ivanov était un scientifique soviétique pionner de l'hybridation ( zèbre et âne) par exemple. Mais sa marotte était d'arriver à hybrider humains et signes. Il a tenté de croiser des hommes avec des guenons, mais .. ça ne marche pas. Et si on croisait des humaines avec des singes? Ben figurez-vous que des femmes ont réellement répondu a sa demande , acceptant de se faire inséminer, mais pas chance, le singe "donneur" est mort avant que le projet puisse se concrétiser. Ouf! ( et il est tellement timbré qu'il ne fait pas partie de la rubrique scientifiques fous, celui-là!)

Plus bon enfant... le canular des fées de Cottingley, bien connu pour avoir duré plus de 60 ans, et avoir eu parmi ses victimes Sir Arthur Conan Doyle, qui a cru dur comme fer que les fées prises en photo par deux fillettes existaient réellement, ce qui a fait de lui la risée de l'Angleterre.

Le Projet Stargate sonne comme un canular, et pourtant ça n'en était pas un bien que ce soit une des idées les plus saugrenues de la guerre froide ( qui en a fait germer pourtant un plein jardin), il s'agissait d'envoyer des médiums et autres clairvoyants visiter par la pensée les installations militaires du camp adverse, pour espionner l'ennemi. Ce n'est pas peu de dire que rien n'en est sorti. L'espionnage par la pensée, fallait l'oser.

Canular à nouveau, le Géant de Cardiff ( j'ai toujours cru qu'il s'agissait de la ville du Pays de Galles, mais non, juste un petit bled américain) une bourgade rurale habité de gens très croyants, juste ce qu'il fallait pour qu'une découverte " fortuite" en creusant dans un champ fasse effet boule de neige: un géant fossilisé que les croyants du coin ont  pris pour une preuve de la véracité de la bible. Et qui a bien sûr été acheté très cher par un promoteur de spectacle, adversaire de Barnum, lequel a de son côté fait sculpter un autre géant.. tout le monde s'est ridiculisé lorsque les auteurs du canular ont révélé la juteuse supercherie.

mercredi 1 octobre 2025

Axolot tome 1 (BD) - Patrick Baud et.. plein de gens!

 J'ai déjà parlé ici plusieurs fois de mon concitoyen avignonnais Patrick Baud, conteur féru d'insolite, de bizarreries et autres mystères qu'il aime à explorer et si possible, démystifier.

Et comme son émission radio/ chaine Youtube a été adaptée en BD par lui même, tiens, prenons le temps pour ce mois Halloween de suivre de semaine en semaine Patrick une BD à la fois. Il y a 6 tomes, donc de quoi couvrir tous le mois et même plus!

L'excellente idée c'est de faire illustrer pas différents dessinateurs et dessinatrices les sujets qu'il a déjà abordés en audio ou en vidéo, mélangeant les styles graphiques et narratifs, dans une esprit " cabinet de curiosités" qui ne peut que me plaire.

C'est aussi une magnifique occasion de continuer à mettre en avant une avignonnais, quand "la curiosité " est le thème retenu par la ville pour l'ensemble des festivités et expositions 2026/ 2026.



On commence donc avec l'étrange, et macabre histoire de Mike, le poulet sans tête du Colorado, qui a survécu 18 mois sans... tête. Non, ce n'est pas une blague. Apparemment lorsque la fermière a décapité un poulet pour le dîner, le cervelet de l'animal est resté intact et Mike a survécu, privé de fonction cérébrales supérieures, ( étonnamment, sans mourir d'infection) nourri par la trachée. Véritablement, un poulet zombie, qui par ce simple fait, devenu attraction de foire, a fait la fortune de ses maîtres.

C'est glauque? Attendez, c'est encore rien par rapport à la seconde histoire, le grand amour du Dr Tanzler. Là, on pousse très loin le curseur de la folie, du macabre et du dégueu. Dans les années 1930, le Dénommé Carl Tanzler, émigré allemand aux Etats-Unis, pratique l'exercice illégal de la médecine. Il reçoit Elena, jeune femme tuberculeuse d'origine mexicaine, dont il tombe raide dingue sur le champ. Parce que Carl croit aux esprits et a vu en rêve dans son enfance le fantôme d'une aïeule qui lui a dit qu'il rencontrerait un jour une belle femme exotique, la femme de sa vie. Il décide donc qu'Elena est celle qu'il attend. Evidemment, turberculeuse, soignée par un faux médecin, elle meurt rapidement. Mais Carl ne s'est pas fait une raison, et là commence le truc vraiment glauque. Il vole le cadavre, déjà en piteux état, lui fabrique un" sarcophage" en forme de poupée et va vivre pendant 7 ans avec "elle", jusqu'à ce que la famille d'Elena découvre ce qu'il s'était passé. Je vous passe les détails, mais bizarrement Carl a été relaxé par la justice, malgré sa nécrophilie avérée, et a fini par se fournir une simple poupée qu'il a appelée Elena. Visiblement les jurées ont eu de la sympathie pour cette " histoire d'amour" ( je vous déconseille d'aller chercher des images, la première poupée Elena qui contenait le cadavre est cauchemardesque)

On continue? Le faiseur de Chimères et le vrai Frankenstein, c'est le Dr Demikhov, scientifique soviétique qui a essayé de greffer des têtes de chiens sur des corps d'autres chiens, parce que pourquoi pas? Après on peut essayer avec les singes et espérer un jour greffer la tête d'un humain sur le corps d'un autre... ( autant je n'ai aucun problème avec des fictions glauques autant Tanzler et Demikhov, par leur folie bien réelle, me mettent hyper mal à l'aise. On pourrait être victime de gens comme ça, et ce n'est pas du tout rassurant)

Le turc mécanique est .. ouf, enfin une histoire pas glauque. Un mystère, une mystification une arnaque, mais pas de morts ou de greffes ou d'expérience cheloues. Il s'agit juste d'un automate légendaire du XVIII ° siècle, qui battait les meilleurs joueurs de son temps aux échecs. Deep Blue avant l'heure? Non, juste un ingénieux système, permettant à un authentique joueur caché sans un double fond de jouer une partie avec des pièces magnétiques. Par contre le mec caché à l'intérieur devait être un joueur redoutable, Enfin, des joueurs redoutables, vu que la supercherie a duré pendant presque un siècle. J'aurais bien aimé savoir qui ils étaient, parce rien que pour battre les grands-maîtres de l'époque, tout en étant cachés dans un espace confiné et en jouant dans des circonstances défavorables, qu'ils auraient mérité leur place au panthéons des champions d'échecs. La mise en image par Boulet est à pleurer de rire.

La chose dans le noir, malgré son titre Lovecraftien, est simplement une évocation de la paralysie du sommeil et des hallucinations qu'elle peut engendrer, et les Cellules D'Henrietta Lacks est une mise en image de l'étrange aventure des cellules HeLa. Henrietta Lacks est une femme morte en 1951 d'un cancer particulièrement agressif, et donc les cellules se sont avérées ironiquement immortelles, et donc précieuses pour la recherche médicale. Henrietta est donc toujours parmi nous, sous forme de cellules qui se multiplient et étaient estimées à un total de 50 millions de tonnes produites au fil des années. Elles ont permit de découvrir entra autre le vaccin contre la poliomyélite, des pistes contre le SIDA, de permettre des études poussées sur le génome humain.. et plus généralement de sauver des milliers de malades. Sauf la malchanceuse Henrietta, évidemment. Je chercherai le livre qui lui est consacré " la vie immortelle d'Henrietta Lacks", ça a l'air très intéressant.

Les trois Christ dYpsilanti
est une histoire plutôt drôle, où trois fous se prenant chacun pour Jesus-Christ, se sont rencontrés. Les scientifiques pensait les faire revenir à la raison, puisque plusieurs personnes ne peuvent pas en être une seule en même temps ( dans une religion dont c'est pourtant leur fond de commerce, la trinité, tout ça). Mais au contraire, le conflit a dégénéré en bagarres, chacun étant persuadé d'avoir raison et que les deux autres étaient des imposteurs. Echec pour les psy, les croyances se renforcent même du fait mises au pied du mur.

Ils dansent est une transposition moderne dans une ambiance " film de zombie" des épidémies de danses de la Renaissance (la plus connue étant celle de Strasbourg). Là j'ai particulièrement kiffé la narration " a rebours" de la BD.

Et l'île des poupées revient sur l'origine de ce que je considère comme probablement un des endroits les plus glauques du monde, une île mexicaine qu'un marginal a décoré pendant des décennies de poupées récupérées ça et là, pour apaiser l'esprit d'une petite fille disparue des années plus tôt dans le marécage du coin. Je trouve déjà les poupées effrayantes en elles-même ( même gamine je n'en avais pas, elle me terrifiaient), alors, des milliers de poupées, délabrées et pendues aux arbres.. mais.. jamais je ne fous les pieds là-bas, vous m'entendez. JAMAIS!

Toutes ces histoires curieuses sont séparées par des rubriques ( un peu dans l'esprit "à brac", ça ne m'étonnerait pas que Patrick soit un fan de Gotlib, Franquin et autres) " Cabinet de curiosité" où des faits étonnants inclassables sont listé à la façon des faits divers d'un journal, un " bestiaire extraordinaire" et des pages " 5 arbres hors du commun" et " 10 façons dont votre esprit vous manipule" ( dédiées aux biais cognitifs).
et décidément, j'aime beaucoup le principe de collaborations multiples ( pour le tome 2, ce sera une autre séries d'illustrateurs)

dimanche 2 février 2025

Avoir et se faire Avoir - Eula Biss

 


Curieux titre qui m'a interpellée, il s'agit d'un faux roman/ récit, composé de minis chapitres qui ont plutôt la forme de chroniques qui pourraient être publiées dans des journaux, chacune étant une piste de réflexion de l'autrice. Jusqu'alors locataire dans un quartier pauvre et assez mal famé de Chicago, elle son déménagement dans une maison qu'elle vient d'acheter dans un quartier même pas riche ni bourgeois, mais disons " classe moyenne" est l'occasion de réflexions variés sur la consommation, le fait d'être propriétaire ( c'est encore un graal social aux Etats Unis), d'avoir des objets pratiques ( machine à laver, voiture, meubles..) mais non vitales, choses qu'elle n'avait jamais eu auparavant - moins par moyens que par choix de vie - est l'occasion de diverses réflexions sociales. Parfois basées sur une discussion avec un voisin, un objet vu en vitrine ou chez des amis, une lecture,  un slogan absurde vu dans un catalogue, etc...

Et bien que l'autrice soit une américaine blanche de Chicago, sa réflexion l'emmène souvent à interroger, mentionner les conditions de vies des afro-américains, donc je l'intègre dans le mois afro américain en marge des auteurs pleinement afro-américains, d'autant que beaucoup de ses références sont féministes et antiracistes. En tout cas j'ai découvert quelques noms d'auteurs et d'autrices à chercher.

Consommation:

Le quartier pauvre était le royaume de la débrouille et de l'entraide, le nouveau quartier, où tous sont propriétaire, est beaucoup plus froid, humainement.. Est-ce que le gain de confort n'a pas été la perte d'une plus grande richesse, humainement. Est-ce que je vais devenir une connasses en convoitant des objets. Eula analyse donc les changements que cause chez elle ce nouveau statut de propriétaire;: habituée à la précarité, elle n'arrive pas à se décider pour du durable, passe des heures à choisir une peinture murale parmi des centaintes de teintes quasiment pareilles aux noms si absurdes qu'ils en deviennent poétiques, réfléchit aux sens des mots " consommation", au surnom du liseron " possession vine", qui enserre et étouffe les autres plantes, s'intéresse aux théories de l'économie et du capital et se découvre - avec pas mal d'angoisse - des désirs futile autant qu'irrépressible pour la possession d'objets absolument inutiles. De plus ou moins marxiste, elle se découvre un penchant capitaliste, et ça la met très mal à l'aise. Quelle est la part du gôut personnel et celle du conformisme social dans ce virage?

"Dans l'appartement de son père il y avait sur la table de chevet un bol rempli de magnifiques cerises en verre, que j'ai secrètement convoitées.Molly les trouvait ridicules, emblématiques de la richesse: des fruits qu'on ne peut pas manger"

 
Elle évoque aussi une de ses connaissances, qui a développé une rancoeur face à des membres de sa familles, parce qu'ils ont un joli tapis ancien, qu'elle aimerait avoir sans jamais le leur avoir dit, qu'elle estime que le tapis devrait être à elle, et donc que sa famille, sans rien en savoir, la "spolie" de "son" tapis, qui pour eux n'est qu'un objet.
A travers ces réflexions, c'est tout le rapport ambigu de la société américaine envers la possession et le capitalisme qui est passé au tamis du sarcasme: sa maison est vide car elle n'a pas encore acheté de meubles, un grand magasin veut la louer en y mettant ses meubles, pour reconstituer un "intérieur de grand mère afro-américaine" pour une campagne de publicité. Un intérieur fantasmé par l'Amérique blanche. A côté habite une authentique grand mère noire qui aurait bien besoin de cet argent, mais qui ne correspond pas au cliché souhaité. Car oui, on parle beaucoup de racisme, de sexisme, de luttes des classes: la possession est finalement encore et toujours un marqueur social, donnant l'illusion de prendre un ascenseur social en panne, quitte à s'endetter. Acheter des choses dont on n'a pas l'utilité juste pour épater ses invités pour un dîner lui donne mauvaise conscience, mais c'est presque obligatoire. De fait, la précarité existe, souvent masquée sous l'opulence acquise à crédit.
Evidemment certains points ne sont absolument pas transposables en Europe: nous n'avons en général pas besoin de nous endetter pour faire des études ou aller chez le médecin, et même si le racisme existe, il n'est pas si endémique qu'aux USA (un sujet dont nous débattons souvent avec une copine noire Américaine qui revit littéralement depuis qu'elle habite la moitié du temps en France, voyant la possibilité que sa fille encore mineure, puisse faire un jour des études sans avoir à rembourser ensuite pendant 20 ans ses frais de scolarité). Car si le crédit, et son cortège de dettes, sont aussi répandus en Amérique, c'est parce que toute la société est bâtie autour de la vie à crédit. Le mode de vie frugal et exempt de dettes de Eula est plutôt l'exception.

Travail
Quelle est la différence entre le travail et le labeur, et me donne une piste expliquant pourquoi je suis à peu près inapte à avoir un travail vraiment lucratif: le déguisement. La nécessité de se déguiser, de jouer le rôle qu'on attend de l'employé, du cadre modèle. Je suis une très très mauvaise actrice, et ça me met hors-jeu dans Monopoly social. Ce qui ne me dérange pas, pour moi la richesse est ailleurs que dans l'accumulation d'objets ou la validation sociale.
De manière très intéressante, un parallèle est tracé entre l'apparition des chasses aux sorcières en Europe au moment où le droit de gagner de l'argent avec son travail a été réduit pour les femmes, leur tâche se restreignant à être domestiques de leurs maris et à produire des enfants ( des vieilles femmes, des célibataires, des insoumises.. considérées comme improductives au sens où elles ne produisaient pas de nouveaux travailleurs mâles), au même moment où à commencé la colonisation de l'Amérique; la spoliation des autochtone, et l'emploi d'une main d'oeuvre esclave importée d'Afrique : femmes, esclaves africains, amérindiens expulsés: les laissés-pour-compte d'un capitaliste pensé par les hommes blancs pour les hommes blancs, en se reposant sur le travail gratuit et l'appropriation de tout jusqu'aux corps et à l'esprit des individus.
Bon, suivant ce principe en tant que célibataire sans enfants, je suis aussi une sorcière. Pas grave, je m'en accommode aussi. Et milite ouvertement contre le sexisme, le racisme, l'homophobie et autres -ismes ou -phobies inacceptables. Si on regarde la proportion de riches et de pauvres, on en arrive à la conclusion que oui, les luttes pour légalité sont indissociables les unes des autres, les laissés pour compte sont bien plus nombreux que les dominants. Mais le problème est que pour renverser les dominants, il faut s'allier... mais ne pas créer ensuite un nouveau rapport de domination*

Investissement
: Là encore, Eula se retrouve un peu coincée entre ses opinions marxistes, la nécessité d'avoir un compte en banque, et la conscience de ne pas savoir vraiment à quoi sert l'argent qu'elle y laisse, de ne pas vraiment pouvoir choisir: soit il est investi par la banque dans des actions de pétrochimie, soit on peut demander qu'il ne finance pas les énergies non renouvelable, mais dans ce cas il risque de servir à des entreprises qui ne respectent pas le code du travail, etc... Et ça la met mal à l'aise. C'est un problème pour moi aussi, bien que je n'aie pas un tas d'argent digne de crésus. Et comme elle j'ai un profil d'investisseur le plus bas possible, avec le moins de risques possible ( au grand dam de la conseillère bancaire qui n'a jamais réussi à me convaincre de risquer plus.
Mais en même temps impossible de se passer de banque, et Eula a mauvaise conscience, puisqu'elle veut avoir à la fois des vacances, du temps pour écrire et une retraite un jour lointain (ce n'est clairement pas la nana qui veut être riche, juste vivre décemment. Mais ce décemment ne peut se faire qu'en transigeant avec sa conscience, surtout en étant devenue propriétaire.
J'ai choisi: je refuse d'être propriétaire tant que je peux l'éviter. Malheureusement avec les lois en France, il est parfois plus simple d'acheter un logement que de le louer ( le fameux " gagner 3X le montant du loyer". Je touche 1600 euros par mois, ce qui est très confortable, tant que je partage un loyer avec ma mère. Mais si je devais me loger, je ne pourrais pas dépasser 530 euros, et dans ma région, ça signifie pas vraiment plus qu'un studio au ixième étage dans ascenseur. Donc j'économise, tant que je peux

Comptes: ici, elle fait un peu le bilan de tout le reste, de l'activité d'écrivaine, de sa tentation de démissionner, pour vivre en accord avec ses principes. Mais il est difficile de renoncer au confort quand on s'y habitue. De retourner au vélo quand on a une voiture. Mais il y a aussi tout une réflexion intéressante sur le bénévolat, la gratuité et les femmes. Précisément sur le fait que beaucoup d'activité sont un don ou un échange, des participations bénévole dans des associations, et que , comme par hasard, les bénévoles des associations sont presque toujours des femmes, qui font donc don de leur temps pour le bien commun, temps qui est souvent plus précieux que l'argent ( d'expérience, je dirais qu'en Europe, c'est peut être 75% de femmes, à la totalité selon le domaine d'action de l'association: sport, musique: il y a des hommes. Aide aux gens et animaux, nettement moins. Et lorsqu'il s'agit du bureau qui fait marcher l'association, alors là, les gars se défilent très souvent). Les femmes gagnent moins d'argent que les hommes, MAIS on attend d'elles qu'elles investissent aussi leur temps dans des activités qui bénéficient à d'autres.


Que voilà un ouvrage inhabituel et intéressant, car non seulement il part de réflexions quotidiennes qui peuvent tous nous arriver, mais aussi, explore avec presque gourmandise le vocabulaire et le sens, y compris dans plusieurs langues. Et ponctue son discours de références musicales. Etymologie, linguistique et musique, je ne pouvais que kiffer.
Est-ce qu'un livre peut avoir une bande son? Oui, car certains titres sont mentionnés directement; et donc, la voilà!
Elle convoque autant les Beatles que des comptines ( y compris frère Jacques - en français- tâtonné sur un piano), Dire Straits que RuPaul

Mentionnés sans titres précis
Sade, Genesis, Chaka Khan, Human league, Wu-Tang Clan

Quelques points culturels qui méritent précision:
Kudzu: plante asiatique devenue invasive en Amérique, particulièrement au Canada
culture shaker: sous-branche des quakers, prônant la frugalité et entre autres l'égalité de genres dans le travail, mais aussi le célibat volontaire qui a entraîné in fine leur inévitable disparition. Ils sont connus pour leur design qui rappelle le design épuré scandinave en Europe
culture haïda, culture kwakwaka'wakw: peuples autochtones canadiens
Graphiques du NY times sur la mobilité sociale:  très bien fait, on peut comparer  en choisissant les  catégories sociales d'origine, le genre et les origines ethniques.
The landlord's game
: prototype du Monopoly, inventé par une femme ( qui n'a pas touché un rond de droits d'auteur) et dont ironiquement l'objectif était d'apprendre aux gens à gérer raisonnablement son argent dans une optique socialiste. Double ironie, il est basé sur un jeu du peuple kiowa, et dénonce la spoliation des terres, dont les amérindiens ont été les premières victimes.
Mierle Ukeles: artiste qui s'est intéressée aux tâches de maintenance et en fait le coeur de ses oeuvres.
Marianna Mazzucato : économiste qui prend partie pour le secteur public et non le secteur privé dans le domaine de l'innovation
spy vs spy: comics présentant deux espions, similaires, aux allures d'oiseaux.
The americans : série D'espionnage où des espions du KGB infiltre les USA et doivent apprendre à vivre dans l'american way of life pour passer inaperçu, malgré leur culture soviétique
Toni Cade Bambara: réalisatrice de documentaire , activiste sociale
peuple uduk: ethnie du Soudan
Danica Phelps: Plasticienne et dessinatrice qui représente visuellement ce qu'elle  gagne et dépense sous forme de dessins et de barres.

* J'y repensais en écoutant des podcasts sur la ségrégation aux USA. L'un mentionnait que la plupart des textes de lois stipulaient que les mariages étaient interdits entre un noir et une blanche. Et quasiment jamais l'inverse. Qu'un noir pouvait être lynché pour avoir parlé à une blanche, mais il n'était pas non plus relaté de lynchages de noires qui aurait parlé à des blancs (au contraire, ils allaient s'encanailler auprès des prostituées des quartiers noirs).
Je pense que ça vient d'un clash de domination qui faisait bugger le cerveau des législateurs blancs: pour eux home> femme et blanc> noir. Qu'un homme blanc domine une femme noire, c'est normal , puisque les deux dominations sont cumulées et vont dans le sens choisi un homme blanc est deux fois supérieur à une femme noire.
L'inverse en revanche devait les faire vriller, puisque si homme> femme et blanc> noir, les deux dominations s'annulent, on ne peut imaginer une femme supérieur à un homme ou un noire supérieur à une blanche, diablerie! Une union blanc + noire allait malgré tout dans le sens de l'ordre social, alors qu'une union noir+ blanche le défiait ouvertement. Et comme on supposait les femmes comme inaptes à décider pour elles-mêmes, il fallait légalement les "protéger" de la convoitise de gens considérés comme inférieurs. Supposer qu'elles puissent choisir elles-même consciemment leurs conjoints pour leurs qualités, sans tenir compte de leur origine ethnique était probablement même impensable.



mercredi 20 décembre 2023

Conann ( film 2023)

Attention: OVNI cinématographique qui ne plaira pas à tout le monde, autant le dire de suite. On est clairement dans le cinéma underground, voire expérimental. Pour ceux qui connaissant, c'est très proche du théâtre grand-guignol. Voilà, c'est dit.

Mais le synopsis m'a intéressée: une relecture de Conan le barbare, mais en transposant dans une univers presque 100% féminin. Les quelques hommes du casting jouent des rôles aux noms féminins, les rôles aux noms masculins sont tenus par des femmes ( Le chien Rainer - allégorie du passeur entre le monde des morts et des vivants est un rôle tenu par une actrice, sa " soeur" au nom féminin est tenue par un homme)

j'aime beaucoup cette affiche qui est une fausse piste et ne présente qu'un visage parmi les 6 Conann successives


Conann ( avec ses 2 n) est une barbare, enlevée par une horde de femmes barbares, contrainte dès le début du film à commettre l'acte le plus barbare possible (qui va avoir un pendant à la toute fin), et qui poussée par un désir de vengeance, va sombrer à son tour dans la violence, pour la violence.
Le rôle est tenu par 6 actrices qui se succèdent chacune représentant Conann à un nouvel âge (15 ans, 25 ans, 35 ans..).. chacune étant rapidement trucidée par son "âge" suivant, sous le regard ( et l'appareil photo) d'un chien humanoïde nommé Rainer.

 Je ne connaissais pas le réalisateur, je suis allée le voir par hasard, et je dois avouer que, vu que la narration est très complexe, j’ai décidé de le prendre comme un truc totalement expérimental, foncièrement irréaliste et très théâtral (l’ultra violence exprimée avec... des paillettes partout... ok, pourquoi pas, dénoncer l’esthétisation de la violence et le monde des paillettes en en faisant des caisses avec l’esthétique et les paillettes. Je me suis même demandé si ce côté très " de bric, de broc, de paillettes et de couvertures de survie" avait été motivé par un manque d’argent, donc ” on a pas assez de pognon pour les costumes et les effets spéciaux, donc on prend tout ce qu’on trouve qui brille mais est cheap et en montrant bien le côté fauché pour participer à la métaphore sur la gloire et le pouvoir factices.

C'est très curieux de voir un film à la narration très compliquée, mais à la mise en scène parfaitement convaincante, à l'esthétique très particulière, aux actrices toutes excellentes qui représentent toute une nouvelle facette de la violence : la barbarie, la vengeance, la soif de pouvoir via l'armée et la dictature, la soif de pouvoir via l'argent, où une femme riche peut contraindre des artistes à commettre l'acte le plus avilissant possible en leur agitant sous le nez la promesse de l'argent facile. leur fausseté n'en est d'ailleurs que plus éclatante.
Au fur et à mesure que le film progresse, on passe de la violence pour des motifs basiques et personnels ( survivre et se venger de son ennemi) au raffinement de cruauté et de sadisme caché sous le couvert du pouvoir ou du glamour.
Et dans cette progression, Conann qui tente de s'en sortir ( au milieu du film) ne peut qu'être victime d'elle même, encore et encore.
Il y a quelque chose d'intéressant dans l'idée - déprimante - que la survie ne peut passer que par le fait de tuer celle qu'on a été. Physiquement dans le film, mais allégoriquement dans l'idée: tuer ses rêves, ses espoirs, ses projets au point d'en arriver à n'être plus qu'une coquille vide d'humanité.
D'ailleurs la Conann de 45 ans, militaire et dictatrice en arrive à la conclusion qu'étant au sommet, elle a mis tout le monde à sa botte: scientifiques, banquiers, politiciens, sur qui elle a pouvoir de vie et de mort, et qu'elle n' a plus d'ennemi humain à combattre. Le seul ennemi qui lui reste est invincible, et inévitable: la vieillesse.

Ben, malgré la narration fouillis, j’ai bien aimé ce parti pris esthétique, les références à l’expressionnisme, the naked lunch (affiché dans la séquence du Bronx, mais qui prend un autre sens dans l'avant dernière séquence)...
On est même assez nombreux dans la salle à s’être marrés sur la réplique ” Madame est servie” sortie de nulle part, tellement ce ... disons ce jeu de mots "tranche" avec le reste de l’ambiance pas franchement humoristique.

Bon oui, je l’ai trouvé un peu long par moments, et je suis sortie en me disant qu’il aurait plus sa place dans une installation d’art contemporain que dans un festival de cinéma.
Mais je préfère voir un film avec un parti pris radical et s’y tenir au risque de se casser le gueule, que d’en voir un qui va dans le consensus mou, pour ne vexer personne, et sera oublié dès la sortie de la salle (en plus , faire du " qui plaît à tout le monde” ce n’est même pas l’assurance de ne pas se casser la gueule ... mais sans avoir rien tenté)

Evidemment, la fin risque d'en mettre mal à l'aise plus d'un, mais la manière dont c'est fait reste finalement très irréaliste, et donc très allégorique. du coup, pour moi ça passe, ce n'est pas le genre de film qui me retourne l'estomac: beaucoup de passages sont en noir et blanc, l'emploi de la couleur a un sens dans la narration et de toute façon, le sang est trop rouge, les effets spéciaux et les masques trop foncièrement irréalistes pour que ça bascule du chelou dans le gore. Mais en tout cas la violence n'est PAS gratuite, puisque le film est une réflexion sur ses différentes formes et sa représentation.

Donc là question choix esthétique radical et créativité perchée, rien à redire. Mais ou,i je l’ai plus pris comme une installation vue de divers côtés que comme un film qui raconte une histoire linéaire en fait. Je ne vais pas, loin de là, voir uniquement des films inclassables mais de temps en temps, j’aime bien tomber sur quelque chose qui sort vraiment de l’ordinaire.

Les gens devaient s’attendre à ça d’ailleurs, parce qu’il y avait pas mal de monde pour un mardi après-midi et personne n’est parti avant la fin, c’est presque une prouesse pour un film aussi...ben expérimental, c’est le mot. Je précise qu’il s’agit d’un cinéma d’art et essai qui propose souvent des programmes très barrés et expérimentaux. Je ne connaissais donc pas le réalisateur, mais je connais bien le lieu et ses choix de programmation souvent bizarres.

C'est même très étonnant qu'un film aussi perché ait été présenté à la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes. En tout cas rassurez-vous, les actrices vont toutes bien, et ici,  on peut entendre le témoignage de Sandra Parfait ( Conann à 35 ans, celle qui a le plus long temps d'écran, le plus de dialogues, et le rôle le plus " sympathique" dirons nous), sur ce qui l'a amenée à participer à un projet aussi étrange ( et expliquer qu'étonnamment, si le film est le plus souvent très sérieux, elle se sont souvent marrées sur le tournage) . En tout cas c'est une découverte et je suivrai volontiers sa carrière. jolie découverte aussi Elina Löwenstein, et son accent allemand, dont on ne voit jamais le vrai visage, cachée sous son masque de chien.

Inclassable, faute de mieux ce sera " film avec un animal qui parle"
mais si je n'avais pas encore validé ces catégories, il aurait fait le super combo
- Film avec un meurtre
- film où on peut entendre plusieurs langues ( français, anglais et allemand)
- Film qui commence par la fin de l'intrigue
- Film qui m'a fait découvrir un réalisateur
- Film dont un personnage est joué par plusieurs actrices

jeudi 4 octobre 2018

Etranges escales avec Patrick Baud

Haaa, Patrick Baud, mon éminent concitoyen avignonnais, passionné de l'étrange et de l'insolite!

Je vous en avais déjà parlé précédemment, pour son émission radio Exocet, qui évoquait les choses bizarres, le paranormal.... il est vrai souvent pour les démystifer et démêler le vrai du faux.
exocet a cessé il y a quelques années (mais les podcasts sont toujours téléchargeables) relayé en version web par Axolot, qui a depuis été décliné sur support papier ( une BD avec Boulet au dessin, et plusieurs livres de récits étranges)
Et au sein d'Axolot, il y a ces programmes un peu à part, les Etranges escales.
Un petit futé (yep, j'ai réussi à la caser) ce Patrick, qui exploite ses vacances pour nous proposer de voyager en sa compagnie, à la découvertes des bizarreries locales.

Le voila qui nous guide à travers des destinations aussi étranges et exotiques que le Vaucluse (on ne se moque pas!), Londres Prague, New York et Rome qui sont les 5 lieux abordés à l'heure où je rédige (forcément, peu de destinations pour le moment, il lui faut plus de temps et de logistique que pour un sujet classique qu'il peut préparer de chez lui)

Partons donc à New-York, qui n'est pas forcément le premier endroit auquel on pense en terme de bizarrerie  (enfin, sauf pour la chasse aux fantômes..who'd your gonna call?)



Au menu: des tuiles aux messages inexpliqués incrustées dans le sol, la plus petite propriété privée de la ville, la maison la plus étroite, des bâtiments et statues qui n'ont pas grand chose d'américain,une bouteille géante qui contient -presque- un bateau, une cathédrale faussement gothique qui fête halloween en mettant le diable dans l'église, une maison hantée, évidemment la caserne des chasseurs de fantômes, une boutique entièrement dédiée aux super-héros que je vous avoue j'ai assez envie de voir même si je me fous les comics qui cache... quelque chose,une fausse maison et une oeuvre d'art sonore.

Etape 2: Londres. Bon déjà, on est plus en terrain connu: le fog,  Jack L'éventreur, les fantômes, le cimetière de Highgate, Camden...



Mais également des oreilles et des nez surs les murs, du street art, un phare en pleine ville, un tank soviétique placé en ville sur un terrain vague par un farfelu qui a finement joué sur les mots, un mémorial "nazi", des tombes mises en rond autour d'un arbre à cause de la flemme d'un écrivain célèbre, la faune sauvage en pleine ville, le monument, un obélisque égyptien, le long player, une boutique dédiée aux monstres, une salle de chirurgie du XIX° siècle, un musée de la médecine qui à l'air bien cool, un cabinet de curiosités - idée qui me plait évidemment beaucoup et une maison du XVIII°s siècle reconstituée et Whitechapel le chat noir :D

Hop, prochain voyage, je me cale Shoreditch, Highgate, le monument et l'arbre de Saint Pancrace.
Et le long player, j'aime beaucoup ce concept.
Ho et puis, tout... j'ai tellement de choses à y voir encore!

Etape3: Encore plus étrange? Partons à Prague! c'est quand même la ville de l'alchimie et du Golem!

Mais aussi de l'art contemporain ( mention spéciale à la tour de livres), parfois bien barré - ce David Černy a l'air assez perturbé, mais j'aime bien - une main mystérieuse desséchée dans une église, une sainte assez spéciale, les traces d'une guerre au XVII°siècle, le Golem - bien sûr! - un cimetière "lasagnes", des sculptures en os, un musée rempli de squelettes, des égouts pittoresques et une église  pleine de fantômes.

Arrêtez tout, c'est LA que je veux aller!

Et je ne peux pas ne pas mettre en parallèle avec la chanson " la poupée mécanique" de Yanowski. Il y avait dans les rues de Prague un cabinet de curiosités... ;)


J'adore ce chanteur à l'univers décalé, étrange et fascinant, au jeu scénique très largement inspiré de Conrad Veidt dans le Cabinet du Dr Caligari.  Et pour l'avoir vu sur scène cet été avec son compère Parker du cirque des mirages... je peux confirmer qu'il a une présence incroyable en scène et qu'il est très impressionnant quand on le croise dans le couloir ( je pense qu'il doit presque faire 2 mètres de haut.. un petit côté Maïakovski en plus souriant quand même. Je me demande si son pseudonyme n'est pas d'ailleurs une référence à Vladimir " la gueule"). Mais voilà... j'en reparlerai en temps utile.


Etape 4: Rome. Car " les chemins de la curiosité mènent à Rome"



Où, entre le Colisée, le forum et la fontaine de Trevi, on trouve une pyramide égyptienne antique, la tombe de Percy Shelley, des chats à profusion qui gardent un vestige archéologique ( oui il y a même des chats noirs), une porte magique qui ne mène plus nulle part, une autre "monstrueuse", un quartier sorti d'une autre dimension, une femme couverte de cire, un "musée du purgatoire " et quelques autres bien étranges..

Et bien sûr à tout seigneur tout honneur, le Vaucluse. Je vous sens sceptiques...

Mais ne rigolez pas, on a la Moria à portée de main, une source à la profondeur inconnue occupée par une nymphe ou un dragon, un portail magique qui cache un trésor ( gardé par une chèvre, c'est moins impressionnant qu'un dragon, c'est vrai) un rocher marqué par le diable, une maison de hobbit ou presque, une tour solitaire au milieu d'un champ, un ent, des fantômes...
Bon d'accord, il n'a pas d'oeil géant qui fait office de phare, mais on a  une oreille dans l'eau et une main dans une église...
Hé ouais, mon pote, mon département d'origine, c'est trop la Terre du Milieu en fait!

Bon ça va l'honneur est sauf, je connaissais beaucoup des curiosités dont il parle. Mais à mon sens il manque quand même les curieux (et naturels) boulets de pierre de Buoux.

MAJ: alors que j'avais programmé mon billet depuis longtemps, une nouvelle étape a été ajoutée le jour même:
direction Paris. Bon, entre nous, je n'aime pas spécialement cette ville. Je connais évidemment plusieurs des endroits dont il parle, mais je n'ai pas encore eu la possibilité d'aller photographier la maison de Flamel et le bâtiment Lavirotte. Ou d'entrer dans le magasin Deyrolles Il faudra aussi que je trouve les statues d'Artémis et Actéon. Par contre, j'ai le dragon en photo ( mais il faudra que j'y retourne, il pleuvait le jour où j'y suis allée).

Les rituels dans l'impasse Satan, mais.. lol!