Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

Qui passe par ici?

Flag Counter
Affichage des articles dont le libellé est russe. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est russe. Afficher tous les articles

lundi 20 octobre 2025

Ambiance fantastique et supertitions... en russe

Car je n'oublie pas le coeur de mes études, voilà donc quelques sujets audios à écouter en russe pour réviser la langue.

Hé oui, halloween, c'est une tradition celte, donc on associe plutôt la période avec les traditions Anglo-saxonnes et celtiques, mais il y a des choses intéressantes dans d'autres cultures ( je suis presque sûre d'avoir déjà parlé de l'Asie, ici ou sur le blog Japon d'ailleurs)

Niveau A2 - B1:
Les sirènes russes.. mais aussi le " petit peuple" des légendes slaves en général: Kikimora des maisons ou des marais, domovoï, roussalki, vodianoï.. toutes ces créatures font partie du folklore slave ( possibilité d'ajouter des sous-titres français, et plutôt bien faits!). Les "esprits malins" ne sont d'ailleurs pas toujours négatifs dans le monde slave, et souvent, viennent en aide aux héros des contes.

La kikimora de l'illustration tient une tasse " j'<3 Piter", souvenir de saint PEtersbourg et ça m'éclate)
Sergey a d'ailleurs toute une playlist d'histoires fantastiques et contes à explorer, avec cette option de sous-titres, et c'est ici

niveau B1: lire ensemble le conte " Tsarevna liagushka" ( la tsarine grenouille). 

Ici Max, propose de lire et d'expliquer un conte entier - à l'origine c'était un live, donc il y en a pour presque une heure. Il s'agit de l'histoire d'une fée grenouille, qui existe d'ailleurs aussi en adaptation dessin animé soviétique, comme beaucoup de contes. Pas de sous-titres par contres, si ce n'est générés automatiquement en russe, et ce n'est pas toujours  très fiable.

Du même Max, Est-ce que les russes sont superstitieux? ( et quelques exemples de superstitions) (A2/B1)


Niveau B1 et + ( parce que ça n'est pas si évident de trouver des ressources au delà du niveau intermédiaire)

Superstitions liées aux miroirs: la superstition liée aux 7 ans de malheur en cas de miroir brisé est d'origine antique et existe aussi en Russie et dans le monde slave en général, mais avec quelques variantes. Pour certaines famille, c'est le fait de se voir dans un miroir brisé qui est de mauvais augure.
Les salves ont aussi l'habitude de se regarder dans un miroir placé près de la porte avant de sortir, particulièrement s'ils repassent chez eux en vitesse après y avoir oublié quelque chose. 
Le miroir étant lié à l'idée de passage entre les mondes, il est aussi lieux e passage, il ne faut pas mettre de miroir dans sa chambre, car la nuit les entités du monde du miroir pourraient aspirer votre énergie, ou se frayer un chemin jusque chez vous. De même, il ne faut pas s'y regarder pensant la nuit.


Peurs et phobies: un sujet où les deux présentatrices essayent de deviner à quelle peur fait référence un terme long, difficile à prononcer, souvent issu du grec ( c'est pour les triskaidekaphobes , ça!)


La magie: pour y apprendre le vocabulaire correspondant aux sorcières, sorciers, enchanteurs, mages et autres personnages pratiquant la magie 

L'astrologie: comme ça vous pourrez lire votre horoscope en russe aussi

et niveau natif ( mais pour public jeunesse), toute une série de contes adaptés en dessins animés, ( certains sont même doublés en anglais, espagnol ou russe, mais vous êtes là pour apprendre le russe, n'est-ce pas?)

mardi 11 avril 2023

Dersou Ouzala ( film 1975)

 Dernière ligne droite avant les examens, et il s'avère que j'ai une matière portant sur les rapports entre la Russie et l'Alaska, mais dont une petite partie évoque aussi la Sibérie et les relations commerciales avec la Chine.

Et dans la liste des choses à faire pour le préparer il y avait comme conseil de regarder Dersou Ouzala, film d'Akira Kurosawa, qui se passe justement à la frontière Russe-Chinoise au début du XX° siècle.

Est-ce que tu veux préparer ton examen en regardant un film d'un réalisateur que tu apprécies particulièrement? Film que tu n'as pas encore eu l'occasion de voir en plus?

J'ai connu plus pénibles comme révisions!

Et comme par un fait exprès, en avril c'est le mois japonais.
Donc c'est parti pour une curiosité, un film d'un réalisateur japonais, mais tourné en Russie et en Russe, dont le personnage principal est un autochtone sibérien de l'ethnie Hezhen, appelée Golde dans le film.


Et c'est 100% du Kurosawa, avec ses plans larges de nature, ici celle de la région située entre Khabarovsk et Vladivostok. Il n'y a pas d'action incroyable, on reste dans la contemplation, avec de longues minutes sans dialogues, agrémentées de musique ou de sons, tels le vent qui souffle la neige sur une rivière gelée, le feu de camp qui crépite ( j'ai vraiment adoré la bande son d'Izaak Schwartz, elle sert magnifiquement le film, surtout lorsqu'il s'agit d'associer des rayons de soleils  - le coucher de soleil qui menace la survie des héros, avec le froid, les animaux sauvages qui peuvent attaquer la nuit, etc..- et effets sonores). et pourtant on est tenu en haleine, et ce même en connaissant la fin dès la première séquence. Et la dernière est vraiment...prenante, opposant la sécheresse administrative à la situation dramatique, mais... sans précipitation. Magnifique.

Et donc, c'est simplement la vie quotidienne et les difficultés d'une petite troupe militaire russe, venue procéder à des relevés topographique dans la vallée de l'Oussouri. Les militaires viennent de Khabarosvk, mais ne sont pourtant pas bien préparés à la dureté du travail dans la forêt sibérienne. L'aide providentielle leur arrive de manière inattendue, lors qu'un chasseur isolé se présente à leur rencontre, un tout petit bonhomme sans âge, nommé Dersou Ouzala. Les russes ont besoin de l'aide de quelqu'un qui connait bien la forêt, et Dersou , seul depuis la mort de sa famille, a besoin de contact humain. Le capitaine le prend en sympathie et le recrute comme guide. Au fil des jours, il découvre la vie quotidienne d'un chasseur, et se prend d'admiration pour ce courageux chasseur, si bien adapté à son milieu naturel.
Au point que lorsqu'on lui propose d'aller vivre en ville, Dersou refuse: qu'y faire? on ne peut pas chasser là bas.
Lorsque la troupe russe revient quelques années plus tard, ils retrouvent Dersou et leurs explorations communes reprennent. Mais le chasseur se fait vieux, sa vue baisse, comment continuer à vivre dans un lieu où la survit dépend de l'aptitude à voir le gibier, ou les prédateurs de loin?

Et, c'est tout, le quotidien en milieu hostile, et l'improbable histoire d'amitié entre deux personnes très différentes: Arséniev, captaine de la troupe russe, et Dersou, le vieux chasseur sibérien qui parle un russe pour le moins aléatoire... Mais les deux se comprennent, et le film prend le temps de développer leur lien d'amitié, de montrer par petites touche la culture sibérienne chamanique. Dersou ne se sent pas trop seul dans la forêt, car il voit des " gens" partout: les esprits des arbres, du feu, des animaux...

Mais que ce film est beau: plastiquement par ses plans larges, par son propos sur l'amitié et la tolérance, sur le respect de la nature par le personnage titre, qui est râleur mais incroyablement sympathique.


L'acteur, Maksim Mounzouk est excellent dan le rôle titre, et Iouri Solomine, qui tient le rôle du capitaine est très bon aussi ( et toujours vivant au moment où j'écris). Leur duo est parfait et ultra crédible.

Et toute cette histoire s'est réellement passée, le vieux chasseur a existé et a été immortalisé dans les écrits de Vladimir Arséniev, dont le sort, comme celui de sa famille, à l'époque stalinienne a été tragique. Il faudra un jour que je lise ces récits.

En tout cas le film est visible ci-dessous et en VOST fr ( même si ce n'est pas du japonais que vous y entendrez!)

mais quand même, l'affiche japonaise

Partie 1

Partie 2

Une très chouette pause cinéma dans mon programme de révisions,  qui me permet en plus du mois japonais, de valider dans le défi cinéma " film sur l'amitié"

dimanche 30 octobre 2022

Les chroniques de Viy 2 (2018)

 Et puisque Halloween approche, ben.. la suite!. Continuons donc à élucider les mystères de la sombre forêt de Dikanka dans le sillage du malchanceux Nikolaï Gogol. Et c'est ici que ça se passe.

Film 2 et episodes 3 et 4, .. ce que j'avais supposé se confirme, chaque partie brode sur une des nouvelles des "Veillées du hameau près de Dikanka" ou de "Mirogorod" un autre recueil. Ici , la nuit de la Saint Jean, transposée en automne pour la première partie et Viy pour la seconde.

Film2: Viy en VO, le chasseur de démon en vf ( personnage qui n'apparait en fait que très brièvement!)



[Mini spoiler] Guro ayant été mis de manière inattendue sur la touche par le scénario au cours du premier film, et je ne sais toujours pas s'il doit revenir par la suite. Et ce alors qu'il s'agit d'un personnage central dont le rôle est tenu par une vraie vedette[/ spoiler], Nikolaï doit cette fois enquêter seul, flanqué d'une équipe improbable composée du Dr Bomgart, alcoolique qui n'opère plus depuis qu'il a malencontreusement tué un patient, et voit dans cette situation une manière de sortir de sa léthargie.. qui le conduit à boire plus; Vakula le forgeron-dessinateur taillé comme une armoire à glace vêtué d'un pull qui ressemble vaguement à une côte de mailles et coiffé comme un chevalier médiéval; et Tessak, l'aide peureux et supersitieux d' Alexandr Binkh, chef orgueilleux de la police locale.
Dès le premier film, Binkh détestait par principe les citadins venus lui apprendre son métier, ou plutôt l'obliger à le faire sérieusement au lieu de clore les enquêtes au plus vite pour retourner glander.
Or Binkh, déjà méfiant, voyant Nikolaï discuter "seul" dans la forêt lors d'une battue organisée pour retrouyver une nouvelle paysanne portée disparue, suppose évidemment qu'il a affaire à un dinguo. Voire un complice du criminel ( heu.. les crimes ont commencé 30 ans auparavant, il en a 28, c'est quand même compliqué d'être le complice d'un criminel qui sévit depuis avant votre naissance)

Or double problème, car Niko ( attention invraisemblance, il n'était pas célèbre pour avoir fait quantité de conquêtes, plutôt pour avoir passé son temps en délires mystiques et religieux assez peu compatibles avec une vie de patachon) se trouve prix entre 2 feux, ou plutôt deux femmes: Lisa, la châtelaine du coin, qui est une admiratrice: elle a lu son premier livre et le trouve talentueux. Mais Lisa est très mariée!
Et Oksana, fantôme-sorcière ou sorcière-fantôme, noyée une trentaine d'années plus tôt* et qui en pince pour lui au point d'aller aussi hanter Lisa ( c'est rassurant, puisq'uelle aussi la voir. Ou pas, puisqu'elle se pense qu'il l'a containé avec ses visions). Mais Oksana est très morte!
Il a cependant besoin de son aide, puisqu'étant entre deux mondes elle peut lui expliquer comment maîtriser ce don, apparemment lié à une maladie dont il a souffert dans son enfance.
En tout cas c'est ce qui le prédispose à voir les démons, sorcières et autres créatures fantastiques. Pas de chance, le patelin de Dikanka  pourrait être jumelé avec Sunnydale, parce que visiblement, il se trouve aussi sur une bouche des enfers!

Et cette fois le ptit clin  d'oeil rigolo dans la 2 partie, c'est une type au nez bandé.. un peu comme s'il cachait que son nez  était parti se promener ( le Nez, comme le manteau mentionné incidemment dans le premier film, ne fait pas partie des Nouvelles de Dikanka, mais des Nouvelles péterbourgoises, mais ça fait quand même plaisir de le voir) et un autre à Sauron et à nouveau Sleepy Hollow ( visiblement le réalisateur a kiffé le Seigneur des anneaux et le film de Burton et se fait plaisir de les citer régulièrement. Et peut être même un petit peu The Walking Dead vers la fin)
Bon aller, si je me suis marrée pour le côté " Boss final " de Viy le démon, et je pense que c'est totalement volontaire. Le Russie doit bien être le seul pays qui produit un film destiné à un public qui connait le ciné fantastique et les jeux vidéos, mais aussi la littérature classique, ça m'éclate. Allez, peut-être la Chine et l'Inde qui doivent aussi mélanger ces genres. J'attends que la France nous mélange le Roman de la Momie avec Tomb Raider, ça pourrait être marrant.

Dommage cette seconde partie est un peu moins drôle et un peu plus orientée " action", mais, même si ce n'est pas le film du siècle, ça fait plaisir de voir du fantastique autre qu'américain, et avec de vraies trognes patibulaires, mais presques! Les nanas ne sont pas toutes jolies ( même si les sorcières le sont, quand même, il faut ce qu'il faut), et il y a une plus grande proportin de "moches", hommes comme femmes, que dans la moyenne des films américains, et pas seulement les perosnnages mauvais, ça fait moins standardisé et ça fait plaisir!
Mais oui, j'ai quand même envie de savoir la fin et comment notre héros (et un héros ouvertement fragile et vulnérable dans ce genre de cinéma, c'est toujours bon à prendre).. même si l'autre larron me manque et que j'espère le voir revenir dans la 3° partie.
Eh.. il faut savoir qui est le cavalier, ou en tout cas, la personne qui l'a invoqué lui et Viy ( le film sème des pistes, mais je suis prête à prendre le pari que c'est pour mieux nous égarer. J'ai une deuxième et une troisième théorie, on verra laquelle est la bonne)

* De fait, c'est plutôt une roussalka, un démon des eaux dont le loisir principal est de noyer les gens qui s'approchent trop près de leur rivière.

Donc pour l'instant on a eu l'apparition indirecte du nez et du manteau, et bien plus directe de la foire de Sorotchinsy, la noyée, la nuit d'Ivan Kupala, la nuit avant Noël, Viy..  allez, à l'occasion , il faudra que je lise celles que je n'ai pas lues, hein!
bonus hors catégories, mais il s'agit de la suite.


Fantômes, esprits des eaux, sorcières, sacrifice humain, démon... j'ai une quine!



lundi 6 juin 2022

Leto ( film 2018)

 Difficile de trouver du temps pour regarder des films depuis quelques semaines.

Mais les vacances approchent, et je vais pouvoir peu à peu rattraper mon retard de visionnage.

Donc, nouveau film russe dans la liste , Leto de Kirill Serebbrennikov. Je n'avais pas pu le voir à sa sortie ( j'étais en Belgique, il a avait été présenté en VO un seul jour, un lundi dans l'après midi dans le cadre d'un festival, et j'avais cours à cette heure là...)
Pour ceux qui sont tentés,, il est visible gratuitement sur le site d'ARTE, jusqu'au 28 juin 2022. visionnable en VF, ou VOSTfr ici 

Après il faudra aller le voir en VOD sur universciné, ici 


Ce film raconte les débuts et l'accès à la notoriété de Viktor Tsoï et de son groupe de rock " Kino", à Leningrad dans les années 80, avec l'appui de Mikhaïl " Mike" Naoumenko, chanteur et guitariste du groupe " zoopark", un autre groupe majeur de l'époque. Mike est un musiqien aguerri, chanteur et guitariste mais qui pour survivre pratique aussi un autre métier: gardien d'usine. Il traduit aussi des paroles de chansons de Bowie, Blondie, Lou reed, le Velvet underground , les Sex Pistols, les stooges, les Rolling stones.. en russe, pour que son groupe ou d'autres puisse les interpréter ( ce qui serait maintenant considéré comme du plagiat, mais a été le seul moyen de faire découvrir le rock au public soviétique, de manière détournée. Il est aussi illustrateur et le soir copie les pochettes d'album en dessisn, puisqu'il faut bien que ces réinterprétations aient des jaquettes. a une autre moment, on verra Tsoï vendre des affiches, c'est à dire des dessins qu'il a fait, des copies de posters représentant les vedettes internationales, telles que Marc Bolan, dont il est impossible de trouver des posters en URSS.
au moment où commence le film, Mike est un peu en panne d'inspiration, la rencontre avec viktro et Liona, les deux membres fondateurs du futur groupe Kino, va lui donenr une idée: ces deux là ont un talent certain, une envie de composer du rock authentiquement russe, mais n'ont pas encore trouvé leur style. Mike peut ajouter à ses multiples activités celle de mentor et producteur, et aider à lancer leur carrière. Et c'est cette histoire qui va être racontée.

Tsoï est encore, plus de 30 ans après sa mort, immensément populaire dans les pays russophones. On peut sans problème le considérer comme le symbole du rock soviétique.
Et lorsqu'on étudie le russe , impossible de passer, à côté, il y aura forcément un moment où on se retrouvera à écouter les chansons de Kino. Autant dire qu'avec le statut de superstar du chanteur, un tel film biographique était attendu au tournant.
Et c'est moins au final une vraie biographie des début de Tsoï et Kino qu'un portrait global de la scène rock et alternative russe des années 1980, des aspirations au changement ( et d'ailleurs " changement" sera l'un des titres phares de Kino)

Et la suprise sympa pour moi a été de revoir dans un petit rôle (en durée) mais marquant, l'excellent Alexandre Kuznetsov découvert dans Лучше, чем люди, où je l'avais trouvé vraiment au dessus du lot.
Ici il joue le rôle du " Sceptique", le narrateur en quelque sorte. Qui lorsque le film part dans l'esthétique clip et la fantaisie, vient 
commenter que l'acteur principal " n'est pas ressemblant" ou nous dire que  "Ca ne s'est pas passé comme ça... mais on aurait bien aimé" . Or qu'est-ce qui ne s'est pas passé comme ça? Par exemple , un concert rock où les spectateurs auraent simplement pu se lever, taper des mains, taper des pieds, chanter ensemble. Une bagarre dans un train, entre les punks et les rockers d'un côté et les  bons communistes de la génération d'avant les accusant d'antipatriotisme pour avoir chanté une chanson des Sex Pistol ou de Lou Reed. Ce personnage là vient donc nous rappeller que la réalité de la jeunesse rock en URSS en 1980, ce n'est pas la réalité de la jeunesse rock occidentale de la même époque.

Tout doit être approuvé par un comité qui valide les textes ( qui pour les auteurs à les faire passer pour des textes satiriques, raillant la jeunesse désoeuvrée, quand le vrai sens est plutôt la jeunesse raillant un système politique sclérosé qui les limite au désoeuvrement et à l'inaction en les empêchant de s'exprimer. Mais qui en 1980 aurait seulement pu imaginer que 10 ans plus tard, ce système là volerait en éclat, pas toujours avec des effets positifs d'ailleurs. Le dégel a amené la liberté de parole et la disparition de la censure, mais les effets pervers de la libéralisation de sont aussi faits sentir au niveau économique ( corruption à grande échelle, apparition des oligarques...). Les concerts rocks sont proprets, on s'y assoit bien sagement, brandir une banderole à la gloire du groupe est considéré comme du hooliganisme, il y a un service de sécurité qui veille à ce que la bienséance soit respectée...
On est dans un pays où certaines denrées sont si compliquées à trouvée, qu'une femme peut acheter une tasse de café avec le café dedans à un type qui tient un stand sur une foire aux disques, et ramener en tram la tassse pleine de café qui refoidit, dont elle renverse la moitié dans les transports, à son mari pour lui en faire cadeau, parce qu'il aime le café corsé et que c'est hyper difficile à trouver. Une société où on habite encore dans des appartements communautraires, où tout le monde se rassemble dans la cuisine pour écouter un concert improvisé, pendant que les enfants sont gardés par une voisine.

Le film n'est pas parfait, son esthétique n'a pas mis tout le monde d'accord, certains passages sont un peu longs, mais globablement je l'ai bien aimé. J'ai trouvé les rajouts d'illustrations dans l'image - on aime ou on n'aime pas -utilisés de manière intéressante et pertinente, et suivis en général du commentaire du Sceptique  "tout ça évidemment , ne s'est jamais passé comme ça" ou " on aurait bien voulu".. ce qui rappelle que oui les gens auraient bien voulu agir de manière spontanée, plus libre, voire carrément désordonnée, être punks, se rebeller contre le système.. mais que ça n'était pas possible aussi facilement que d'incruster des dessins dans une image.
Mais que la volonté était quand même là en germe ( des passages où les quidame lambda va commencer à citer en anglais, avec un accent parfois à couper au couteau, des textes de Lou Reed, Bowie ou Iggy Pop... qui pour moi, indiquent la portée universelle de la musique et des aspirations auxquelles elle correspond, mais aussi au fait que quoi qu'on fasse, la cuture rock arrivera tôt ou tard et s'incrustera même malgré les plus rétifs des quidams.)
Le film a d'ailleurs gagné le prix de la meilleure bande son au festival de Cannes, et je confirme, c'est un plaisir à entendre.
J'ai aussi trouvé intéressant d'avoir glissé des allusion au destin de Tsoï: Mike veut qu'il enregistre rapidement: ce gars à la voix si étrange est un ovni, et on ne sait pas ce qui pourrait arriver: arrêter sa carrière pour travailler, se marier et avoir des enfants, être mobilisé en Afghanistan, avoir un accident...
il s'est effectivement marié et a eu un enfant (sans toutefois arrêter sa carrière), l'une de ses plus célèbres chansons parle de mobilisation forcée pour la guerre ( "j'ai mon groupe sanguin inscrit sur ma manche, souhaite- moi bonne chance, souhaite- moi ne pas rester couché sur l 'herbe) , et il est effectivement mort tragiquement jeune (28 ans) dans un accident de voiture.

Une autre chanson, plutôt folk, au titre étrange " concombres en aluminium" me semble parler de travail absurde dans les usines , ce genre de travail dont on disait qu'il était vital pour la patrie ( " je plante des concombres en aluminium dans un chant de bâches, trois sages tchouktches me disant sans cesse " le metal ne pousse pas , le jeune n'en vaut pas la chandelle, le résultat n'est que de la fatigue") Je pense que ces concombres poussent dans une usine d'armement...
Je ne connais pas Zoopark par contre, je vais donc m'y pencher aussi. Mike est lui aussi mort brutalement assez jeune (apparemment d'une hémorragie cérébrale, juste un an après son copain Viktor) et c'est un petit détail assez triste à la fin du film: présenter le premier concert de Kino, avec Mike dans le public, et incruster à côté des deux principaux personnages leurs dates de mort, moins de 10 ans plus tard.

Film avec une chanson que j'aime ( plein en fait)

 

jeudi 10 février 2022

Les voiles écarlates ( film 1961)

Nouveau film russe, enfin, soviétique, célébrissime en Russie, mais totalement inconnu en France.


Tiré d'une nouvelle d'Alexandre Grine (Grinievski), auteur du début du XX° siècle, le film est devenu culte, et a donné son titre à.. la fête de fin d'années  d'études et des nouveaux diplômés de Saint Pétersbourg. Le 25 juin, la ville organise une énorme fête, avec son et lumière, pyrotechnie, concerts géants, pour fêter les nouveaux diplomés, le clou du spectacle est l'arrivée dans le port historique de Saint Petersbourg d'un bateau à voiles, doté donc de voiles rouges, symbole des rêves qui se réalisent, d'aventure ( ta nouvelle vie commence après ton diplôme)


La française que je suis a envie d'ironiser sur le fait que tu peux rêver d'aller au Pôle Nord ou au Pôle Sud, mais en fait, ta première destination sera le Pôle emploi). Mais il faut reconnaître qu'ils y mettent le paquet. En temps normal, hein depuis le covid c'est différent, l'an dernier le spectacle a bien eu lieu mais sans spectateurs, il a été retransmis en vidéo.

Or dans la nouvelle comme dans le film, pas de jeunes diplômés pourtant. C'est un mélage entre film d'aventure de pirates et .. la belle au bois dormant. Oui, c'est curieux, dit commme ça.

Tout commence lorsqu'une marin parti pendant de long mois revient dans son village. Il apprend que sa femme est morte. Acculée par la misère, elle s'est retrouvée face à un choix: accorder ses faveurs à l'aubergiste et obtenir de la nourriture, ou rester fidèle à son mari et chercher une autre solution. Partie vendre les rares bijoux qu'elle avait, en plein hiver, elle meurt rapidement de pneumonie. Le marin doit a présent rester à terre pour s'occuper de sa fille, bizarrement prénommée Assol ( ne cherchez pas, ce n'est pas un prénom russe, d'ailleurs on ne sait pas trop où se passe cette histoire, dans un pays imaginaire, comme souvent).
Il doit renoncer à son métier et sa passion de la mer pour subvenir à leurs besoin, et fabrique des maquettes de bâteau qu'il tente de vendre dans la petite ville proche. Lorsqu'il a l'occasion de porter secour à l'aubergiste qui se noie sous ses yeux, bien évidemment, il s'empresse de laisser couler celui qu'il rend responsable de sa femme.
Commencent donc les problèmes pour Assol: mise de côté par les autres enfants " passque ton père, ben on dit que c'est un meurtrier!", elle se renferme sur elle-même , n'a plus d'amis que parmi les gens de la génération de ses parents, devient la fille bizarre qui vend des maquettes avec son père.


Et un jour, en se rendant à la ville, elle rencontre un conteur, qui voyant cette toute petite fille en train de perdre sa joie de vivre, lui raconte une histoire fantastique: certes sa vie actuelle n'est pas simple et ça va continer encore quelques temps, mais si elle y croit, si elle se raccroche à ses rêves, un jour elle vivra une vie merveilleuse pleine d'aventures: un bateau blanc aux voiles rouges viendra la chercher elle et son père et ils partiront avec leurs nouveaux amis les marins pour de lointains horizons. et évidemment, lorsqu'elle raconte ça a son père, des oreilles et des langues qui traînent on vite fait de propager l'histoire.  Qu'une gamine croit à ce genre de fable passe encore, mais plus les années passent, plus elle s'entête à attendre "son" bateau. Devenue jeune adulte, elle n'est plus seulement "la fille bizarre" mais carrément la zinzin, la folle du village.

En parallèle de l'histoire d'Assol, quelque part, mais très loin, dans une très loin qui ressemble à l'angleterre, vit Arthur, dans un château avec une famille très riche, des dosmestiques, des précepteurs. Arthur s'ennuie ferme à devoir apprendre des choses qui l'ennuient, et devoir poser pour des portraits de famille..
Arthur "petit lord Fauntleroy" qui veut littéralement qu'on le laisse mener sa barque comme il l'entend

Lui ce qu'il veut c'est partir à l'aventure, sur la mer, avoir son bateau et devenir capitaine. Devenu jeune adulte, lui aussi, n'a jamais abandonné et va saisir la première occasion de paertir pour s'engager comme mousse et grimper les échelons. Il fait tellement bien même dans son métier de rêve qu'il se voit confier le rôle de capitaine lorsque son chef part en retraite.


La suite on la devine...
Le capitaine Arthur, pris pour un pirate à la capitale, prend le large à tous les sens du terme, et son bateau et lui arrivent dans la petie ville où vit Assol. Mais comme elle travaille toute la nuit à ses maquettes, ils ne se rencontrent pas non. En se promenant sur la berge, il la trouve endormie au pied d'un arbre... et coup de foudre,bague au doigt, etc..de la fille qui dort profondément et est bien étonnée d'avoir un nouveau bijou à son réveil. 99% des gens dans la misère se seraient empressés d'aller la revendre pour.. ben ...manger? Mais pas elle, non, elle y croit, c'est un signe que son rêve est tout prêt de se réaliser.
Toute ressemblance avec une célèbre histoire n'est pas fortuite.
Et Arthur est beaucoup plus digne que n'importe quel prince de contes, il ne se permet pas de tripoter ou rouler un patin à une femme endormie, préférant qu'elle soit pleinement consciente

Entretemps l'ami Arthur, qui se demande quand même un peu a qui il a bien pu faire une demande en mariage sans même qu'elle ne le sache, s'enquiert discrètement auprès des villageois " ha, en me promenant, j'ai vu heu.. une drôle de fille qui dormait sur la berge, qui est-ce?" " ha ça c'est sûrement Assol-la-folle, elle est gentille mais timbrée cette nana, figurez vous que depuis son enfance, blablabla.."
Juste quelques mots de l'acteur Vassily Lanovoï, acteur de théâtre en premier lieu qui a eu une popularité incroyable en URSS, classé ici parmi les 10 sex-symbols de l'époque soviétique, tant pour sa bonne tête, que pour sa spécialisation en rôles héroïques.
Il est malheureusement mort il y a à peine plus d'un an du coronavirus.

Arthur sait maintenant comment il va pouvoir entrer en contact avec elle, tout en donnant l'impression d'être le prince charmant qui arrive sur son cheval, enfin son bateau ( tout en s'assurant que le refus est impossible, puisque c'est ce qu'elle attend depuis toujours!): il va se sentir une vocation de réaliseur de rêves et achête tout ce qu'il trouve de tissus rouge pour en faire des voiles. Et revient quelques temps plus tard remarqué de tous, tel un frimeur dans sa Ferrari au klaxon qui joue la cucaracha. J'exagère à peine: le gars fait monter un orchestre sur son bateau pour arriver , littéralement, en fanfare, afin que tous voient que oui, "les miracles peuvent se réaliser.." Et hop petite morale soviétique " peuvent se réaliser, oui mais seulement si on met tous ses efforts pour les réaliser".
Ouf c'est un peu moins naïf que " si on y croit"

Ca peut paraître un peu culcul-la-praline comme histoire, et effectivement, ça l'est un peut, mais ce détail de se bouger les fesses pour obtenir ce qu'on veut change pas mal les choses. Oui il y a le côté belle au bois dormant, mais l'héroïne de fait est une bosseuse qui trime pour se nourrir. Le héros n'est pas un simple opportuniste, il a fermement décidé de suivre la voie qui lui convenait n'en déplaise aux parents, et a trimé pour obtenir ce qu'il voulait.
L'histoire d'amour un peu cliché, avec l'inévitable gars raide dingue d'une fille à laquelle il n'a jamais adressé la parole, est finalement secondaire face aux notions d'espoir et de ténacité, et du fait qu'on doit prendre une part active à sa propre vie. Donc une conclusion inverse de la belle au bois dormant à laquelle il y a pourtant une évidente référence. Et rien que ça, ça donne un côté sympathique au film.

pour le voir, c'est par ici, je n'ai pas mieux à vous fournir qu'une version avec sous-titres en anglais, et je ne sais pas ce qu'ils valent ( réellement faits par quelqu'un ou générés automatiquement, vu que ce n'est pas précisié, il y a des chances qu'il y ait réellement eu un humain vivant pour s'en charger)
le film, vost anglais disponible

Catégorie "l'affiche est jolie"
(et donne envie de voyager)





vendredi 4 février 2022

Coeur de chien ( film 1988)

Et un autre film, vu dans le cadre du cours de littérature russe.
Et en VO et sans sous-titres, s'il vous plait! Etje suis ravie de vouis dire que , si je n'ai pas compris 100% des dialogues, j'ai quand même pu suivre l'intrigue sans problème ( j'ai d'ailleurs le livre aussi à lire, à l'occasion). La progression commence à se faire sentir, au niveau ou je suis ce n'est plus jour après jour, mais plutôt à l'échelle de 6 mois ou un an que je peux constater quelque chose.

Il s'agit d'une adaptation très fidèle du récit " coeur de chien" de Mikhaïl Boulgakov,  écrit en 1925 et publié en 1987 en URSS, il a fallu attendre le dégel et la fin de la censure.
Le film date de 1988, et est en noir et blanc, pour coller au style du cinéma.. des années 1920, époque de l'intrigue.


C'est une variation sur le thème de la science et de la manipulation de la nature par l'homme, en même temps qu'une farce sociale qui brocarde la politique de son époque et le pouvoir soviétique ( d'où la censure, bien évidemment, Boulgakov était un "blanc".  L'idée générale rappelle un peu Frankenstein ou L'île du docteur Moreau.

A Moscou , dans les années 1920, le professeur Preobrajenski, chirurgien renommé et homme de la haute société, vous son univers s'effriter. La belle demeure où il habite et exerce a été réquisitionnée en partie pour créer des apparetement communautaires et il a donc régulièrement maille à partir avec le nouveau comité  qui s'occupe des logements, qui veut réquisitionner une partie de son logement pour y polacer un camarade. Pensez, il a 7 pièces à sa disposition, qui lui servent  de logement et de cabinet médical, il pourrait au moins être un bon soviétique et en céder une! Par cahnce, son talent médical fait qu'il est également le médecin attitré des très hauts pontes du parti, donc s'il n'échappe pas aux tracasseries administratives, il a quand même la possibilité d'éviter la réquisition.
D'autre part, il voit se succéder dans son cabinet des patients vieillisants qui n'acceptent pas de prendre de l'âge et veulent absolument rajeunir ( un défilé digne de ceux du docteur Knock!). Preobrajenski a alors une idée: pour lui l'hypophyse est la clef du vieillissement et il y a peut être possibilité d'intervenir et de manipuler cette glande pour inverser le processus. Il décide donc de tenter la chose avec la bien involontaire collaboration de Charik ( "boule de poils"), chien errant à l'article de la mort qu'il recueil et à qui il décide de greffer l'hypophyse d'un homme récemment décédé, musicien de cabaret de son vivant.

Contre toute attente, la greffe fonctionne, Charik ne meurt pas, et de manière inattendue se transforme en humain. Un humain qui va combiner les défauts du chien ( opportuniste, faignant, voleur) et de l'humain dont il a hérité d'un bout de cerveau ( tendance à l'alcoolisme, à la drague, sans-gêne) mais aussi les qualités: il apprend à parler et à raisonner en un temps record, faisant remarquer avec pertinence que puisqu'il n'a pas demandé à être le sujet de l'expérience, le professeur a une responsabilité envers lui. Il développe une conscience politique.. socialiste au grand dam du professeur, et réclame à avoir une identité, avec prénom, patronyme et surnom. Il retrouve également ses compétences humaines, la joie de jouer de la balalaïka...

cette scène est passionnante, Charik- humain, d'abord terrifié d'être exposé comme une résultat d'expérience doté d'un esprit assez rustre ( rapellez vous comment on montrait les représentant de peuples éloignés en europe au début du XX° siècle), doit faire montre de ses "nouvelles compétences".
De fait, il tourne la chose à son avantge, redevenant aux yeux de tous le musicien dont il a hérité d'un bout de cerveau. Même une " brute" est capable de sensibilité artistique... ce qui fait tomber le professeur dans les pommes, lorsqu'il comprend à quel point cette réussite scientifique est un échec ethique. que Charik lui-même ne se prive pas de commenter.



De fait Charik, ne peut plus être considéré comme un chien, c'est bel et bien un humain. On ne peut plus arrêter l'expérience et le sacrifier comme un animal de laboratoire, ça deviendrait un meurtre.
Et la situation est donc exactement celle qu'il voulait éviter: il se retrouve avec une graine de communiste qui squatte chez lui, se fait nourrir et réclame des droits ( auxquels il peut légitiment prétendre)

Il y a quelque chose d'intéressant: en russe comme en français le chien est ambivalent, traiter quelqu'un de chien, c'est mettre en avant la bassesse, la servilité . Mais c'est aussi le meilleur ami, fidèle. Le titre est aussi ambigu dans les deux langues : le coeur de chien, c'est à la fois le traitre, prêt à n'importe quelle bassesse pour un susucre, mais aussi la fidélité absolue, voire aveugle. Le chien qui revient vers son maître même quand celui-ci le maltraîte.. Replacez ça dans un contexte politique, et vous comprenez le pourquoi de la censure.

J'ai beaucoup aimé ce film, je pense que je vais aussi beaucoup aimer le roman d'ailleurs, un peu science-fiction, un peu farce grotesque, avec une vraie réflexion philosophique sur la politique, l'éthique scientifique... j'ai comme l'impression que l'idée générale est que comme le professeur qui mène une expérience scientifique, barbare, le propos est que tout le pouvoir communiste est une expérience sociologique ratée ( et en 1928, il faut penser que le pire était encore à venir)

Et impossible malgré tout de détester Charik, bien que ce soit un (lou)loubard, il a l'art pour témoigner d'une sensibilité humaine.
Impossible de détester non plus le professeur, bien qu'il joue à l'apprenti sorcier. Il a des défauts, est orgueulleux et aime l'argent, mais contrairement à Frankenstein ou Moreau, il a une éthique qui fait qu'il assume sa responsabilité envers sa créature, et refuse de l'assassiner.
L'infirmière et la cusinière sont impuissantes face à cette situation et ne peuvent rien changer. Il n'y a que l'assistant et les gens du comité qui soient plus négatifs que positifs, mais c'est la grande force du film ( et je suppose du texte de Boulgakov): dans cette ambiance en noir et blanc, personne n'est entièrement noir ou entièrement blanc, et c'est beaucoup plus crédible et intéressant. Evgueny Evsigneiev, qui tient le rôle du professeur est vraiment excellent, acteur de théâtre, et ça se sent.
Vous pouvez voir le film ici (en VO sans sous titres) je sais, ça n'aide pas. Mais il a été sous-titré en français et est disponible en DVD.

Tout le début est brillant, en voix off, filmé à hauteur de chien, c'est le monde vu et commenté par Charik, encore chien errant sur ses quatre pattes, qui se demande bien ce qu'il a fait pour mériter une telle chienne de vie. Où seules deux personnes vont lui manifester un peu de compassion, sous forme de nourriture: la dame qui va au cinéma, et le professeur Preobrajenski ( même s'il finit par l'utiliser comme cobaye, il ne le laisse pas mourir de faim dans la neige)
un acteur 100% dans son rôle, Karaï, policier de profession :)
Comment de pas craquer face à cette bonne bouille!

Pour l'anecdote, je vois que pour lui donner l'air miteux et mouillé d'un chien errant, il avait eu le pelage tartiné de gélatine, pas besoin de le faire se geler dans la neige, rassurez-vous il n'a pas été frigorifié pour les besoins du film

ah, et la question que vous vous posez, est ce-ce que le chien meurt?

Spoiler : non. Le professeur a pitié de lui et inverse le processus, le chein redevient ce qu'il n'aurait jamais du cesser d'être, un toutou sur 4 pattes, Et il ne retournera pas à la rue, mais restera vivre sa vie de chien chez le professeur / spoiler



catégorie film en noir et blanc ( même s'il est de 1988)

dimanche 21 juin 2020

fête de la musique - musique russe du XX°siècle

toujours dans la thématique de mes études..
En fait, récemment une agence de voyages a proposé cette liste d'oeuvres du XX° siècle sur les réseaux sociaux, j'en connais certaines, d'autres pas, donc...

Allons y pour la playlist, que je vais compléter avec mes choix, puisque cette année la fête de la Musique se fera à la maison.


Il y en a donc 12, uniquement orchestrales, donc je vais faire pareil et ne pas intégrer d'oeuvres chantées (opéras ou chansons)
Techniquement, Tchaïkovski n'est pas du XX°siècle, donc je vais le garder à part et le compléter par d'autres morceaux du XIX°.

Autre bonne raison pour l'isoler, il est très connu du grand public ( le lac des cygnes, quand même. D'ailleurs j'ai prévu de parler à une autre occasion de ces oeuvres là..), les autres le sont beaucoup moins.
Désolée Piotr, je ne te sélectionne pas, mais tu sera la tête d'affiche du sujet suivant.

Dans les 3 qui restent, je connais et apprécie particulièrement Scriabine, mais.. pas forcément ces oeuvres là

Je vais donc ajouter aux 9 morceaux restants 6 choix personnels, de ces compositeurs ou d'autres,  pour faire une décente playlist de 15 / 18 titres.

Scriabine: il n'est pas très connu du grand public européen, et sa musique est très variée car il a évolué du romantisme vers un style précurseur du dodécaphonisme et de la musique contemporaine,et aurait continué à explorer des choses s'il n'était pas mort )4" ans.
Deux particularités,
il a eu, à un moment de sa vie, un problème à la main droite et ne pouvant plus jouer de piano normalement, il a donc composé ce qu'il ne trouvait pas, des morceaux pour main gauche seule, afin de pouvoir continuer à jouer le temps que son autre main guérisse.
Et, il était synesthète et associait les tonalités et les couleurs ( do majeur = rouge, ré majeur = jaune, mi majeur = blanc, etc...).il avait prévu tout un système d'éclairages pour son oeuvre Prométhée, et est donc un pionnier du spectacle "son et lumière"..qu'il n'a pas pu réaliser tel qu'il l'imaginait, car les moyens techniques étaient trop limités.

Concerto Sonate n°2 (petite correction l'opus 19 est une sonate et pas un concerto).On est encore dans la veine un peu romantique / impressionniste de Scriabine. C'est probablement plus accessible aux novices que ses oeuvres plus tardives.
(5 dièses à la clef et des altérations accidentelles!)

Prométhée "le poème du feu" ( avec l'éclairage tel que le compositeur l'avait pensé.Il y a des explications d'abord, le concert commence à 10 minutes. je plains les instrumentistes d'avoir du jouer dans une pénombre bleutée, bonjour la galère)

Symphonie n°3 " Le divin poème"

Et les ajouts: Prélude pour la main gauche ( et on sent que ça lui causait du souci)

"Vers la flamme"( titre original en français). Si Vladimir Horowitz lui-même estime que c'est un morceau difficile, je veux bien le croire! Et ça sonne presque jazz par moments...


Rachmaninov: Un compositeur que je connais très peu, ce qui n'est pas étonnant car il a surtout composé pour piano seul, et ce n'est pas ce que je préfère.
Je sais seulement que sa musique contient beaucoup de gammes, arpèges qui ne cessent de monter et descendre.. un peu comme chez Liszt Parfois, mais , je ne sais pas pourquoi, j'aime beaucoup Liszt , mais Rachmaninov ne m'attire pas plus que ça. En tout cas, beaucoup moins que Scriabine.
Concerto N°2

et le concerto n°3 confirme: ce n'est pas vraiment mon truc.

Prélude n°2: il est un peu plus connu, en tout cas de moi. Par contre là j'aime bien l'introduction en accords bien graves, et les dissonances.




Prokofiev
Concerto n°1:j'adore. C'est assez primesautier et bondissant, on dirait de la musique de film (et le compositeur a souvent composé pour le cinéma justement)
Concerto Sonate n°7: Là encore, banco. Ca m'évoque bien le style de l'amour des trois oranges" du même Prokofiev. Je trouve que cette musique a un côté humoristique pas déplaisant du tout ( voilà.. Rachmaninov est bien trop sérieux pour moi)

Concerto pour violon: oui! enfin un autre instrument que le piano. Pas de chance, c'est du violon, et j'ai beaucoup de mal avec cet instrument ( en fait, j'ai une hyperacousie qui me rend les sons aigus très douloureux à entendre.donc le violon, la flûte, le piccolo, le celesta sont des instruments de torture pour moi. Alors que l'alto ou la flûte alto,juste un peu plus graves, me conviennent bien) Les instruments aigus passent quand ils sont dans l'orchestre


Je suis obligée de re-citer Pierre et le loup, sans lui je n'aurais pas choisi des années après de jouer du basson.

La suite du Lieutenant Kijé, il y a encore quelques passages très connus (la troïka, la romance).Et il faut absolument que je lise le texte d'origine qui est une satire sur la bureaucratie - par suite d'une erreur administrative le Lieutenant Kijé fait une brillante carrière dans l'armée.. alors qu'il n'existe pas!
La romance est devenue mondialement célèbre car c'est le thème qu'a repris Sting pour la chanson " Russians"


Il manque quand même des gens importants, je vais donc ajouter

Stravinsky

Ici l'Oiseau de feu s'impose. au moins pour sa "berceuse" extrêmement dure au basson ( enfin pour moi,dont l'instrument n'est pas professionnel et manque d'aménagements permettant de jouer dans le registre aigu en pianissimo.Les bassons, c'est comme une voiture: plus ils sont chers, plus il y a d'options de confort)

Pas très original, mais le sacre du printemps avec ses rythmes très marqués  et son introduction au basson ,est inévitable (et je pourrais dire la même chose que pour l'oiseau de feu)


Chostakovitch. Je vous épargnerai la valse de la "suite pour orchestre de variétés", trop connue.
Et je reviens sur le Clair ruisseau qui a été ma découverte de ce printemps. C'est un spectacle drôle, enlevé, mais aussi une musique très sympa.
Et si vous vous demandez pourquoi il y a un gars en robe longue qui ressort en premier lieu lorsque vous recherchez, il va falloir que vous regardiez le spectacle
Adagio:

Aram Katachtourian: on connait sa célébrissime danse des sabres, j'ai parlé de Spartacus, donc cette fois, c'est la symphonie n°1que je mets en avant, avec ses petites références à la musique de sa région natale ( Arménie)

Et.. allez, soyons fous, un billet XIX°siècle pour proposer les 3 oeuvres de Tchaïkovski et quelques uns de ses contemporains?

dimanche 17 mai 2020

encore un peu de danse...

Juste parce qu'en cherchant des extraits pour le précédent sujet, j'ai mentionné en passant le nom de Nikolai Tsiskaridze. Et que plus je découvre ce bonhomme et sa carrière, plus je suis époustouflée.
Apparemment, outre ses compétences manifestes dans son art, il est doté d'un solide sens de l'humour.. et d'une très grande gueule qui lui a plus d'une fois attiré des ennuis. Ceci dit, à plus de 45 ans, il a pris sa retraite de danseur, pour devenir directeur artistique de la principale académie de danse de Saint-Petersbourg.

Il ne me réconcilie pas avec les trucs ultra classiques*, ça ce serait une prouesse, mais dès que c'est plus moderne., j'apprécie, et je reconnais que ce gars-là était probablement parmi les meilleurs au monde quelque soit le style.
(*et je me demande encore ce qu'avait pris Hoffman lorsqu'il a imaginé la lutte entre un ustensile de cuisine et le roi des souris, et ce qu'avaient pris Tchaïkovski et Petitpa pour adapter cette histoire sur scène)

Hop, exemples en images:

La "Sylphide" du Clair Ruisseau - CF précédent sujet (son approche est celle du type, contraint de se déguiser en fille, mais qui savoure la bonne blague, et s'en amuse beaucoup).
J'apprécie les 2 interprétations, très différentes.
Et force est de constater qu'il y a un danseur Géorgien qui est plus jolie et féminine que je ne le serai jamais :D

Danse en sabots de "la fille mal gardée" ( oui oui, la vieille dame, c'est le même qui adore visiblement les rôles burlesques )

Bon, juste pour montrer quelque chose plus classique, sérieux ... et de gentil héros bien propret.
Il s'agit d'un spectacle intitulé la Fille du Pharaon. Je ne suis toujours pas fan de danse classique. Et la musique est tout sauf un minimum égyptienne. Par contre, pour le coup, l'ami Nikolaï avec ses cheveux très bruns et son teint hâlé est idéal pour incarner un égyptien ( bon, j'ai l'impression d'une adaptation en danse de la BD Papyrus).. et mazette, quel jeu de jambes!

Ou un extrait de Gisèle, ça passe parce que j'aime bien la musique d'A. Adam, assez sympa à jouer en orchestre, et que ça parle de fantômes. Je peux éventuellement envisager un jour de le regarder en entier.
A noter la danseuse, Svetlana Zarakhova, est celle précédemment présentée dans Spartacus, la courtisane sexy au bâton évocateur..
Curiosité: une adaptation dansée de la Leçon de Ionesco, musique de George Delerue. Beaucoup qui ne connaissent pas la pièce d'origine ont trouvé malsaine cette histoire criminelle et absurde. La bonne y est transformée en pianiste, mais son rôle est le même, le professeur par contre est bien plus jeune que sa version d'origine, et... disons plus séducteur, avec les yeux et les mains baladeurs. Et le mal aux dents de l'élève devient un mal aux pieds...Là pour le coup, il y a réellement besoin d'interprètes qui soient autant acteurs que danseurs. Tous les trois sont très bons.

Mais danse moderne + musique moderne + sujet inattendu, c'est peu de dire que j'aime beaucoup!

Et pour conclure, apothéose, solo:

En 15 minutes, sur une chorégraphie"caliente" de Roland Petit, le danseur doit interpréter José, Carmen, le toréro et le taureau, et à nouveau José.

Et d'une part, je le disais précédemment, à ce niveau, la danse équivaut à du sport professionnel. Et là, l'absence de décor, la chorégraphie très graphique et le costume ultra simple mettent en avant la condition physique d'athlète... et nom de mille dieux, profitez - en les filles, visuellement, rien à redire (ou certains gars aussi, après tout, vos préférences ne regardent que vous... on a des yeux c'est pour s'en servir!)

En plus, l'interprétation demande réellement une aisance et un lâcher-prise qu'on pouvait déjà voir dans le Clair Ruisseau. Ce type EST un caméléon:  un toréro frimeur, un taureau de combat, un prisonnier en fuite ou une Carmen séductrice et facétieuse.
Là, on est au delà de simplement admirer la plastique avantageuse d'un homme aux proportions parfaites... il a le truc qui fait la différence.
Probablement le fait de se foutre totalement que ce qu'il fait plaise ou non. A vous de juger.

D'autre part, j'aime beaucoup ce genre de chorégraphie, extrêmement précise, et au delà des sauts, entrechats, battements et jetés, ce qu'il fait vers 7'30 ( changer de pied tous les deux tours, avec fluidité et sans ralentir) me parait d'une difficulté sans nom, si je me souviens de mes lointaines années de danse moderne. Vraiment, des 15 minutes de chorégraphie, c'est ce qui m'impressionne le plus!

APARTE ( où je vais râler un peu sur les psychorigides)
Et à voir les commentaires Youtube, ça en perturbe certains et certaines:
1 et 2:" un homme n'a pas à danser Carmen, avec ces jambes musclées, ce n'est pas beau ", " ce genre de choses est affreux, ça trouble l'ordre des genres et des sexes" (oui oui, carrément, j'hésite entre la moquerie et la consternation),
3:"c'est une folle", " une chochotte".. et autres âneries de cet acabit.

1et 2: Heu, d'une part, vous avez vu les jambes des danseuses? question muscles, c'est kif-kif, d'autre part, les rôles travestis au théâtre et à l'opéra existent depuis toujours, c'est loin d'être nouveau pour XYZ raisons, c'était déjà le cas dans la Grèce antique. Et si vous êtes troublés, C'EST le but recherché ici. Je vous déconseille donc le chevalier à la rose, une femme déguisée en homme en drague une autre.

Mais autant les rôles travestis sont bien perçus quand ils sont ouvertement comiques, autant dès que ce n'est plus comique et qu'on joue sur l'ambiguïté ça pose souci à certains. On loue les talents d'acteur de quelqu'un pour lui reprocher... d'être trop bon acteur.
C'est peut-être eux qui devraient s'interroger sur leurs limites ... et ce qu'elles disent d'eux, bien plus que ce qu'elles disent de l'interprète.
Et de mon humble avis, son José n'est pas moins charmant et sensuel que sa Carmen.

Mais je ne suis pas quelqu'un qui a une vision claire de "ce que doit faire un homme/ une femme", et au contraire, voir une chorégraphie et un interprète qui jouent avec ces codes pour mieux les détourner et les faire voler en éclat, ça me fait plaisir.

D'autant que ces fameux codes, que certains semblent considérer absolus et gravé dans le marbre, sont toujours liés à un lieu et une époque, la mode masculine du XVI° siècle paraîtrait " chochotte " aux yeux de beaucoup.
Et la façon de danser qui synthétise le masculin et le féminin, on la trouve ailleurs et encore actuellement, sans que ça fasse débat. J'ai énormément pensé à Ragunath Manet, danseur indien qui pratique la danse classique et sacrée indienne, le Bharata Natyam. (écoutez l'interview, il explique qu'en Inde, danse, théâtre et musique sont trois facettes d'un seul et même art)
Et comme je suis plus souvent allée voir des spectacles de Bharata Natyam que de danse classique, ben, pour moi c'est absolument normal.

 Je dévie un peu, mais c'est l'occasion de mettre le doigt sur quelque chose qui mérite d'être pointé.

3: C'est un ou plutôt ce sont des rôles, mettez n'importe quel danseur de niveau similaire sur cette chorégraphie, ce sera dans la même veine. C'est un truc qui s'appelle "le théâtre", les amis...
Ah oui et z'avez vu, il mime aussi la corrida et une scène de meurtre/suicide, mais là, personne ne moufte ( donc évoquer la violence est acceptable, mais la suggestion et l'ambiguité ne le sont pas. Thanatos ok, mais Eros est persona non grata.)

Donc, il y a des gens, en 2020, qui ne savent pas faire la part, des choses entre la chorégraphie qui leur déplaît - et là, c'est juste une question de goûts et de couleurs -  et l'interprète, et font des attaques ad hominem. XXI°siècle, il y a encore du travail.

Je ne sais pas quelle est l'orientation de ce monsieur, mais il peut bien être un homme à femmes, un homme à hommes, un homme aux deux ou un ascète, je m'en contrebalance (Poésie).
Je vois un professionnel au top niveau, qui est d'une précision et d'une légèreté incroyables, reste dans son rôle même pendant les applaudissements, prend visiblement plaisir à être là et à faire ce qu'il fait... et se fout probablement complètement de l'avis des rageux. Et c'est splendide à voir.

Et pour la route, petite anecdote inspirante (pour moi) que j'ai apprise en cherchant des renseignements sur ce danseur:
En 2004, lors d'une tournée en France, catastrophe. Nikolaï, alors vedette du spectacle, a été victime d'une blessure très grave, suivie d'une opération. Ce qui est déjà très problématique pour un danseur trentenaire. Opération suivie d'une infection généralisée, il a failli y rester.
Un an de rééducation et de convalescence, sans savoir s'il pourrait un jour ne serait-ce que recommencer à danser, puis un an d'entrainement pour revenir à son niveau. Avec le risque d'être dès son retour, s'il y arrivait, un peu oublié du public et poussé vers la sortie par les nouveaux venus qui avaient pris le relai pendant 2 ans.

La vidéo "Carmen Solo" date de 2007, donc peu de temps après son retour en scène, et c'est une merveille de maîtrise musculaire. Pas un mouvement de trop. Déjà, ça force le respect.

Mais, d'autant plus balèze, on pourrait imaginer que quelqu'un à qui il arrive une chose pareille sombre dans la dépression et développe une aversion pour tout ce qui touche de près ou de loin la France. Non. Il a occupé son temps de convalescence à apprendre le français. Bravo Niko, tu gagnes encore plus mon admiration.👍

En tout cas, je pensais pas un jour m'intéresser à nouveau à la danse, mais bon, ça fait partie de la culture russe que je dois acquérir, et ce gars-là m'a attiré l'oeil.
Donc je vais passer une partie de l'été à écouter son russe très clair et posé dans des interviews et master-class pour me faire un bagage de vocabulaire spécifique aux arts de la scène, ça sera toujours utile à Avignon.

mardi 12 mai 2020

Confinement, études et programme russe


Difficile pour moi de m'ennuyer pendant le confinement, les examens arrivent à grands pas, ça commence dans peu ou prou 10 jours, et même si le programme est allégé, et certains examens simplement annulés, il y a des choses à réviser, mais ce sera plus facile à boucler.

Et pour la première et probablement la seule fois de ma vie, je passerai les examens non pas comme dans des pantoufles mais VRAIMENT en pantoufles.Sur le canapé. Avec mon café.
L'immense avantage, c'est de pouvoir aire des recherches parallèles et de compléter mes cours avec de la culture générale:lectures, films, vidéos sur la langue, discussion avec des gens... je progresse vraiment plus vite.

Et donc, à l'approche des examens, j'ai une excuse extraordinaire pour passer ma vie sur internet: c'est pour mes études!

Car en ce moment (celui où j'écris) le confinement étant à l'échelle planétaire, les théâtres proposent des spectacles en ligne, je suis donc quasiment 1 soir sur 4 en train de regarder les programmes du Bolshoï teatr.

Voilà le programme qui a été proposé depuis un mois. Je n'ai pas tout vu, loin s'en faut.
https://www.bolshoi.ru/en/about/press/articles/none/2020-05-04-broadcast/

Il y a eu en mars l'inévitable Casse-Noisettes, probablement le tout aussi inévitable Lac des Cygnes, un ballet intitulé le Corsaire que je n'ai pas vu.
Il faut dire que la danse classique, les pointes, tout ça, avec moi, ça fait douze. J'aime bien la danse moderne que j'ai pratiquée pendant plusieurs années à l'époque du collège et du lycée,mais le ballet bien classique avec les tutus, ce n'est pas du tout mon truc.

Ce qui ne m'a pas empêchée d'en regarder deux, pour ma culture.
Mais j'ai selectionné.

Spartacus: sur une musique d'Aram Katchaturian. Mondialement connu pour sa danse du sabre ( si vous me dites que vous ne connaissez pas, vous allez au piquet. Ca a quand même été utilisé dans Tom et Jerry entre autres. si vous ne connaissez pas Tom et Jerry, vous allez au piquet jusqu'à l'an prochain)

La musique de Spartacus est du même genre, dynamique et bien martiale, et pour cause... C'est d'ailleurs ce qui m'a donné envie de le voir. La thématique étant la révolte de Spartacus contre Rome, il y avait quand même peu de risques d'y voir des tutus. On n'a pas échappé aux pointes, mais l'ensemble est quand même plutôt moderne, ça fait plaisir.
Et les rôles principaux étant Spartacus et le général romain, il y avait beaucoup de chance d'y admirer gambettes musclées et messieurs en jupettes.Ca fait doublement plaisir.

Les oeuvres tournent au Bolshoï et les danseurs et danseuses qui tiennent les rôles principaux changent régulièrement, l'enregistrement présentait donc deux danseurs, Mikhaïl Lobukhin (qui est franchement plus que regardable, beau gars...) et Vladislav Lantratov (j'ai rarement vu un danseur avec une telle détente, cet homme est monté sur ressorts!). En tout cas, les deux ont un côté très athlétique qui correspond à la situation, et là, il n'y a pas le côté très classique qui me gêne en général.
Pour les rôles féminins, Egine, la..  ahem, courtisane ambitieuse, est un rôle plus intéressant , plus osé à tous les points de vues, que Phrygie, la gentille petite amie de Spartacus qui ne sert pas à grand chose, si ce n'est qu'à rajouter quelques pas de deux avec le danseur principal.
Mais je suis agréablement surprise par le rôle de la pu... de la courtisane, et la danseuse ( Svetlana Zakharova) avait l'air de vraiment s'amuser à ce rôle. Désolée pour l'autre danseuse, ce n'est pas son talent qui est en faute, c'est juste le personnage trop gentillet qui chochotise un peu l'ensemble.
Hop extraits
Ce qui me fait marrer c'est que même Spartacus n'a pas l'air de trop savoir quoi en faire et la transporte comme un paquet.

Sacrée gambettes, au cas où vous doutiez que la danse, c'est non seulement de l'art mais aussi du sport de haut niveau, où, en plus, il faut donner l'impression que tout est facile.

Attention, ce bâton est fortement symbolique. Au fait, non, la danseuse n'a pas un nichon à l'air,c'est un motif de son costume. J'ai bloqué là-dessus l'autre fois, mais non c'est une broderie judicieusement placée.


Le clair ruisseau:
un ballet comique de D. Chostakovitch. Je ne pensais pas qu'on puisse me faire rire avec de la danse, et pourtant c'est hilarant.

Une troupe de danseurs et musiciens vient animer la fête du kolkhoze " le clair ruisseau", fête qui part en cacahuète lorsque le mari de l'organisatrice fait du gringue à la danseuse, sans savoir que c'est une copine de sa femme.
Les deux filles se connaissent depuis l'école de danse et vont monter un bateau avec le danseur de la compagnie, et quelques paysans du kolkhoze,de type " Marivaux" au mari dragueur pour le remettre dans le droit chemin.
On y trouve donc en vrac des touristes paumés, une danseuse très virile, un chien qui fait du vélo, des légumes géants, un grammophone, une vachère et sa vache, des cosaques, la grande faucheuse.. et une sympathique histoire de copines perdues de vues qui se retrouvent.

La danseuse est draguée par le mari de sa copine et le vieux touriste bigleux, le danseur est dragué par la touriste " angoissée de paraître plus jeune de son âge" ( c'est vraiment le nom du rôle), et tous montent un plan: le danseur ira habillé en fille au rendez-vous du pépère, la danseuse ira habillée en homme au rendez-vous de la mémère, et la femme trahie ira masquée au rendez-vous de son mari.

et le morceau de bravoure, qui donne bien une idée de l'ambiance, c'est cette petite, heu.. "fée". "Punaise il est fort!" dixit ma mère qui faisait des pointes dans sa jeunesse.
Il s'appelle Ruslan Skvortsov et semble bien s'amuser, en tout cas, j'ai vu quelques autres versions avec d'autres danseurs et je trouve que c'est bien lui qui est le plus drôle, avec une approche de type embarqué malgré lui dans cette histoire et qui le fait pour faire plaisir, mais n'arrive pas à se débarrasser de ses réflexes masculins.
Allez, il fut aussi que je mentionne Nikolaï Tsikaridze qui est très drôle, avec une toute autre approche : le gars qui est embarqué malgré lui dans cette histoire mais s'amuse et joue le jeu à fond en gambadant comme une petite fille espiègle.. une petite fille espiègle de plus d'un m 80, toute en épaules et en mollets. Pépé a vraiment besoin de changer de lunettes.
En tout cas, cet homme me fait pleurer de rire, ici dans une version adaptée pour un gala ce qui permet d'avoir tout le passage de bravoure. Et d'ailleurs, tiens, je reparlerai sous peu de ce monsieur, car lui aussi est ma découverte de l'année, et je tiens probablement là une petite porte d'entrée vers la danse plus classique (en gros, si ça ne passe pas avec lui, ça ne passera jamais)
En attendant, danse, ma grande!

Les autres ne sont pas mauvais , loin s'en faut, mais ces deux là ont un talent comique et de mimes, qui transparaît derrière les athlètes qu'ils sont.

Revenons à Skvortsov, mais habillé en monsieur. Je trouve aussi hilarant le passage où il semble faire du lancer de marteau avec la danseuse.


Je note aussi un passage musical qui annonce ( on est en 1934) la future ultra-célèbre valse pour orchestre de variétés.
Je mentionne, juste parce que j'ai essayé: un héros de notre temps, adaptation récente du roman du même titre. Je n'ai pas tenu plus de 30 minutes: décors bof bof, musique ultra-contemporaine qui ne me convainquait pas.

Pareil pour Don Quichotte:
Musique de Leon Minkus, et c'est le premier problème: la musique de cet illustre inconnu m'a tellement fait penser au concert du nouvel an. Mais au concert du nouvel an qui serait transposé en Espagne, à grand renfort de rythmes hispanisants et de castagnettes. Bien cliché donc.

Et renseignement pris, Minkus est en fait un compositeur viennois, pur contemporain de Johann Strauss fils. Ca s'entend.Trop. En un peu moins bon, et ça s'entend aussi. Sans être mauvaise, la musique est assez banale, en fait,assez répétitive. Ca manque d'inventivité, mais pas de cliché, donc j'ai aussi lâché l'affaire au bout d'une trentaine de minutes.
D'autant que: chorégraphie de Marius Petipa, autant dire quelque chose d'extrêmement classique, et pile ce qui m'ennuie. Difficile de passer après Le Clair Ruisseau, j'aurais peut-être plus apprécié la musique s'il n'y avait pas eu l'inventivité de Chostakovitch juste avant, et si la musique m'avait plu, j'aurais tenu plus longtemps ( au moins j'aurais écouté sans forcément regarder) mais là, non, respect aux danseurs pro, mais ce n'est pas mon truc. Un ballet dont je n'ai accroché ni à la chorégraphie ni à la musique... Il ne reste plus grand chose à en dire.

Opéra, là, c'est beaucoup plus mon domaine.

Boris Godounov, j'y reviendrai à part.

Katia Izmailova. A nouveau Chostakovitch et autant le clair ruisseau est à pleurer de rire, autant Katia Izmailova est un des opéras les plus sinistres que j'ai vus.
Je passe vite sur la mise en scène les décors et les costumes pas folichons, mais disons que ça se passe dans un trou paumé du fin fond de la Russie, au XIX°siècle, chez les paysans,donc, bon, c'est tout sauf folichon.
Je passe aussi sur les deux rôles principaux, Katia et Sergei, je ne comprenais pas un mot et..en regardant les commentaires je ne suis pas la seule. Même les russes remerciaient le sous-titrage anglais tant les deux chanteurs principaux, non russophones étaient incompréhensibles.
Mais en soi, sinistre pour son histoire surtout. Sous titrée " Lady Macbeth du district de Mstensk"

Katia Izmailova, une paysanne un peu naïve ( beaucoup naïve), est mariée à un riche marchand qui ne s'intéresse pas du tout à elle.
Elle est harcelée moralement par son tyrannique beau-père qui lui reproche sans cesse les choses les plus diverses, rien n'est jamais assez bien, elle est bonne à rien, elle n'a même pas"produit" un héritier en 5 ans de mariage. Cet acharnement sert surtout à cacher que le vieux aimerait bien se taper sa belle-fille. Il alterne donc humiliations et tentatives de pelotage quand son fils s'absente.

Or justement il doit s'absenter pour un problème sur une propriété éloignée et laisse ses serfs à la garde de Sergei, nouveau contremaitre à la réputation douteuse. A peine arrivé Sergei essaye de se poser en maître, se bat avec la cuisinière, se bat avec Katia qui vient à la rescousse de la cuisinière ( mais physiquement, ils en viennent aux mains ). Là, Sergei voit qu'il a affaire à une femme délaissée et riche, et change son fusil d'épaule: il va la"consoler". Lorsque que le beau père découvre la chose, Katia se débarrasse de lui en l'empoisonnant, le vieux adore les champignons, un malencontreux accident, il était parano et voyait déjà le mal partout, il  a déjà accusé la moitié du village de vouloir sa mort...donc elle n'est pas suspectée.

Quand le mari prévenu de la mort de son père arrive, en pleine nuit, et sans être vu de personne, il accuse sa femme d'infidélité et essaye de l'étrangler. C'est lui qui passe de vie à trépas.
Les deux complices cachent le cadavre et quelques temps après, se marient (ce qui est étrange puisque le mari n'est que porté disparu)
Sauf que le jour même de la noce, le cadavre est découvert, et Katia, qui est tourmentée par sa conscience et voit les fantômes de son beau-père et de son mari, se rend, et les deux sont arrêtés et envoyés en Sibérie.Fin? Non, là, c'était la partie joyeuse. La conclusion est d'une noirceur absolue, et l'abjection de Sergei, pourri jusqu'aux os, éclate au grand jour.

Musicalement et scénaristiquement j'ai bien aimé par contre. Mais si vous voulez quelque chose e joyeux,passez votre chemin. Crime et Châtiment est le sommet du fun à côté.

Sadko: Aïe, je voulais le regarder, ou au minimum l'écouter, mais plusieurs problèmes
- pas de sous/ surtitres, ni en anglais, ni en russe, et pour un opéra de 3h00, c'est un peu problématique. Pourtant ils y étaient, au dessus de la scène, mais pas cadrés dans le champ de la caméra, on les aperçoit par moments. Je n'ai pas le niveau pour suivre un opéra russe entier sans un minimum de traduction.
-  C'est une version avec un choix, disons, spécial. L'opéra est normalement inspiré des Bylines (un genre littéraire médiéval qui mélange épopées, chansons de gestes, contes, un peu tout ça à la fois). Or je n'ai jamais vu de version entière "classique", et commencer par un gros délire parodique ne me parait pas le plus judicieux.
Là, ça commence par des gens en vidéo qui répondent à des questions et un type en tenue de tous les jours est sélectionné. Il aime la littérature médiévale et aurait voulu être un héros, il est donc propulsé parmi des gens en costume "moyen-âge de pacotille", dans ce qui s'avère un parc à thème.
Visiblement, il y a un metteur en scène qui a trop regardé Westworld.
- La prise de son n'était pas très bonne, donc même en écoute, je vais devoir trouver autre chose.
Dommage.

Mais il n'y a pas que le Bolshoï qui a proposé ces jours ci des vidéos, il y a aussi son concurrent, le théâtre Marinsky.
Je n'ai simplement pas encore regardé leur chaine, car les vidéos restent en ligne un certain temps, celles du Bolshoï étaient uniquement disponibles pendant 48h00, donc priorité.

Maintenant je vais pouvoir aller voir ce que propose l'autre théâtre, et ça m'occupera bien entre deux révisions :)