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samedi 13 février 2021

Fatales - recueil de nouvelles

Le sujet était prévu pour décembre nordique, mais les profs de ma fac en ont décidé autrement: préparer des dossiers tu dois, réviser pour les partiels tu dois...

Mais pendant mes promenades entre révisions, j'ai découvert une boîte à livres pas loin de chez moi, où se trouvait ce petit recueil de 3 nouvelles nordiques de 3 autrices (plus, allez savoir pourquoi, un d'un auteur américain. A la limite une écrivaine américaine, ça aurait été raccord avec la thématique " fatales".. bon une nouvelle d'un auteur américain, que j'isolerai donc tout à la fin)


Nous avons donc 2 suédoises, Camilla Lackberg et Katarina Mazetti ( j'étais persuadée jusqu'à hier qu'elle était italienne), et un duo, frère et soeur danois, Lotte et Soren Hammer.

Elisabeth dans mes rêves - Camilla Lackberg:
Malou , une quadragénaire très riche , est malheureuse . Non seulement elle ne parvient pas à avoir d'enfant et enchaîne les fausses couches, mais elle est persuadée que son mari, Lars, lui en veut pour ça et qu'il se détache d'elle, malgré sa sollicitude. Pire, depuis qu'elle -même a suggéré à  Lars de partir en bâteau pour les vacances, elle rêve d'Elisabeth, première femme de Lars, justement morte noyée dans une tempête lors d'une sortie en bateau. Malou en est sûre, Lars a tué sa première femme et elle va être sa seconde victime.. ou bien se trompe-t-elle totalement?

Une Ange en Jimmy Choo - Lotte et Soren Hammer.
Je ne savais pas ce qu'était Jimmy Choo, et je ne suis toujours pas sûre de savoir. Une marque de luxe semble-t-il? En tout cas l'ange, c'est Maria, une caissière de banque qui adore les vêtements et accessoires de luxe et ne vit que pour dépenser l'argent qu'elle gagne.. malhonnêtement, en détournant, petites sommes par petites sommes, des comptes de vieux clients à la vue basse. qui irait soupçonner une dame si souriante, avenante, sympathique... et aguicheuse?
Qui.. hormis l'un des 3 messieurs de la directtion. En effet, Maria a reçu une lettre anonyme, lui demandant ses faveurs en échange du silence sur ses détournements. Mais lequel la fait chanter, et comment se sortir du pétrin?

Le mari de la Voisine - Katarina Mazetti
Malena et Jon sont en vacances dans la maison de famille de Malena au bord de la mer. Mais il y a longtemps qu'entre le mari et le femme, les choses se sont dégradées. Jon est odieux, alcoolique et se prend pour un don Juan. en quelques jours il s'est mis à dos tout le village en draguant des filles souvent même pas majeures. Et pour couronner le tout, il vient de révéler à sa femme qu'ils sont ruinés, car il a perdu tout leur argent au jeu. Que faire?
La solution viendra de Nanette, la voisine veuve, une vieille dame adorable mais un peu dérangée qui tous les jours sert le repas pour deux, comme si feu son mari était toujours là.

J'ai bien aimé ces trois histoires. Difficile d'en dire plus sans dévoiler les mystères. Mais j'ai beaucoup, beaucoup aimé l'humour noir du "Mari de la voisine". Les trois ont ce côté très nordique, qui mélange un quotidien d'une grande banalité avec un mystère presque à la limite du fantastique.

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Quand à la dernière, que j'ai isolée, Le mur de séquoias, elle est signée Urban Waite ( que je ne connaissais pas de nom, contrairement à K. Mazetti et C. Lackberg). Mais donc elle n'est ni nordique, ni écrite par une femme.
Et d'ailleurs, je maintiens après lecture qu'elle n'a rien à y faire: il ne s'agit même pas d'une nouvelle policière. On y suit les premiers émois sensuels d'un adolescent californien, en vacances à la montagne. Il a 12 ans et tombe amoureux de sa jolie voisine - adulte et très mariée - la sportive mme Ramos, et échafaude tous les plans possibles pour arriver un jour à l'embrasser, comme si de rien n'était. Les parents du gamin ne s'entendent plus, la mère ne vient rejoindre son mari et ses enfants que le week-end, et évidemment le père n'est pas non plus insensible au charme de madame Ramos. et..

Et rien, ce n'est pas une nouvelle policière, sa qualité n'est pas en cause, mais elle aurait été bien plus à sa place dans un recueil sur l'adolescence, l'amour, la nostalgie, la déception sentimentale.. Le seul lien avec le titre est que Mmme Ramos fait tourner les têtes sans même le savoir, mais ce n'est ps une  riminelle, comme les personnages des 3 autres nouvelles.
Donc dispensable dans cette thématique.


En tout cas, ça fait plaisir d'avoir enfin une lecture qui ne soit pas liée à mes études ( même si oui, il y a eu de la littérature japonaise pour Halloween) histoire de ne pas non plus me lasser.

dimanche 14 janvier 2018

Le bal des chimères ( BD 2 tomes) F. Lacaf et N.Moriquand

Dans le cadre du Cold Winter Challenge, j'avais initialement prévu une relecture d'un Roi sans divertissement de Giono, mais , force est de constater qu'une fois de plus le temps me fait défaut.

Mais soudain je me suis rappelé que j'avais cette BD en 2 tomes achetée et lue à sa sortie en 2005, mais pas relue depuis. Et qui est une référence assez arqué au livre de Giono.

C'est un peu la petite pépite de ma bibliothèque, pas tant pour l'édition elle même que pour les dédicaces qui y figurent.

A l'époque je fréquentait un magasin de BD qui organisait des dédicaces le samedi, le diptyque me plaisait bien, mais je travaillais tous les samedis. Ni une ni deux, le proprio me les avait gardés, alors que normalement il fallait venir pour avoir la dédicace, mais il avait été adorable de me proposer ça.
Je m'attendais à une petite signature, et j'ai eu en fait une superbe aquarelle du dessinateur et un mot de la scénariste sur chaque tome!
Apparemment , en cherchant sur le net, je trouve pas mal de photos de dédicaces du même genre, toujours légèrement différentes.. j'adore!

Donc venons en au vif du sujet, la BD a été rééditée depuis en intégrale sous le nom " La fiancée du Queyras", qui colle à la limite mieux, puisque le bal en question n'est évoqué que dans le tome 1.





La première planche donne le ton: c'est le 20 mars, une épaisse couche de neige recouvre la région. De la neige rougie par le sang d'un cadavre pour moment anonyme. Que s'est-il passé?


L'image du but reviendra à la fin du tome 2..en attendant, pour connaître l'explication, il faut revenir au 15 août de l'année d'avant
Anaïs de Saint Géraud, jolie femme qui est né et a passé sa jeunesse dans les Alpes, revient sur les lieux de son enfance: la citadelle de Montdauphin. Elle s'en serait bien passé, car ses souvenirs ne sont pas bons: elle était la fille du commandant du fort et a été élevée de manière très stricte, éducation dont elle a gardé une certaine dureté de caractère.
Et l'avenir ne s'annonce pas mieux, puisque c'est maintenant son mari, Anselme, un militaire particulièrement casse-pieds, jaloux et orgueilleux qui vient d'être nommé capitaine à cet endroit là.

Situation pour le moins étouffante, et avec la chaleur en prime, Anaïs ne tarde pas à faire malaise sur malaises, ce qui lui vaut une certaine inimité de la bonne société de Gap de ce début de XX° siècle. Les femmes surtout la voient d'un mauvais oeil: trop jolie, trop élégante, trop parisienne, même si elle parle couramment le patois. Mais surtout, à son corps plus que défendant, elle attire irrémédiablement les hommes du coin...ce qui lui vaut en plus des scènes de ménage.
Mais les choses prennent d'autres proportions lorsqu'au fil du temps, deux des hommes qui l'avaient serrée de trop près sont retrouvés morts. D'autant qu'en tant que fille de militaire et sait tirer au pistolet. Peu à peu au fil de l'automne, puis del'hiver, les morts se multiplient, avec toujours Anaïs en point commun

Et puis il y a cette vieille histoire pas très claire: son père tyrannique qui avait su se faire détester de toute la région est mort dans des circonstances non élucidées, on a parlé d'empoisonnement avec des champignons vénéneux. Un accident.. qui n'en était peut être pas un.

Mais deux militaires qui meurent ça fait désordre, l'armée nomme donc une vieux briscard à deux doigts la retraite pour enquêter sur cette coupable idéale.

D'autant qu'Anaïs a des fréquentations peu dignes d'une dame de la bonne société, puisqu'elle passe beaucoup de temps avec son ami de toujours, Marceau, le nain analphabète, homme à tout faire à l'auberge/maison de passe du coin. Mais Marceau est la seule personne qui ait une sincère affection pour elle et réciproquement.

J'ai bien apprécié cette relecture. La relation entre Anaïs et Marceau est très mignonne et apporte un peu de fraîcheur à cette histoire par ailleurs très sombre, ou il sera question de meurtre, de sang, de maltraitance et de bien d'autres choses encore qu'on devine assez vite.

La parenté avec Giono est évidente: mêmes lieux ou presque, la nature sauvage, l'hiver qui n'en finit pas, la neige teintée de sang, un militaire qui s'amuse à chasser une louve...
Et une phrase d'Un roi sans divertissement en préambule au tome 2.
Mais ça n'est pas une adaptation directe, plutôt une référence qui traverse l'histoire.

Maintenant il ne me reste plus qu'à relire Giono à l'occasion, j'en ai bien envie.

samedi 24 juin 2017

Meurtres au Paradis saisons 1 et 2 ( série TV)

Comme je n'ai pas la TV depuis plus d'un an et que je me contente de la regarder quand je suis en vacances chez quelqu'un de la famille, j'étais passée totalement à côté de cette série jusqu'à présent, et pourtant elle en est bien à sa 6° ou 7° saison...

Enfin, plus exactement, j'avais vu des bandes annonces lorsque je regardes des émissions en streaming sur mon ordinateur, mais le titre ne m'inspirait pas vraiment, et puis, au vu des tenues bien familières des policiers, je l'avais prise pour une série française.

Et on va dire que les feuilletons policiers français et moi, ça fait 12. ce n'est qu'au début de ce mois en vacances donc chez mon oncle qui aime bien en général les séries policières qu'il s'agit en fait d'une série anglaise, je cite tonton "dans l'esprit Hercule Poirot sous les tropiques". Ce qui a piqué un peu ma curiosité je l'avoue, et donc en rentrant hop, merci le streaming et la VOD, je reprends donc au début. Et ça fait donc deux semaines que je me regarde tous les soirs un épisode.

Disons le de suite, Hercule Poirot sous les tropiques, c'est exactement ça. Ca ne casse pas trois pattes à un canard (ou a un ibis rouge, vu les lieux), mais c'est parfait pour les vacances avec une petite dose d'humour anglais bienvenue. Et j'ajouterais qu'il s'agit d'une coproduction franco-anglaise tournée à la Guadeloupe, et que ça donne des envies de prendre un billet pour le prochain vol en direction des Caraïbes!

Donc, premiers épisode (le reste peut se regarder un peu dans n'importe quel ordre, les épisodes sont assez indépendant, si ce n'est l'évolution du point de vue du personnage principal):
Richard Poole est anglais, Londonien même, et policier.Rigide comme la justice et manque cruellement de fantaisie, mais pas de sarcasme, il en a un plein stock.
Il est envoyé dans la petite île fictive de Sainte-Marie, un coin de paradis des caraïbes, qui est passée sous domination anglaise et française à plusieurs reprises, et dont la population est quasiment  pour un tiers d'origine française. Richard vient donc pour ce qu'il croît être une simple enquête, élucider la mort mystérieuse de l'inspecteur anglais qui travaillait là, et pense-t-il avec un orgueil de citadin qui n'a jamais quitté sa ville, aider les bouseux incapables et faignants du coin en leur apportant son aide providentielle avant de repartir vers sa chère pluie anglaise et son pub de prédilection.

Richard est odieux et compassé, à la limite de l'insupportable, et les relations avec les policiers locaux s'annonce plus que houleuses.. surtout lors qu'il découvre qu'il ne rentrera pas à Londres après son enquête, mais va devoir rester sur place et reprendre le poste de feu son prédécesseur.
Ce qui pour beaucoup de monde serait une aubaine inespérée est un cauchemar pour lui: il déteste la chaleur, le sable, les bestioles et les français. Il aime râler, se plaindre, maugréer, porte costume et cravate même par 35°C à l'ombre tout en maudissant la chaleur, prendre des douches froides,  et boire du thé à 5h00 tapantes.
Il est nul, absolument nul en matière de relations humaines et gaffe souvent, ne sachant pas faire passer ses opinions de manière diplomate et autrement qu'en les imposant à tout le monde ( ce qui lui a valu ce placard antillais, loin de collègues qui ont fêté son départ sans lui, trop contents de se débarrasser de ce "nitpicker" de première catégorie)

cherchez l'erreur...

Manque de chance pour lui, son capitaine Hastings est Camille, une sergente française native de l'Île, au caractère bien trempé, qui n'apprécie absolument pas de devoir se plier à l'autorité d'un nouveau venu qui regarde ses compatriotes insulaires comme des arriérés incompétents, même s'il est vrai que le petit commissariat possède des ordinateurs du siècle dernier, et que le moyen le plus rapide pour les deux agents du coin pour appréhender les criminels reste la moto avec side-car.
Au contraire, ils sont très compétents pour se débrouiller avec les moyens du bord.

avouez qu'avec la tenue bleue des flics, vue de loin, ça ressemblait beaucoup à une série française. Ce n'est le cas qu'à 50% ( subtil détail, ils ont un écusson rouge-blanc-bleu)

Toute ressemblance avec l'île de Sainte-Lucie est bien évidemment parfaitement voulue ( à commencer par l'histoire d'occupation franco-anglaise), et, une fois mis de côté le fait que, quand même, en y réfléchissant, un ou deux morts par épisode finissent par donner l'impression que ce coin des Antilles a un taux de criminalité digne d'une capitale, ça se laisse regarder avec plaisir.
Plus que les enquêtes assez classiques ( avec malgré tout des clins d'oeil très sympa à Agatha Christie ou à Alfred Hitchcock - 6° épisode de la saison , la référence est méga évidente, et fait très plaisir!), c'est surtout le comique qui joue sur le décalage de cet anglais, citadin jusqu'au bout des ongles, maniaque et psychorigide (pas autant que Monk, mais.. pas loin par moment), cramponné à son tea time ... et des autres qui vivent à la cool en tee-shirt et tongs, en buvant des cocktails frais, qui est très sympa.

Le fil directeur de la série est donc plutôt l'acclimatation progressive de Richard à cet environnement , va-t-il finir par se dérider un peu au contact de la population locale? Va-t-il cesser de perdre ses moyens à la vue de la moindre jolie fille en maillot de bain (et vu qu'on est sur une île, il y a des plages et des clubs de vacances tout autour)? Va-t-il enfin cesser de prendre les gens du coin pour des péquenauds?

Donc, sans grande surprise, mais agréable. J'aime bien le fait que le personnage féminin ne soit pas une potiche, mais une femme de caractère qui en remontre régulièrement au héros, et j'aime beaucoup Dwayne et Fidel, les deux policiers locaux imperturbables, et le commandant de police, plus soucieux de l'image de marque de son île que de justice.
Après je ne sais pas ce que ça donnera sur la longueur, l'humour tournant beaucoup sur les clichés "citadin coincé vs Îliens décomplexés", ça va donc finir assez vite par tourner en rond ( bon, ça va encore 8 épisodes d'une heure par saison, on n'est pas dans une série américaine de 24X 30minutes).
Spoiler: je sais que l'acteur principal ayant cessé sa participation pour raisons personnelles la saison 3 commence avec une nouvelle équipe. C'est pour ça que j'ai groupé les saisons 1 et 2. Ce qui peut en effet permettre avec de nouveaux personnages de partir sur un autre type de relations entre eux
A voir donc comme ce qu'elle est: une série humoristico-policière100% détente, donc plus pour les fans d'Hercule Poirot ou de Jane Marple que pour les accros à l'action pure, en fait, pile ce que j'aime.

Et puis Richard se retrouve à devoir cohabiter avec un mini-crocodile qui semble plus ou moins se payer muettement sa fiole (allez j'avoue tout.. un lézard numérique, tout au moins partiellement. Hé oui, difficile de dresser un vrai lézard à faire ce qu'on veut, donc il y a peut-être un vrai lézard pour les gros plans, mais sa doublure pour les "cascades" est animée par ordinateur. Pas mal fait d'ailleurs, on le devine surtout aux pattes lorsqu'il se déplace, un peu trop longues pour un vrai anolis, et à son mouvement trop régulier, trop "parfait")


Et la bande son axée Reggae et musique afro antillaise est carrément sympa ( I shot the sheriff, The Tide is high, Gimme hope Jo'anna... des choses comme ça,qui mettent de bonne humeur!)

A noter aussi, après quelques recherches, contrairement à la majorité des séries policières qui adaptent une série de romans, c'est ici le cas inverse. Le scénariste a d'abord conçu sa série pour le média audiovisuel avant - on n'est jamais si bien servi que par soi-même - de la décliner sous forme de romans.


vendredi 7 octobre 2016

Double assassinat dans la rue Morgue - Edgar Allan Poe

C'est aujourd'hui, c'est le jour d'Edgar Poe.

Après avoir évoqué plusieurs récits fantastiques les autres années, j'ai enfin décidé de m'attaquer à cette histoire policière. Enfin il me semble que je l'avais déjà lue il y a très très longtemps, puisque je me souvenais de l'identité toute particulière de l'assassin.

On y fait connaissance pour la première fois du chevalier Dupin, aristocrate français un peu excentrique, qui vit la nuit et dont le loisir est de démêler des mystères apparemment insolubles. Car Dupin, apparu sous la plume d'Edgar Poe en 1841 est le prototype de l'enquêteur solitaire, qui va résoudre les énigmes par la seule force de sa déduction, en s'appuyant sur les petits détails qui ont échappé à tout le monde. Autant dire le prototype de tous les détectives qui vont suivre en littérature ( même Arthur Conan Doyle y fait parfois une référence directe dans ses récits, pour faire dire à Sherlock Holmes à quel point il est supérieur à Dupin, d'ailleurs! Mais malgré la petite vanne, un hommage est un hommage).
« Vous pensez certainement me faire un compliment en me comparant à Dupin, observa t-il. De mon point de vue, c’est un collègue tout à fait inférieur. Cette façon de s’immiscer dans les réflexions de ses amis avec une remarque tout à fait à propos, après un quart d’heure de silence, est vraiment très artificielle et tape-à-l’œil… » dixit Sherlock. Un peu l'hôpital qui se fout de la charité !

Oui mais Dupin est inspiré des mémoires de Vidocq, authentique policier (et ancien bagnard) français du début du XIX° siècle. Et voilà ce que Dupin dit de Vidocq

« Vidocq, par exemple, était bon pour deviner ; c’était un homme de patience ; mais sa pensée n’étant pas suffisamment éduquée, il faisait continuellement fausse route, par l’ardeur même de ses investigations. Il diminuait la force de sa vision en regardant l’objet de trop près. Il pouvait peut-être voir un ou deux points avec une netteté singulière, mais, par le fait même de son procédé, il perdait l’aspect de l’affaire prise dans son ensemble. »

Chacun balance sur son modèle, donc!

Ici donc, c'est un double meurtre très étrange qui préoccupe la police parisienne:  Madame L'Espanaye et sa fille, deux dames  sans histoire, ont été retrouvées sauvagement assassinées dans leur appartement au quatrième étage. Pas d'issue possible apparemment, ni pour entrer ni pour sortir, pas de témoins visuels, les voisins s'accordent seulement sur le fait qu'ils ont entendu deux voix , l'une grave et s'exprimant en français, l'autre aigue. Mais personne n'arrive à dire s'il s'agit d'une voix de femme ou d'homme, ni même quelle langue elle parlait.Les témoins, de différentes origines s'accordent juste sur le fait que "ce n'était pas un locuteur de leur propre langue" et emmetent l'hypothèse qu'il ou elle parlait une langue qu'eux-mêmes ne maîtrisent pas.
autre bizarrerie, les dames l'Espanaye avaient retiré une forte somme d'argent de leur compte en banque , quelques jours plus tôt, or, l'argent est toujours là.
Voilà qui est bien mystérieux: un meurtre sans mobile apparent, de l'argent qui n'a pas été volé, une violence insensée, des témoins qui n'arrivent pas à se mettre d'accord.

La procédure d'une enquête policière y est décrite, dans un grand souci de réalité:  présentation et interrogatoire des témoins, croisement des interrogatoires, conclusions...
Enquête de terrain de Dupin, découverte des détails etc...

Une courte nouvelle, donc, mais dans laquelle j'ai eu du mal a rentrer,  car au lieu de présenter les personnages et d'attaquer le récit, l'histoire commence par une digression sans grand intérêt sur le jeu d'éche, les dames et le whist, et les qualités qu'il faut pour être un bon joueur. et ça n'a pas franchement grand chose à voir avec ce qui va suivre. donc quelques pages plutôt sans intérêt au départ, tenez bon, lisez en biais, ça va devenir plus intéressant à l'arrivée de Dupin et de son comparse.

J'ai bien aimé l'enquête elle-même et sa conclusion au final  assez cynique - et vacharde pour la maréchaussée - lorsqu'on apprend QUI a tenu en échec les meilleurs policiers français...
J'aime bien aussi l'humour macabre du titre, rien que le nom de la rue est réjouissant.

Lu non pas en VO pour cette fois, mais dans la traduction trouvable ici, par exemple, de Charles Baudelaire. Oui, Poe et Baudelaire, pas besoin d'en dire plus.
in memoriam Edgar Poe

samedi 19 décembre 2015

Les Aventures de Sherlock Holmes (1) - A. Conan Doyle

Qui dit Policier + Ecosse dit forcément... Arthur Conan Doyle et Sherlock Holmes, isn't it?

et justement voilà des nouvelles qui attendaient d'être chroniquées depuis le mois anglais.. 2014. Les premières du recueil "Les aventures de Sherlock Holmes" en fait . Et je vais me faire le plaisir de scinder en plusieurs sujets, sinon c'est toujours compliqué pour moi de parler d'un recueil de nouvelles. toutes les nouvelles ont paru dans le strand magazine , un mensuel et sont compilé par ordre de parution, mais son postérieures aux deux romans Une étude en rouge et Le signe des quatre. C'est important à signaler, car les nouvelles font référence aux romans assez fréquemment, et commencent sans préambule, supposant que le lecteur connait déjà les personnages principaux: Holmes, Watson et Lestrade. Je ne ferai pas l'affront de préciser non plus leur identité en 2015, car à part de vivre au fond d'une grotte sur une autre planète, je pense que la plupart des gens doivent au moins en avoir vu une adaptation filmée



Un scandale en Bohème: Première enquête de ce recueil... Et premier échec de Sherlock Holmes! Ca démarre fort pour le super limier. Watson va donc nous narrer comment Sherlock Holmes a été mis en échec de manière très astucieuse par une aventurière du nom d'Irene Adler. Il s'avère que le futur roi de Bohème fait appel de manière discrète à Holmes pour régler un épineux problème. Le roi a eu une aventure avec la dénommée Irene Adler, ancienne actrice et chanteuse qui a réorienté sa carrière du chant vers... le chantage, bien plus passionnant, et potentiellement lucratif.
Une photo d'eux deux posant ensemble a été prise: de quoi faire un joli petit scandale si la photo venait à être rendue publique. Or justement Irène menace de faire connaître cette liaison à la future belle-famille , très à cheval sur les principes moraux, du roi. Celui-ci a tenté, sans succès de racheter, ou de faire voler la photo à son ancienne maîtresse mais impossible de mettre la main dessus. A Holmes donc d'essayer de récupérer le cliché compromettant, dans la plus grande discrétion, car faire intervenir la police serait risquer des fuites... Mais il se trouve qu'Irène est bien plus maline qu'Holmes n'aurait pu penser.. il ne faut jamais sous-estimer son adversaire!

La ligue des rouquins, Sherlock Holmes reçoit la visite d'un prêteur sur gages qui se retrouve dans une situation à la fois étrange et comique: ayant répondu à une petite annonce de la "ligue des rouquins" organisme de .. bienfaisance, si l'ont peut dire, créé par un millionnaire roux dans le but de procurer des emplois de tout repos à tous les roux de Londres, l'homme à la chevelure écarlate lui aussi s'est donc trouvé engagé tous les matins pendant 4 heures pour un très bon salaire à la tâche de copier l'encyclopédie britannique. Mais la ligue a été déclarée dissoute du jour au lendemain, et le type, qui ne voit que le salaire qu'il ne percevra pas cette semaine vient chercher un éclaircissement à ce mystère. Mais évidemment Sherlock Holmes comprend qu'il y a anguille sous roche: on ne s'y serait pas mieux pris pour éloigner quelqu'un de chez lui tous les matins, cette anecdote cache autre chose, un mystère à résoudre qui l'inspire bien plus.

Une affaire d'identité: Après un roi et un marchand, c'est une secrétaire qui fait cette fois appel au détective, qui n'acepte pas seulement les clients fortunés, mais plutôt ceux dont l'affaire est digne d'intérêt, fut-ce seulement pour l'occuper une journée. Cette dame a vu son fiancé s'évaporer dans la nature, le jour même du mariage, entre le domicile et l'église et les avis de recherche n'ont rien donné.
Celui-là est plutôt drôle, car le lecteur avisé de roman policier trouve de lui même facilement la solution - absurde - dans les explications de la dame. Divertissant, entre deux enquêtes plus complexes.

Le mystère de la vallée de Boscombe: Dans un petit coin tranquille d'Angleterre, un homme plutôt taciturne et ronchon, qui a fait fortune en Australie, est retrouvé mort. Les soupçons se portent sur le fils du défunt , que des voisins ont vu suivre son père, et se disputer avec lui. Tout semble concorde: le fils a tué son père après la dispute.. sauf qu'il clame son innocence. Holmes va tenter de faire la lumière dans cette histoire, plus compliquée qu'il n'y parait et qui pourrait bien trouver son origine dans le passé mystérieux du mort en Australie.

Cinq pépins d'orange: Cette fois, le client qui sollicite l'aide du détective est vraiment pris dans une situation grave: son oncle, puis son père, sont morts dans des circonstances douteuses après avoir reçu une enveloppe contenant 5 pépins d'orange. Or lui même vient de recevoir la même menace, car il n'en doute pas, il ne s'agit pas d'un plaisantin. L'expéditeur de la lettre, seulement identifié par les lettres K.K.K. semble vraiment dangereux.
Oui, il s'agit bien en effet du KKK, les sinistres initiales bien connues maintenant mais qui ne devaient pas forcément évoquer d'emblée grand chose au lecteur britannique de 1891: l'oncle, ancien planteur en Floride, n'a rien trouvé de mieux que de fuir en Angleterre au moment de l'abolition de l'esclavage, en emportant des documents secrets appartenant au Ku Klux Klan, dont il a d'ailleurs été membre actif, document qui compromettent pas mal de notables

L'avantage c'est que toutes les nouvelles du recueil sont disponibles indépendamment en édition numérique, je peux donc les lire une à une et par ordre de date de parution (oui, j'ai parfois des lubies étranges). J'ai bien aimé la dernière pour son contexte historique et politique, et la vallée de Boscombe, : le coupable était assez facile à deviner, mais son mobile beaucoup moins.

Ah, oui, je l'avais déjà dit, mais dans la foule des versions ciné et TV qui existent, rien à faire, quand je lis les nouvelles, c'est toujours Jeremy Brett qui s'impose à moi. Il avait vraiment la tête de l'emploi dans la série TV des années 80/90.

ou encore sous l'apparence d'un renard en costume. Oui, j'ai découvert Sherlock Holmes à la base avec le dessin animé des années 80. Au passage, je souligne qu'à l'époque, je me fichais de l'origine des dessins animés, ce n'est que plus tard que j'ai découvert que c'était une idée de Hayao Miyazaki, rien de moins!
Nota: j'avais aussi oublié que dans les années 80 un dessin animé pour enfants ne tombait pas sous le coup de la censure à faire clairement figurer des armes dans le décor ou à faire fumer le héros. Après, détail marrant: les objets, jusqu'aux feuilles de papier accrochée au mur,  ont une ombre.. mais pas les personnages :D
Et non, je n'accroche pas du tout aux versions modernisées, encore moins à celle américaine qui faisait de John Watson.. Joan Watson. Vous la sentez venir, la vague histoire d'amour en faisant de Watson une femme? Je ne sais pas si ça a été le cas, parce que je n'ai pas tenu plus d'un épisode, mais je ne vois pas d'autre raison de changer le genre de Watson, si ce n'est pour éviter les remarques sur " deux types qui habitent ensemble, c'est louche".
Bon sang, Holmes est un psychorigide qui ne s'intéresse à personne d'un point de vue sentimental, ni femme, ni homme, c'est clairement expliqué justement dans Un Scandale en Bohème dès les premières lignes. C'est justement un des traits majeurs du personnage d'être détaché du reste du monde. Watson n'a d'intérêt pour lui que dans la mesure où il peut lui apporter une aide matérielle dans la résolution des mystères tout en restant d'une discrétion absolue.
Les seuls moments où il s'enthousiasme vraiment pour quelque chose, c'est lorsqu'il est sur le terrain à rechercher les indices, donnant à Watson l'occasion d'une comparaison humoristique de son distingué colocataire avec un chien de chasse .
Car oui on oublie souvent de le mentionner, même dans ce qui est le prototype et l'ancêtre du roman policier, l'humour britannique n'est pas très loin. Discret, mais présent.

Sherlock lui même est doté assez souvent d'un humour cynique et vache ( même vis-à-vis de son modèle littéraire :) )
 
"Vous me rappelez le Dupin d'Edgar Allan Poe. Je n'imaginais pas que de telles personnalités puissent exister en dehors des récits.
Sherlock Holmes se leva et alluma sa pipe.
– Vous pensez certainement me faire un compliment en me comparant à Dupin, observa-t-il. De mon point de vue, c'est un collègue tout à fait inférieur. Cette façon de s'immiscer dans les réflexions de ses amis avec une remarque tout à fait à propos, après un quart d'heure de silence, est vraiment très artificielle et tape-à-l'œil. Il possède sans aucun doute un certain génie analytique. Mais ce n'était en aucun cas un phénomène tel que Poe semble l'imaginer." Une étude en rouge.

Et puis que c'est décembre et qu'on y est presque, un bon réveillon à tous...
Whouhou, c'est la fête, nous avons là un Sherlock Holmes au comble de ses compétences festives!
parce que Arthur Conan Doyle est né à Edinburgh
Mais aussi année anglaise, quand même, tout se passe à Londres!

mardi 29 septembre 2015

Il faut tuer Constance - Ray Bradbury

D'un commun accord, Bradbury a été choisi comme auteur du mois par les membres du challenge geek. Une découverte pour certains, mais pas pour moi. Mais puisqu'un des auteurs que j'ai particulièrement aimé est à l'honneur, je ne pouvais pas passer à côté.

En fait à la base, j'étais partie sur un des recueils de nouvelles qui me restaient à la maison, avant de décider que , non, en ce moment, je n'avais pas spécialement envie de lire de nouvelles, et plutôt envie de savoir ce que l'auteur avait fait d'autre. Après avoir fouillé les rayons de la médiathèque, je suis tombée sur ce roman, plutôt axé policier/enquête/ noir . Bon sang que cet auteur est dur à classer!
C'est aussi son dernier Roman, paru en 2004.

Et je ne comprendrai jamais non plus la logique de ma médiathèque, parce qu'il s'agit en fait du dernier tome d'une trilogie ( avec La solitude est un cercueil de verre et le fantôme de Hollywood). Et évidemment ils n'ont pas les deux premiers.
mettons nous d'accord : je déteste cette couverture de roman harlequin, l'héroïne du roman a plus de 40 ans, c'était trop peu vendeur de mettre une femme de 40 ans? Ou un quelconque dessin. Ou l'auteur?
voilà! Je préfère largement!

Ceci dit, il est lisible même sans avoir lu les deux autres, seulement, j'aurais quand même préféré par le premier et son titre français absolument fabuleux.

Nota: Le titre d'origine " death is a lonely business" est sympa aussi, mais n'a pas du tout le même sens et ne met pas la même idée en avant. Je préfère l'image saisissante du français, pare que je suis quasiement obligée de lire quelque chose qui s'intitule " la solitude est un cercueil de verre"
 Dans le cas du tome deux, c'est l'inverse: le titre original du Fantôme d'Hollywood étant " a graveyard for lunatics". Pourquoi, pourquoi se passer d'un titre pareil!
Bradubury est un auteur qui excelle dans la forme courte et avait le sens de la formule jusque dans ses titres.
Malheureusement, beaucoup ont été traduits à une époque où , en SF, la traduction ne s'embarraist pas de fidélité sinon au texte du moins à l'idée de l'auteur. Et c'est comme ça qu'on arrive à des choses comme " Something wicked this way come devient " la foire des ténèbres". Je ne dis pas que le titre n'est pas accrocheur, il l'est juste moins que le titre original. Exception faite donc de La Solitude.

Cette Constance n'a pas trop souffert de son passage au français ( "let's all kill Constance" même si on perd le côté " allons-y, tuons la!")
la couverture originale, je peux vous assurer qu'elle est totalement adaptée à ce qui est écrit ( jeu de faux-semblants et d' identités) mais en plus j'adore le  clin d'oeil visuel sur le nom de l'auteur!

Donc Constance: elle a la quarantaine, est dingue de sports nautiques, mesure 1m56 ( et je note ce détail: c'est rare qu'un personnage central soit explicitement mentionné comme plus petit que moi) et c'est une actrice vedette de Hollywood. Allez en trouver de nos jours, des stars de moins d'1m60! Mais ça ne pose pas problème, car nous sommes en 1960.
Mais Constance représente aussi la fin d'un monde: elle a commencé sa carrière à la grande époque du cinéma hollywoodien, a joué pour les plus grands, a fréquenté les gens les plus célèbres de loin ou de près ( voire de très près quand il s'agissait d'hommes). Sa carrière ne bat pas encore de l'aile, mais ça ne saurait tarder.
Et surtout constance est terrorisée. elle vient de recevoir un vieil annuaire du début du siècle. Dans lequel un mauvais plaisant s'est amusé à rayer et marquer de croix le nom des anciennes gloires décédées. Le sien figure aussi parmi ceux des trépassés. Ce n'est pas tout: son propre agenda porte les même marques à côté de noms de gens bien vivants. Quelqu'un la menace et elle espère obtenir de l'aide pour tirer ça au clair auprès d'un de ses vieux amis, un écrivain.
Un écrivain dont on ne saura jamais le nom.
Mais il est surnommé le Martien, car il a écrit un livre qui parle de martiens. Ou Junior.
A un moment aussi, il mentionnera l'idée d'écrire un livre sur les autodafé. Un livre dont le héros " pue l'essence".
Il parle aussi de  sa tante, si douée pour raconter des histoires..

Donc X, appelons le comme ça,  un peu paumé,  accepte et part donc sur les traces de celui ou celle qui en veut à Constance. Entraînant dans son aventure d'autres paumés: Crumley, un détective privé porté sur la bouteille, Henry l'aveugle capable de s'orienter à l'odorat dans le noir et bien plus tard Fritz.
Fritz Wong.
Fritz, d'origine allemande. Ancien réalisateur  qui a été pendant longtemps considéré comme le meilleur metteur en scène de l'histoire du cinéma. Borgne d'un oeil et qui porte un monocle sur l'autre.
Autant dire que lorsqu'un de mes auteurs favoris fait une référence directe à l'un de mes cinéastes favoris, j'ai un sourire jusqu'aux oreilles

Mais ce quatuor vieillissant n'est plus ce qu'il était. Leur enquête n'a pas spécialement d'intérêt au demeurant, un peu desservie par une narration difficile à suivre, qui suit la logique des rêves ou des fous. Car très vite ce n'est plus la personne qui harcèle Constance que l'on suit, mais elle même tant elle se dérobe, défie toute logique, et semble être partout et nulle part à la fois: Constance est folle. Vraiment. Partout où elle passe les morts s'accumulent: est-elle coupable ou victime idéale pour porter le chapeau?
Et tout ça, je le redis, importe peu, et sera éclairci dans une conclusion qui rend en plus hommage à Agatha Christie
Ce qui compte c'est l'ambiance très film noir du tout. Le Hollywood que traversent les 4 enquêteurs amateur n'est plus que l'ombre de lui même: les vedettes de l'âge d'or ont disparu ou sont nonagénaires, les peintures s'écaillent, les cinémas historiques sont fermés en attente d'une hypothétique rénovation, les noms s'effacent à l'image de ceux des starlettes du muet, apparues pour un film ou deux et aussi vite disparues, seules leurs empreintes sur Hollywood boulevard témoignent encore de l'existence de Polly, Molly, Holly, Sally, Suzy, Emily...une litanie de prénoms de fantômes aux identités insaisissables.

Ce que Bradbury nous dit, c'est que le cinéma hollywoodien était déjà mort et enterré en 1960, comme l'ont été les stars du muet à l'avènement de la sonorisation. Mais cette balade cafardeuse dans un Los Angeles décati, qui nous traîne de cinéma "hanté"  jusqu'au cimetière de Forest Lawn ne manque pas de charme malgré ses défauts. Donc, même si ce n'est pas celui que j'ai préféré, le talent de conteur de Bradbury opéère, et ce titre fait en plus un excellent préambule au mois Halloween!

mercredi 11 septembre 2013

Victor Sackville t1& 2 - F. Rivière, F Carin et G. Borile

En fait, ce que j'ai adoré faire à Bruxelles, c'est la longue balade des façades BD (et je n'en ai vu qu'une partie, celles du centre, ce qui faisait déjà plus de 8 kilomètres, la prochaine fois, je loue un vélo!)

Et, parmi les bandes dessinées mises à l'honneur, il y avait celle là., dans les tons de rouge et brun avec une ambiance très 1900, que j'ai trouvée particulièrement sympa. Le côté " brigades du Tigre" , je pense.


J'avais déjà vu le tire quelque part sans trop savoir de quoi il s'agissait, et puis,sur mon parcours, j'ai trouvé les 2 premiers tomes dans une librairie BD d'occasion (que dis-je une librairie? une caverne d'Ali-Baba, oui...), donc ni une ni deux, je découvre.
Tome 1

Bon, on va dire que ça n'est pas la BD du siècle, mais l'idée est plutôt sympa et ambitieuse. Je passe sur le graphisme un peu raide et les très nombreuses bulles à lire, c'était presque toujours le cas dans les BDs des années 80, personnellement ça ne me gêne pas plus que ça, j'ai commencé à lire des bds à cette époque, j'ai l'habitude. Cei dit, justement en ayant l'habitude, je ne jugerai pas le graphisme d'une série sur les 2 premiers tomes, il suffirait d'en piocher un au hasard parmi les plus récents pour que ça diffère du tout au tout ( je vois qu'il y a 24 tomes, que la série est toujours en cours, le 24° est sorti l'an dernier).
Tome 2

Par contre le scénario est ambitieux, un peu trop en fait:

1917, en Flandres, un agent secret anglais est assassiné. A son compatriote et collègue Victor Sackville incombe donc la double tâche de trouver le responsable et de terminer la mission de son prédécesseur.
Il s'agit d'entrer en possession du code d'un message secret envoyé par les allemands au Mexique.L'enjeu est énorme: on est en pleine première guerre mondiale, et les allemands espèrent convaincre le gouvernement mexicain de déclarer la guerre aux USA, afin de les occuper ailleurs, pour qu'ils ne prennent pas part aux combats en Europe. Victor doit alors entrer en contact avec Diane Corman, agent de sa majesté sous la couverture de journaliste, en poste à Bruxelles, qui est en mesure de récupérer le code auprès de l'ingénieur qui vient de le décrypter: chausses-trappes, agents doubles et trognes patibulaires au menu, leur aventure belge dans le premier tome les conduit jusqu'au Mexique dans la seconde partie de cette histoire en 2 volumes.

Et j'ai envie de dire, avec tout ce qui s'y passe, 2 volumes c'est trop peu. L'argument est dense, il y a une foule de personnages secondaires qui apparaissent et disparaissent aussi vite, le scénariste semble avoir voulu caser un maximum de choses en un minimum de pages, du coup il y a énormément d'ellipses et la fluidité de lecture s'en ressent ( j'ai du revenir plusieurs fois en arrière parce que je pensais avoir laissé échapper un détail.. qui en fait n'était pas mentionné avant, comme la déchirure sur le vêtement qui permet d'identifier l'assassin du premier agent. Sauf que ça n'avait PAS été mentionné, c'est un peu dommage dans une histoire policière de ne pas donner aux lecteurs les indices nécessaires, du coup, on reste extérieur à l'enquête et...enfin, moi ça me pose un vrai problème)
Et avec toutes ces ellipses, évidemment, apparaissent des trous scénaristiques qui me gênent: un personnage est en danger, un autre vient à sa rescousse, le méchant prend une flèche dans le dos.. QUE-OI? Mais sur la case précédent, le type qui courrait aider son pote n'avait PAS d'arc ni de flèches, il a trouvé ça où?
Ce genre de choses, qui est un détail, mais c'est tout le temps.
Autre exemple un personnage a été assommé et en reprennant ses esprits, il explique quelque chose comme " je sais qui c'est j'ai reconnu son rire que j'ai déjà entendu il y a longtemps en Europe"
Et? Et bien c'est tout. Une ligne pour nous en dire un peu plus n'aurait pas été de trop. La tel quel, c'est de l'indice qui ne sert à rien!
Oui j'ai l'air d'être négative, mais encore une fois, un scénario trop alambiqué, avec trop de personnages sur seulement 2 tomes, on sent que les auteurs ont voulu en faire trop. ce qui est frustrant, mais moins que s'ils avaient étiré en longueur une pauvre ligne de scénario. Après, ce sont juste les 2 premiers tomes, et je le maintiens, je ne juge pas la qualité d'une série sur les premiers tomes.

Voilà: de bonnes intentions mais peut mieux faire
BD "british mysteries", les auteurs sont Français et Belges, mais le héros est anglais et espion de George V
Enquête n°4: résolue!

encore une lecture belge!