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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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samedi 28 février 2026

The piano lesson ( film 2022)

 Et dernier film du mois, une autre adaptation d'August Wilson... Et j'ai gardé le titre en anglais pour évacuer la confusion avec la Leçon de Piano de Jane Campion.


On garde le principe d'une adaptation de pièce, qui prend son temps, avec une petite touche fantastique cette fois -ci, bien sympathique et surtout allégorique.

Un piano à l'histoire particulière, devient la raison d'une dispute particulièrement féroce entre un frère et une soeur qui n'arrive pas à se mettre d'accord à propos de cet héritage.

Dans les années 1930, Boy Willie, agriculteur dans le sud des Etats Unis, se pointe avec une cargaison de pastèques à vendre à Pittsburg, et déboule chez son oncle. Tonton héberge Berniece, la soeur de Boy, et sa fille. On comprend vite que Berniece est veuve, et est venue dans le nord chez leur oncle pour travailler, en permettant à sa fille de grandir dans un endroit relativement moins risqué pour des noirs pendant la ségrégation. ( même si subtilement la narration indique que ce n'est pas si tranquille, une remarque faite par la mère à la petite fille qui va a l'école " n'attire pas l'attention sur ta couleur", où l'absolue nécessité de lui lisser au maximum les cheveux.. comment faire comprendre à un enfant que quelque chose ne va pas avec son apparence. Ce genre de petits détails qui indique que le racisme est si systémique que les gens pensent que quelque chose cloche avec eux)
On comprend également très vite qu'entre le frère et la soeur, la question du piano hérité de leurs ancêtres n'est pas la seule raison de discorde. Berniece est veuve parce que feu son mari a été tué dans un menu larcin commis en compagnie de Boy, et elle le rend responsable de de la mort de celui-ci.
Donc Boy est venu avec la ferme intention de convaincre sa soeur de vendre le piano dont ils ont hérité et qu'elle veut garder bien qu'elle n'en joue plus depuis des années. C'est une pièce magnifique, il est sculpté à la main, et pourrait se vendre un prix qui cumulé avec la vente des fruits pourrait lui permettre d'acheter du terrain, de cultiver encore plus et in fine, de vivre ieux sans manquer de nourriture. Son point de vue se défend.
Berniece veut malgré tout garder le piano, c'est un témoin de l'histoire familiale, car il a été volé des années avant un même de leur famille au riche propriétaire blanc dont il était l'esclave. Bien des années plus tôt, le propriétaire avait eu des revers de fortune et avait revendu une partie de ses esclaves, dont l'arrière grand-mère et le grand père de Berniece et Boy. A la demande de la femme du propriétaire, fâchée d'avoir perdu sa femme de chambre et son petit esclave, l'arrière-grand père, excellent artiste et ébéniste, avait sculpté sur le piano les portrait de sa femme et de son fils. il ne s'était pas arrêté là et avait également sculpté tous les membres de sa famille, ses propres parents et grands parents, tantes, cousins. Transformant à la joie de la propriétaire le simple piano en oeuvre d'art, et inscrivant ainsi tout son arbre généalogique dans un objet de luxe appartenant à un riche blanc. donc puisque leur arbre génalogique y figure, les parents et oncles de Bernice et Boy se sont appropriés l'objet qui n'a pas de valeur autre que pécuniaire pour les blancs, mais une valeur historique et même politique pour eux. L'argument de Berniece se défend aussi.

Entretemps, des choses se passent autour de ce piano. L'ancien propriétaire blanc vient et son fantôme semble être revenu hanter la maison de l'oncle, pourtant situé à des centaines de kilomètre, pour demander qu'on lui restitue son piano. C'est la petite fille et l'oncle qui le voient.
Et donc Berniece a un double problème: essayer de faire comprendre a sa fille qu'il n'y a pas de fantômes.. enfin, peut être que si, ou bien est-ce une vision de culpabilité due au vol et à des siècles d'injustices? Et essayer de convaincre son frère que cet héritage n'est pas que le leur mais aussi celui de tous leurs frères et soeurs, sur des générations et des générations.
Il y a bien des fantômes à exorciser dans cette histoire, et ce n'est pas que celui du propriétaire, mais plutôt l'Histoire elle même. Et ce ne peut être fait qu'en conservant la mémoire des générations passées.
Ce qui donne lieu en une séquence intense d'exorcisme musical, dont on comprend bien qu'il est allégorique. Pour vaincre ses fantômes, et ses différents avec son frère, Berniece doit les accepter. 

Le film est un peu plus long que Ma Rainey, et là encore, il est intéressant de compléter par les interviews qui l'accompagnent pour mieux en saisir le sens, et ce que code l'ambiance fantastique ( à voir les commentaires sur allociné, beaucoup de gens sont passés à côté, s'attendant à voir un film purement fantastique , avec de l'action...et ont été rebutés par le côté pièce de théâtre)

Là encore on retrouve Denzel Washington aux manette, avec ses fils, Malcolm à la réalisation et John-David dans le rôle principal, et sa fille Katia, productrice. Une histoire de transmission familiale, orchestrée par toute une famille, c'est savoureux.
Mais alors la grosse surprise, c'est Samuel L Jackson dans le rôle de l'oncle très cool. Je l'associais surtout à des films d'action, ça fait plaisir de le voir dans un tout autre genre de rôles et il est très bon et méconnaissable ( au point qu'il m'a fallu l'interview pour comprendre que pendant 2h00 de films je ne m'étais même pas rendue compte que c'était lui. Et que ce n'est pas seulement mon manque de mémoire des visages qui est en cause)

Donc des 4 visionnages chroniqués, seul A Jazzman's blues est une déception, Quincy est un documentaire, donc à part, et les deux films portés par Denzel sont une excellente surprise.
Il me restera à voir quand je le trouverai Fences, le 3° film de la série d'adaptations d'August Wilson, avec Denzel lui-même et Viola Davis, clairement je pars avec les meilleurs espoirs, là!

Défi "100 disques et plus dans l'année", troisième volume: février

 J'ai dis le mois dernier que je gardais Malicorne pour illustrer un autre mois, allons-y.
Le groupe se distinguait par son emploi d'instruments anciens (vielle à roue, dulcimer, cromorne...)
Voilà donc Marie Yacoub, jouant du dulcimer des appalaches (le nom dulcimer tout court est employé pour d'autres instruments proches du tympanon)


Et pour le son? Voilà Sam Edelston qui joue du Black Sabbath au dulcimer.


Petit mois, déjà, parce que plus court évidemment et parce que j'ai eu des , disons, des soucis de coeur (enfin, pas cardiologiques, plutôt sentimentaux, et plutôt dans le bon sens, des choses s'amorcent légèrement avec un ex-collègue que j'apprécie beaucoup, on verra bien comment ça évolue - pour l'instant vers un statu quo, il a avait rompu, on a un peu fricoté, il s'est "remis avec son ex oui, mais..." - et je veux aussi qu'il sache que, bon, de mon côté la porte est ouverte que ce soit amicalement ou " et plus si aff". 
Et donc ça veut dire entretenir les bonnes relations, et donc passer pas mal de temps à échanger avec lui, temps que je ne passe pas à écouter de la musique :D) Mais le bon signe c'est que, quelle que soit la relation future, c'est loin d'être quelque chose qui m'angoisse, je suis très sereine. Pas de stress, d'un commun accord. En plus le monsieur est musicien amateur, donc on a des points communs. Et sa collection de disques, mamma mia, c'est un rêve!

Allez, Ecoutes (8). Je continue sur ma lancée " métallique" du mois dernier

- I shouldn't be telling you this - Jeff Goldblum & the Mildred Snitzer Orchestra ( jazz 2019). Oui LE Jeff Goldblum, à la filmographie impressionnante, qui est aussi pianiste de jazz. Et va d'ailleurs tourner en Europe cet été en tant que pianiste. Un disque qui n'est pas révolutionnaire, mais très sympa, dans le style  petit ensemble de jazz années 50, et me rend l'ami Jeff encore plus sympathique qu''avant.

- Sly lives! - Sly and the family stone ( funk, 2025), BO d'un documentaire dédié à Sly Stone décédé l'an dernier, il y a du très connu, mais aussi des versions alternatives des extraits de répétition, donc c'est intéressant pour les musiciens amateurs comme moi.

- Monsters and Robots - Buckethead (1999, metal progressif) Oui je fais le grand écart . Je ne connaissait ce guitariste virtuose et excentrique que de nom, et si ce qu'il fait est parfois très expérimental, limite un peu trop, je suis fascinée par sa démarche artistique très intelligente et originale. 

- Giant Robot - Buckethead (1994, Metal progressif): Un type capable d'avoir sur le même disque des titres comme " Buckethead's chamber of horrors" et "I love my parents" mérite qu'on s'y intéresse.

- Dragon's kiss - Marty Friedman (1988 Metal) ★: je ne l'avais pas écouté depuis au moins 25 ans. Le disque qui m'a fait découvrir le metal, donc rien que pour ça, ça mérite l'étoile de distinction!

- Love at first sting - Scorpions ( 1984, hard rock)★: pour qui a connu les années 1980, ça c'est tellement l'essence de ces années là. L'album qui a fait connaître internationalement le groupe ( et 2 méga tubes, Rock you like a Hurricane je surkiffe, bien plus que still loving you, même si je préfère Blackout du précédent). Et j'aime beaucoup la voix très expressive de Klaus Meine, trop rarement cité dans les classement des meilleurs chanteurs de hard rock. Que c'est bon de réécouter ça!

- Colma - Buckethead ( 1998, ambient, trip hop)★: rien à voir avec les deux autres, c'est un album très acoustique, très planant (le guitariste l'a composé pour sa mère en convalescence après une opération), donc musique plutôt douce, qui prouve qu'il sait faire plein de choses, et pas que du très expérimental. Que de l'instrumental, je sens que je vais souvent l'écouter quand je bosse!

- Herzeleid - Rammstein ( 1995, metal industriel), je me remets à l'allemand, donc je pioche dans les groupes qui chantent en allemand. Bon l'industriel n'est pas ce que je préfère, et l'accent de Till Lindemann est assez compliqué à comprendre ( ex Allemagne de l'Est, c'est particulier!)

Pratique (forcément, en baisse, Février et ses 28 jours obligent)

Piano 16h30
Basson 30 minutes ( cette honte intergalactique! mais je n'ai pas pu participer à la répétition de février, à cause du travail, ceci explique cela)
Chant: rien, angine et allergies rendent la chose compliquée

samedi 21 février 2026

A Jazzman's blues (film 2022)

 3e film, et après le très théâtral Ma Rainey, et l'excellent documentaire, c'est.. une mini déception.

Une assez classique histoire d'amour "interdite", d'obsession sentimentale .. et je suis assez opaque à ce genre de sujet.



Tout commence lorsque , dans un bled paumé du fin fond des états unis, dans les années 1980 une vieille dame noire entend un politicien local en campagne débiter des sornettes racistes à la télé. L'homme est un sudiste convaincu, le genre à faire du rocking-chair sur sa véranda ornée d'un drapeau sudiste.
La vieille dame fait donc l'assaut de son bureau, ne partira que lorsqu'il l'aura reçue. En vertu de quoi, se demande le politicien? La dame lui sort un paquet de vieilles lettres, argumentant quelle contiennent la preuve qu'un homicide a été commis 50 ans plus tôt. Et bien, c'est à la police qu'il faut les remettre, non? Non, il doit les lire lui, elles sont adressées à une certaine Leanne Harper qu'il connaît bien, puisque c'est le nom de sa mère.

Ce qu'il fait, découvrant ainsi l'histoire de deux personnes. 

Horace Boyd,  surnommé Bayou, un jeune homme délicat et sensible, fils d'une chanteuse amatrice de blues et d'un trompettiste amateur également. Bayou est adoré par sa mère, mais méprisé et raillé par son père: il chante très bien mais est nul en trompette, au contraire de Willie, son frère, le réussi de la famille, doué en trompette... Horace déteste son prénom et insiste pour qu'on l'appelle par son surnom. Vu sa famille dysfonctionnelle et sa catégorie sociale ( noir américain de la cambrousse profonde) il ne sait pas lire et, là encore est raillé par le paternel: Willie a appris à lire, Willie est doué, tu es bête. Et Willie bien sûr en profite pour mépriser aussi son petit frère.

Et Leanne Harper, qui vit assez isolée, élevée dans une famille extrêmement stricte qui lui interdit de se mêler au menu fretin des villageois. Ceux-ci ont du mal à supporter cette fille assez antipathique, qui les regarde de haut lorsqu'elle va lire seule près de la rivière. Elle est surnommée Bucket, telle un seau délaissé par sa mère qui l'a confiée à la garde d'un grand-père particulièrement revêche, et déteste ce surnom qui lui rappelle à quel point personne ne veut d'elle.

Et pourtant un jour elle s'arrête attire par la musique d'une fête et est témoin d'une scène d'humiliation publique, où Bayou est une fois de plus critiqué ouvertement par son père pour ne pas savoir jouer de trompette. Leanne prend immédiatement ce garçon en sympathie puisqu'ils sont tous les deux isolés et victime de leur famille. Et tous deux vont devenir amis, malgré l'opposition de la famille de la fille, se donnant rendez-vous lorsque le grand-père de Leanne dort. elle s'est donné pour mission, nuit après nuit de lui apprendre à lire, ce qu'il arrive à faire.
Evidemment on sait ce qui va se passer, coup de foudre, alors que l'un des deux est coincé par sa famille. Lorsque le grand-père l'apprend, il rappelle la mère démissionnaire pour qu'elle vienne cherche sa fille avant quelle ne tourne mal, en frayant avec les péquenauds. La mère tout aussi irascible que son père décide donc d'un coup d'emmener sa fille ( en fait, plus une tirelire sur pattes qu'un seau) pour qui elle d'autres ambitions.

Mais quel est le problème? Ben le problème c'est que Bayou a hérité du teint très sombre de son père, quand Leanne, métisse au teint très pâle comme sa famille, peut passer pour blanche et prétendre, une fois défrisée, à des études, un avenir dans la bonne société, et un mariage avec un riche blanc ignorant son ascendance noire. Et c'est très exactement l'ambition de la mère: en faire une parfaire femme du monde, et la marier avec un riche propriétaire blanc et vivre toutes les deux dans l'opulence aux crochets de sa future belle-famille. Ce qui n'est pas compatible avec un galant noir, surtout si on veut se faire passer pour ayant un pédigrée. que Leanne ne soit pas trop d'accord avec cette manipulation n'a aucune importance, elle doit obtempérer pour le porte monnaie de sa sangsue de mère.

Quelques années après, Leanne et sa mère reviennent dans la région, où entretemps, le paternel de Bayou calanché, Willie parti faire carrière et surtout abuser de la schnouff à Chicago, Maman et fiston ont ouvert un juke joint où il chantent. Et comme par hasard Leanne a été mariée au frère du très blanc et très raciste sheriff local, pour le compte du quel une amie de Bayou travaille comme bonniche. Une femme qui connait bien Mistress Leanne, enfin, Miss Bucket. Et là, c'est la succession de situations too much pour moi.

Déjà si tu veux garder l'identité de ta fille secrète, c'est stupide de la marier avec un mec de la ville à côté de laquelle elle a grandi, bien sûr que quelqu'un va la reconnaître et finir par vendre la mèche. Déjà c'est un très mauvais plan, peu crédible pour une mère censée être suprêmement calculatrice.

Ou bien sûr, qu'elle retrouve son amour de jeunesse qu'il a quitté sans une explication, et veuille à tout prix renouer avec lui. Evidemment, Leanne qui a très peu de jugeotte et bien qu'avertie du danger pour lui, insiste, et.. les deux se font pincer par la mère qui les balance à son beau frère " y'a ce noir, là, Bayou, il a sifflé ma fille, faut au moins le lyncher" ( oui, c'est e qu'on appelle une grosse, une très grosse ordure, cliché n°1). 
Ha ben non, ce que la mère ignore, c'est qu'ils ont fait autre chose, et vla-t-y pas que Leanne est enceinte, d'un enfant qui risque d'être un peu trop foncé et de provoquer sa chute sociale, voire, très concrètement, sa noyade " accidentelle" par un mari qui déjà la menace de la tuer si elle veut retourner vivre en ville, loin de la ville où il a des ambitions électorales," tu comprends chérie, pour être maire, je dois avoir une poti.. euh, une femme qui fait l'envie de tous avec son joli teint clair. Si tu pars vivre en ville, on se foutra de moi et je ne serais pas élu. Alors que bon si je suis veuf parce que, disons, tu t'es noyée en allant te baigner à la rivière, on me prendra en pitié"

Donc évidemment, Bayou doit prendre la fuite avec son frère repassé par là flanqué d'un producteur juif européen qui a fui l'Allemagne nazie (on est maintenant dans les années 1940, donc couche de clichés numéro 2: moi aussi, je sais ce que c'est d'être séparé de ses proches, et de devoir partir pour rester en vie.
 
En fait, cliché n°3, le producteur a repéré le talent pour le chant de Bayou, et son potentiel de vedette, alors qu'il a promis de s'occuper de la carrière de Willie. Lequel évidemment va crever de jalousie du succès de son frère, qui le relègue au second plan ( sans prendre en compte que ce qui fait sa disgrâce, c'est surtout sa dépendance à la piquouze, il est monté en gamme au fil de film. Frère Junkie, la drogue c'est mal ( cliché 4). Et donc lorsqu'ils vont retourner faire un petit concert chez leur mère pour attirer les clients qui désertent, c'est Willie qui va aller balancer Bayou au sheriff, trop content de pincer celui qui lui a échappé.

Ah, entretemps le gosse est né, bien pâle comme sa mère. Et qui est devenu cet enfant?
Ho ben ça alors, on ne le voyait tellement pas venir, c'est le politicien sudiste raciste du début, fils d'un noir très noir et d'une noire très pâle, à qui sa grand-mère qui a gardé les lettres que Bayou a écrite à Leanne, mais qui sont toutes retournées à l'envoyeur, sans jamais le dire à son fils ( alors que bon, ça aurait pu être un moyen de calmer son obsession: pleure un bon coup, tu as 18 ans, elle est partie, ça ne sert à rien d'écrire à tous les Harper de Boston en espérant qu'elle te réponde, regarde rous les courrier sont revenus " inconnue à cette adresse")

Après il y a des choses intéressantes, notamment sur le fait que le racisme cause la perte d'estime de soi. Si le père de Bayou le déteste, c'est parce qu'il a le teint aussi sombre que lui, et que son fils lui renvoie cette image de lui-même. S'il adule Willie, c'est parce lui a le teint plus clair et pourrait passer pour métis ou mexicain facilement, ce qui est un peu mieux.
Si la famille de Leanne est aussi hautaine , c'est parce qu'ils se sentent plus blancs que leurs voisins. elle même finit par essayer de se "blanchir" à ses propres yeux, en se montrant odieuse avec son ancienne voisine (qui lui rappelle d'une grande claque bien méritée qu'elle est et restera "Bucket" la péquenaude métisse même déguisée en femme du monde), mais sur laquelle elle compte quand même pour la couvrir lorsqu'elle commence à faire connerie sur connerie.

La collaboration entre émigrés juifs et noirs partis tenter leur chance dans le nord est un fait parfaitement attesté ( même s'il aurait pu être plus subtilement amené), l'abus de drogue dans le milieu du jazz aussi.
La dernière séquence en suspens aussi est intéressante: un politicien raciste qui a fait toute sa campagne à grand coup de drapeaux sudistes vient de découvrir qu'il est le fils d'un noir et d'une métisse, comment va-t-il pouvoir gérer cette révélation qui fait s'écrouler ses convictions.

Mais voilà, sans que ce soit un mauvais film, il n'est pas ouf narrativement, trop appuyé, trop démonstratif, avec trop d'invraisemblances, trop de " tout à fait par hasard", trop de Roméo et Juliette + Cain et Abel.
Et puis je n'aime pas quand les personnages sont cons comme des manches. L'obsession permanente de Bayou pour Léanne parce qu'ils se sont roulé un palot à 17 ans, est assommante et même adulte, il a la maturité émotionnelle d'un enfant de 10 ans. 

Et elle est un personnage dans le fond aussi détestable que sa mère: encore plus immature que lui, elle n'agit qu'à son bon vouloir, manipule les gens tout en prétendant faire le contraire, n'assume jamais les conséquence de ses actes, renvoie la faute sur les autres. Ce genre de personnage de femme-enfant qu'on est supposés trouver je ne sais pas... mignonne? attendrissante? Alors qu'elle est parfaitement insupportable et tête-à-claques. 
Donc c'est mal parti quand les deux personnages centraux sont un homme gentil mais couillon et manipulable, et une femme minaudante et manipulatrice. Ca peut donner quelque chose d'intéressant à condition de ne pas avoir une narration qui parte en tout sens et en fasse trop.

De fait, je crois bien que je n'ai apprécié que Hattie, la mère de Bayou, et Citsy, la voisine, qui sont plus intéressantes et dont les rôles sont mieux joués. Ira, le producteur juif passe aussi pas trop mal. Mais les autres, disons que à la fois au niveau des personnages et des acteurs, c'est pas fou-fou.
Peut être que ça serait mieux passé de ce point de vu si je l'avais regardé avant Ma Rainey, superbement interprété, là... j'ai trouvé le temps long et les acteurs pour la plupart, pas super convaincants.

Et les séquences musicales, si elles ne sont pas mauvaises musicalement à défaut d'être originales ont pour mois un défaut rédhibitoire: la qualité de son trop léchée, trop parfaite, une prise de son digne du XXIe siècle quand on est supposés enregistrer à l'arraché dans un club, chanter sans amplification. Le son amplifié est trop évident , et je vois tellement que les acteurs font du playback sur des chansons enregistrées en studio. C'est vraiment un truc qui a contribué à me faire sortir de l'histoire.

Un film qui pêche à mon sens par sa volonté de vouloir aborder trop de sujets à la fois, d'appuyer trop son propos, de manquer de subtilité dans son message, et d'avoir des personnages centraux casse-burettes au possible.

samedi 14 février 2026

Quincy (documentaire 2018)

 Deuxième visionnage et c'est aussi un gros coup de coeur.

Il s'agit cette fois d'un documentaire consacré à Quincy Jones, j'avais déjà parlé de lui via un podcast écouté l'an dernier, alors qu'il était encore en vie ( il est décédé en novembre 2024 à l'âge respectable de 91 ans)
Réalisé par sa fille, il suit de près Quincy au quotidien , sans occulter à la fois le caractère hors du commun de ses projets et de son énergie incroyable pour un octogénaire , et ses problèmes de santé - plus que graves. Porté par l'envie de mener à bien un projet qui a probablement été l'un des plus importants pour lui, et alors qu'il a failli mourir deux fois au long de ce périple, on le voit déplacer des montagnes et aller jusqu'au bout, ce qui force l'admiration.


Ce qui le motive tant, c'est d'être à 85 ans le maître de cérémonie pour l'inauguration en fanfare d'un musée consacré à l'histoire des afro-américains, et vu son carnet d'adresse rempli de gens à qui il a mis le pied à l'étrier, il était en effet le mieux placé pour organiser un fête mémorable.
C'est cette organisation qu'on suit sur deux heures, entrecoupée d'images d'archives qui retracent sa carrière, depuis ses débuts avec Billie Holiday, Billy Eckstine, Lionel Hampton, Dizzy Gillespie et d'autre sommités de la scène jazz, ses études en France avec Nadia Boulanger où il a pu apprendre à composer et harmoniser pour cordes*, ses succès en musique de cinéma, son activité de producteur et découvreur de talent, son amitié sincère et indéfectible avec Ray Charles...

* dans la série, " le racisme est tellement con que ça en devient absurde", aux USA il lui était interdit de composer pour cordes, car "les cordes sont des instruments réservés aux blancs". Ca me fait le même effet que lorsque j'entends que jouer du basson n'est pas féminin.
Dans ma famille, on dit " c'est bête à brouter du gravier".

Mais le fait que le documentaire soit réalisé par sa fille apporte une autre touche, un côté beaucoup plus sensible et personnel: elle ne cache pas les soucis de santés de son père, qui n'est ici pas seulement la vedette mondiale, mais quelqu'un de proche de sa famille, qui a réussi a maintenir une relation avec ses enfants malgré la surcharge de travail qui a failli lui coûter la vie à plusieurs reprises par trop de stress et de fatigue. Elle ne cache pas non plus son insécurité primordiale: petit garçon privé de la présence de sa mère à 7 ans, car elle était schizophrène et a été internée en psychiatrie, elle lui inspirait une telle terreur. Ce qui est probablement à l'origine de ses échecs sur le long terme avec les femmes. A la question " Papa, est-ce qu'il y a une chose pour laquelle tu n'est pas doué, sa réponse est sans appel" le mariage". C'est peut être une des raison qui fait qu'il est allé chercher des femmes diamétralement opposées à sa mère, ses 3 épouses successives étant de blondes européennes.

Mais au delà de la personnalité hors du commun du monsieur, le documentaire est en filigrane, un portrait très touchant d'un vieux monsieur, qui a du mal à accepter la vieillesse et le déclin de ses forces. Il est lucide, est parfaitement conscient que son temps est compté, et son émotion est palpable, lorsque Ray Charles lui dédie une chanson pour son anniversaire, un vieux monsieur célébrant son amitié avec son pote de toujours. C'est adorable.


Mais triste également, lorsque Quincy, poussé en fauteuil roulant, surtout destiné à le forcer à se ménager, visite le musée avant son ouverture et fond en larmes en voyant honorés sur les panneaux et dans les vitrines des gens qu'il a connu mais ne sont plus là: Ella Fitzgerald, Cab Calloway, Ray, Miles Davis, Michael Jackson, Prince ( oui, même lui avec qui il n'était pas spécialement en bons termes, vu qu'il faisait concurrence à Michael Jackson et avait refusé de participer à "We are the world"... la mort remet les compteurs à zéro). Sa prise de conscience " ils sont tous morts, tous..." est douloureuse, même pour le spectateur. Philosophiquement, c'est difficile. Constater la mort des autres, c'est recevoir le rappel que la sienne est inéluctable, et pour un octogénaire, proche. Voire peut être dans les jours qui suivent ( même s'il a survécu 6 autres années après l'inauguration)
En tout cas j'ai bien envie, si je vais un jour à Washington, de voir le musée en question.


Mais cette fois encore, c'est une excellente pioche, un documentaire instructif sur l'individu, mais aussi sur la lutte collective d'une communauté, avec une réflexion toute en finesse sur le temps qui passe: voir ce vieux monsieur tenter de se raccrocher à ses souvenirs oblige à penser, soi-même, à la brièveté de la vie, la valeur de la santé, la nécessité de faire ce qu'on veut faire ici et maintenant.

Et cerise sur le gâteau, moi qui ne l'avais vu en photo qu'au minimum quadragénaire, puis se dégarnissant avant d'être chauve, voilà Quincy... jeune.

Ben je ne m'attendais pas à ce qu'il ait été aussi charmant, je comprend qu'il ait eu son petit succès auprès des européennes, le trompettiste de jazz venu étudier la musique classique🎺🎶
Son comparse Miles Davis avait également été le Roméo d'une certaine Juliette, en France. La trompette, y'a pas, c'est la classe!

mardi 10 février 2026

Strange Fruit, la chanson d'abel - A. Dan et V. Hazard (BD)

 Une petite BD ça vous tente?

On va reparler de Billie Holiday, mais pas seulement.
Le ffil directeur est en fait la chanson Strange Fruit, qu'elle a interprétée de chanson magistrale, mais dont elle n'est pas l'auteur.

J'aime beaucoup cette couverture, où l'auteur est dans l'ombre " lumineuse" de l'interprète. 
Et pourtant la chanson, leur plus gros succès, leur a causé du tort, à tous les deux


L'auteur est Abel Meeropol, professeur d'université, juif, communiste, qui a eu envie d'écrire ce texte anti-raciste lorsqu'il a vu un photo de lynchage en 1930. Deux noirs du sud des Etats-Unis, pendus à un arbre, sans procès équitable, sur une simple suspicion, et tout autour, une foule de blancs, joyeux comme à la fête.
Pour Abel, dont les ancêtres ont fui l'Europe et les pogroms, cette situation n'est que trop familière, et son engagement anti-raciste est aussi un engagement personnel contre l'anti-sémitisme.

Bien des années après, en 1956, Abel revient voir Billie, avec une requête : qu'elle cesse de prétendre avoir écrit la chanson. Pas pour les droits d'auteur qu'il touche déjà, mais précisément parce qu'elle est un message qui lui tient à coeur.

 Tous deux se racontent alors ce qui leur est arrivé depuis 25 ans.
Pour Billie, les mauvaises fréquentations, l'alcool, la drogue, et les flics qui la piègent pour en faire un exemple à chaque fois qu'elle s'en sort. Alors que d'autres vedettes, qui usent et abusent des stupéfiants sont tranquilles, parce qu'elles sont blanches.

Pour Abel, une carrière de parolier de chansons patriotiques, mais très vite, la suspicion et l'inscription sur la liste grise du Maccarthysme. Ses sympathies communistes, bien qu'on ne puisse pas les prouver formellement en font aussi un type à surveiller. Son engagement atteindra son apogée lorsqu'il adopte officiellement les enfants d'Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'espionnage soviétique et exécutés , toujours dans le cadre de la chasse aux sorcières.
Dans ce monde où, malgré la loi, certains refusent de hiérarchiser noirs et blancs, on croise aussi Frank Sinatra ( son amitié avec Sammy Davis Jr est restée célébre), Miles Davis ( qui n'a pas pu épouser Juliette  Greco, elle aurait aussi été victime du racisme si elle s'était mariée avec lui et l'avait suivi aux USA), Lester Young (tyrannisé à l'armée, lorsqu'on découvre que sa femme est blanche), ou encore James Baldwin, noir, communiste et homosexuel.

Malheureusement, en 2026, force est de constater que les choses ne s'arrangent pas vraiment. Et que cette thématique est hélas loin d'être reléguée dans les livres d'histoire. Donc tant que le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie et tout un tas d'autres choses bien moisie continueront à pourrir la vie des gens, Strange fruit reste un texte universel, peu importe qui sont les victimes, blancs, noirs, hommes femmes, juifs, athées, autres...

Une lecture très intéressante, qui fouille, entre autres, dans les poubelles puantes de Hollywood.

dimanche 8 février 2026

Introducing the hardline according to Terence Trent d'Arby (disque, 1987)

 Et hop deuxième disque, j'avais l'embarras du choix. Et l'autre jour je me suis retrouvé avec Sign your Name en tête, que pourtant je n'avais pas entendue depuis des années. A quoi tient un choix?
Après le Gospel de Meshell Ndegeocello, je continue dans l'esprit gospel / soul, finalement

Et de fil en aiguille, je me suis demandé ce qu'il était devenu: à part son changement de nom dans les années 2000 et son retrait de la scène musicale pensant très longtemps ( dont j'ignorais les raisons), je n'ai pas trop suivi sa carrière, et à vrai dire, à par les tubes Sign you name, Wishing Well et Dance Little Sister, ben je connais assez peu cet artiste.

Je n'avais même pas eu l'occasion jusqu'à présent d'écouter son premier disque en entier, et pourtant, j'en gardais l'image d'un gars qui avait beaucoup de choses à son avantage et aurait pu avoir une belle carrière: belle voix puissante, bon danseur, multi-instrumentiste, physiquement pas mal du tout, grand mince, avec un joli visage, une ravissante paire d'yeux et une coiffure sympa.. bref, il partait avec une longueur d'avance.

J'ai galéré à trouver une photo où il ait le sourire et c'est bien dommage, ce monsieur était charmant et encore plus avec le sourir ( par contre, pour ne pas casser le mythe il ne vaut mieux pas chercher la tête qu'il a maintenant, disons qu'à âge égal, mère nature a été beaucoup plus sympa avec Lenny Kravitz)

Et il semble que quelques mauvais choix de carrière et un caractère difficile l'aient desservi. De ce que j'ai pu comprendre, suite à ce premier disque qui a fait un carton, il a pris le melon, s'est ouvertement positionné en rival à la fois de Prince et Michael Jackson, qui étaient déjà des pointures avec une discographie conséquente et un auditoire fidèle. Il semble que ce soit son ego ( et le titre assez immodeste de ce premier album semble le confirmer) qui lui ai fait tort.

Et revenir ensuite sous un autre nom, en disant " j'ai travaillé sur moi et j'ai changé, je ne suis plus dévoré d'ambition", quand on a déjà une réputation de casse burettes et que les gens rechignent à bosser avec vous, ben c'est mal parti pour arriver à regagner sa place, surtout quand on s'est ouvertement placé en rival des deux précédents et qu'entretemps un autre gars à tresses est arrivé et a cassé la baraque ( l'ami Lenny, qui sans renier ses influences blues et soul a eu la bonne idée d'aller vers le hard rock, alors moins présent sur les scènes afro-américaines)
Même s'il a sortit 4 disques sous sont premier nom de scène, un avec double identité, et 10 autres depuis sous son nouveau com de Sananda Maïtreya, il continue à se produire sur scène mais n'a pas vraiment renoué avec le succès ni renouvelé son premier coup d'éclat.

Et pourtant il a du talent, qu'il n'a pas réellement sur exploiter pour lui même. Le disque s'écoute bien même si certains arrangements de synthé on franchement vieilli ( sur Rain, oui, ça fait sourire). Le gars a réussi la prouesse d'avoir 3 tubes sur son premier disque, et franchement j'aime toujours les percus un peu caribéennes de Sign your name), mais pour moi les morceaux qui ressortent le plus sont ceux qui n'on t pas été multi diffusés à la radio: le gospel rock Seven more days, Who's loving you (très James Brown) et surtout l'incroyable As Yet untiltled, c'était osé de mettre un morceau entièrement à capella, au texte social et malheureusement toujours d'actualité.

Hop, playlist ici, histoire de l'écouter ou réécouter d'un bout à l'autre

Mais vingt dieux, quelle voix magnifique, et ce genre de chanson met à la voix en valeur la voix et le sujet. S'il était allé plutôt dans cette direction, il y avait une place bien particulière à occuper.
Et ça fait toujours plaisir de trouver ce genre de petites pépites, caché au fond d'un album dont on n'avait retenu que les singles. Là, il y a une expressivité et une sincérité qui me plaisent particulièrement, et je considère que sa simplicité brute en fait le meilleur titre du disque.

samedi 7 février 2026

Le blues de Ma Rainey ( film 2020)

 Pendant mes vacances d'automne, j'ai découvert qu'il y avait Netflix dans le logement que j'avais réservé, donc comme l'année précédente j'en ai profité pour me regarder quelques films ( musicaux, ça va devenir une tradition) que sans ça, je n'aurai jamais eu l'occasion de voir puisqu'ils ne sont pas sortis au cinéma.
Et hooo mais il y a plein de choses sur le jazz et le blues, je vais en profiter pour préparer quelques sujets pour le mois afro-américain de février prochain, ça va arriver plus vite que je ne le pense!

Donc premier dans l'ordre de visionnage, Le blues de Ma Rainey , en VO, "Ma Rainey's black bottom", et déjà, la traduction perd la double, voire triple référence humoristique: le Black Bottom était un type de danse populaire dans les années 1920, période où se passe l'action; Ma Rainey's Black bottom est littéralement le titre d'une chanson de l'authentique Ma Rainey ( en changeant de langue, on change aussi de référence musicale, même si la chanson est un blues); et enfin, c'est aussi une chanson bourrée des jeux mots que pouvait faire une plantureuse chanteuse de blues, ironisant sur son physique et sa couleur de peau. Musique!



Gertrude "Ma" Rainey, surnommée la mère du blues, méritait bien qu'on lui consacre un film ( et de manière plus étonnante, son nom a été donné le 7 février 2025 à un cratère mercurien. La lune aurait été beaucoup plus appropriée vu la teneur des paroles :D)
Mai Ma est, ou du moins était, assez oubliée du grand public, alors qu'elle a été, outre sa propre carrière, une dénicheuse de talents. C'est elle qui a découvert et embarqué Bessie Smith en tournée, Bessie Smith qui a fini par l'éclipser.

Mais avant le film, il y eu une pièce de théâtre d'August Wilson, jouée pour la première fois en 1982. Je ne connaissais pas ce dramaturge, mais il a suffisamment impressionné Denzel Washington ( oui, rien que ça) pour qu'il décide de produire 3 films adaptés de 3 des ses pièces. Fences en 2016 ( pas vu), Ma' Rainey's Black Bottom en 2020 et The Piano Lesson en 2024.
Au vu du résultat, je peux le comprendre. Wow. Simplement, wow.


C'est particulièrement intéressant, car à de rares exceptions ( concert en ouverture du film, et arrivée des musiciens dans la rue), la quasi intégralité du film est un huis-clos dans un studio d'enregistrement, et c'est une excellente idée d'avoir gardé cette structure très théâtrale où l'enjeu est moins de raconter une session d'enregistrement que de parler en filigrane de la situation des noirs d'Amérique dans les années 20 via les dialogues.

En 1927, Ma est déjà une star de la scène musicale noire du sud, elle a déjà enregistré, vendu beaucoup de disque, la foule se presse à ses concerts. Une foule monochrome, dans le sud. C'est donc un bon filon pour des producteurs blancs de Chicago, désireux de vendre un maximum de disque aux nouveaux arrivants dans la région: les noirs qui ont fui le sud où la ségrégation se durcit pour trouver du travail dans les grandes villes industrielles du nord où, à défaut d'être respectés, ils risquent beaucoup moins les lynchages gratuits, ne serait-ce que parce que les industries ont besoin de cette main d'oeuvre à bon marché et prête à accepter n'importe quel travail pour peu qu'on la paye. Une main d'oeuvre nostalgie de sa région et de sa culture musicale du sud, qui représente une masse de consommateurs de disques potentiels.
Les musiciens de session arrivent, ils sont 4: Toledo, le vieux pianiste aux sympathies plutôt socialistes et agnostiques, Slow Drag le contrebassiste discret, et Cutler, le tromboniste qui joue depuis longtemps avec Ma et est habitué de ses frasques. A ces 3 s'ajoutent Levee, le trompettiste, beaucoup plus jeune et fanfaron, qui clame partout qu'il ne restera pas longtemps musicien de session, il a du talent, le producteur veut qu'on joue non les versions originales mais ses arrangements à lui ( ce qui est vrai), il lui a d'ailleurs demandé d'écrire plusieurs chansons, il n'a donc pas de temps à perdre à répéter en attendant Ma', la vedette qui n'arrive pas. 3 qui s'accommodent de la situation, et un qui est pétri d'ambition.
Et effectivement Ma est connue pour son caractère bien trempé, ses exigences et ses retards. Peu importe ce que veut le producteur, Cutler le sait, on fera ce que Ma veut, et le producteur n'aura rien à dire.

Et effectivement, lorsqu'elle arrive, elle n'en fait qu'à sa tête, elle est insupportable, MAIS, via les dialogues, on comprend vite que c'est une femme lucide, consciente qu'elle détient un trésor: sa voix. C'est ce que veulent les producteurs, elle peut se montrer exigeante tant que le disque n'est pas enregistré. sitôt que ce sera fait, elle n'existera plus. Elle en profite donc pour imposer son neveu bègue comme narrateur sur l'ouverture d'une chanson ( en plus de ses arrangements à elle). Ce qui paraît un caprice insensé a une raison très sensée: son neveu, avec son handicap, a peu de chance de trouver du travail, en le faisant malgré tout participer au disque, il sera lui aussi payé au même tarif que les musiciens.
Ma impose aussi la présence de Dussie May, sa maîtresse ( car elle est l'une des premières vedettes ouvertement bisexuelle). Dussie May est une jolie femme, jeune, dont on comprend vite qu'elle est une "gigolette", qui accepte de sortir avec une femme bien plus âgée qu'elle pour de l'argent ou des cadeaux, mais reluque le jeune et charmant trompettiste.
Ce qui est l'une des raisons pour laquelle Ma déteste Levee: trop fanfaron, trop moderne, il ne respecte pas l'esprit du blues ET en plus il plaît à sa nana.L'ambiance devient vite explosive, et toute le monde finit par se disputer. Et évidemment Levee va vite se rendre compte que les promesses d'un producteur ne valent pas grand chose, que ses rêves d'avenir sont une porte close ( et c'est illustré brillamment: durant tout le film, il s'obstine à vouloir absolument savoir ce qu'il y a derrière une porte close du studio, finit par l'enfoncer et se retrouve dans un cul-de-sac. Il n'y a pas d'issue, socialement parlant, pour un noir américain, il doit se contenter des miettes que les blancs daignent lui accorder)

Il y a quelque chose de vraiment fort narrativement, via les dialogues qui narrent en creux les mauvaises expériences de protagonistes, leur comportement dans un monde ou une simple paire de chaussure devient un enjeu prouvant une réussite, une dignité...
Et là aussi, la rivalité entre Ma et Bessie Smith évoque la difficile loi du Shobiz: Ma est quinquagénaire, en surpoids, pas très jolie, et grande gueule. Difficile à manipuler. Bessie est jeune, c'est une jolie femme, moins imprévisible que son aînée, beaucoup plus " vendable".
L'hostilité de Ma pour Levee est double: non seulement, ils sont rivaux pour la jeune Dussie May, là aussi, il est jeune, ambitieux, et ils se ressemblent bien plus qu'il n'y parait. Bessie et Levee sont la jeunesse qui va prendre la place de Ma, laquelle s'accroche aux traditions du blues tel quelle le chante depuis presque 5 décennies, quand les producteurs, les artistes et le public attendent de la nouveauté. Ma ne se plait que dans son sud natal, Levee est à son aise à Chicago, où il veut donner la pleine mesure de son son novateur: elle est le blues, il est le jazz. Deux musiques différentes mais d'origine commune. avoir fait de ces deux personnages l'incarnation de deux courants musicaux qui s'affrontent alors qu'ils devraient collaborer, et la représentation d'une évolution culturelle inélucatable est absolument génial.

Et vingt dieux, que c'est excellement joué. Viola Davies (Ma) est extraordinaire, il faut voir le petit documentaire d'interview qui suit le film, où elle explique comment elle a travaillé son rôle, allant chercher des photos d'archives pour reproduire au mieux le maquillage bas de gamme et luisant de MA, le soin apporté aux tenues copiées sur des images d'archives et des pièces de musée...une très grande actrice.
La révélation, c'est Chadewick Boseman ( Levee) qui m'a aussi stupéfaite par son jeu d'acteur. Je ne le connaissais pas, mais son nom me parlait. Je m'en suis soudain souvenue: je l'avais hélas vu dans une nécrologie, il a remporté pour ce film un golden globe de meilleur acteur, étant mort dramatiquement jeune d'un cancer en août 2020. C'est incroyable de savoir qu'il a tourné avec un jeu d'acteur aussi intense tout en étant mourant. C'est d'autant plus triste qu'il semblait promis à une magnifique carrière cinématographique.

Vraiment une très bonne pioche, avec énormément de réflexions sociétales et de niveaux de lecture. Je vais donc prochainement regarder l'un des autres films adaptés d'August Wilson et m'intéresser plus particulièrement à cet auteur. 

dimanche 1 février 2026

Mois de la culture afro-américaine, 3!

 Enfin, 3° pour moi, mais comme j'ai encore des choses à partager depuis l'an dernier on continue


Voila donc ce qui est prévu, sans trop dévoiler le mystère. I y a donc à l'heure actuelle 4 films et 2 disques prévus ( sûr et certain! les sujets sont prêts et rédigés). J'ai 3 livres audios, mais comme ils sont formats mp3, ils ne se lisent pas sur ma chaîne, il faut que je tente une manipulation sur mon ancien ordinateur doté d'un lecteur CD/DVD que j'ai gardé exprès pour ce genre de situations.
J'ai repéré quelques BD et livres à la médiathèques, donc j'espère pouvoir

1/2: No More Water - Meshell Ndegeocello ( disque)
7/2 : Le blues de Ma Rainey ( film)
8/2 : Introducing the Hardline according to Terence Trent d'Arby ( disque)
10/2: Strange Fruit, la chanson d'Abel ( BD)
14/2: film n°2 
15/2 (disque 3 à choisir)
21/2: Film n°3
22/2 : (disque 4 à choisir)
28/2: Film n°4
29/2: (disque 5 à choisir)

Meshell Ndegeocello - No more Water, the Gospel of James Baldwin ( disque, 2024)

Et voilà une trouvaille, arrivée dans les rayonnages de la médiathèque ( et dans mes oreilles!) à la fin de l'an dernier. L'album date de 2024, à l'occasion du centenaire de la naissance de James Baldwin, auteur dont j'espère pouvoir enfin lire un texte cette année. J'ai lamentablement échoué les deux dernières années.

Et c'est l'occasion également de découvrir ce que fait la chanteuse et bassiste ( j'aime déjà cette nana!) Meshell Ndegeocello.  Je ne la connaissais que de nom.. enfin, de pseudo, puisque son nom de naissance est simplement Michelle Johnson. Mais je vois que son nom de scène est tiré du Swahili et signifie " libre comme l'oiseau", ce qui donne déjà une idée de sa personnalité et son engagement: prendre un pseudonyme issu d'une langue africaine quand on est une musicienne américaine est déjà un acte politique.



Et d'autant plus qu'elle décide de mettre en musique, musique souvent funky, et inspirée des rythmes africain, les mots de James Baldwin. Y compris la piste 7, écrite en français et lue par une française.

Une vraie réussite, mêlant musique et lectures, à laquelle le podcast "au coeur du jazz" consacre une heure d'émission, ici.

Le petit détail qui me laisse pensive sur le niveau d'hypocrisie des Etats-Unis, c'est le fait qu'un "parental advisory" soit imprimé sur la pochette. Demandé dans les années 80 par Tipper Gore, la femme d'Al, parce qu'elle était scandalisée qu'on puisse vendre des disques aux textes "orduriers" qui dévoient la belle jeunesse américaine innocente .
( Pour l'anecdote, la chanson qui a déclenché son ire est Darling Nikki, de Prince, qui parle d'une femme qui se tripote en feuilletant un magazine cochon.. exactement ce que font beaucoup d'hommes, donc Et de manière très drôle, anecdote dans l'anecdote, les 15 premières chansons ainsi estampillées, surnommées les " filthy fiteen", donc les 15 dégueulasses, comptait outre Darling Nikki, "Sugar Wall" chantée par Sheena Easton, et composée par Prince en seconde position, la troisième est une chanson de Judas Priest. C'est presque décevant, on est passé à - j'ose- deux doigts d'un podium, ça aurait été incroyable que la même personne soit sur les 3 premières marches. Ha, mais en 4° place il y a Vanity, chanteuse du groupe Vanity 6, avec une chanson pas composée par Prince, mais mais mais Vanity est le pseudo qu'il a donné à la chanteuse Denise Matthews lorsqu'il a décidé de lancer un groupe de nanas, sous le nom de Vanity 6, donc indirectement, médaille en chocolat!)

Et là, pourtant, rien de ce qui avait à l'origine motivé la création du Parental Advisory, pas de choses ouvertement sexuelles ou de références au cannibalisme... Donc pourquoi? Est-ce parce que les textes de Baldwin son sombre, parlent à mots couvert de suicide, que l'auteur était homosexuel.. ou bien ouvertement de gauche, et qu'il clame haut et fort l'égalité entre hommes et femmes, noirs et blanc, tout individu étant à l'égal des autres, composé de 70% d'eau pour mieux pointer l'absurdité des catégories sociales? Ou bien parce qu'il y a quelques " fuck!" dans ses textes ( notamment dans "la prochaine fois le feu"?) , en tout cas la déclamation de ses textes politiques sous forme de gospel est pertinente, quand on regarde son vécu, et percutante. Dans un podcast qui lui était consacré, son écriture était qualifiée de très musicale et très jazz. Rythmée en tout cas.

Normalement la violence sociale, la ségrégation, l'humiliation qui hantent les textes de Baldwin devraient faire réagir plus que des références au sexe ou aux pratiques SM, ou une poignée de gros mots, mais d'une manière différente et donc ne pas être classées dans le même lot.  
Mais on en est là, protéger les jeunes même de textes sociaux et politiques au motif qu' ils pourraient " les choquer". Ou bien, plus probablement parce qu'ils donnent une mauvaise conscience aux politiciens blancs à qui on rappelle que leur prédécesseurs ont commis des choses inacceptables au nom de leur religion/ pouvoir/ goût de l'argent. Personne n'aime devoir descendre du piédestal où il s'est lui même placé à grand coup de narration à son propre service.

De mon point de vue, au contraire, ce genre de choses doit être diffusé au plus grand nom et expliqué. au lieu de ça "attention parents" (que je comprends comme " ce genre de disque pourrait faire réfléchir vos enfants, et après on aura du mal à les manipuler"). Ce n'est pas trop étonnant dans un pays qui censure les livres " pour ne pas choquer les enfants" ( parce que même les livres pour enfants présentent des comportement inacceptables comme.. ne pas obéir à ses parents ou avoir des envies d'indépendance. P'tain qu'est-ce qu'ils diraient de Sylvain et Sylvette qui vivent seuls dans la forêt)

Donc , après cette parenthèse " réflexion en roue libre", oui je conseille totalement ce disque, qui est en plus musicalement agréable, Meshell a une jolie voix un peu grave qui sert très bien les textes de Baldwin, donne envie d'aller les chercher pour décrypter ce qui nous échappe, à nous, frenchies que nous sommes.

En tout cas, j'irais sans faute chercher ce qu'elle a fait d'autre, ça me plaît beaucoup.