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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

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samedi 14 février 2026

Quincy (documentaire 2018)

 Deuxième visionnage et c'est aussi un gros coup de coeur.

Il s'agit cette fois d'un documentaire consacré à Quincy Jones, j'avais déjà parlé de lui via un podcast écouté l'an dernier, alors qu'il était encore en vie ( il est décédé en novembre 2024 à l'âge respectable de 91 ans)
Réalisé par sa fille, il suit de près Quincy au quotidien , sans occulter à la fois le caractère hors du commun de ses projets et de son énergie incroyable pour un octogénaire , et ses problèmes de santé - plus que graves. Porté par l'envie de mener à bien un projet qui a probablement été l'un des plus importants pour lui, et alors qu'il a failli mourir deux fois au long de ce périple, on le voit déplacer des montagnes et aller jusqu'au bout, ce qui force l'admiration.


Ce qui le motive tant, c'est d'être à 85 ans le maître de cérémonie pour l'inauguration en fanfare d'un musée consacré à l'histoire des afro-américains, et vu son carnet d'adresse rempli de gens à qui il a mis le pied à l'étrier, il était en effet le mieux placé pour organiser un fête mémorable.
C'est cette organisation qu'on suit sur deux heures, entrecoupée d'images d'archives qui retracent sa carrière, depuis ses débuts avec Billie Holiday, Billy Eckstine, Lionel Hampton, Dizzy Gillespie et d'autre sommités de la scène jazz, ses études en France avec Nadia Boulanger où il a pu apprendre à composer et harmoniser pour cordes*, ses succès en musique de cinéma, son activité de producteur et découvreur de talent, son amitié sincère et indéfectible avec Ray Charles...

* dans la série, " le racisme est tellement con que ça en devient absurde", aux USA il lui était interdit de composer pour cordes, car "les cordes sont des instruments réservés aux blancs". Ca me fait le même effet que lorsque j'entends que jouer du basson n'est pas féminin.
Dans ma famille, on dit " c'est bête à brouter du gravier".

Mais le fait que le documentaire soit réalisé par sa fille apporte une autre touche, un côté beaucoup plus sensible et personnel: elle ne cache pas les soucis de santés de son père, qui n'est ici pas seulement la vedette mondiale, mais quelqu'un de proche de sa famille, qui a réussi a maintenir une relation avec ses enfants malgré la surcharge de travail qui a failli lui coûter la vie à plusieurs reprises par trop de stress et de fatigue. Elle ne cache pas non plus son insécurité primordiale: petit garçon privé de la présence de sa mère à 7 ans, car elle était schizophrène et a été internée en psychiatrie, elle lui inspirait une telle terreur. Ce qui est probablement à l'origine de ses échecs sur le long terme avec les femmes. A la question " Papa, est-ce qu'il y a une chose pour laquelle tu n'est pas doué, sa réponse est sans appel" le mariage". C'est peut être une des raison qui fait qu'il est allé chercher des femmes diamétralement opposées à sa mère, ses 3 épouses successives étant de blondes européennes.

Mais au delà de la personnalité hors du commun du monsieur, le documentaire est en filigrane, un portrait très touchant d'un vieux monsieur, qui a du mal à accepter la vieillesse et le déclin de ses forces. Il est lucide, est parfaitement conscient que son temps est compté, et son émotion est palpable, lorsque Ray Charles lui dédie une chanson pour son anniversaire, un vieux monsieur célébrant son amitié avec son pote de toujours. C'est adorable.


Mais triste également, lorsque Quincy, poussé en fauteuil roulant, surtout destiné à le forcer à se ménager, visite le musée avant son ouverture et fond en larmes en voyant honorés sur les panneaux et dans les vitrines des gens qu'il a connu mais ne sont plus là: Ella Fitzgerald, Cab Calloway, Ray, Miles Davis, Michael Jackson, Prince ( oui, même lui avec qui il n'était pas spécialement en bons termes, vu qu'il faisait concurrence à Michael Jackson et avait refusé de participer à "We are the world"... la mort remet les compteurs à zéro). Sa prise de conscience " ils sont tous morts, tous..." est douloureuse, même pour le spectateur. Philosophiquement, c'est difficile. Constater la mort des autres, c'est recevoir le rappel que la sienne est inéluctable, et pour un octogénaire, proche. Voire peut être dans les jours qui suivent ( même s'il a survécu 6 autres années après l'inauguration)
En tout cas j'ai bien envie, si je vais un jour à Washington, de voir le musée en question.


Mais cette fois encore, c'est une excellente pioche, un documentaire instructif sur l'individu, mais aussi sur la lutte collective d'une communauté, avec une réflexion toute en finesse sur le temps qui passe: voir ce vieux monsieur tenter de se raccrocher à ses souvenirs oblige à penser, soi-même, à la brièveté de la vie, la valeur de la santé, la nécessité de faire ce qu'on veut faire ici et maintenant.

Et cerise sur le gâteau, moi qui ne l'avais vu en photo qu'au minimum quadragénaire, puis se dégarnissant avant d'être chauve, voilà Quincy... jeune.

Ben je ne m'attendais pas à ce qu'il ait été aussi charmant, je comprend qu'il ait eu son petit succès auprès des européennes, le trompettiste de jazz venu étudier la musique classique🎺🎶
Son comparse Miles Davis avait également été le Roméo d'une certaine Juliette, en France. La trompette, y'a pas, c'est la classe!

mardi 10 février 2026

Strange Fruit, la chanson d'abel - A. Dan et V. Hazard (BD)

 Une petite BD ça vous tente?

On va reparler de Billie Holiday, mais pas seulement.
Le ffil directeur est en fait la chanson Strange Fruit, qu'elle a interprétée de chanson magistrale, mais dont elle n'est pas l'auteur.

J'aime beaucoup cette couverture, où l'auteur est dans l'ombre " lumineuse" de l'interprète. 
Et pourtant la chanson, leur plus gros succès, leur a causé du tort, à tous les deux


L'auteur est Abel Meeropol, professeur d'université, juif, communiste, qui a eu envie d'écrire ce texte anti-raciste lorsqu'il a vu un photo de lynchage en 1930. Deux noirs du sud des Etats-Unis, pendus à un arbre, sans procès équitable, sur une simple suspicion, et tout autour, une foule de blancs, joyeux comme à la fête.
Pour Abel, dont les ancêtres ont fui l'Europe et les pogroms, cette situation n'est que trop familière, et son engagement anti-raciste est aussi un engagement personnel contre l'anti-sémitisme.

Bien des années après, en 1956, Abel revient voir Billie, avec une requête : qu'elle cesse de prétendre avoir écrit la chanson. Pas pour les droits d'auteur qu'il touche déjà, mais précisément parce qu'elle est un message qui lui tient à coeur.

 Tous deux se racontent alors ce qui leur est arrivé depuis 25 ans.
Pour Billie, les mauvaises fréquentations, l'alcool, la drogue, et les flics qui la piègent pour en faire un exemple à chaque fois qu'elle s'en sort. Alors que d'autres vedettes, qui usent et abusent des stupéfiants sont tranquilles, parce qu'elles sont blanches.

Pour Abel, une carrière de parolier de chansons patriotiques, mais très vite, la suspicion et l'inscription sur la liste grise du Maccarthysme. Ses sympathies communistes, bien qu'on ne puisse pas les prouver formellement en font aussi un type à surveiller. Son engagement atteindra son apogée lorsqu'il adopte officiellement les enfants d'Ethel et Julius Rosenberg, accusés d'espionnage soviétique et exécutés , toujours dans le cadre de la chasse aux sorcières.
Dans ce monde où, malgré la loi, certains refusent de hiérarchiser noirs et blancs, on croise aussi Frank Sinatra ( son amitié avec Sammy Davis Jr est restée célébre), Miles Davis ( qui n'a pas pu épouser Juliette  Greco, elle aurait aussi été victime du racisme si elle s'était mariée avec lui et l'avait suivi aux USA), Lester Young (tyrannisé à l'armée, lorsqu'on découvre que sa femme est blanche), ou encore James Baldwin, noir, communiste et homosexuel.

Malheureusement, en 2026, force est de constater que les choses ne s'arrangent pas vraiment. Et que cette thématique est hélas loin d'être reléguée dans les livres d'histoire. Donc tant que le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie et tout un tas d'autres choses bien moisie continueront à pourrir la vie des gens, Strange fruit reste un texte universel, peu importe qui sont les victimes, blancs, noirs, hommes femmes, juifs, athées, autres...

Une lecture très intéressante, qui fouille, entre autres, dans les poubelles puantes de Hollywood.

dimanche 8 février 2026

Introducing the hardline according to Terence Trent d'Arby (disque, 1987)

 Et hop deuxième disque, j'avais l'embarras du choix. Et l'autre jour je me suis retrouvé avec Sign your Name en tête, que pourtant je n'avais pas entendue depuis des années. A quoi tient un choix?
Après le Gospel de Meshell Ndegeocello, je continue dans l'esprit gospel / soul, finalement

Et de fil en aiguille, je me suis demandé ce qu'il était devenu: à part son changement de nom dans les années 2000 et son retrait de la scène musicale pensant très longtemps ( dont j'ignorais les raisons), je n'ai pas trop suivi sa carrière, et à vrai dire, à par les tubes Sign you name, Wishing Well et Dance Little Sister, ben je connais assez peu cet artiste.

Je n'avais même pas eu l'occasion jusqu'à présent d'écouter son premier disque en entier, et pourtant, j'en gardais l'image d'un gars qui avait beaucoup de choses à son avantage et aurait pu avoir une belle carrière: belle voix puissante, bon danseur, multi-instrumentiste, physiquement pas mal du tout, grand mince, avec un joli visage, une ravissante paire d'yeux et une coiffure sympa.. bref, il partait avec une longueur d'avance.

J'ai galéré à trouver une photo où il ait le sourire et c'est bien dommage, ce monsieur était charmant et encore plus avec le sourir ( par contre, pour ne pas casser le mythe il ne vaut mieux pas chercher la tête qu'il a maintenant, disons qu'à âge égal, mère nature a été beaucoup plus sympa avec Lenny Kravitz)

Et il semble que quelques mauvais choix de carrière et un caractère difficile l'aient desservi. De ce que j'ai pu comprendre, suite à ce premier disque qui a fait un carton, il a pris le melon, s'est ouvertement positionné en rival à la fois de Prince et Michael Jackson, qui étaient déjà des pointures avec une discographie conséquente et un auditoire fidèle. Il semble que ce soit son ego ( et le titre assez immodeste de ce premier album semble le confirmer) qui lui ai fait tort.

Et revenir ensuite sous un autre nom, en disant " j'ai travaillé sur moi et j'ai changé, je ne suis plus dévoré d'ambition", quand on a déjà une réputation de casse burettes et que les gens rechignent à bosser avec vous, ben c'est mal parti pour arriver à regagner sa place, surtout quand on s'est ouvertement placé en rival des deux précédents et qu'entretemps un autre gars à tresses est arrivé et a cassé la baraque ( l'ami Lenny, qui sans renier ses influences blues et soul a eu la bonne idée d'aller vers le hard rock, alors moins présent sur les scènes afro-américaines)
Même s'il a sortit 4 disques sous sont premier nom de scène, un avec double identité, et 10 autres depuis sous son nouveau com de Sananda Maïtreya, il continue à se produire sur scène mais n'a pas vraiment renoué avec le succès ni renouvelé son premier coup d'éclat.

Et pourtant il a du talent, qu'il n'a pas réellement sur exploiter pour lui même. Le disque s'écoute bien même si certains arrangements de synthé on franchement vieilli ( sur Rain, oui, ça fait sourire). Le gars a réussi la prouesse d'avoir 3 tubes sur son premier disque, et franchement j'aime toujours les percus un peu caribéennes de Sign your name), mais pour moi les morceaux qui ressortent le plus sont ceux qui n'on t pas été multi diffusés à la radio: le gospel rock Seven more days, Who's loving you (très James Brown) et surtout l'incroyable As Yet untiltled, c'était osé de mettre un morceau entièrement à capella, au texte social et malheureusement toujours d'actualité.

Hop, playlist ici, histoire de l'écouter ou réécouter d'un bout à l'autre

Mais vingt dieux, quelle voix magnifique, et ce genre de chanson met à la voix en valeur la voix et le sujet. S'il était allé plutôt dans cette direction, il y avait une place bien particulière à occuper.
Et ça fait toujours plaisir de trouver ce genre de petites pépites, caché au fond d'un album dont on n'avait retenu que les singles. Là, il y a une expressivité et une sincérité qui me plaisent particulièrement, et je considère que sa simplicité brute en fait le meilleur titre du disque.

samedi 7 février 2026

Le blues de Ma Rainey ( film 2020)

 Pendant mes vacances d'automne, j'ai découvert qu'il y avait Netflix dans le logement que j'avais réservé, donc comme l'année précédente j'en ai profité pour me regarder quelques films ( musicaux, ça va devenir une tradition) que sans ça, je n'aurai jamais eu l'occasion de voir puisqu'ils ne sont pas sortis au cinéma.
Et hooo mais il y a plein de choses sur le jazz et le blues, je vais en profiter pour préparer quelques sujets pour le mois afro-américain de février prochain, ça va arriver plus vite que je ne le pense!

Donc premier dans l'ordre de visionnage, Le blues de Ma Rainey , en VO, "Ma Rainey's black bottom", et déjà, la traduction perd la double, voire triple référence humoristique: le Black Bottom était un type de danse populaire dans les années 1920, période où se passe l'action; Ma Rainey's Black bottom est littéralement le titre d'une chanson de l'authentique Ma Rainey ( en changeant de langue, on change aussi de référence musicale, même si la chanson est un blues); et enfin, c'est aussi une chanson bourrée des jeux mots que pouvait faire une plantureuse chanteuse de blues, ironisant sur son physique et sa couleur de peau. Musique!



Gertrude "Ma" Rainey, surnommée la mère du blues, méritait bien qu'on lui consacre un film ( et de manière plus étonnante, son nom a été donné le 7 février 2025 à un cratère mercurien. La lune aurait été beaucoup plus appropriée vu la teneur des paroles :D)
Mai Ma est, ou du moins était, assez oubliée du grand public, alors qu'elle a été, outre sa propre carrière, une dénicheuse de talents. C'est elle qui a découvert et embarqué Bessie Smith en tournée, Bessie Smith qui a fini par l'éclipser.

Mais avant le film, il y eu une pièce de théâtre d'August Wilson, jouée pour la première fois en 1982. Je ne connaissais pas ce dramaturge, mais il a suffisamment impressionné Denzel Washington ( oui, rien que ça) pour qu'il décide de produire 3 films adaptés de 3 des ses pièces. Fences en 2016 ( pas vu), Ma' Rainey's Black Bottom en 2020 et The Piano Lesson en 2024.
Au vu du résultat, je peux le comprendre. Wow. Simplement, wow.


C'est particulièrement intéressant, car à de rares exceptions ( concert en ouverture du film, et arrivée des musiciens dans la rue), la quasi intégralité du film est un huis-clos dans un studio d'enregistrement, et c'est une excellente idée d'avoir gardé cette structure très théâtrale où l'enjeu est moins de raconter une session d'enregistrement que de parler en filigrane de la situation des noirs d'Amérique dans les années 20 via les dialogues.

En 1927, Ma est déjà une star de la scène musicale noire du sud, elle a déjà enregistré, vendu beaucoup de disque, la foule se presse à ses concerts. Une foule monochrome, dans le sud. C'est donc un bon filon pour des producteurs blancs de Chicago, désireux de vendre un maximum de disque aux nouveaux arrivants dans la région: les noirs qui ont fui le sud où la ségrégation se durcit pour trouver du travail dans les grandes villes industrielles du nord où, à défaut d'être respectés, ils risquent beaucoup moins les lynchages gratuits, ne serait-ce que parce que les industries ont besoin de cette main d'oeuvre à bon marché et prête à accepter n'importe quel travail pour peu qu'on la paye. Une main d'oeuvre nostalgie de sa région et de sa culture musicale du sud, qui représente une masse de consommateurs de disques potentiels.
Les musiciens de session arrivent, ils sont 4: Toledo, le vieux pianiste aux sympathies plutôt socialistes et agnostiques, Slow Drag le contrebassiste discret, et Cutler, le tromboniste qui joue depuis longtemps avec Ma et est habitué de ses frasques. A ces 3 s'ajoutent Levee, le trompettiste, beaucoup plus jeune et fanfaron, qui clame partout qu'il ne restera pas longtemps musicien de session, il a du talent, le producteur veut qu'on joue non les versions originales mais ses arrangements à lui ( ce qui est vrai), il lui a d'ailleurs demandé d'écrire plusieurs chansons, il n'a donc pas de temps à perdre à répéter en attendant Ma', la vedette qui n'arrive pas. 3 qui s'accommodent de la situation, et un qui est pétri d'ambition.
Et effectivement Ma est connue pour son caractère bien trempé, ses exigences et ses retards. Peu importe ce que veut le producteur, Cutler le sait, on fera ce que Ma veut, et le producteur n'aura rien à dire.

Et effectivement, lorsqu'elle arrive, elle n'en fait qu'à sa tête, elle est insupportable, MAIS, via les dialogues, on comprend vite que c'est une femme lucide, consciente qu'elle détient un trésor: sa voix. C'est ce que veulent les producteurs, elle peut se montrer exigeante tant que le disque n'est pas enregistré. sitôt que ce sera fait, elle n'existera plus. Elle en profite donc pour imposer son neveu bègue comme narrateur sur l'ouverture d'une chanson ( en plus de ses arrangements à elle). Ce qui paraît un caprice insensé a une raison très sensée: son neveu, avec son handicap, a peu de chance de trouver du travail, en le faisant malgré tout participer au disque, il sera lui aussi payé au même tarif que les musiciens.
Ma impose aussi la présence de Dussie May, sa maîtresse ( car elle est l'une des premières vedettes ouvertement bisexuelle). Dussie May est une jolie femme, jeune, dont on comprend vite qu'elle est une "gigolette", qui accepte de sortir avec une femme bien plus âgée qu'elle pour de l'argent ou des cadeaux, mais reluque le jeune et charmant trompettiste.
Ce qui est l'une des raisons pour laquelle Ma déteste Levee: trop fanfaron, trop moderne, il ne respecte pas l'esprit du blues ET en plus il plaît à sa nana.L'ambiance devient vite explosive, et toute le monde finit par se disputer. Et évidemment Levee va vite se rendre compte que les promesses d'un producteur ne valent pas grand chose, que ses rêves d'avenir sont une porte close ( et c'est illustré brillamment: durant tout le film, il s'obstine à vouloir absolument savoir ce qu'il y a derrière une porte close du studio, finit par l'enfoncer et se retrouve dans un cul-de-sac. Il n'y a pas d'issue, socialement parlant, pour un noir américain, il doit se contenter des miettes que les blancs daignent lui accorder)

Il y a quelque chose de vraiment fort narrativement, via les dialogues qui narrent en creux les mauvaises expériences de protagonistes, leur comportement dans un monde ou une simple paire de chaussure devient un enjeu prouvant une réussite, une dignité...
Et là aussi, la rivalité entre Ma et Bessie Smith évoque la difficile loi du Shobiz: Ma est quinquagénaire, en surpoids, pas très jolie, et grande gueule. Difficile à manipuler. Bessie est jeune, c'est une jolie femme, moins imprévisible que son aînée, beaucoup plus " vendable".
L'hostilité de Ma pour Levee est double: non seulement, ils sont rivaux pour la jeune Dussie May, là aussi, il est jeune, ambitieux, et ils se ressemblent bien plus qu'il n'y parait. Bessie et Levee sont la jeunesse qui va prendre la place de Ma, laquelle s'accroche aux traditions du blues tel quelle le chante depuis presque 5 décennies, quand les producteurs, les artistes et le public attendent de la nouveauté. Ma ne se plait que dans son sud natal, Levee est à son aise à Chicago, où il veut donner la pleine mesure de son son novateur: elle est le blues, il est le jazz. Deux musiques différentes mais d'origine commune. avoir fait de ces deux personnages l'incarnation de deux courants musicaux qui s'affrontent alors qu'ils devraient collaborer, et la représentation d'une évolution culturelle inélucatable est absolument génial.

Et vingt dieux, que c'est excellement joué. Viola Davies (Ma) est extraordinaire, il faut voir le petit documentaire d'interview qui suit le film, où elle explique comment elle a travaillé son rôle, allant chercher des photos d'archives pour reproduire au mieux le maquillage bas de gamme et luisant de MA, le soin apporté aux tenues copiées sur des images d'archives et des pièces de musée...une très grande actrice.
La révélation, c'est Chadewick Boseman ( Levee) qui m'a aussi stupéfaite par son jeu d'acteur. Je ne le connaissais pas, mais son nom me parlait. Je m'en suis soudain souvenue: je l'avais hélas vu dans une nécrologie, il a remporté pour ce film un golden globe de meilleur acteur, étant mort dramatiquement jeune d'un cancer en août 2020. C'est incroyable de savoir qu'il a tourné avec un jeu d'acteur aussi intense tout en étant mourant. C'est d'autant plus triste qu'il semblait promis à une magnifique carrière cinématographique.

Vraiment une très bonne pioche, avec énormément de réflexions sociétales et de niveaux de lecture. Je vais donc prochainement regarder l'un des autres films adaptés d'August Wilson et m'intéresser plus particulièrement à cet auteur. 

dimanche 1 février 2026

Mois de la culture afro-américaine, 3!

 Enfin, 3° pour moi, mais comme j'ai encore des choses à partager depuis l'an dernier on continue


Voila donc ce qui est prévu, sans trop dévoiler le mystère. I y a donc à l'heure actuelle 4 films et 2 disques prévus ( sûr et certain! les sujets sont prêts et rédigés). J'ai 3 livres audios, mais comme ils sont formats mp3, ils ne se lisent pas sur ma chaîne, il faut que je tente une manipulation sur mon ancien ordinateur doté d'un lecteur CD/DVD que j'ai gardé exprès pour ce genre de situations.
J'ai repéré quelques BD et livres à la médiathèques, donc j'espère pouvoir

1/2: No More Water - Meshell Ndegeocello ( disque)
7/2 : Le blues de Ma Rainey ( film)
8/2 : Introducing the Hardline according to Terence Trent d'Arby ( disque)
10/2: Strange Fruit, la chanson d'Abel ( BD)
14/2: film n°2 
15/2 (disque 3 à choisir)
21/2: Film n°3
22/2 : (disque 4 à choisir)
28/2: Film n°4
29/2: (disque 5 à choisir)

Meshell Ndegeocello - No more Water, the Gospel of James Baldwin ( disque, 2024)

Et voilà une trouvaille, arrivée dans les rayonnages de la médiathèque ( et dans mes oreilles!) à la fin de l'an dernier. L'album date de 2024, à l'occasion du centenaire de la naissance de James Baldwin, auteur dont j'espère pouvoir enfin lire un texte cette année. J'ai lamentablement échoué les deux dernières années.

Et c'est l'occasion également de découvrir ce que fait la chanteuse et bassiste ( j'aime déjà cette nana!) Meshell Ndegeocello.  Je ne la connaissais que de nom.. enfin, de pseudo, puisque son nom de naissance est simplement Michelle Johnson. Mais je vois que son nom de scène est tiré du Swahili et signifie " libre comme l'oiseau", ce qui donne déjà une idée de sa personnalité et son engagement: prendre un pseudonyme issu d'une langue africaine quand on est une musicienne américaine est déjà un acte politique.



Et d'autant plus qu'elle décide de mettre en musique, musique souvent funky, et inspirée des rythmes africain, les mots de James Baldwin. Y compris la piste 7, écrite en français et lue par une française.

Une vraie réussite, mêlant musique et lectures, à laquelle le podcast "au coeur du jazz" consacre une heure d'émission, ici.

Le petit détail qui me laisse pensive sur le niveau d'hypocrisie des Etats-Unis, c'est le fait qu'un "parental advisory" soit imprimé sur la pochette. Demandé dans les années 80 par Tipper Gore, la femme d'Al, parce qu'elle était scandalisée qu'on puisse vendre des disques aux textes "orduriers" qui dévoient la belle jeunesse américaine innocente .
( Pour l'anecdote, la chanson qui a déclenché son ire est Darling Nikki, de Prince, qui parle d'une femme qui se tripote en feuilletant un magazine cochon.. exactement ce que font beaucoup d'hommes, donc Et de manière très drôle, anecdote dans l'anecdote, les 15 premières chansons ainsi estampillées, surnommées les " filthy fiteen", donc les 15 dégueulasses, comptait outre Darling Nikki, "Sugar Wall" chantée par Sheena Easton, et composée par Prince en seconde position, la troisième est une chanson de Judas Priest. C'est presque décevant, on est passé à - j'ose- deux doigts d'un podium, ça aurait été incroyable que la même personne soit sur les 3 premières marches. Ha, mais en 4° place il y a Vanity, chanteuse du groupe Vanity 6, avec une chanson pas composée par Prince, mais mais mais Vanity est le pseudo qu'il a donné à la chanteuse Denise Matthews lorsqu'il a décidé de lancer un groupe de nanas, sous le nom de Vanity 6, donc indirectement, médaille en chocolat!)

Et là, pourtant, rien de ce qui avait à l'origine motivé la création du Parental Advisory, pas de choses ouvertement sexuelles ou de références au cannibalisme... Donc pourquoi? Est-ce parce que les textes de Baldwin son sombre, parlent à mots couvert de suicide, que l'auteur était homosexuel.. ou bien ouvertement de gauche, et qu'il clame haut et fort l'égalité entre hommes et femmes, noirs et blanc, tout individu étant à l'égal des autres, composé de 70% d'eau pour mieux pointer l'absurdité des catégories sociales? Ou bien parce qu'il y a quelques " fuck!" dans ses textes ( notamment dans "la prochaine fois le feu"?) , en tout cas la déclamation de ses textes politiques sous forme de gospel est pertinente, quand on regarde son vécu, et percutante. Dans un podcast qui lui était consacré, son écriture était qualifiée de très musicale et très jazz. Rythmée en tout cas.

Normalement la violence sociale, la ségrégation, l'humiliation qui hantent les textes de Baldwin devraient faire réagir plus que des références au sexe ou aux pratiques SM, ou une poignée de gros mots, mais d'une manière différente et donc ne pas être classées dans le même lot.  
Mais on en est là, protéger les jeunes même de textes sociaux et politiques au motif qu' ils pourraient " les choquer". Ou bien, plus probablement parce qu'ils donnent une mauvaise conscience aux politiciens blancs à qui on rappelle que leur prédécesseurs ont commis des choses inacceptables au nom de leur religion/ pouvoir/ goût de l'argent. Personne n'aime devoir descendre du piédestal où il s'est lui même placé à grand coup de narration à son propre service.

De mon point de vue, au contraire, ce genre de choses doit être diffusé au plus grand nom et expliqué. au lieu de ça "attention parents" (que je comprends comme " ce genre de disque pourrait faire réfléchir vos enfants, et après on aura du mal à les manipuler"). Ce n'est pas trop étonnant dans un pays qui censure les livres " pour ne pas choquer les enfants" ( parce que même les livres pour enfants présentent des comportement inacceptables comme.. ne pas obéir à ses parents ou avoir des envies d'indépendance. P'tain qu'est-ce qu'ils diraient de Sylvain et Sylvette qui vivent seuls dans la forêt)

Donc , après cette parenthèse " réflexion en roue libre", oui je conseille totalement ce disque, qui est en plus musicalement agréable, Meshell a une jolie voix un peu grave qui sert très bien les textes de Baldwin, donne envie d'aller les chercher pour décrypter ce qui nous échappe, à nous, frenchies que nous sommes.

En tout cas, j'irais sans faute chercher ce qu'elle a fait d'autre, ça me plaît beaucoup.

jeudi 1 janvier 2026

Défi "100 disques dans l'année" 2025: bilan!

 Yeah! Cette année j'ai réussi mon pari ET ce malgré les tuiles de santé.

Avec en plus le bonus " pratique musicale personnelle' que je n'avais pas comptabilisée l'an dernier.

oui j'ai chopé l'image en ligne et elle date de l'an dernier, mais, puisqu'on change d'année et que je fais un bilan de 2025, ça colle!



Donc récapépitulons:

Janvier: 12 disques, piano: 25h15, basson: 8h40
Février: 12 disques, piano: 17h30, basson: 15h15
mars:  10 disques, piano: 22h40, basson: 14h00
Avril: 4 disques, piano: 20h05, basson: 6h55
mai: 10 disques, piano: 19h50, basson 13h00
juin: 11 disques, piano: 14h45, basson 9h10
juillet: 18 disques, piano 14h20, basson: vacances!
aout: 1 disque, piano: 8h45, basson: vacances!
septembre: 9 disques, piano:18h25 Basson: 10h
Octobre: 2 disques, piano: 10h10, basson: 0 ( accident)
novembre: 11 disques, piano 13h35, basson 12h00
décembre: 7 disques, piano 19h30, basson 6h30

on arrive donc à
disques écoutés: 107, donc largement mieux que l'an dernier! 🎉🎊 défi réussi🎺🎵
piano :202h50 (contre 237)
basson: 95h30 (contre 106)

Evidemment question pratique c'est en baisse, vu que j'ai été hors jeu pendant un bon moment, que je suis aussi partie un peu plus en vacances, et que j'ai repris le travail à partir de juin 2024 ( donc j'avais du temps de janvier à juin 2024), donc au vu des circonstances, c'est normal ET ce n'est franchement pas la honte.


J'ai vraiment apprécié cette année encore de ré-explorer ma collection de CD, d'en découvrir via Musicme ou les emprunts à la bibliothèque, mais aussi d'apprendre que les gens se lassent du format tout numérique et recommencent à acheter non seulement les vinyles depuis quelques années, mais aussi les CD et marginalement les cassettes. Certes ce n'est pas la majorités, mais c'est une bonne nouvelle à l'heure où on tente même de nous imposer de plus en plus de fausse musique "composée", "chantée", et " jouée" par IA, qui cache d'ailleurs souvent une tentative d'arnaque (filez des ronds bien réels pour produire la tournée d'une chanteuse country virtuelle qui n'existe pas, et n'existera jamais puisque créée de toutes pièces par un mec sur son ordi au fin fond de la Géorgie - celle du Caucase, pas celle des USA)

Et suivre ma pratique me permet de voir comment je m'en sors à un an d'écart, ce que je ne fais pas assez souvent, ce qui est difficile voire impossible à cause de la chaleur de l'été... Sans avoir ce recul, on a du mal à évaluer le temps passé et le progrès, et c'est aussi un moyen pour moi de faire comprendre aux gens qui passent par ici, ou à ceux que je connais et qui pensent " oui mais toi tu as un don" que non, ce n'est pas un don, ce sont des heures et des heures et des heures que j'y passe, qui s'ajoutent, parfois 10 minutes par 10 minutes. Le progrès, peu importe le domaine, est à ce prix. Moi la première, je voudrais pouvoir y consacrer plus de temps, ou avoir un talent inné (si tant est que ça existe) qui me permette d'avancer très vite sans grand effort, mais je n'ai pas encore trouvé de lampe contenant un génie qui puisse me donner la capacité de maîtriser très vite la musique et les langues. En attendant, plancher est le seul moyen d'y arriver.
Et la prochaine fois qu'on me parle de don, je pourrais donner des statistiques exactes: "en fait le don c'est que j'ai joué du piano pendant exactement 439h50 au cours des deux dernières années, et crois-moi, ce n'est pas beaucoup, si je pouvais être payée pour jouer 8h par jour, ce serait le rêve, mais là j'ai besoin de taffer à côté pour payer mes factures et manger " Et oui, ça demande de prioriser: je ne regarde jamais de séries, rarement des films, et je réduis le temps de ménage au plus rapide possible.

Est-ce que je continue l'an prochain: un peu que je continue! J'ai encore plein de disques à écouter, et il faut que je sache jusqu'où mes répétitions me mener.

Donc l'idée, c'est de faire aussi bien à défaut de faire mieux. Allez, dans l'idéal je vise 120 disques (10 par mois c'est jouable), mais si j'arrive à 100, j'estime que ce sera quand même gagné! (mmm va falloir que je me fasse une liste alphabétique pour les deux dernières années, j'ai un doute sur ce que j'ai déjà écoutés/ réécoutés)