Héhéhé, une petite ( très petite ) lecture en VO ce mois ci! L'an dernier j'avais lu Paola ( en VF) de sa co,soeur, copine et plus si affinité, Vita Sackville-West, c'est donc au tour de Virginia.
Malgré son importance littéraire et sa célébrité, je n'en avais pas encore eu l'occasion, donc comme ce minuscule livre s'est frayé un chemin jusque sur ma table au travail pour y être couvert et préparé pour la mise en lecture publique, autant en profiter.
Et quand je dis minuscule, il fait 48 pages, donc plus de la moitié sont des informations sur l'autrice, son époque, son style, le contexte , des infographies sur le vocabulaire et les temps verbaux de la nouvelle, des jeux destinés au lecteur, et des pages de prise de note. Il s'agit en effet d'une édition destinée aux gens qui apprennent l'anglais et veulent ( ou se voient contraints de) lire quelque chose en entier pour leurs études.
Difficile de résumer une nouvelle aussi courte, disons que le contenu est totalement raccord avec le titre: c'est le portrait et la vie quotidienne de mrs Crowe, vieille dame londonienne qui tient salon chez elle. Même si elle sort peu, elle a quand même une vie sociale intense, car elle reçoit quotidiennement la visite de pas mal de monde avec lesquels elle partage la passion des cancans et potins. Tout le monde vient lui amener les informations sur tout le monde directement chez elles, c'est donc moins par manque de goût pour les sorties qu'elle reste chez elle, que parce qu'elle n'en a pas besoin: elle sait tout sur tout et tous, sans avoir à bouger. Au contraire, quand elle sort, elle semble vaguement déplacée, mal à l'aise.
J'ai bien aimé les petits traits d'humour discrets de l'autrice: mrs Crowe correspond à son nom, toute de noir vêtue, et attendant de se repaître de bribes d'informations croustillantes. Il lui arrive aussi de se promener à la campagne dont elle est issue, mais " difficile de l'imaginer avec sa robe noire un peut élimée et son voile dans un champ de navet" ( heu sisi, les corbeaux sont faciles à imaginer dans un champ)
Bref, c'est une première découverte, qui m'a pris moins d'une demie-heure ( et pourtant pas dans les meilleures des conditions: entre deux heures de service public, par une chaleur étouffante, avec des allées et venues, un samedi après 4 nuits de mauvais sommeil, donc un bon lecteur en anglais, tranquille chez lui avec un boisson fraîche en a pour 10 minutes, un quart d'heure au mieux) Mais ça m'a donné envie d'en savoir plus et d'aller voir à l'occasion ce que l'autrice a écrit d'autre. Si je trouve d'autres nouvelles, pourquoi pas ( je ne me suis jamais attaquée à James Joyce précisément parce que Dubliners et Ulysse sont des pavés et que j'ai plus de goût pour les formes concises)
Et une autre petite lecture rapide pour continuer/ finir ce mois anglais. En fait je l'ai pris un peu au hasard en cherchant quelque chose de court, je n'ai rien lu d'autre de l'autrice jusqu'à présent, je ne la connaissais que de nom et pour ses liens avec Virginia Woolf ( que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire non plus, ce qui me fait déjà un nom à garder en tête pour l'an prochain).
j'aime bien le graphisme de la couverture, même si a aucune moment il n'est question d'oiseaux.
Il s'agit d'une nouvelle, donc comment en parler sans dévoiler toute l'intrigue? On a donc u narrateur qui répond au nom assez étrange de Gervase Godavary, d'origine écossaise, quinquagénaire, qui revient pour la première fois dans sa vallée d'origine en Ecosse. Pas pour le plaisir, au contraire, il a un très mauvais souvenir de cet endroit et est en froid avec la plupart des membres de sa famille, mais parce que son oncle , également bizarrement nommé "Noble Godavary", vient de mourir, on va l'enterrer et il faut qu'il soit là pour assister à l'ouverture d'un testament qui semble devoir ne réserver aucune surprise. Il y a là son oncle Stephen, qui ressemble comme de gouttes d'eau, à son frère défunt; Michael, le frère de Gervase, Austen, le fils du défunt, Rachel apparemment une vague cousine qui a une relation adultère avec Austen, et trois intruses: la seconde femme de Noble, une " lady italienne" dont toute la famille sait que c'est une paysanne qu'il a ramenée comme souvenir de vacances, Paola la fille de ce second mariage, et Julia leur domestique italienne également. Ces trois là détonnent dans cette région et surtout cette famille où la règle est de ne jamais communiquer, jamais parler des sujets qui fâchent, rester dans les non-dits. Paola surtout est particulièrement désagréable, son franc-parler étant surtout de l'impertinence et même de la cruauté. Elle ne parle pas beaucoup, mais quand elle le fait, c'est pour appuyer exactement là ou blesser un interlocuteur qu'elle a observé suffisamment longtemps pour connaître ses faiblesses. Et l'objectif déclaré de Paola c'est de se débarrasser de sa famille, froidement si possible en les humiliant. Elle déclare a son cousin qu'elle se foutait totalement de son père, que moins il restera de gens de cette famille mieux ce sera, etc... autoritaire, MAIS comme c'est une jolie femme, elle arrive à ses fins facilement. souvent comparée à une sorcière car elle semble à la fois froide impassible, mais capable de conduire ses victimes à la folie. On attend donc l'ouverture de ce testament dans une ambiance de jeu de Cluedo, mais.. finalement non ça ne part pas dans le sens d'un huis clos meurtrier à la Agatha Christie, donc c'est un peu décevant. Mais j'ai bien aimé l'humour de l'autrice dans les situations incongrus ( impossible de faire passer le cercueil à l'horizontale dans l'escalier, le feu lord devra donc être descendu verticalement, sans aucun égard pour sa dignité, le cortège qui doit se taper 7 kilomètres à pieds dans la montagne et les vallées pour aller l'enterrer dans un cimetière bizarrement placé en haut d'une colline - je vois tout à fait, là où habite mon oncle c'était comme ça il y a quelques siècles, les morts de la vallée devaient être montés à pieds par un chemin escarpé vers l'église et le cimetières , au lieu de penser à.. disons construire une église et un cimetière pour ceux qui vivaient et mourraient en contrebas)
Mais à part ça.. je sens qu'elle a simplement voulu transposer le mythe de Circé, et c'est très clairement dit à un moment, dans l'Ecosse paumée du début du XX° siècle, mais ça manque d'enjeu. De mon point de vue Paola est surtout une garce classique comme il y en a dans toutes les familles. Le genre qu'on a envie de baffer avant de l'envoyer chez un psychologue, parce qu'elle risque encore de faire des dégâts psychologiques et matériels si on ne la cadre pas. Mais j'aurais voulu savoir pourquoi elle est aussi garce. Son caractère? Le fait d'avoir été toujours considérée comme " la fille du second mariage, avec une étrangère, en plus"? Ce personnage manque de profondeur et c'est dommage puisque le titre est son nom.
Je l'ai lu sans déplaisir, même en souriant par moments parce que la narration est sarcastique, mais c'est loin d'être un coup de coeur. Je ne dirais pas que c'est une déception parce que je ne savais pas trop à quoi m'attendre malgré tout.
Allons-y pour la découverte d'auteur de ce mois de décembre. encore un petit ouvrage trouvé en boîte à livres, sans avoir fait gaffe qu'il s'agit du tome 2 d'une trilogie...
Mais, ça n' a pas vraiment d'importance, apparemment les trois tomes peuvent se lire indépendamment.
Paul Auster, je ne le connaissais que de réputation et pour les scénario des excellents films "Smoke" et "Brooklin boogie", qui commencent à dater ( 1995.. ha, oui.. quand même!). Ce sera donc lui mon auteur - découverte de décembre
Et le moins qu'on puisse dire c'est que ce livre me laisse un rien perplexe. Je n'arrive pas vraiment à savoir où l'auteur veut en venir.
Sans compter que le nom des personnages, qui part d'un procédé marrant - ils ont tous des noms de couleurs, et même la rue où se passe l'action, ou plutôt la non-action, se nomme Orange Street - mais qui à la longue fait perdre le fil (surtout que mon cerveau se perd à restituer leurs noms en anglais , en fait)
Qu'on en juge: 1947, Mr Bleu est détective privé à New-York. Il a autrefois travaillé avec un nommé Brun sur "l'affaire Lerouge", et sur l'affaire Gris (ou un dénommé "Gris", disparu et amnésique, se fait appeler " Vert" et se remarie avec son ex-femme, qui devient donc Madame Vert après avoir été madame Gris) Pour l'heure, Bleu qui n'a pas beaucoup de travail est engagé par un certain Blanc qui lui propose une somme colossale pour épier un certain Noir et faire des rapports. Et donc Bleu , posté dans l'appartement d'en face surveille Noir (en mode " fenêtre sur cour") pensant qu'il s'agit d'une histoire d'adultère. Mais Noir ne fait rien. Absolument rien, à part rester assis chez lui à lire, écrire, manger, et sortir faire quelques courses. Bleu n'a donc pas grand chose à faire, et commence à se poser des questions sur l'intérêt de ce travail brabant à mourir ( oui moi aussi), qui l'oblige à rester enfermé dans un appartement, alors qu'il pourrait enquêter sur des choses intéressante, comme l'affaire Doré qu'il vient de lire dans son journal: 25 ans auparavant un enfant anonyme a été trouvé mort, le meurtrier court encore et Doré, le légiste qui s'en est occupé, cherche toujours à la fois l'identité de la victime et des informations qui puissent résoudre cette affaire. Ca, ce serait intéressant au lieu de rester à surveiller un type qui semble avoir la vie la plus plate du monde.
Et pourtant les journées passent, mornes, sans rien qui sortent de l'ordinaire.. ha si, Noir à un rendez-vous... ha non en fait, c'est une fausse alerte. Et au fil de cette observation qui ne débouche sur rien, Bleu va insensiblement changer, calquer ses activités sur celles de Noir au point de savoir quand il va pouvoir s'esbigner sans rien manquer d'intéressant, grappiller quelques moments au café du coin, au match de base-ball, faire attention à son environnement, réfléchir au sens des statues dans les parcs, à l'évolution de la société.. Et surtout faire de l'introspection, ce qu'il n'avait jamais fait. Il se découvre une sensibilité qu'il avait tout fait pour refouler à cause des conventions sociales ( quand il hésite à appeler sa fiancée qui lui manque, parce qu'il ne veut pas se montrer faible. Il a besoin d'elle mais essaye de ne pas se l'avouer parce que la société lui a inculqué que c'est une faiblesse, que ce sont les femmes qui doivent être dépendantes des hommes!). La lecture attentive des journaux, puisqu'il n'a que ça à faire, le pousse à réexaminer son passé, et en particulier la mort de son père policier, dans l'exercice de ses fonctions. L'inaction et la surveillance d'un type anonyme qui devient peu à peu son double et son miroir le forcent à s'observer lui -même et ce n'est jamais confortable.
Bon, dès les premières pages je me suis surtout demandée si ce livre avait vaguement influencé Quentin Tarentino pour les noms des personnages de Reservoir Dogs ( pas pour l'action par contre!).
Mais le rapprochement avec le cinéma n'est pas absurde et même opéré directement dans le livre avec un résumé du film La griffe du passé ( que je n'ai pas vu mais dont je sais déjà le scénario jusqu'à la dernière seconde, c'est malin!) et La vie est belle ( celui de Capra, bien sûr). Mais aussi à la littérature, via Walden ou la vie dans les bois de Henry Thoreau et le poète Walt Whitman. Et là il y a quelque chose d'intéressant qui se recoupe avec un autre passage. Lors d'une promenade Bleu regarde une statue de Henry Ward Beecher, pasteur abolitionniste mort en 1887, et met en parallèle le fait absolument novateur en 1947, d'avoir Jackie Robinson, premier joueur noir de base-ball autorisé officiellement à jouer en championnat national. Et Bleu prend ouvertement le parti de ce joueur. Or Thoreau et Whitman étaient aussi deux auteurs ouvertement abolitionnistes. Il est également question de Lincoln et Dickens, également connus pour leurs prises de position en faveur de la justice sociale et de l'égalité. Il est aussi question de Nathaniel Hawthorne ( dont je ne trouve pas l'affiliation politique) qui fait partie avec Thoreau et quelques autres aussi évoqués, du courant littéraire transcendantaliste. Ce sont eux, aux dires mêmes du livre les " revenants", qui ont tous en commun ce petit coin d'Orange Street.
Il m'a fallu rechercher ces éléments, car je ne suis pas versée en littérature américaine, mais je trouve que c'est intéressant, les personnages cités sont tous liés à la liberté, dans une histoire où le personnage central, englué dans cette tâche ingrate, coincé, privé de liberté, et voit sa vie personnelle lui échapper.
Bon ce n'est pas un énorme cou de coeur, j'ai eu beaucoup de mal à entrer dedans au départ, mais une fois assimilé le style ( très sec, avec des phrases au présent, assez déroutant), ça va, et j'ai plutôt apprécié cette lecture courte. C'est un auteur que je tenterai à nouveau à l'occasion, si elle se présente.
Mais ce petit livre me donne aussi l'idée d'explorer un peu les auteurs qu'il évoque, à commencer par Hawthorne dont j'ai dans ma pile à lire La lettre écarlate depuis des années. Je dois avoir Walden aussi quelque part, en version numérique il me semble. Comme je fais le jeu de l'oie en musique, je vais partir de celui là et explorer ses références.
Petit rendez-vous du challenge classique en cette fin mai. Je n'avais pas participé au précédent dédié à Flaubert et Madame Bovary, car je l'avais déjà lu. Il était dans mes lectures imposées du bac français 1994. Et j'avais prêté le livre à une copine depuis des années, elle me l'a rendu... ce mois de mai avec quelques autres. Donc, pas de relecture.
La parure étant une nouvelle, très courte, j'ai pu la lire ce week-end, même après avoir passé un mois de mai très compliqué avec l'université. hop : le texte ( 4 pages) Je connaissais l'histoire pour l'avoir vue adaptée en court métrage, il y a quelques années. Mais, si bien qu'ait été le film, comme souvent, je préfère le texte. D'abord parce que c'est un texte de Maupassant, auteur que j'adore, précisément pour son style sarcastique et cynique. Ici il s'agit de réalisme qui éreinte la société bourgeoise du XIX° siècle et ses travers, mais même dans les récits fantastiques, il n'est jamais loin de la satyre sociale.
Et c'est exactement ce qu'est l'histoire de Mathilde Loisel (le nom me semble choisi à dessein: l'oiselle, la "cervelle de moineau"), anti-héroïne de la parure. Bretonne mariée à un employé de bureau parisien, d'origine modeste, devant faire attention aux dépenses bien qu'elle et son mari ne soient pas pauvres, c'est une bourgeoise qui a soif de promotion sociale. Elle ne rêve que de grandeur, de richesse, de vêtements luxueux, de bals, de bijoux. En soi, finalement, une cousine bretonne de la normande Madame Bovary, qui pensait aussi que l'herbe était plus verte ailleurs. A Paris en l'occurence. Or Mathilde y est, et Paris, c'est bien, si on a les moyens d'y vivre (comprendre, y vivre à la hauteur de ses ambitions, mais chez les arrivistes, tout le monde n'est pas aussi calculateur que Rastignac non plus) Mathilde en est au point de ne plus aller voir une de ses amies d'enfance parce que mieux mariée qu'elle, elle a mieux réussi (du moins le pense-t-elle). Lorsqu'arrive l'invitation espérée à un bal bourgeois, il va falloir faire des frais: Mathilde achète une robe neuve, mais... et les bijoux? Pas possible d'aller à une soirée sans bijoux, comme une gueuse, etc, etc, etc... Elle emprunte donc un magnifique collier de diamant à sa copine, se fait remarquer à la soirée, a le sentiment d'avoir enfin réussi socialement. puis se rend compte au retour qu'elle a perdu le collier. Impossible de le retrouver, il va falloir le remplacer par un autre, exactement le même, sans rien dire à la copine. L'orgueil de briller à une soirée va coûter à monsieur et Madame Loisel dix ans de dettes à rembourser. C'est l'histoire de Cendrillon, mais à l'envers: suite à une perte de quelque chose à un bal, la petite bourgeoise, qui avait une domestique, va se métamorphoser à son tour en femme de ménage. En bonne bretonne, comme il y en avait des centaines à Paris à la fin du XIX° siècle.
Mais, évidemment, ce ne serait rien sans la conclusion qui fait tout le sel de l'histoire et de la critique sociale, déjà peu tendre envers le goût de luxe quand on n'en a pas les moyens, les désirs de grandeur qu'il faut payer cher. Là aussi on peut trouver une ressemblance avec Gervaise de l'Assomoir, qui se ruine, littéralement, pour son repas de mariage, disproportionné avec son état de blanchisseuse, fait des dettes colossales au point d'hypothéquer son magasin, simplement pour en mettre plein la vue à une de ses anciennes collègues de travail au lavoir, lui faire croire qu'elle a mieux réussi qu'elle.
Attention spoiler (mais vu que la nouvelle est courte je ne vais pas le cacher): les bijoux étaient faux, du toc. Tout au plus lui auraient-ils coûté un an à se serrer un peu la ceinture si elle avait eu le courage de le dire à sa copine, qui n'a même pas regardé vérifié l'état des bijoux lorsqu'elle les lui a rendus, faisant bien peu de cas de ce qu'elle savait être du toc. Mais, pour moi, les bijoux en toc sont un symbole de toute cette société " qui voudrait bien avoir l'air mais qu'a pas l'air du tout". La copine semble avoir réussi, elle est simplement maline au point d'acheter du toc. Sachant que, parmi les bourgeois, tous sont éblouis par les apparences, mais personne n'est capable de différencier le vrai du faux. C'est littéralement toute la société où elles vivent qui est en toc, une pâle imitation des sphères encore plus hautes. En celà, le message est finalement très actuel, lorsque des gens étalent leur vie "de rêve" dans les médias, vie de rêve bâtie à crédit, financée à coups de likes sur le net, en faisant des publicités payées en sacs à mains, maquillage et autres objets. La réussite, jaugée à l'aune de la possession. La vanité des uns fait la richesse des autres. Mais que la société fournisseuse interrompe le contrat, il faudra aller travailler dans un job " banal" qui ne fait plus rêver personne. La société " qui se la pète", critiquée par Maupassant existe encore sous le vernis de la modernité.
Le prochain rendez-vous est Rebecca, fin juin dans le cadre du mois anglais, mais, je ne l'ai pas donc je ne le lirai pas.
Hooo mais revoilà Nikolaï, mon chouchou "petit russien" qui revient de manière inattendue dans mon mois halloween. Et pour cause, le film de cette semaine ( ou plutôt les deux: un film et un dessin animé) était une adaptation de cette nouvelle extraite des " veillées du hameau" , comme c'était déjà le cas pour La nuit de la Saint-Jean. Et là aussi, il va être question de sorcière et de diable. Mais sur un mode plus drôle que terrifiant, contrairement à l'autre nouvelle, qui ne faisait pas dans la dentelle avec son histoire de sacrifice humain.
Haaa l'ami Kolia est décidément un conteur plein d'humour, ce qu'on n'imagine pas forcément avant de l'avoir lu, tant la réputation des auteurs russes est vue par le prisme mystique de Dostoïevki, ou la sinistrose de Gorki. Ce qu'on a aussi du mal à imaginer aussi de la part de quelqu'un qui a sombré dans la folie.
En fait les deux nouvelles, celle sur le solstice d'été et celle sur le solstice d'hiver, sont deux variations sur le même thême. Ici aussi, il y a un brave gars trop gentil qui aimerait bien se marier avec une femme mais n'arrivera à ses fins qu'en passant un pacte avec un diable. Et ça se passe toujours dans la région de Dikanka, au fin fond de l'Ukraine, qui est visiblement un haut lieu de diableries en tout genre. Mais dans la première le problèmeétait la différence de fortune entre les deux, Pidorka étant victime du refus de son père de la voir se marier avec un homme peu aisé. Ici Oksana, la capricieuse héroïne, n'est elle-même aps spécialement motivée par la cour que lui fait Vakoula le forgeron.
Commençons pasr le commencement: un mauvais tour joué par le diable aux habitants de Dikanka en cette veille de Noël. En effet, le lendemain, il doit retourner en enfer, la période sainte ne lui réussit pas, c'est donc le dernier jour où il peu faire le mal. Or il a envie de se venger de Vakoula, forgeron et peintre. le pieu Vakoula a peint pour l'église locale un grand tableau, qui représente le diable ridiculisé. Donc le diable veut lui rendre la monnaie de sa pièce et pour ce faire, vole la pleine lune. Quel rapport? Il souhaite simplement empêcher Vakoula d'avoir rendrez-vous avec sa Oksana, et pour ce faire, sa logique est diabolique: le père d'Oksana, un riche fermier, doit se rendre à une fête ce soir là chez le sacristain, avec presque la motié de la ville, et le diable escompte que, si la lune disparait, il fera noir comme un four, le père restera à demeure et le rendez-vous sera annulé. On pourrait faire plus simple!
Donc voici le diable, noir, maigrichon, au nez de cochon qui vole la lune, perdant qu'une sorcière, sortie elle aussi ce jour là, navigue dans le ciel en balai pour cueillir des étoiles. Ils ne se sont pas concertés, mais leur action commune les rapproche, et rapidement, le diable s'invite chez Soloukha la sorcière et fait le joli coeur... avec celle qui s'avère être la mère de Vakoula. Les ragots vont bon train sur cette aubergiste réputée sorcière, mais même son fils semble ignorer qu'elle l'est réellement. Soloukha, la quarantaine et ni jolie ni laide, a plusieurs galants, dont, Choub, le père d'Oksana. Elle mettrait bien le grappin sur ce beau parti, et donc elle aussi a intérêt à ce que son fils ne se marie pas avec la fille de son "futur" ( parce que ça voudrait dire diviser l'héritage en deux, et, pas génial de son point de vue être la belle-mère de son propre fils, à l'époque, je ne pense pas que ça ait été légalement possible d'ailleurs). Elle s"ingénie donc d'une part, à draguer Choub, et d'autre part à semer la zizanie entre Choub et son fils.
Mais comme par hasard, ce soir là précisément, alors qu'elle dîne avec le diable, 3 de ses galants arrivent successivement chez elle. Le plan " voler la lune" a échoué, le diable a donc créé une tempête de neige pour dissuader les gens de sortir. Choub est revenu chez lui, mais, quiproquo: en toquant à sa porte, c'est Vakoula et non Oksana qui a ouvert. Le simplet Choub s'est dit " sans la lune, et dans la tempête, je me suis égaré et j'ai toqué à la porte de mon voisin, celui qui est marié avec une jolie fille et qui est parti à la fête -> Vakoula sait que je le déteste il ne serait pas chez moi, le gandin est l'amant de la femme du voisin -> super, pendant qu'il fricote avec elle, j'ai le loisir d'aller draguer sa mère". Mais tous les amants de Soloukha ont eu la même idée: puisqu'on ne peut pas aller à la fête, allons donc passer la soirée chez elle. Pour éviter qu'ils ne se rencontrent, puisque tous ignorent avoir une concurrence, elle les cache, l'un après l'autre, dans de grands sacs.
film de 1961
Pendant ce temps, que se passe-t-il chez Choub?
Oksana est une jolie fille... Trop jolie: les compliments que tout le monde lui fait lui montent à la tête, et c'est surtout une coquette qui prend plaisir à mener son fiancé par le bout du nez, et plus généralement, tous les hommes qu'elle croise. Parce qu'une de ses amies venue la voir lui a montré ses nouvelles bottes, et que Vakoula lui en a promis d'encore plus belles, Oksana pour l'envoyer bouler, exige qu'il lui amène en cadeau les chaussures de la tsarine. Dans ce seul cas, elle acceptera le mariage. Et elle se moque de lui sur le même ton à chaque fois qu'elle le revoit. Lui décide donc de partir en lui disant " trouve t'en un autre, tu ne me reverras plus de ton vivant, je n'en peux plus de toi, je vais me jeter à l'eau". Ce qui n'est pas gagné, car les autres hommes, lassés des caprices et du narcissisme d'Oksana lui ont vite préféré des filles moins jolies, mais moins hautaines.
Or en partant Vakoula a précisément emporté le sac où était caché le diable, qui se retrouve à sa merci. Quand même peu désireux de réelement mourir, il cherche une autre solution, et après un bref détour chez le rebouteux " Padziouk le pansu" qui est un peu sorcier lui aussi (un sorcier dont la magie lui sert presque exclusiment à s'économiser le moindre effort, tout en mangeant comme un ogre), Vakoula découvre ce que cache son sac.Solution parfaite: Vakoula accepte de le libérer, si et seulement si le diable l'emmène à Petersbourg chez la tsarine, afin de la convaincre de lui donner une de ses paires de chaussures. Va-t-il réussir ou non? Parce qu'entre temps, Oksana se rend compte qu'elle a abusé et peut-être perdu sa chance avec le seul homme suffisamment patient pour supporter ses caprices.
Cette histoire joyeuse, féérique et drôle est aussi est surtout le prétexte pour Gogol de balancer des vacheries sur les notables de province, les assesseurs judiciaires, les gens qui font les importants parce qu'ils ont 4 vaches quand le voisin n'en a que 3. Le diable et la sorcière sont très drôles, les péquenauds de Dikanka font sérieusement penser aux personnages un peu grotesques de Brueghel, c'est un régal.
L'histoire est très célèbre et a été adaptée de nombreuses fois: j'ai donc regardé deux versions, qui suivent assez bien la trame de la nouvelle: un dessin animé de 1951, un film de 1961, mais on en trouve de nombreuses autres versions: en pièce de théâtre, en comédie musicale et non pas un, mais deux opéras, de Tchaïkovski ( encore lui !) totalement inconnus de moi sous le nom " Vakoula le forgeron" en 1876 puis "Tcherevitchki ou les souliers de la reine" en 1887.
affiche d'une version théâtre/ comédie musicale
Adaptation en opéra " les souliers de la reine"
Hop, des choses à écouter en perspective!
Et pour le point culture, la nouvelle présente quelques éléments typiques de la fête de Noël Slave: la koutia ( le plat que le père d'Oksana se réjouit de manger, traduit par " semoule aux raisins secs"), et les koliadki chants de Noëls slaves, dont le nom dérive peut être de ce joli prénom qu'est "Nikolaï", ce n'est pas Gogol qui protestera :D, car beaucoup sont dédiée à Saint Nicolas, et sont chantés entre le 6 janvier et le 15 février . Cette tradition est en fait païenne, les processions chantées existaient pour différentes fêtes avant la christianisation de l'Ukraine et de la Russie. Et les gens se déplaçaient d'une porte à l'autre en chantant, les habitant leur faisant des cadeaux, exactement à la manière dont sont représentés les chrismas carols Singers anglais.
D'ailleurs un des tubes des chanteurs de Christmas Carol est en fait une kolyadka/ schedryvka ( chanson de nouvel an) ukrainienne, préchrétienne, Щедрик ( la petite hirondelle: une hirondelle qui entre dans la maison est un présage d'année fructeuse et de récoltes abondantes), dont la mélodie imite le chant des oiseaux. Les anglais l'ont traduites en chant de Noël en pensant y entendre le son des cloches. Et à l'image du choeur ici présenté, les chanteurs de kolyadka et schedryvka se déplaçaient en portant des bannières en forme de soleil, pour annoncer l'allongement des jours et le retour du printemps ( ça aussi, ça a été transformé en symbole chrétien, l'étoile du berger, tout ça). Donc oui, sans le savoir, vous connaissiez une chanson traditionnelle ukrainienne:
Cette tradition, comme beaucoup d'autres, s'est perdue, en dehors des campagnes profondes, ou a été reléguée dans les soirées de musique folklorique, et peu de chance d'entendre des chanteurs de rues, même le jour de Noël ( 7 janvier, noël orthodoxe) au centre de Kiev.