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lundi 13 juin 2022

Les neuf milliards de noms de dieu - Arthur C. Clarke

 Ho, mais que voilà une trouvaille en boîte à livres qui tombe à point nommé pour le mois anglais. Car l'ami Arthur, à la carrière internationale ( né dans le Somerset, mort au Sri Lanka) est bel et bien anglais.
Sa fiche wikipédia m'apprend aussi que par une incroyable ironie du sort, cette pointure de la SF est mort il y a moins de 15 ans, à l'age respectable de 90 ans à l'hôpital... Apollo. Et que son nom a été donné à un astéroïde (c'est souvent le cas pour les auteurs de SF, mais pas seulement: Brian May a aussi un astéroïde à son nom - moins en tant que guitariste - star du rock qu'en tant qu'astrophysicien de métier, hé oui. Et son pote Freddy aussi , mais lui, c'est encore mieux, il avait déjà une planète à son nom :D)

Revenons à nos moutons spatiaux...

Arthur, c'est l'auteur du cycle "l'Odyssée de l'espace" dont le premier tome " 2001" à été adapté au cinéma par Kubrick, rien que ça. auteur également du cycle de Rama, que je me suis promise de lire un jour, quand même. Mais ce grand amateur de cycles littéraires s'est également illustré dans les nouvelles, et même souvent assez brèves.
D'ailleurs je conseillerais de commencer par ça pour le découvrir. En effet, il s'est plutôt spécialisé en Hard SF ( comprendre celle des sciences dures), la branche de la Sf qui s'appuie sur les découvertes de son époque et entend garder la plus grande vraisemblance possible via la rigueur scientigfique. Personnellement je trouve la démarche très intéressante. Elle fait en général moins rêver que les délirants spaces opéra, la SF mélancolique de Bradbury ou l'humour absurde de Brown. Mais elle vaut quand même qu'on s'y penche.

Et donc " Les neufs milliards de noms de dieu et autres nouvelles" ( 8 en tout), publié chez librio est un recueil de nouvelles un peu artificiellement rassemblées. L'une d'elle " l'étoile", figurait déjà au sommaire du 2° tome d'une histoire de la SF, je n'y reviendrai donc pas ici.

A l'époque où les librio ne faisaient que 10 francs...


- Les neufs milliards de noms de dieu: Un lama du Tibet s'adresse à une société américaine ultramoderne, spécialisée en calculatrices de pointe pour avoir une machine un peu modifiée: il faut que la calculatrice suive un programme bvasé non sur des chhigffrss mais sur des lettres, pour composer des mots à 9 lettres maximum. Toutes les combinaisons possibles à 9 lettres possibles et imaginables, avec comme seconds critères que, en fonction de l'alphabet tibétain, la même lettre ne soit pas répétée plus de 3 fois d'affilées. AAABBBCCC, AABBBCCCD.. etc, vous voyez le genre. Les moines planchent sur ça depuis des siècles, mais ça prend trop de temps,de tout écrire à la main, forcément.
Leur objectif: trouver toutes les combinaisons possibles, environ neuf milliards, car parmi elles il y aura TOUS les noms possibles de leurs dieux.

Les américains les prennent pour des fanatiques religieux, mais du moment qu'ils payent, on peut bien leur louer la machine et deux techniciens pour la faire fonctionner. Au fil du temps, les techniciens qui s'ennuient à mourir dans les hauts sommets du Tibet s'interrogent sur l'objectif. Il est simple: les lamas sont persuadés que lorsque tous les noms seront trouvés, sans exception, leur dieu sera satisfait et arrêtera le temps: trouver les noms revient à signer la fin du monde et de... tout en fait. Les américains les considèrent donc comme complètement barrés, mais ça les met bien mal à l'aise quand même. Plutôt en se disant " quel va être notre sort et celui de la compagnie lorsque le programme sera arrivé en fin d'execution, avec des kilomètres de mots de 9 lettres sur des kilomètres de papier et qu'il ne se passera rien.. est- ce qu'on ne risque pas d'être rendus responsables et lynchés par les croyants déçus?".. ou bien est-ce que la prédiction va se réaliser?
Vous savez ce qui m'est venu en tête? Que maintenant, à l'époque des supercalculateurs à je ne sais plus combien de pétaflops par seconde ( ça augmente sans cesse, on planche sur des supercalculateurs en exaflops maintenant), ce que demandent les moines n'est ni plus ni moins qu'un banal craquage par force brute que n'importe quel hacker peut programment les doigts dans le nez. Quelque part, je trouve supetr intéressant d'avoir prédit cette technique en 1953. Ce serait maintenant réglé en quelques heures.

Vous pouvez la lire en anglais ici

- l'étoile: je vous renvoie au lien sur le tome 2 de l'histoire de la SF.

-Supériorité: Un général rendu responsable de la défaite cuisante infligée à son peuple lors d'une guerre spatiale plaide son innocence face à sa condamnation. Le problème n'est pas venu selon lui de négligence mais de l'infériorité technique des ennemis. Comment peut on perdre une guerre alors qu'on a une supériorité technique écrasante?
La réponse est extraordinaire de simplicité: vouloir à tout prix transformer du tout au tout l'armement pendant le déroulement d'un conflit est une très mauvaise idée. Suivant les conseils désastreux d'une équipe scientifique, qui leur a fait miroiter qu'il ne faut plus se contenter d'améliorer des armes existantes , mais qu'il faut en créer de nouvelles auxquelles l'ennemi ne pourra résister. Tout miser sur la supériorité technique. Sauf que ce qui paraît une bonne idée sur le papier, est en pratique une impasse: - - Les nouvelles technologies ne sont pas adaptables aux anciens vaisseaux > il faut en construire de tout nouveaux.
- Les nouvelles technologies demandent une grande quantité personnel hautement qualifié > il faut le temps de le former > il faut un vaisseau civil pour le transporter > si le vaisseau civil ou se trouve les techniciens est perdu l'arme est inutilisable.
- Les nouvelles technologies sont expérimentales, c'est sur el terrain que se révèlent les erreurs > il faut le temps de les réparer ou .. de développer une nouvelle technologie expériementale pour les corriger. Et pendant ce temps, l'ennemi, en infériorité technique, continue à améliorer les armes anciennes et à en fabriquer de telles quantités, qu'il se trouve en supériorité numérique écrasante.
Sous estimer son ennemi, c'est aussi prendre le risque de perdre alors qu'on a la supériorité technique théorique. Sarcastique et efficace. J'ai adoré la chute aussi, tellement anglaise.

-Le mur de ténèbres: Une nouvelle totalement philosophique. Clarke postule un multivers composé de bulles. Dans l'une de ces bulle, un seul système stellaire, composé d'un seul soleil et d'une seule planète. Sur cette planète, vit un jeune garçon dénommé Shervane, qui va partir à la conquète du plus grand mystère: le mur de ténèbres. En effet, dans son monde, il y a au sud de tous les pays, une limite infranchissable, au sujet de laquelle courent toutes sortes de légendes, le mur de ténèbres. Un mur sombre, d'une hauteur gigantesque, d'une matière inconnue, froid que personne n'a jamais pu franchir. Qu'à celà ne tienne, du jour où il apprend son existence Shervane n'a plus comme unique obsession que d'aller voir derrière le mur. Et si on ne peut pas le traverser, ni le percer on peut essayer de passer au dessus. Devenu riche, avec le concours d'un ami architecte, il vont mettre au point un projet colossal: construire un escalier le long du mur, jusqu'en haut et aller voir ce qu'il cache.
Et ce qui les attend est une sur surprise et une énorme déception/ leur monde a bien une limite, mais pas celle qu'ils croyaient. Et liée à l'un des plus fascinants objets géométriques. Attention spoiler: Le mur est un gigantesque anneau de Moebius. Infranchissable, puisque s'avancer au delà, c'est revenir à son point de départ: l'univers n'a pas de limite, il est sa propre limite, sans interieur ni exterieur. Les héros sont condamnés à rester avec une soif inextinguible d'ailleurs, de découverte... et ne pourront jamais quitter leur univers minuscule.Le projet de leur vie est ironiquement tourné en dérision par l'univers même/ spoiler.
Ce genre d'histoire n'est pas nouvelle, on en trouve des exemples dans toute la littérature antique, mais elle a une portée philosophique qui me parle: la curiosité est bien plus souvent déçue que satisfaite, mais l'envie de lointain, de découverte, de défi, de nouveauté est intrinsèque à l'humanité. La frustration aussi. Qu'on soit sur une île, sur un continent, sur une planète, dans un système solaire, dans une bulle d'univers... il y a toujours une limite. La technique permet peu à peu de les repousser, mais il y en aura toujours une autre derrière.  Et là, on touche du doigt la SF que j'aime: ironique, mélancolique, philosophique. De la bien belle SF qui n'a pas que pour vocation de divertir, mais aussi de faire réfléchir.

Avant l'Eden: Une expédition humain se trouve sur Vénus. Ils sont venus vérifier une théorie, selon laquelle de l'eau a l'état liquide a coulé, voire coule peut être encore sur Vénus.Et qui dit eau liquide, même chaude, dit possibilité de vie.
Alors déjà, la nouvelle date de 1960, soit avant l'exploration réelle de Venus: la planète n'a été survolée qu'en 1962, les missions Venera en ont étudié l'atmopsphère au cours des années 1962 à 1969 et les premiers atterissages , les premières photos par les missions Venera datent de 1975, j'en parlais un peu là. Donc contrairement à ce que nous dit Arthur, la température moyenne  sur Vénus n'est pas de 250°C mais de 462°C. Donc au pôle de la planète comme ailleurs, pas moyen d'avoir de fait une température permettant l'existence d'eau liquide et ce qu'elle suppose. Le principal problème outre la température démente est l'atmosphère hautement corrosive d'acide sulfurique et surtout la pression de plus de 90 bar qui écraserait un sous-marin ( la sonde Venera 13 y a vaillamment résisté 2h00, c'est dire la robustesse de l'engin!). Donc bon prière de ne pas prendre pour argent comptant la description d'explorateurs en scaphandre metallique réfrigéré qui parcourent 5 kilomètres à pieds ( ha, j'ai oublié de parler de la densité de l'atmosphère, qui teinte ici étonamment tout de vert émeraude..). Lhistoire d'Arthur est simplement devenue obsolète par les découvertes qui ont été faites 15 ans plus tard.
Et en fait l'histoire pourrait se passer n'importe où: sur une autre planète, dans une autre système solaire, sur Terre dans une vallée éloignée de tout, au fond des océans.. l'important n'est pas qu'elle se passe sur Vénus, mais.. le fait que les explorateurs découvrent effectivement une forme de vie végétale " d'avant l'Eden", une forme de vie qui pourrait être une de celle qui a amené de développement la vie sur Terre, des millions d'années plus tard.
Ey là ironiquement la nouvelle est on ne peut plus d'actualité: cette découverte qui fait dire aux savants que la vie est précieuse, qu'il faut absolument la protéger où qu'elle soit correspond exactement au moment qui va condamner la future vie sur la planète entière. Les germes terrestres involontairement amenés par les terriens contaminent la plante qui n'a pas les moyens de résister à des pathogènes étrangers qui ont, de plus, pu survivre au voyage spatial. Arthur nous précise même d'où ils viennent: les mégots, les verres en plastique (lol) et détritus divers laissés sur place par les humains.
Transposez un peu la chose au sommet de l'Everest. La conclusion est que l'être humain, est doué pour pourrir n'importe quel endroit où il met les pieds, que ce soit volontairement parce qu'il s'en fout, par manque de réflexion à long terme, ou insconsciemment.
On commence à peine à se soucier des microbes terrestres amenés sur Mars, qui peuvent annihiler une potientelle vie locale.
Une fois de plus, de la SF qui si sa forme est dépassée, reste incroyablement d'actualité sur son fond philosophique.

Un été sur Icare: L'ingénieur Colin Sherrard a un gros un très gros problème: il est coincé sur Icar, un astéroïde qui porte bien son nom, surnommé " le bout de terrain le plus ensoleillé du système solaire", et ce n'est pas peu de le dire. Il s'agit d'un caillou de 3 kilomètres de diamètre en orbite à immédiate proximité du soleil, sur lequel une équipe procédait à des prélèvements du côté nuit". Problème, au moment de rentrer, sherrard a eu un problème et son module s'est écrasé au sol, heureusement, côté nuit. Mais pas pour longtemps. Icare tourne sur lui même en 4 heures, et, sa radio étant endommagée, impossible de prévenir, Sherrard doit ramper avec son module insecte tant qu'il lui est possible pour rester côté nuit, jsuqu'à ce qu'on s'aperçoive de son accident et qu'on revienne le chercher. Si l'aube le rattrape, il est foutu, et va griller sur place.
A ma connaissance, Clarke n'a pas écrit de scénario pour la génialissime série "la  4° dimension", et pourtant on est totalement dans cette idée là, celui -ci comme " avant l'Eden" auraient tout à fait pu être des scénarios d'épisodes: angoisse, danger mortel et inélucatable, ironie (et chute " so british"), avec en plus une variation sur le mythe d'Icare et l'aventure au risque.. d'y laisser des plumes et d'être grillé.
( Nota: le roman "les enfants d'Icare" écrit en 1953 ne fait pas mention du mythe dans son titre original " Childhood's end". Qui est aussi celui d'une chanson de Pink Floyd, très influencée par Clarke. Mais aussi de Iron Maiden, je n'ai pas trouvé d'information pour savoir si c'est aussi une référence à Clarke, mais ça ne m'étonnerait pas vu les liens entre Maiden et la littérature en général.  )

Le réfugié: Evénement historique! l'angleterre vient de se doter d'un spatioport et pour marquer l'événement, le capitaine Sanders, texan pur jus qui doit être le chef de la première mission anglo-américaine vers Mars ( une simple mission de ravitaillement de colonie martienne, déjà bien établie), reçoit la visite protocolaire de Henry, prince de Galles, futur roi d'Angleterre. Henry est un fanatique de techonologie, qui rêve d'aller dans l'espâce, chose que son rang lui interdit. donc cette visite d'un vaisseau est , pour une fois, quelque chose qui l'intéresse beaucoup plus que les ennuyeuses mondanités que doit subir à longueur de temps un futur monarque. Pour cet intérêt sincère, pour son intelligence et sa simplicité Henry gagne la sympathie de Saunders. Echange de situation: Saunders le baroudeur, qui dispose de 3 jours libres à Londres se dit qu'il va profiter de cette aubaine pour visiter Londres. Il est allé sur Mars, sur La lune, mais n'a jamais mis les pieds à Londres. Las, Saunders ne peut pas profiter de ses vacances, qu'il va passer en interview et invitations télévisés où on finit toujours pas lui poser la même question " que pensez-vous du futur roi". Saunders comprend que la vie d'une tête couronnée n'est pas de tout repos et espère vite regagner l'espace et l'anonymat. Sauf qu'il se passe exactement ce qu'on devine: Henry ne va pas laisser passer une occasion pareille de mettre en douce un peu de distance entre lui et sa royale famille. Un peu, c'est à dire, la distance Terre-Mars.

La sentinelle: Après Mars, la Lune. Là encore pour la petite équipe d'exploration qui est est, ce n'est pas si exceptionnel... mais la lune récèle cependant bien des mystères. Lorsqu'on est est un humain , qu'on voit de loin une anomalie brillante en pleine mer des Crises, il est bien naturel d'aller y voir de plus près. Par contre la petite équipe s'attendait à tout .. sauf à y trouver une petite pyramide. qui l'a construite? Quand? et pourquoi? Elle semble être là depuis au moins l'époque du carbonifère terrestre, y aurait-il eu des sélénites? Est-ce un repère pour voyages spatiaux ou un poste d'observation pour surveiller l'évolution de la vie sur Terre?
(si c'est le cas, les extra-terrestres doivent être bien déçus par nous)

Que c'est bon, mais que c'est bon: par le ridicule et l'humour Arthur pourfend les militaires. Par l'ironie et la philosophie, il pointe les travers humains bien contemporains ( et encore d'actualité 60 ans polus tard)

13/06: le jour des nouvelles

yep, de temps en temps, il y en a un. Le challenge n'avait officiellement pas de fin et je n'ai pas trouvé d'information pour savoir s'il existe encore de fait ou pas.

Liban-> USA-> Grèce-> Israël -> Grande-Bretagne

et au niveau des langues d'origine:
arabe du Liban -> anglais des USA-> grec ancien-> hébreu ancien-> anglais brittanique

lundi 6 juin 2022

Leto ( film 2018)

 Difficile de trouver du temps pour regarder des films depuis quelques semaines.

Mais les vacances approchent, et je vais pouvoir peu à peu rattraper mon retard de visionnage.

Donc, nouveau film russe dans la liste , Leto de Kirill Serebbrennikov. Je n'avais pas pu le voir à sa sortie ( j'étais en Belgique, il a avait été présenté en VO un seul jour, un lundi dans l'après midi dans le cadre d'un festival, et j'avais cours à cette heure là...)
Pour ceux qui sont tentés,, il est visible gratuitement sur le site d'ARTE, jusqu'au 28 juin 2022. visionnable en VF, ou VOSTfr ici 

Après il faudra aller le voir en VOD sur universciné, ici 


Ce film raconte les débuts et l'accès à la notoriété de Viktor Tsoï et de son groupe de rock " Kino", à Leningrad dans les années 80, avec l'appui de Mikhaïl " Mike" Naoumenko, chanteur et guitariste du groupe " zoopark", un autre groupe majeur de l'époque. Mike est un musiqien aguerri, chanteur et guitariste mais qui pour survivre pratique aussi un autre métier: gardien d'usine. Il traduit aussi des paroles de chansons de Bowie, Blondie, Lou reed, le Velvet underground , les Sex Pistols, les stooges, les Rolling stones.. en russe, pour que son groupe ou d'autres puisse les interpréter ( ce qui serait maintenant considéré comme du plagiat, mais a été le seul moyen de faire découvrir le rock au public soviétique, de manière détournée. Il est aussi illustrateur et le soir copie les pochettes d'album en dessisn, puisqu'il faut bien que ces réinterprétations aient des jaquettes. a une autre moment, on verra Tsoï vendre des affiches, c'est à dire des dessins qu'il a fait, des copies de posters représentant les vedettes internationales, telles que Marc Bolan, dont il est impossible de trouver des posters en URSS.
au moment où commence le film, Mike est un peu en panne d'inspiration, la rencontre avec viktro et Liona, les deux membres fondateurs du futur groupe Kino, va lui donenr une idée: ces deux là ont un talent certain, une envie de composer du rock authentiquement russe, mais n'ont pas encore trouvé leur style. Mike peut ajouter à ses multiples activités celle de mentor et producteur, et aider à lancer leur carrière. Et c'est cette histoire qui va être racontée.

Tsoï est encore, plus de 30 ans après sa mort, immensément populaire dans les pays russophones. On peut sans problème le considérer comme le symbole du rock soviétique.
Et lorsqu'on étudie le russe , impossible de passer, à côté, il y aura forcément un moment où on se retrouvera à écouter les chansons de Kino. Autant dire qu'avec le statut de superstar du chanteur, un tel film biographique était attendu au tournant.
Et c'est moins au final une vraie biographie des début de Tsoï et Kino qu'un portrait global de la scène rock et alternative russe des années 1980, des aspirations au changement ( et d'ailleurs " changement" sera l'un des titres phares de Kino)

Et la suprise sympa pour moi a été de revoir dans un petit rôle (en durée) mais marquant, l'excellent Alexandre Kuznetsov découvert dans Лучше, чем люди, où je l'avais trouvé vraiment au dessus du lot.
Ici il joue le rôle du " Sceptique", le narrateur en quelque sorte. Qui lorsque le film part dans l'esthétique clip et la fantaisie, vient 
commenter que l'acteur principal " n'est pas ressemblant" ou nous dire que  "Ca ne s'est pas passé comme ça... mais on aurait bien aimé" . Or qu'est-ce qui ne s'est pas passé comme ça? Par exemple , un concert rock où les spectateurs auraent simplement pu se lever, taper des mains, taper des pieds, chanter ensemble. Une bagarre dans un train, entre les punks et les rockers d'un côté et les  bons communistes de la génération d'avant les accusant d'antipatriotisme pour avoir chanté une chanson des Sex Pistol ou de Lou Reed. Ce personnage là vient donc nous rappeller que la réalité de la jeunesse rock en URSS en 1980, ce n'est pas la réalité de la jeunesse rock occidentale de la même époque.

Tout doit être approuvé par un comité qui valide les textes ( qui pour les auteurs à les faire passer pour des textes satiriques, raillant la jeunesse désoeuvrée, quand le vrai sens est plutôt la jeunesse raillant un système politique sclérosé qui les limite au désoeuvrement et à l'inaction en les empêchant de s'exprimer. Mais qui en 1980 aurait seulement pu imaginer que 10 ans plus tard, ce système là volerait en éclat, pas toujours avec des effets positifs d'ailleurs. Le dégel a amené la liberté de parole et la disparition de la censure, mais les effets pervers de la libéralisation de sont aussi faits sentir au niveau économique ( corruption à grande échelle, apparition des oligarques...). Les concerts rocks sont proprets, on s'y assoit bien sagement, brandir une banderole à la gloire du groupe est considéré comme du hooliganisme, il y a un service de sécurité qui veille à ce que la bienséance soit respectée...
On est dans un pays où certaines denrées sont si compliquées à trouvée, qu'une femme peut acheter une tasse de café avec le café dedans à un type qui tient un stand sur une foire aux disques, et ramener en tram la tassse pleine de café qui refoidit, dont elle renverse la moitié dans les transports, à son mari pour lui en faire cadeau, parce qu'il aime le café corsé et que c'est hyper difficile à trouver. Une société où on habite encore dans des appartements communautraires, où tout le monde se rassemble dans la cuisine pour écouter un concert improvisé, pendant que les enfants sont gardés par une voisine.

Le film n'est pas parfait, son esthétique n'a pas mis tout le monde d'accord, certains passages sont un peu longs, mais globablement je l'ai bien aimé. J'ai trouvé les rajouts d'illustrations dans l'image - on aime ou on n'aime pas -utilisés de manière intéressante et pertinente, et suivis en général du commentaire du Sceptique  "tout ça évidemment , ne s'est jamais passé comme ça" ou " on aurait bien voulu".. ce qui rappelle que oui les gens auraient bien voulu agir de manière spontanée, plus libre, voire carrément désordonnée, être punks, se rebeller contre le système.. mais que ça n'était pas possible aussi facilement que d'incruster des dessins dans une image.
Mais que la volonté était quand même là en germe ( des passages où les quidame lambda va commencer à citer en anglais, avec un accent parfois à couper au couteau, des textes de Lou Reed, Bowie ou Iggy Pop... qui pour moi, indiquent la portée universelle de la musique et des aspirations auxquelles elle correspond, mais aussi au fait que quoi qu'on fasse, la cuture rock arrivera tôt ou tard et s'incrustera même malgré les plus rétifs des quidams.)
Le film a d'ailleurs gagné le prix de la meilleure bande son au festival de Cannes, et je confirme, c'est un plaisir à entendre.
J'ai aussi trouvé intéressant d'avoir glissé des allusion au destin de Tsoï: Mike veut qu'il enregistre rapidement: ce gars à la voix si étrange est un ovni, et on ne sait pas ce qui pourrait arriver: arrêter sa carrière pour travailler, se marier et avoir des enfants, être mobilisé en Afghanistan, avoir un accident...
il s'est effectivement marié et a eu un enfant (sans toutefois arrêter sa carrière), l'une de ses plus célèbres chansons parle de mobilisation forcée pour la guerre ( "j'ai mon groupe sanguin inscrit sur ma manche, souhaite- moi bonne chance, souhaite- moi ne pas rester couché sur l 'herbe) , et il est effectivement mort tragiquement jeune (28 ans) dans un accident de voiture.

Une autre chanson, plutôt folk, au titre étrange " concombres en aluminium" me semble parler de travail absurde dans les usines , ce genre de travail dont on disait qu'il était vital pour la patrie ( " je plante des concombres en aluminium dans un chant de bâches, trois sages tchouktches me disant sans cesse " le metal ne pousse pas , le jeune n'en vaut pas la chandelle, le résultat n'est que de la fatigue") Je pense que ces concombres poussent dans une usine d'armement...
Je ne connais pas Zoopark par contre, je vais donc m'y pencher aussi. Mike est lui aussi mort brutalement assez jeune (apparemment d'une hémorragie cérébrale, juste un an après son copain Viktor) et c'est un petit détail assez triste à la fin du film: présenter le premier concert de Kino, avec Mike dans le public, et incruster à côté des deux principaux personnages leurs dates de mort, moins de 10 ans plus tard.

Film avec une chanson que j'aime ( plein en fait)

 

vendredi 3 juin 2022

God save the Queen

 Oui, c'est la journée spéciale "the queen", mais j'ai eu envie de détourner ça en "the Queen".

Oui je vais me justifier: Queen en 2002  a joué God save the Queen au jubilée de la reine, donc il y a pile 20 ans  :)


Parce que j'adore ce groupe, pas seulement pour son chanteur charismatique, mais aussi pour son guitariste-astrophysicien redoutablement précis, et plus généralement l'alchimie entre les membres et leur façon de partir régulièrement dans des direction totalement imprévisibles.
Donc allons y pour une petite sélection de mes morceaux favoris ( garanti sans Bohemian Rhapsody, trop connu du grand public, we will rock you ou we are the champuions, trop " faciles")

Don't stop me now (1978, album "Jazz") un album pas super marquant, sauf ce titre qui a le don de me mettre de bonne humeur.


You're my best friend ( 1974 A night at the opera), petit plaisir coupable, même si elle n'a pas l'envergure de celles qui viendront en dessous je la trouve très mignonne

March of the black queen ( 1974 Queen II), avec le morceau qui semble commencer de nulle part car.. sur l'album, tous sont filés sans rupture franche, donc difficile de dire où commence une chanson ou elle finit, et ça c'est génial



et en fait le plus génial, c'est la réaction des gens qui ne connaissent pas et découvrent la chanson,
Celui là est très drôle . Et ça fait plaisir de voir un gars qui est probablement hors de sa zone de confort musicale s'éclater autant.

ici un musicien classique qui laisse échapper quelques " Woaw" "lovely" et " unbelievable", tout en notant les originalités harmoniques . Je trouve précisément ce groupe à part pour ça, il y a peu de groupes de rock de renommée mondiale qui ont autant exploité les possibilités harmoniques de leur musique ( à part peut être Iron Maiden un peu plus tard). Je mets à part les groupes vraiment prog , où là, oui , c'est presque le but


The seven sees of Rhye ( queen I 1974) et en live SVP. Je n'ai évidemment pas eu l'occasion d'aller à un de leurs concerts, j'avais 8 ans lors du live aid 1985. Mais oui, ils étaient aussi réputés pour leurs show. Et là je trouve très intéressante la manière dont Freddie Mercury, change certaines notes par rapport à l'enregistrement pour qu'elles passent mieux en scène. Et, notez, adaptations qui se font à pleine voix SANS vocodeur, sans correcteur d'intonation. Ouiiiiiii

allez, un petit coup de " Now, I'm here" ( 1974, sheer Heart attack), bien plus heavy, et 100% survolté.

Sans corresteur ET sans synthétiseurs, le groupe insistait là dessus, jusque sur les pochettes d'album, Freddie le pianiste préférait un vrai piano sur scène, les synthés ne sont arrévés que dans les années 80.

Mon absolue favorite: " the prophet song"(1975 a night at the opera) Celle là est incroyable, pour moi, beaucoup plus intéressante que la très connue Bohemian Rhapsody. La première fois que je l'ai entendue, je n'ai pas aimé, parce que ça partait dans tous les sens avec des harmonies inhabituelles. après quelques écoutes, je l'ai adorée précisément pour ça.




allez, je ne résiste pas aux réactions super expressives de l'ami Jojo.

Doe, jeune guitariste, adore les harmonies et la batterie. D'ailleurs , elle  détestait Queen dont elle ne connaissais que les tubes les plus habituels, et a totalement changé d'avis en connaissant mieux. Ca fait vraiment plaisir de voir quelqu'un reconnaître qu'il ne connaissais pas assez pour se faire une honnête opinion.


Et celles de pro de Doug, priceless aussi!

Je trouve très intéressant que trois personnes d'horizon différents, d'âges différtns, et probablement de pays différents puissent apprécier la même chanson pour des raisons différentes, être surprises par les mêmes passages,  et arriver à la même conclusion " c'est inattendu , donc très cool". cette chanson a presque 50 ans!

J'en ai cité ici 6, mais il y en a bien d'autres qui méritent l'attention  the white queen (le pendant de  March of the Black Queen), the Fairy feller master stroke, donc je découvre à peine que c'est la description d'un tableau de Richard Dadd, , peintre inconnu de moi. Moi qui pensais que els paroles n'aivaient pas beaucoup de sens :D
death on two legs, une petite chanson bien efficacede vengeance, contre... ( one en saura pas qui :D)
I'm going slightly mad, pour son clip "slightly mad" ( mais difficile pour moi à regarder vu l'état de santé du chanteur, déjà à l'agonie), ou It's a hard life ( clip aussi délirant que celui de I want to break free, mais moins connu. Ce costume d'Argos est incroyable)

allez, encore un peu, juste aprce que je trouve intéressant de se pencher sur
Les talents de pianiste de Freddie Mercury
Ou ses talents de chanteur ( ici sans musique, je ne suis pas sûre qu'une fois ôtée la musique, beaucoup de chanteurs résistent à l'analyse.
Et une vidéo sur le son de Brian May ( en français) des solos de basse de John Deacon, ou les dernières compos en date de Roger Taylor ( qui n'était pas que batteur, mais aussi bon vocaliste)

aussi anglais que la reine !