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jeudi 28 novembre 2013

L'élixir de vie - Jules Lermina

J'avais dit il y a peu que je ne tarderais pas à lire un autre texte de cet auteur, après avoir tenté et apprécié la Deux fois morte, mon choix s'est porté sur l'Elixir de vie, pour la raison essentielle que le titre est quasi le même que la nouvelles de Balzac, contenue ici. Je n'avais pas spécialement apprécié la version de Balzac, essayons donc avec Lermina.

Pas de références littéraires ici. Le narrateur médecin est appelé par une dame paniquée au chevet d'une petite fille mourante. Elle semble comme anémiée, sans avoir eu ni blessure ni hémorragie.. vidée non pas de son sang, mais de son énergie vitale. impossible de définir sa maladie. La fillette meurt sous les yeux du médecin, de la mère.. et d'un étrange locataire, un vieux monsieur d'environ 75 ans surnommé Monsieur Vincent, un homme robuste qui parait plus jeune que son âge, et qui prend la fuite sitôt l'enfant mort. Chose étrange, Monsieur Vincent semble vieillir à vue d'oeil, et 2h00 plus tard, on le jurerait centenaire. Personne ne semble au juste s'accorder sur son âge L'événement étrange sort de la tête de notre héros jusqu'à ce qu'il soit amené, quelques 20 ans plus tard, à croiser à nouveau la route de monsieur Vincent, qui avoue maintenant 115 ans et semble dans une forme incroyable pour un homme de son âge, pensionnaire d'un asile d'aliéné. Celui -ci se dit fou, auteur de nombreux crimes non élucidés et pour cause: il est un vampire psychique, qui a découvert comment absorber à son propre profit l'énergie vitale des enfants ( qui en "produisent" plus qu'ils n'en usent...Oui la théorie est étrange, basée sur l'idée que l'énergie produite disponible décroit avec l'âge, tandis que les personnes âgées consomment plus d'énergie qu'elles n'en produisent pour rester en vie, un théorie basée sur le magnétisme de Mesmer, dont Monsieur Vincent se clame disciple). Il pourrait se contenter d'en prélever un peu sans nuire , mais la griserie de se sentir à nouveau jeune est telle qu'il n'arrive jamais avant d'avoir épuisé la totalité de l'énergie de sa victime.

Bon alors le match Balzac/ Lermina?
Chez Balzac, il est question d'un élixir qui, contrairement au titre, ne rallonge pas la vie, mais ressuscite les morts. Chez Lermina, pas d'élixir en fait. Au niveau respect du titre:  Balzac+1.

Mais l'écriture plus concise de Lermina me plait plus: Lermina+1

Balzac revisite de manière pas très intéressante le mythe de Don Juan. Lermina revisite celui du vampire en le transformant en vampire psychique, tout en s'appuyant sur les théories de son époque, un peu tirées par les cheveux, sur le magnétisme. Adaptation d'un mythe: Lermina +1.
Avec le bonus " théorie scientifique fumeuse mais intéressante" +0.5


Un don Juan haïssable et anticlérical vs un savant fou cynique haaaaa là on a un bon  50/50  Balzac +1 Lermina +1.

Conclusion de l'histoire: J'ose: celle de Balzac est ridiculement grandiloquente, et m'a plus fait rire qu'autre chose. Celle de Lermina est ouverte et laisse planer une menace. Lermina +1
Nous avons donc: Balzac + 2/ Lermina +4.5


Désolée Honoré, c'est Jules qui gagne!
alchimie et recherche d'immortalité, c'est presque de la sorcellerie non?
n°23
1890

mercredi 27 novembre 2013

3 nouvelles de H. P Lovecraft

que j'ai artificiellement réunies, parce que chroniquer une seule nouvelle à la fois, ben, c'est difficile si on veut éviter d'en dire trop.
J'ai donc compilé la maison de la sorcière ( 1932), le monstre sur le seuil (1933) et celui qui hantait les ténèbres (1935) - parfois titré "la chose des ténèbres" ( the haunter of the dark, pour être sûrs qu'on parle du même, car il existe aussi " celui qui chuchotait dans les ténèbres" - the whisperer in darkness) . Et ça tombe bien parce que les trois se passent au même endroit, du coup les rassembler m'a paru cohérent.
En effet, deux des récits, la ville imaginaire d'Arkham ( qui hormis moi a rajouté mentalement " Arkham asylum! Le Joker!, avouez?), et les trois font également référence aux mêmes ouvrages fictifs ( le nécronomicon, unaussprechlichen Kulten... des livres de magie, mais ne les cherchez pas, ils n'existent que dans l'imagination de Lovecraft)

Dans "la maison de la sorcière", Gilman, un étudiant en mathématiques passionné de folklore et de légendes, vient habiter une vieille maison où a résidé quelques siècles plus tôt, une vieille femme jugée pour sorcellerie. Or il en est certain, ce que les gens de l'époque appelaient sorcellerie devaient être surtout des aptitudes en avance sur leur temps en physique quantique. Pour lui la vieille Keziah Mason, qui s'est échappée de manière mystérieuse de sa prison devait avoir eu l'intuition des mathématiques quantiques et suite a ses recherches , avoir trouvé un moyen de voyager à travers l'espace. Mais au fur et à mesure qu'approche la nuit de Walpurgis, Gilman tombe malade et commence à voir en rêve la vieille sorcière et son serviteur Brown Jenkins, une sorte de petit animal monstrueux mi-rat- mi-singe, des paysages inconnus dans d'autres dimensions.. rêves qu'il met sur le compte de la fièvre jusqu'à ce qu'il se réveille en possession d'un objet venu d'un autre monde qu'il a cassé... dans son rêve. Gilman le mathématicien aurait-il percé le secret de la sorcière et des voyages interdimentionnels?

Dans "le monstre sur le seuil", Daniel  qui vient de tuer son meilleur ami, Edward,  explique qu'il a en fait tué le monstre qui avait pris possession de celui-ci. Et nous raconte comment Edward, très intelligent mais mou et sans volonté est tombé dans les griffes d'Asenath Waite, une femme.. bizarre, vaguement sorcière, qu'il épouse. Asenath, toujours insatisfaite, passe son temps à se plaindre d'être une femme, qu'elle aurait plus de pouvoir si elle avait été un homme, des choses comme ça. Or, de plus en plus souvent, Edward semble victime d'un dédoublement de personnalité, le caractère faible devenant soudain intraitable et ambitieux. chose qu'il explique par " ma femme a trouvé le moyen de me voler mon corps, c'est elle qui le pilote et pendant ce temps, ma conscience est enfermée dans le sien". Tout le monde pense évidemment à un délire de persécution tandis que le pauvre Edward, terrifié,  en est persuadé: un jour, elle trouvera le moyen d'échanger définitivement leurs personnalités.

Dans "celui qui hantait les ténèbres", Robert Blake ( la nouvelle est dédiée à Robert Bloch, autre important auteur fantastique et ami de Lovecraft, et cette fois se passe dans la ville réelle de Providence, où résidait Lovecraft), écrivain amateur d'Esotérisme, est fasciné par une sorte d'église néogothique abandonnée qu'il voit depuis sa fenêtre. Il entreprend d'aller la visiter et découvre qu'elle terrifie les habitants du quartier. En effet, le bâtiment désaffecté a autrefois habité un culte secret démantelé depuis une vingtaine d'année, et on prétend que les nuits d'orage, de drôles de bruits se font encore entendre dans les combles. Evidemment, Robert veut aller y voir de plus près, et découvre plusieurs objets ayant servi aux rituels: statues, sièges, boîte gravée contenant un polyèdre qui ne ressemble à rien de connu et qu'il va toucher, bien sur. L'objet en question semble lui envoyer des visions, un peu comme une boule de cristal, mais des visions d'autres mondes. Et il trouve également un squelette, celui d'un journaliste venu enquêter des décennies plus tôt sur la secte et que personne n'a jamais revu. Assassinat, ou crise cardiaque causé par une terreur intense? Toujours est-il que depuis qu'il a touché les objets magiques, Blake a des visions de plus en plus fascinantes et angoissantes. Il en est sûr: sa visite a libéré une entité monstrueuse qui était enfermée dans le cristal et n'attend qu'une occasion pour s'échapper.

J'ai trouvé ces trois histoires très intéressantes, vraiment très bien menées, surtout la 3° qui instille peu a peu son climat malsain, le fantastique est d'autant plus réussi que le montre libéré par Blake n'est jamais défini, or on le sait l'horrible, c'est ce qu'on ne peut pas voir. Ici seules ses manifestations sont repérables: une trace dans la poussière, une marque de griffure sur un banc, des bruits, une odeur...ha punaise, j'adore ce côté mystérieux. Les 2 autres sont bien menées aussi: les rêves qui se mêlent à la réalité dans "la maison", la situation constamment su le fil entre folie et possession dans" le monstre", mais j'ai quand même une préféré la 3°, que je trouve plus aboutie, car voilà, contrairement aux autres, rien n'y est vraiment décrit , ça laisse plus de loisir pour que le lecteur travaille du chapeau. Donc une légère préférence pour la 3° ( enfin, rien que des titres comme " le monstre sur le seuil", "je suis d'ailleurs" ou " celui qui hantait les ténèbres", pour moi, c'est du tout bon question mystère)

J'avais eu un aperçu de Lovecraft avec " je suis d'ailleurs" que j'avais également trouvé très bien mené, et quelques autres non chroniquées ici. Hé bien, je confirme, 3 nouvelles de plus, et 3 réussites. je vais donc continuer ponctuellement avec cet auteur, que je découvre par la petite porte ,avant de m'attaquer à Dagon , Cthulhu et les autres, mais voilà, j'accroche bien. Et je confirme une fois de plus, la nouvelle est bien le format que je trouve le plus efficace en matière de fantastique, d'autant que là, même issues de publications différentes, il y a beaucoup de cohérence entre les 3, donc...A suivre!

parce que sorcières, monstres et tout
Parce que Lovecraft fait partie du panthéon geek quand même
personnellement, je n'irais pas en vacances à Arkham
années 30
N°22!

mercredi 20 novembre 2013

Sleepy hollow (film)

Un peu de ciné thématique en ce mois des morts? Les gentilles fossoyeuses du challenge Halloween nous proposaient fin octobre une séance spéciale "film de (ci)trouille" et le choix s'est porté sur Sleepy Hollow, en voilà enfin le billet qui va bien, avec juste 3 semaines de retard..

Ceux qui me connaissant savent que j'aime énormément Tim Burton en général, hormis quelques films plus dispensables, et coup de bol Sleepy Hollow fait partie des films que d'une part j'ai beaucoup appréciés à la sortie, d'autre part je n'avais pas revus depuis, et que j'avais en DVD en attente ( non parce que l'ayant vu au ciné en VOST, je ne pouvais pas me résoudre à le revoir en VF lors d'une diffusion TV)

Bon, je ne vais trop rentrer dans le détail de l'histoire, la plupart d'entre vous l'ont vu. donc: novembre 1799, une série de meurtres particulièrement violents ont lieu dans la petite bourgade de Sleepy Hollow, sordide bourgade peuplée de colons néerlandais , quelque part au fin fond de la Nouvelle Angleterre. L'inspecteur Crane, progressiste et pionnier des méthodes scientifiques, qui commence à gêner sa hiérarchie - pensez, il met en doute les bienfaits de la torture sur les suspects, des choses de ce genre- y est envoyé pour mettre fin aux agissements de ce qu'il estime être un serial killer. Pour les habitants superstitieux du lieu , l'affaire est claire: les cadavres ont eu la tête coupée et emmenée, les meurtres ne peuvent être que le fait d'un fantôme, le spectre d'un mercenaire allemand particulièrement violent qui écumait la région quelques 20 ans plus tôt, mort décapité et qui revient se venger.

Et là, je ne parlerais pas de Tim Burton réalisateur que presque tout le monde connait, mais de toute l'équipe qui l'accompagne. Parce que déjà le scénario ne sort pas de la tête de Burton, mais est tiré d'une nouvelle de Washington Irving, et surtout parce que peut être encore plus que sur les autres films, c'est vraiment patent sur celui là, puisque justement, c'est sur l'esthétique qu'il se différence:

 - la musique: de Danny Elfman. Le complice de toujours. L'alliance Burton/Elfman fait merveille (  je n'ai pas vraiment accroché à Sweeney Todd, qui justement a une BO signée par euh.. quelqu'un d'autre. Il manquait quelque chose, et ce quelque chose c'était l'ambiance sonore, que dis-je, la signature sonore d'Elfman)

- la photographie/ les décors : Le directeur de la photo, Emmanuel Lubezki qui a bossé aussi sur le tut récent Gravity que je n'ai pas vu, et toute l' équipe de décorateurs ont fait un travail proprement énorme sur les décors, l'emploi de la couleur et de la lumière ( façon tableau hollandais, dans le décor du village ou même l'éclairage, je ne sais pas si c'est un clin d'oeil visuel à la nationalité des colons?), avec un emploi intelligent de la couleur, le rouge sang en priorité qui ressort d'autant plus dans cette ambiance neutre. Et l'arbre des morts est superbe avec son allure de monstre griffu.

- Christopher Walken. Oui je sais, c'est totalement subjectif, mais j'adore cet acteur. Ici il n'a pas une ligne de dialogue, on le voit peu, mais il réussit à être comment dire, palpable même sans être à l'écran. Et ça c'est fort. Nota: ce type est flippant. Quoi qu'il fasse;Je me demande même si dans sa longue filmographie il a déjà joué un rôle de type sympa. Bon ok, dans Dead zone, il jouait un type banal un peu paumé. Mais sinon des mafieux, des phsycopathes, des mafieux psychopathes..
Enfin, si, j'ai souvenir d'être tombée une fois sur un téléfilm diffusé genre à Noël, avec Glenn Close ET Christopher Walken. sacrée affiche hein? Prometteur et tout. sauf que c'était du genre "petites annonces du chasseur français et petite maison dans la prairie "et c'était mauvais, mais mauvais, et zut je l'ai retrouvé!
Donc oublions ce désastre et récupérons notre cavalier de l'enfer ( ça marche bien question trouille, les cavaliers, depuis au moins l'apocalypse! et celui là en vaut bien 4!)

 et pour le plaisir je conclus avec quelques esquisses préparatoires , toutes images trouvées sur le site francophone le plus exhaustif dédié à Burton et son univers