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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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dimanche 28 août 2011

La dame de pique et autres nouvelles - A. Pouchkine

1 recueil sur 5
Un peu de littérature russe? Ça faisait longtemps.

Et ça compte pour l'année de la Russie d'une part, et le challenge de la nouvelle de l'autre.





L'édition Garnier contient 11 nouvelles, soit quasiment la totalité de la production de Pouchkine pour ce genre.

La tempête de neige raconte comment une jeune femme partie épouser son fiancé sans l'accord de ses parents voit son mariage tourner court à cause d'une tempête de neige. Ambiance teintée de fantastique, chute originale, histoire racontée d'après deux points de vue différents, humour sarcastique, tout y est, j'aime beaucoup.

Le coup de pistolet: Le narrateur rencontre un curieux personnage surnommé Sylvio, tireur émérite pour qui la vengeance est un plat qui se mange froid. Là aussi, quelques touches de fantastiques bienvenus, pour un sujet (les duels) qui rappelle Eugène Oneguine.

Le maître de Poste: Pouchkine réhabilité le métier méprisé de maître de poste, à travers l'histoire touchante d'un vieux maître de poste et de sa trop jolie fille. Sympathique, mais plus classique, sans l'étrangeté qui fait le sel des deux premières.

Le marchand de cercueils est une vraie-fausse histoire de fantômes, où un marchand de cercueils, un soir de beuverie, invite les morts à sa pendaison de crémaillère. Mais c'est surtout l'occasion pour Pouchkine de lancer quelques petites piques sur les clichés de la littérature de son époque.

La demoiselle paysanne est un marivaudage mignon mais assez vain: une jeune femme de la noblesse campagnarde mais désargentée se déguise en paysanne pour faire la conquête du riche fils de bourgeois qui vit non loin de là. Sans intérêt autre qu'une nouvelle attaque en règle contre la littérature romantique " facile" dont s'abreuvent les filles de l'époque.

La dame de pique: ha voilà la fameuse nouvelle qui donne son titre au recueil, celle qui a inspiré un opéra de bon cru à Tchaïkovski. Ambiance mystérieuse, dès le début on ne sait pas trop à quelle époque on se situe.. visiblement le début du XIX° siècle, mais il est fait mention d'une vieille dame qui a connu Richelieu 60 ans plus tôt..Probablement un autre Richelieu, mais forcément on pense au plus connu...Pouchkine brouille les cartes au niveau historique.
Dans un cercle de joueurs, un homme raconte que 60 ans plus tôt, sa grand-mère a reçu du comte de Saint-Germain -au XVIII° siècle donc!- le secret d'une combinaison de cartes infaillible pour gagner au Pharaon. Information qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, l'un des participants décidant alors d'aller extorquer le secret à la vieille dame.. qui meurt de peur... mm une histoire de fantômes, de folie, sans longueurs, tout ce que j'aime!

Fragment est une très courte nouvelle autour d'une visite de Madame de Stael en Russie, assez drôle dans la mesure où c'est surtout un prétexte pour l'auteur de brocarder les prétentions de la société bourgeoise russe, qui se pique de culture et passe le plus souvent pour une bande de moujiks mal dégrossis.

Doubrovski, la plus longue nouvelle du recueil (19 chapitres!) raconte la tournure dramatique que prend une banale querelle de voisinage, et bifurque vite vers une histoire plutôt échevelée de bandits qui reste inachevée - comme ceux qui vont suivre. Ça part dans tous les sens, ça laisse promettre un véritable roman, avec plusieurs pistes différente, un hors-là-loi vengeur qui promet bien mais... ( vous voyez comme c'est agaçant, hein, de ne pas finir ses phrases.. ben c'est pareil pour un roman, voilà).

le nègre de Pierre le Grand raconte les aventures d'Ibrahim, africain prisonnier de guerre devenu protégé du Tsar, et arrière grand-père de Pouchkine ( qui partage cette caractéristique avec notre Alexandre national, d'avoir un ancêtre africain. l'autre caractéristique commune à mon point de vue étant d'avoir un sens de la narration très efficace). Ça commence bien, mais malheureusement le roman est inachevé. D'autant plus frustrant que le roman termine pile sur l'arrivée d'un personnage dont on devine l'identité, ce qui ferait un suspens très prometteur... si on pouvait seulement espérer connaître la suite. Va falloir faire tourner les tables pour demander au fantôme de Pouchkine de nous raconter la fin!

Les nuits d'Egypte a le même problème que le précédent: le narrateur aide un poète improvisateur italien venu de nulle part à faire ses débuts dans la bonne société russe.. mais la nouvelle s'arrête abruptement dès le premier poème. Frustration!! D'autant que le mystérieux et talentueux poète laisse présager un personnage un peu diabolique dans un récit à la lisière du fantastique.

Kirdjali est assez ennuyeux. l'histoire d'un bandit bulgare plus ou moins rangé suite au conflit russo-turc, que la police finit par rattraper. La fin est assez humoristique, mais tout le début est assez ardu à suivre , plutôt par manque d'information (conflit russo-turc, je ne savais même pas que ça avait existé.. on a droit à une pléthore de nom de généraux grecs totalement inconnus sous nos latitudes.. et on décroche vite.. ce qui est le comble pour une nouvelle de 6 pages)


Au final, je suis très contente de ma découverte de celui qui reste l'écrivain russe par essence aux yeux de ses concitoyens, malgré les frustrations successives des récits inachevés - c'était une de ses grandes spécialités  apparemment, commence 3 titres en même temps et n'en finir aucun... un peu comme Rossini en musique, tiens.
Mais les nouvelles sont agréables avec quelques touches de fantastique bienvenues de ci, de là. Et le peu que j'ai lu de la vie de l'auteur me donne bien envie de lire sa biographie, pour une fois qu'un écrivain russe échappe aux conventions: destin maudit - alcoolisme notoire - insuccès chroniques -âme torturée... et tout le tableau, ça fait un bien fou!

Deuxième auteur mort dans des circonstances particulières: PouchkineEugène Oneguine.
tué par un certain George D'Anthès...encore un nom qui fait penser irrésistiblement à Dumas ça.

samedi 20 août 2011

Fortune de France tome 2 - Robert Merle

Pour le tome 1, c'est ici

1018/1000

Suite des aventures de Pierre de Siorac et son demi frère Samson, que leur père envoie en cet été 1565 étudier à Montpellier, ville réputée tolérante pour les huguenots.
Le récit reprend exactement là où le tome 1 finissait, sur la route de Montpellier, et va donc narrer le voyage, l'installation et les études des deux frères, la découverte des plaisirs de la vie aussi. Car Pierre, 16 ans, s'avère très vite un sacré coureur de jupons, qualité qui lui ouvre les portes du grand monde via sa liaison avec la vicomtesse de Joyeuse, dont l'appui va lui sauver la mise plus d'une fois, tant son talent est grand pour se fourrer dans les pires ennuis ( dissection de cadavres illégale, fréquentation des marranes - juifs convertis au catholicisme mais peu convaincants pour la bonne société catholique- scandales en tous genres qui lui mettrons à dos et les catholiques et les huguenots)

La structure est à peu près la même que pour le premier tome: une succession de tableaux parfois comiques, parfois tragiques sur fond d'intolérance religieuse, avec un ton pourtant un peu plus sombre. Pierre,habitué depuis sa campagne à considérer les huguenots comme victimes, va vite découvrir que la tolérance à Montpellier n'est que de façade et cache beaucoup de conflits larvés qui ne demandent qu'une minuscule étincelle pour éclater au grand jour. Les huguenots et les catholiques pouvant à l'occasion s'associer lorsqu'il s'agit de tyranniser les athées, le pire crime qu'il soit, passible de bûcher. Tout comme l'homosexualité. Et la sorcellerie, plus supposée que réelle, mais condamnée surtout comme cause d'agitation publique.

Bref tout cela est une fois de plus fichtrement intéressant, on y croise cette fois les docteurs Rondelet, d'Assas et Saporta, déjà évoqués chez Michelle Barrière, les conflits d'intérêt entre médecins et apothicaires, le future duc Anne de Joyeuse.

Le récit est plus dense que dans le tome 1 (1 an et demi sur 500 pages, contre 25 ans pour 450 pages dans la première parie), on est cette fois plus dans l'action que dans la chronique, mais le plaisir de lecture toujours au rendez-vous. Vivement le tome 3!

Et comment dire, étant athée convaincue, donc un danger pour l'ordre public, je savoure ma chance d'être née au XX° siècle, j'aurais été grillée en moins de deux à cette époque - j'ai d'ailleurs des raisons de penser que c'est ce qui est arrivé à quelques ancêtres, il y aurait des vaudois dans la généalogie que ça ne m'étonnerait pas :/

jeudi 18 août 2011

Sous le masque de Ré - Paul Doherty

catégorie objet: un masque

Un petit polar historique de chez 10/18, pour l'été? Ça fait pas de mal, et puis ça fait longtemps.

Paul Doherty, donc, auteur de romans policiers, et qui écrit sous tellement de pseudonymes différents que c'est à vous donner le tournis:
Paul C. Doherty, Paul Doherty, Paul Harding, Vanessa Alexander, C.L. Grace, Michael Clynes, Anna Apostolou et Ann Dukthas.
Oui tout ça, c'est bien le même auteur, qui utilise quasiment un nouveau nom de plume pour chaque nouvelle série qu'il entreprend. J'avais déjà lu "le temps des poisons" signé CL Grace, sympathique polar médiéval narrant les aventures d'une apothicaire anglaise.


Donc, même auteur, mais sous un nom différent pour une série toujours policière, mais se passant dans l'Egypte antique cette fois.


1479 av.JC. Nous assistons au retour triomphal du pharaon Touthmosis II à Thèbes, auréolé d'une éclatante victoire. Il n'aura pas l'occasion de profiter bien longtemps de sa gloire, car, à peine arrivé à Thèbes, il meurt soudainement  piqué par un serpent. Les dernières personnes à l'avoir vu vivant s'accordant à dire qu'il semblait perturbé et inquiet quelques jours auparavant, des soupçons surgissent: mort naturelle? accident dû à la négligence d'un domestique? ou meurtre?

Dès lors une série de morts suspectes se produisent dans l'entourage de feu le pharaon, et la reine Hatchepsout charge le juge Amerotke de mener l'enquête.

On est bien là dans une série "grand détectives" de chez 10/18: enquête policière dans un cadre historique. Mais celui ci ne m'a pas franchement enthousiasmée ( laissons lui le bénéfice du doute: il s'agit du premier volume d'une nouvelle série, il faut le temps à l'auteur de présenter ses personnage, donc il y a pas mal de digressions dont on se passerait: Amerotké qui soupçonne sa femme d'infidélités, Shoufoy son serviteur qui fait du recel d'objets volés...)

Mais bon a priori, sur un sujet proche, concernant la même époque, j'avais plus accroché aux enquêtes du lieutenant Bak de Lauren Haney ( ou apparaissent aussi Hatchepsout et Touthmousis III son neveu).
Je ne sais pas trop pourquoi. Dans cette série là, le principe de l'enquête moderne transposée dans le passé ne m'avait pas choquée, tandis que que chez Doherty, je ne sais pas, je l'ai trouvé trop moderne en fait, un peu trop pour ne pas voir les grosses ficelles. Les personnages ont des réactions un peu difficiles à croire pour une telle époque. Peut être aussi tout simplement que Bak était un héros plus sympathique qu'Amerotké.

Mais je crois qu'au final, ce qui me gêne le plus c'est le présupposé que l'auteur fait que Touthmosis II aurait pu vouloir réformer le culte polythéiste pour en faire un culte monothéiste. Et malgré ce que l'auteur dit pour se justifier: 100 ans plus tard Akhenaton le fera, donc ce n'est pas farfelu, en présupposant que l'Egypte de l'époque était plus ou moins prête pour ce genre de révolution.
On pourrait lui objecter: Akhenaton l'a fait certes. Par la force. Avec le résultat qu'on sait: Retour aux cultes polythéistes dès la mort du pharaon et censure de son nom sur les monuments. Et poursuite des cultes traditionnels jusqu'à une époque relativement récente. Oui, je sais que certains archéologues contestent l'idée de polythéisme en Egypte pour parler de monothéisme polymorphe.
Il n'empêche! Le monothéisme au sens strict me parait être une simplification d'un système multiple qui l'a précédé (si quelqu'un a un contre exemple de monothéisme qui serait apparu Ex nihilo , je suis tout ouie, mais là a priori je n'en vois pas), j'ai donc un peu de mal à imaginer qu'un système qui se simplifie peu a peu puisse faire marche arrière et se recomplexifier en de multiples cultes qui vont eux perdurer pendant plus d'un bon millénaire.

De ce point de vue là, Doherty me semble tirer un peu trop de plans sur la comète pour tricoter son scénario basé sur "et si on disait que..." En fait son livre a surtout pâti du fait que j'ai lu peu auparavant les Mythes Egyptiens, qui pour être de la vulgarisation laisse entrevoir la complexité de la chose.

Voilà, c'est ça: le roman m'a semblé basé sur un faisceau de suppositions trop ténues pour vraiment tenir la route, et s'appuyer quasi uniquement là dessus. Et du coup, les ficelles d'enquêtes apparaissent grosses comme des amarres, et au final, on se fiche complètement de savoir qui a commis les meurtres. C'est dommage. Je renterai probablement le coup avec un autre volume de la série pour voir s'il est mieux mené, malgré tout...
1/10

Parce que Hatchepsout en est un des personnages principaux!