Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

Qui passe par ici?

Flag Counter
Affichage des articles dont le libellé est taphophilie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est taphophilie. Afficher tous les articles

dimanche 9 octobre 2022

Visite de cimetière à Vienne (2) - le cimetière central

C'est le dimanche, le jour de la sortie macabre, on reste donc à Vienne.

Après la crypte impériale, direction le cimetière central. un vrai de vrai cimetière, immense, avec tombes, pelouses, arbres, monuments de diverses époques, aux pensionnaires connus ou inconnus.
Avec presque 250 hectares et 3 millions d'habitants", c'est même probablement le 2° plus grand cimetière du monde ( le plus grand est le cimetière de Wadi Us Salaam en Irak: plus de 600 hectares et 6 millions de pensionnaires)

Un vrai temps à visiter un cimetière!

Et celui-ci est immense. Même avec un plan: impossible de tout voir en quelques heures, c'est un peu la chasse au trésor. Il faudrait pouvoir s'y déplacer à vélo en fait.

Je tenais absolument à y aller parce que c'est probablement l'endroit au monde où il y a la plus grande concentration de musiciens célèbres, et particulièrement chers à mon coeur, et ce sur quelques mètres carrés. Ayant aussi visité plusieurs endroits où ces gens ont vécus, voire, sont morts.. il était donc logique de continuer par leurs dernières demeures.

Et là, il y a un veritable carré VIP , c'est le cas de le dire. La municipalité a eu la bonne idée de rassembler dans un même carré des gens qui étaient au départ inhumés dans différents cimetières. Le cimetière central a été ouvert en 1874 pour " recaser" les pensionnaires de 5 cimetières supprimés lors de réaménagements urbains.
Au même endroit, on trouve donc un monument symbolique à Mozart (puisqu'il a été inhumé en fosse commune et est donc introuvable) et "quelques gens un peu connus" (mon sens de l'euphémisme) dans un carré d'honneur fait spécialement pour eux.

La superstar de la musique n'a donc droit qu'à un monument symbolique.
  
 
Ceci dit juste derrière le monument à Mozart, on trouve deux autres superstars, et qui sont en tout cas dans mon top 5 personnel. En fait, il y a mon compositeur favori, et le compositeur favori de ma mère.

Franz Schubert. J'en reparlerai dans un troisième sujet ce mois-ci
Mais sachez qu'en tant que chanteuse amatrice, Schubert a écrit tant de chefs-d'oeuvre pour voix qu'il a gagné toute mon admiration. Alors que lui même était un fan absolu de son voisin de cimetière...

Voilà le voisin, qui lui, a les faveurs de ma mère. Même si, bon, je suis d'accord avec elle et Franz, c'est aussi un compositeur que j'apprécie aussi particulièrement. Mais je ne les écoute pas dans les mêmes circonstances.

Là, vous vous dites qu'avec 3 des compositeurs les plus célèbres du monde, c'est bon; on a fait le tour des célébrités...Que nenni.

D'abord il y a toute LA famille, celle qui à elle seule représente plus des 3/4 des oeuvres jouées au concert du nouvel an,  répartis dans plusieurs tombes, mais ils sont dans le même coin:

Johann Strauss Père.
Mort à 45 ans, sa popularité a été éclipsée , même déjà de son vivant, par celle de son fils, Johann II. Rivaux musicaux, et comme le paternel était un coureur de jupon avec pas mal d'enfants illégaux, les relations familiales n'étaient pas idéales non plus.
De lui, on ne se souvient prezque que de la marche de Radetzky, donc voilà la très élégante Valse de Paris pour changer


Par ordre de naissance, Johann dit " Schani" II, le plus célèbre, donc, LE Strauss auquel on pense par défaut (Ha, au fait Richard Strauss et Oskar Straus ne sont pas apparentés, le dernier avait même supprimé un S de son nom pour ne pas préter à confusion, bien qu'il fut un copain de Johann II)
Je vous passe le beau Danube bleu, et je vous propose la  moins connue " polka de Niko", dédiée à un diplomate géorgien

Josef " Pepi", le second de la fratrie, ingénieur, architecte et parfois  à ses heures perdues, compositeur et chef d'orchestre.
Le moins connu des frangins, hormispour sa "musique des sphères", et ce bien qu'il ait composé presque 300 oeuvres.

Eduard " Edi" Strauss, le dernier et apparemment le rigolo de la famille, dont les titres sont " le train libre" ou " a toute vapeur"

Quand je vous disais qu'il y a des stars... Brahms est là aussi
Danse hongroise n°5

D'autres sont là, un peu moins connus du grand public, tel Josef Lanner, qui a poussé Johann Strauss I à  tenter sa chance en intégrant son ensemble, avant que les deux ne fassent scission pour des divergences d'opinions musicale (oui, les Tranxen 200, c'était déjà ça)
Josef commence à être remis à l'honneur depuis quelques années et a être un peu au programme du concert du premier janvier. Hoffnugsstrahl Walse ( valse du rayon d'espoir)

Franz Von Suppé ( dont le nom me fera toujours rire, et probablement ses compatriotes aussi, en allemand, die Suppe, c'est la soupe). Cet oublié est aussi parfois au programme du 1° janvier avec soit Poète et Paysan, soit la cavalerie légère, les deux seules oeuvres encore régulièrement jouées sur plus de 200.

Hugo Wolf, un peu plus récent, est très peu connu hors des pays germanophones.
auteur en particulier de Lieder, mais on s'éloigne de la musique romantique de Schubert et Schumann pour aller vers des choses plus modernes..
Mignon-Lied ( texte de goethe adapté par pas mal d'autres personnes sous le même titre.)

Dans le même coin, on trouve quelques autres tombes intéressantes.
Un plaque etonnante, squattée par un escargot bien vivant, nous informe que " ici gisent Thomas West, Karl August West et Joseph Schreyvogel, 3 noms pour une seule personne"

En fait Josef Schreyvogel était un écrivain, inconnu de moi, et Thomas et Karl West, sont ses deux alias principaux.
Un peu comme si on indiquait " ici gisent François Arouet et Voltaire, ps: c'est le même"
Son nom est très drôle, puisqu'il signifie " oiseau crieur"

la tombe d'une nommée Barbara Hrducka, mais je n'arrive pas à trouver si elle était sculptrice

un industriel qui aime visiblement prendre de la hauteur

Johann von Herbeck, chef d'orchestre, grand promoteur de la musique de Schubert, mais largement après la mort de celui-ci. qui n'a en fait jamais eu l'occasion d'entendre ses propres symphonies jouées à l'orchestre.

Les femmes avaient leur place dans la vie culturelle: Josephine Gallmayer et Marie Geistinger, toutes deux actrices et chanteuses d'opérettes.

 Une tombe dont l'épitaphe est simplement " au revoir!", ça m'a fait sourire.

Carl Rahl, peintre

D'autant que je me suis retrouvée sous la pluie, une pluie bienvenue par temps de canicule, et tout à fait adaptée au contexte, mais.. je n'avais pas de parapluie et j'ai donc dû attendre qu'elle cesse sous un porche.. assez inhabituel il faut le dire. Sous les arcades de la deuxième photo, il y a des tombes, celle ci par exemple:
La porte de la Moria? Il y a même des nains à l'entrée!

 Il n'y a pas de nom sur la tombe, le personnage assis au premier plan tient simplement un panneau qui indique "die Presse, slogan: le même droit pour tous, (journal) fondé en 1848 par August Zang"
On dirait la tombe.. du journal plutôt que de Zang.
August est mort en 1888, et sa tombe est réalisée par Heinrich Natter, que je ne connaissais pas. comme quoi on découvre plein de choses au cimetière!

   

Un fantôme sur la tombe de M. Nothig-Winter
Quelle est la particularité de ce monument, qui semble très classique à première vue?
La famille Benda nous dit que " tout est temporaire, il n'y a que l'amour qui reste".. mais ce n'est pas ça

Le détail est dans ce que tiennent les statues, des éléments fort peu grecs, mais le locataire reste fidèle à ses opinions politiques, même mort: faucille et marteau sur la tombe.

Et, sous ces arcades, on trouve ces étranges " armoires", c'est la première fois que je vois ça

Il y a aussi d'autres personnages célèbres liés au cinéma par exemple : le réalisateur Pabst, l'acteur Curd Jürgens ( habitué des roles de militaire allemand dans les films de guerre de tous les pays, polyglotte capable de se doubler lui même, et de jouer au théâtre dans un français presque sans accent. Oui, le monsieur qu'on voit et entend ici est absolument allemand, comme il le prouve ensuite en interview). Hedy Lamarr, actrice et scientifique, bien que morte aux Etats-Unis y a un petit mémorial.
GW Pabst, très simple

Curd Jürgens

Mémorial Hedy Lamarr

La sculpture représenter un visage pixellisé, probablement Hedy elle-même, mais je n'en suis pas sûre

et bien sûr, tout un tas de tombes d'illustres inconnus, ou localement connus, mais qui se distinguent par leur originalité....
Marie Geistinger et Josephine Gallmeyer, deux chanteuses d'opérette

Le conseiller municipal Meissl cumule tout ce qu'on peut mettre sur une tombe :
sa statue,les pleureuses, les vasques enflammées, des sphinx...
Franz West, sculpteur contemporain semble s'être réalisé une queue de cochon

Ernst Jandl et Friederike Mayrocker étaient écrivains l'un comme l'autre, je n'ai pas trouvé qui est l'auteur de cette...euh... tête de chouette?
Rudolf Hausner, peintre de la mouvance surréaliste
Manfred De?k, inconnu de moi, mais sa tombe est farfelue, j'adore


Gunter Damisch, peintre contemporain
En agrandissant on voit que ce ne sont pas des dents de lamproie mais de petits bonshommes. C'est un peu flippant quand même.

Maria Lassnig Sculptrice

Udo Jürgens, chanteur pop des années 70 que je connaisais de nom et qui avait, ma foi, une voix agréable

Peter Patzak, réalisateur, je n'arrive pas à deviner ce que représente le monument

Gert Jonke, poète, et je ne sais pas non plus ce que fait ce menhir qui apparemment fait partie de son monument, une citation est inscrite sur la traverse entre les deux statues

Arnold Schönberg a une tombe très simple

Et Ligeti a la plus simple au monde, aussi simple que sa musique est complxe.

Dans le cadre des choses inhabituelles, cet endroit vide, par exemple: contrairement aux apparences,  est en fait plein de gens, et c'est bien la première fois que je vois un carré dédié à cet effet.

Explication:

En souvenir de tous les hommes et femmes qui après leur mort qui ont servi le bien commun et la formation des futurs médecins.
Il s'agit du carré où sont répandues les cendres des gens qui ont légué leur corps à la science.

Autre détail important: le cimetière est très vert et est pensé, réellement, comme un parc de protection de la faune et de la flore. Des panneaux indiquent que plusieurs carrés sont laissés vides afin de donner un abri aux insectes, rongeurs, hérissons, plantes et même daims - que je n'ai pas vus.. J'ai par contre pu y voir un très gros hamster sauvage; alors qu'on y est en pleine ville. Comme je le dis souvent, ce genre de lieux où les gens vont rarement pour le plaisir, hormis les taphophiles comme moi, est aussi un endroit tranquille pour les animaux: les cimetières sont des lieux paradoxalement pleins de vie!Et ici c'est un des principaux lieux de protection des hamsters d'Europe, qui sont une espèce menacée.
"Prairie naturelle pour les insectes et cie."

Jeu: trouvez Charlie Franz-Josef le hamster.
Il sont très gros, presque la taille d'une cochon d'inde et avec leur joues blanches, on dirait qu'ils ont une moustache de Kaiser. Le même :)

Il y a une idée reçue comme quoi les gens qui se promènent au cimetière sont un peu macabres, voire ont une fascination malsaine pour la mort. Je l'avais déjà dit, mais au contraire, il n'y a pas de fascination, je la met à la juste place dans ma vie, au lieu de nier son existence. La perspective de ma propre mort ou de celle de mes proches ne me réjouit pas, mais ne me terrifie pas non plus. C'est un événement de la vie, parmi d'autres, un mauvais moment à passer. Mais je conçois que certains puissent être mal à l'aise. Un copain russe, apprenant que j'avais cette habitude de me promener dans les cimetières, m'a demandé si je n'avais pas peur d'y aller seule. Ca m'a paru bizarre, donc, j'ai simplement répondu à sa question, que, ben... non.
Et d'ailleurs, au vu de ce que j'ai pu y croiser, non, a priori je n'ai pas peur des escargots et des hamsters...

Mais j'aime à penser que  la nuit, les fantômes de tous ces gens bien inoffensifs font un boeuf géant, que Schubert a enfin pu rencontrer Beethoven et lui dire son admiration et inversement, que les membres de la famille Strauss ont enterré leurs querelles. Vous imaginez l'orchestre de rêve?

En tout cas, j'ai essayé de ne pas mettre trop de photos, j'en avais encore pas mal de monuments tout aussi originaux, je ne peux que vous conseiller la visite si vous allez à Vienne. Le cimetière est un peu loin, il faut prévoir le temps d'y aller en tram, mais vraiment, il vaut le détour, on est presque à la limite de l'exposition d'art contemporain par moments.

dimanche 2 octobre 2022

Visite de cimetière à Vienne (1) - Le Kapuzinergruft

 En lien avec mes vacances d'été dernier, à vienne et Bratislava, j'ai eu la possibilité d'aller visiter deux cimetières ou plutôt, lieux de repos éternel de quelques gens célèbres.
Et il était donc très logique pour moi de garder ces sujets pour le mois Halloween.

Par ordre de visite donc, je commence par le Kapuzinergruft, (page en français) , soit la crypte des Capucins, qui n'est pas un cimetière classique, puis ce que si c'est bien une crypte, on n'y trouve pas de capucins, mais tout ce que le pays a compté de têtes couronnées de la famille Habsburg  depuis le XVII° siècle ( ainsi que des têtes non couronnées, frères soeurs, oncles tantes, enfants... de divers empereurs et impératrices.)

On peut difficilement le considérer comme cimetière, même s'il est écrit à l'entrée de se comporter "correctement, et respecter le calme des lieux car vous êtes dans un cimetière". De fait, pas de tombeauc, dalles ou monuments, c'est la crypte toute entière qui est un tombeau, contenant des dizaines et des dizaine de cercueils.

On peut le rapprocher de Saint Denis, puisque c'est une église où sont enterrés des rois, mais en France, ils ont leurs tolmbeaux, gigantesques, impressionnants, qui devaient être vus de tous et signaler la majesté de François Premier qui a il faut le dire, un mini-palais funéraire pour lui et Madame.
Ici il s'agit d'une chapelle privée, en sous-sol de l'église des Capucins ( au décor baroque, mais quand même assez banale dans l'absolu, ces gens ne sont pas enterrés à la cathédrale pourtant toute proche). Un endroit qui de par sa taille n'était pas destiné à être visité par les quidams, mais réservés à la famille ou aux proches, peut-être aux invités de marque. Mais en tout cas, mas de nécessité d'un tombeau gigantesque. Il n'y a que des cercueils, l'immanse majorité en bronze sculpté, en pierre pour les plus récents.
Est - ce à dire que l'esthétique est sacrifiée? Absolument pas, c'est incroyable de voir que l'évolution stylistique et artistique Renaissance - Baroque- classique- Néoclassique etc.. touche aussi.. les cercueils. qui sont des oeuvres d'art.. destinées à ne pas être vues.
Et là,on peut y faire tout un parcours d'histoire de l'art en quelques pas.
Les fondateurs de la crypte, l'empeureur du saint empire romain germanique et duc d'autricheMatthias et sa femme (et cousine, déjà  à l'époque, on ne laissait pas partir l'héritage) ont droit à des cercueils très sobre, de style fin Renaissance, avec seulement des têtes et pattes de lions pour tout décors. La sobriété ne va pas durer, l'époque baroque arrive...

Ambiance musicale baroque de circonstance: le Requiem Impérial de Johann Joseph Fux, écrit pour les funérailles d'Eléonore de Neuburg en 1720, et réutilisé en 1740 pour celles de Karl VI, dont le magnifique tombeau est visible sur mes photos :)


Commençons la visite:

enttre cex deux là qui n'ont pas eu d'enfants, d'autres qui en ont eu, mais qui ne dépassaient pas l'adolescence à cause de la consanguinité et de la mortalité infantile, la succession est passé un certains nombre de fois d'une branche à l'autre de l'arbre généalogique. Voilà de quoi s'y retrouver un peu.

C'est parti pour les débuts du baroque, encore sobres...

N°14: une Maria Theresia morte à 1 an, comme beaucoup de ses cousins, avec un petit squelette danseur en détail

N°16: Maria Josepha, qui a atteint les 16 ans. On est presque content de voir  que quelqu'un a dépassé les 12 ans au bout d'un moment.



parmi cette série, le tombeau n° 20, un peu plus haut que les autres abrite une poignée d'os qui ont appartenu à une des petites filles les plus célèbres du monde: Margarita Theresa d'Espagne. Rendons lui donc son identité puisque vous l'avez déjà tous vue.

 La vie de cette petite blonde a été particulièrement sordide: mariée à 14 ans à son oncle, morte à 22, enceinte 7 fois en 6 ans.
Mais éduquée dans cette ambiance depuis sa naissance, elle-même devait probablement trouver son sort tout à fait normal.
Certes autres temps, autres moeurs, mais quand même, même à cette époque, ce genre de mariage aurait été interdits dans les familles pauvres, où il fallait demander des dispenses à n'en plus finir si un cousinage trop proche était soupçonné.
  



On continue, encore de manière modeste...1705, on n'est pas encore dans le plein baroque. Kaiser Leopold I , le tonton à sale gueule de la malheureuse Margarita Theresa


Arrive Joseph I°, (sarcophage n°35) et à l'image des moumoutes, le décor commence à être plus sompteux.  Plein baroque!

Je trouve ce crâne particulièrement amical et sympathique!

La page officielle nous apprend que Joseph était d'un caractère enjoué, amateur de musique (d'où les trompettes, tambours), qu'il avait un orchestre personnel de 300 musiciens, parlait plusieurs langues et se passionnait pour l'architecture quil avait étudié pour améliorer l'urbanisme de son pays. Jo était donc un type intéressant.


Karl VI, frangin de Jo.. et on arrive au baroque tardif avec lui: n°40. Et là, quel travail de bronze!

et là le crâne a l'air de se demander ce qu'il fait là, c'est trop marrant.




A droite de l'image. En face il y a le n°36


Donc n°36: Kaiserin Elisabeth Kristine, madame Karl VI. Les deux étant morts à 10 ans d'intevalle, le style artistique des deux tombeaux est très homogène.


Le site qui détaille le décor explique que ce bateau représente le voyage de noces de Karl et Elisabeth, à Barcelone.

Une note intéressante nous dit qu'elle était un soutien politique actif de son mari, et donc, non plus une impératrice qui se contentait de produire une descendance, mais une femme d'état impliquée.

Ces deux monuments sont déjà du baroque achevé, mais il y a encore plus impressionant dans la pièce à côté: le double tombeau rococo de leur fille et de son mari. 
Car oui le clou de ce "musée", c'est le tombeau de l'impératrice Maria-Theresia, la femme la plus puissante d'Europe à son époque (avec laquelle seule peut rivaliser Catherine II) et de son mari, Franz-Stephen, François Etienne de Lorraine. La situation des parents s'est ici retrouvée inversée: une femme d'état, et son mari comme soutien.
et les deux étaient si inséparables qu'ils résident encore ensemble,
Bien que François soit mort bien plus tôt que sa femme, elle a fait en sorte qu'il soit, même mort, considéré comme son égal.
Juste devant, le cercueil hyper sobre de leur fils Joseph II, parait avoir été placé là par hasard, tant il ne correspond pas au style du reste.

 L'occasion ou jamais,  pour parler un peu de ce mari français moins connu que sa femme, qui m'a tout l'air d'avoir été un gars extrêment intelligent. Alors qu'il était le neuvième enfant du duc de Lorraine, et donc très éloigné de tout poste de pouvoir, une succession de chances l'ont amené à se marier avec la future impératrice. Et contrairement aux habitudes, ce mariage arrangé a été une vraie réussite: les deux s'adoraient, ont eu 16 enfants ( dont une bonne partie sont aussi enterrés là avec leurs parents) et se sont serré les coudes toute leur vie. A sa mort, Marie-Thérèse, qu'on imagine très triste, pour se consoler a comptabilisé le nombre d'années, mois, jours et heures de bonheur conjugal passé avec lui. C'est inattendu, et très chou, de la part de cette femme de pouvoir, qui a préféré garder en mémoire les bons moments plutôt que de s'abandonner à la dépression.

Pour raison politique, c'est François qui a été couronné empereur, et sa femme officiellement " femme de l'empereur", mais qui de fait, dirigeait. Le mari étant lui un passionné de science et d'art qui a très bien compris l'intérêt d'une position purement représentative qui lui permettait de se livrer à ses loisirs,  sans convoiter pour lui seul un pouvoir qu'il coexerçait. Un empereur consort et content de l'être. Donc un mariage arrangé mais heureux,  un monsieur qui n'essaye pas d'usurper le trône de sa femme mais au contraire la soutient: yep, le futé François a gagné toute mon estime!

et ma photo ne rend pas du tout justice à la précision et au détail de ces gravures. Du très grand art.



quelques uns parmi leurs nombreux descendants, ont aussi leurs tombes un peu délirantes


Pour les plus récents, la sobriété est de mise. J'ai eu un sourire en voyant au milieu d'une pièce un cercueil un peu orné, de ce qu'on appellerait style empire chez nous, entouré de 4, dans les 4 coins, tous pareils. L'empereur, et ses 4 épouses successives. Charlie et ses drôles de dames. Ou encore un cercueil banal en bois, très neuf: en quelque sorte, un cercueil de courtoisie, l'occupante attend qu'on lui rende le sien, parti en restauration.

Ici git Franz II entouré de ses 4 femmes successives.qui ont toute exatement le même modèle. si on regarde leurs dates, c'est encore plus étrange, car la 4eme est née après la mort de la première.
La première avait un an de plus que lui, la dernière 24 ans de moins. Et la situation me parait cocasse ( oui j'ai un humour bizarre) car lui même ne devait pas imaginer en enterrant la première, qu'il y en aurait 3 autres, dont une qui n'était même pas encore née.

je ne l'avais pas encore montré, mais voilà, ceux qui ont régné en tant que rois de Hongrie ( cumul de mandats!), ont un ruban distinctifs au couleurs du drapeau hongrois.

A cause de l'arbre généalogique très chelou de tcette famille, il est parfois compliqué de suivre et de savoir qui est le fils ou le frère ou le cousin de qui, mais parmi les gens intéressants, il y a Maximilien, empereur du Mexique. Frère de de François-Joseph Premier, marié à une fille du roi de Belgique, et devenu presque en postulant à une petite annonce, empereur ( éphémère) du Mexique. L'histoire finit mal, parce que Max a été bien roulé dans la farine par Napoléon III. De mémoire, la première fois que j'ai entendu parler de ce lien entre Autriche et Mexique, ce devait être dans Zorro. Et à l'époque, je ne comprenais pas ce que le pouvoir autrichien fichait au Mexique. Mais oui, il me semble bien que si on ne le voit jamais, Max est mentionné plusieurs fois, comme l'usurpateur, le traitre, le parachuté ou tout ce que vous voudrez.
Avec un sombrero et un drapeau mexicain, histoire de s'en souvenir.

Passons au frangin, Franz-Joseph, qui à l'inverse de Marie-Thérèse et son mari, est totalement éclipsé en terme de popularité par sa femme, Elisabeth " Sissi", alors que c'était bien lui l'empreur. Il est mentionné à plusieurs endroits à Vienne, a droit à quelques statues, mais de fait, les appartements impériaux du palais Hofburg sont  appellés " musée Sissi", les lieux où ils sont passés sont un "parcours Sissi", elle a droit à ses bonbons vendus partout au même titre que les boules Mozart.. bref, l'empereur en titre est totalement éclipsé par la célébrité posthume de sa femme. Plusieurs fois je me suis dit " j'ai un peu de peine pour lui, c'était le chef d'état quand même et tout le monde s'en fout maintenant".


A part la célèbre moustache de Franz-Joseph, rien de vraiment particulier sur ces tombes l'art funéraire est devenu d'une grande banalité.
A coté il y a sa femme ( assassinée dans des cironstances particulièrement gratuites: victime d'un attentant qui visait quelqu'un d'autre. Le quelqu'un n'était pas là, le criminel s'est rabattu sur Elisabeth qui était là à ce moment là. Plutôt que de laisser tomber, il a quand même voulu faire parler de lui en poignardant une vieille dame qui n'avait rien à voir avec sa cause politique).
et l'autre occupé par Rodolphe, son fils, officiellement suicidé, mais vu qu'il avait des sympathies pro-hongroise et écrivait des articles très politiques dans les journaux, ce suicide a toutes les chances de ne pas en être un.

Et là encore, Franz a gagné mon estime pour son intelligence: le monsieur adorait sa fantasque femme et avait bien compris qu'elle ne se sentait pas bien dans une cour trop rigide. Il a fait tout ce qu'il a pu pour lui laisser un maximum de libertés, même si ça lui coûtait de ne pas la voir pendant longtemps  ( la dame passant son temps à voyager), donc rien que pour ça, je classe aussi Franz parmis les gars intelligents qui a gagné ma sympathie. J'espère pour lui qu'au minimum elle en a eu conscience et lui a en été reconnaissante. Parce que quand on lit ses extraits de lettres et de journaux, elle ne cesse de se plaindre d'avoir été jetée en pâture à un inconnu, dans une d'être en cage, que le mariage est une torture... donc certes, elle n'était pas fait pour cette vie, mais en confrontant ses écrits et la réalité, elle semble quand même assez injuste envers son mari qui essayait d'arrondir les angles entre une femme au caractère bien trempé et une mère au caractère tout aussi trempé. Le problème était ici plutôt que la belle mère- et la belle-fille, par ailleurs aussi tante et nièce, ne s'entendaient pas bien. Là aussi, la consanguinité a probablement quelque chose à voir avec ces sautes d'humeur, manies, obsessions, paranoïa de part et d'autre...

Dans l'absolu, c'était un monarque plutôt ouvert ( on lui pardonnera donc sa moustache un peu ridicule, dont la mode s'est répandue dans comme une mauvaise grippe, Même Johann Strauss fils l'a chopée, cette moustache.)
Je ne vais pas ici parler de sa politique réformatrice et des difficultés qu'il a eu à ménager la chèvre et le chou avec l'Allemagne, le Mexique, la Hongrie... on en aurait pour des jours et des jours.

En tout cas, c'est un endroit à voir, un concentré d'histoire qui permet ensuite de se renseigner un peu plus,  et bien que tous ces gens soient mort et enterrés depuis longtemps,  ça donne un côté plus concret à ceux qui n'étaient que quelques lignes dans un manuel - surtout vus depuis la France, pour moi qui ait connu les cours d'histoires comme une succession de dates et de noms à apprendre. Par contre je ne n'aime pas non plus les livres comme ceux de Juliette Benzoni ou les émissions type " secrets d'histoire", qui vont dans l'excès inverse et regardent uniquement par le petit bout de la lorgnette: se concentrant sur l'individu et son ressenti, ses histoires et intrigues sentimentales sans vraiment l'intégrer dans le contexte social et politique. Trop lourd pour les cours d'histoire, déconnectés du contexte quotidien, trop léger pour les romans et émissions, déconnectés du contexte général.
Et evidemment l'autre point fort, c'est l' esthétique et le concentré d'histoire de l'art qui se voit au travers de cette succession de cercueils, un objet qu'on a peu l'occasion de voir en dehors du jour de l'enterrement, mais qui lui aussi, étonnamment, répond à des modes. Là, tout étant au même endroit, on a presque 400 ans d'évolution artistique en quelques pas, rendus encore plus flangrant par l'unisicté des objets présentés (les tableaux d'un musée ne présentent pas tous le même sujet, donc parfois , il est plus compliqué d'en cerner le style).
Juste par curiosité, il y a là un buste de l'éphémère empereur Karl, neveu de Franz- Joseph, dernier empereur d'Autriche entre 1916 et 1918, à un moment où hériter d'un trône dans ces régions était un peu un cadeau empoisonné.

Dernier occupant en date, Otto, fils de Karl I, qui n'a jamais régné , mais s'est retrouvé fonctionnaire au parlement européen, donc une institution démocratique. Ironique, pour un aristocrate.
Rien a dire sur ce tombeau de 2011.
Ca coûte moins cher au pays, mais l'art funéraire s'est perdu en route.


Ce n'est pas fini, prochaine étape, toujours à Vienne, le cimetière central. Et il y a du beau monde qui nous y attend!