mardi 22 avril 2014

Voyager aux confins du système solaire (5) - monde brûlant, monde glacé

ouf! Après l'énorme dossier de la dernière fois, en voilà un double pour conclure sur les planètes telluriques, avec les moins connues de la troupe.

Et j'ai choisi de parler, cette fois, de la plus proche du soleil, et aussi de la plus lointaine, car non, décidément, malgré son déclassement en 2006, je n'avais pas envie d'abandonner Pluton à son triste sort, mais il faut reconnaître que jusqu'à présent, ce bout du bout du monde n'a pas vraiment passionné les scientifiques, et il y a si peu de sources à son sujet que je ne pouvais pas vraiment lui consacrer un article entier.

Et paradoxalement les deux sont parmi les moins connues. Mercure, car elle est peu visible depuis la Terre ( trop proche du soleil, même Hubble peut difficilement l'observer sans que ses instruments ne soient éblouis). Et Pluton, car évidemment, trop éloignée, et donc invisible elle aussi.
Mariner 10 en cours de préparation

Il est étonnant que Mercure, relativement  proche de la terre, n'ai pas fait l'objet de plus d'études, mais c'est un fait, la curiosité s'est plutôt portée vers Vénus, pourtant largement aussi inhabitable, et Mars. Mais voilà, Mariner 10, une sonde destinée au départ à étudier Vénus ( voir articles sur Vénus et sur Mars pour le programme Mariner), lancée en novembre 1973, est la première sonde à avoir approché Mercure avec quelques ajustements de trajectoire, qu'elle a survolée pour la première fois en mars 1974.Puis à deux reprises par la suite, ce qui a permis de photographier la surface de la planète, de la cartographier à un peu moins de 50% ( sur un seul hémisphère), de découvrir une atmosphère très ténue et un champ magnétique probablement du à un noyau ferreux dense. Donc le peu de connaissances acquises sur Mercure est le fait... du hasard, puisque ce n'était même pas à l'origine le but de la mission.
voila donc Mercure, une sorte de grosse Lune pleine de cratères

Il a fallu attendre 2004 et le programme Messenger pour revoir une sonde étudier Mercure. Messenger a pu se positionner en orbite autour de Mercure en mars 2011, et à l'heure où j'écris le programme est toujours en cours. Pourquoi lui a-t-il fallu 8 ans pour atteindre Mercure quand Mariner 10 n'a mis que quelques mois à l'atteindre?
Réponse: Mariner 10, initialement prévu pour visiter Vénus a utilisé l"assistance gravitationnelle" de la planète pour se diriger vers Mercure ( en gros il a "rebondi" vers la seconde planète en utilisant le champ gravitationnel de la première pour être renvoyé, comme une pierre avec une fronde, en gros. C'est du reste la même technique qui a été utilisé pour diriger à distance les sondes Voyager par exemple. Le but étant d'utiliser le minimum de carburant pour se déplacer). Or dans le cas de Messenger, cette utilisation d'assistance gravitationnelle a été poussé à un très haut niveau, la sonde a survolé la terre pour prendre de la vitesse, puis Venus, à plusieurs reprises , dans la même optique. En prenant des photos, bien sûr, ç'aurait été dommage de ne pas en profiter.

Messenger, donc, n'a pas fini d'envoyer des données qui promettent d'être sacrément intéressantes, en ce qui concerne non seulement la planète elle-même ( une endroit bien étrange: sa rotation est très lente: environ 88 jours terrestres pour un jour mercurien, son orbite très elliptique, et malgré sa proximité avec le soleil, on y trouve les températures les plus extrêmes du système solaire: de + 430°C pour l'hémisphère éclairé à - 180°C pour le côté nuit,  j'ai vérifié un peu partout sur les sites d'astronomie, pour son hémisphère nocturne. et les dernières données radars ont détecté de la glace, oui, de la glace, au fond des cratères polaires de la planète, qui sont perpétuellement dans l'ombre.
une image en fausses couleurs par Messenger, pour mettre en avant les reliefs et les coulées de lave: bleu clair et blanc pour les cratères récents, jaune pour les laves fluides, bleu foncé pour les minéraux opaques... du coup le bassin caloris ressort bien comme une grosse tache jaune


et partons pour notre deuxième étape, Pluton ,  le mal-aimé de l'exploration spatiale, qui a même perdu son titre de planète, suite à la découverte d'astéroïdes presque aussi gros que lui ( hé oui quand j'étais à la primaire, il y avait donc 9 planètes dans le système solaire, et il n'y en a plus que 8). Enfin, disons que dans un grand mouvement de mansuétude, et devant la menace d'une bataille rangée d'astrophysiciens, la communauté scientifique a opté pour la création d'une catégorie "planète naine" plutôt que de le déclasser comme simple astéroïde. Catégorie qui, à l'heure où j'écris, intègre 4 autres corps célestes, mais j'en parlerai peut-être dans un prochain billet.

On peut également trouver l'appellation "plutoïde" pour les planètes naines transneptuniennes ( = au delà de l'orbite de Neptune), découvertes ou, n 'en doutons pas, encore à découvrir. Et il se pourrait bien que le nombre de planètes du système solaire, au lieu de diminuer, augmente énormément dans le futur.

 Une autre dénomination: les "plutinos" ( qui me plaît énormément!) est un peu différente: il s'agit des objets transneptuniens dont l'orbite est en résonnance 2:3 avec celle de Neptune ( = il font 2 révolutions autour du soleil, pendant que Neptune en fait 3), qu'il s'agisse de planètes ou d'astéroïdes n'a pas d'importance.
compliqué?
exemple: Céres, un gros corps qui orbite entre Mars et Jupiter est comptabilisé comme planète naine, mais n'est pas un plutoïde ( puisque trop proche). Mmm oui, décidément, ça méritera un développement prochain.

Toujours est-il que la distance n'aidant vraiment pas, à l'heure actuelle, les données sur pluton et Charon sont maigres:
Voilà à quoi ressemble la surface de Pluton, telle que cartographiée par Hubble. Et c'est l'image la plus précise qu'on en ait.  Frustrant, n'est-ce pas?

Découverte après des années de recherche intensives par Clyde Tombaugh en 1930, ce n'est qu'en 1978 que Charon sa "lune" a été découverte. Enfin, plutôt que d'une lune, il semble qu'en l'absence de données plus précises, il s'agisse surtout d'un système double qui gravite ensemble autour d'une même centre de gravité. Et là aussi,c'est vraiment la foire d'empoigne, entre d'un côté les tenants d'un système double ( considérant Charon comme planète naine au même tire que Pluton) et ceux qui veulent que Charon reste un satellite ( or une planète ne peut pas être, dans sa définition, satellite d'une autre). C'est bête, mais d'imaginer tous ces dignes savants à couteaux tirés sur un point de définition, ça m'éclate!

En tout cas ces dernières années, Pluton a " gagné" un certain nombre de satellites, et en compte 5 officiels actuellement. L'an dernier une campagne " Pluto rocks" *avait été lancée afin de soumettre au vote les noms des 2 les plus récemment trouvées, et j'avais participé à ce vote mondial ( de mémoire, j'avais opté pour " Styx " et "Lethé", les 2 fleuves des enfers grecs, pour coller thématiquement à Charon et Pluton). et c'est au final c'est donc Kerberos ( il y a déjà un astéroïde Cerbère) et Styx qui ont gagné. On reste dans la logique et ça me va!

MAIS MAIS MAIS! Tout va bientôt changer! Enfin, je croise les doigts,avec l'amélioration de la technologie, grâce à  New Horizons, une sonde lancée en 2006, peut-être certains se souviennent d'avoir vaguement entendu ce nom là dans les médias, à l'époque?
new horizons

Et ça c'est une mission que je surveille de très très près, peut être l'une des plus passionnantes de ces dernières années, avec celles de Mars. Presque à égalité, pour moi, j'ai envie de dire, avec les missions Voyager, et ça, ce n'est pas rien.
En fait, un projet nommé "Planetary grand tour" avait été lancé dans les années 70, et prévoyait d'envoyer 4 sondes vers les planètes lointaines, mais n'a pu être concrétisé faute de moyens financiers. Voyager 1 et 2 en sont les 2 sondes rescapées de coupes budgétaires .Et au vu de la magistrale réussite des missions voyager, on peut espérer que New horizons soit le même genre de révolution scientifique.. et philosophique - déjà rien qu'avec un nom pareil. Voyager 2 a rendu obsolète du jour au lendemain mon petit livre d'astronomie en 1989 avec les photos de Neptune, j'aime autant dire que j'attends de New Horizons qu'elle m'en mette à son tour plein la vue. D' autant que le survol de Pluton est prévu le 14 juillet 2015, avant de partir étudier la ceinture de Kuiper, j'espère un vrai feu d'artifice, pour le coup.

Je n'ai pas encore décidé à l'heure actuelle quelles seront les destinations de mai et juin, car il y a encore beaucoup à dire sur le système solaire!

* en recherchant les données sur cette campagne, je suis tombée, tout à fait par hasard sur "Pluto rock Band", un groupe anglais des années 70 que je ne connaissais pas..ben, ça se laisse carrément bien écouter! Rien à voir avec l'espace, mais c'était une bonne surprise.

1 commentaire:

  1. Encore une fois, j'apprends beaucoup avec ton billet ;)

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