mardi 29 avril 2014

Titus d'Enfer - Mervyn Peake

Voilà un livre qui m'aura bien donné du fil à retorde, involontairement. On me l'ai pre^té il y a bien 2 ans maintenant, et à chaque fois que j'ai commencé à le lire, il m'est arrivé un contretemps: soit j'étais malade et je n'arrivais pas à me concentrer ( et la salle d'attente du docteur est parfois très bruyante), soit c'était une invasion de touristes au travail ( m'obligeant à lire paragraphe par paragraphe , et donc me forçant à revenir sans cesse en arrière), un décès dans la famille, etc.. ( y'a Paris, Ma bonne ville de Robert Merle aussi, qui subit le même genre de malédiction)

De plus après l'avoir lu, j'ai aimé, mais j'ai du mal à le qualifier. impossible de lui trouver une étiquette. Je peux dire ce qu'il n'est pas, mais pas ce qu'il est . Ce n'est pas du roman standard, ce n'est pas de la science-fiction, ce n'est pas à proprement parler du fantastique ni de la fantasy. Le plus approchant, ça serait onirique? grotesque?
pourtant le sujet de base est simple:
la vie, au quotidien de la noble famille de Gormenghast et de leurs domestiques dans son immense château, sur un peu plus d'une année.
Il y a Lord tombal, le comte de Gormenghast, un homme depressif et solitaire, qui passe le plus clair de son temps dans sa bbibliothèque.
Il y a la comtesse Gertrude, sa femme, une géante qui se désintéresse de tout, à l'exception des animaux. Et encore, pas tous: elle élève exclusivement une armée de chats blancs et des oiseaux de toutes sortes.
Il y a Fuschia, leur fille. Ses parents ne se préoccupent absolument pas d'elle, d'où une nature plutôt asociale, ses seuls contacts humains sont Nannie Glu, sa vieille nounou et le docteur Salprune ( qu'elle nomme docteur Prune), qui joue presque le rôle de père de substitution pour elle.
Voilà pour la famille.
Autour d'eux gravite un monde de domestiques, tous plus étranges les uns que les autres: Nannie Glu, qui s'est occupée de Fuschia depuis sa naissance, une vieille dame minuscule qui passe son temps à geindre; Craclosse, le valet du compte, grand et maigre, déginguandé, dont les articulations craquent au moindre pas; et Lenflure, le cuisinier, énorme, bruyant, vulgaire, l'anthithèse du distingué Craclosse ( les deux se vouent d'ailleurs une antipathie féroce)
Il y a encore plus épisodiquement, les jumelles Cora et Clarisse, soeurs absolument identiques de Lord Tombal, deux ambitieuses idiotes qui rêvent de pouvoir et se morfondent sans cesses sur leur "grandeur passée" que leur à volé Gertrude ( pourtant, un des rares personnages qui se fiche totalement de l'idée de pouvoir);  Irma Salprune, la soeur du docteur, une vieille fille maigrichonne qui se croit un parangon d'élégance raffinée; et Grisamer ( puis dson fils Brigadin qui prend la relève), les vieux gardiens des traditions.

Car toute cette famille vit au rythme de traditions ancestrales, réglées comme du papier à musique, qui doivent prévoir tous les cas de figure possible, on fait ceci tel jour à telle heure, et il ne faut pas avoir une seconde de retard, sinon.. c'est une catastrophe ( pour qui?).

Tout ce petit monde vit plus ou moins reclus dans un château au proportions gigantesques, entouré d'une région indéterminée où vivent les gens de l'extérieur: les Brillants sculpteur, un peuple qui s'est spécialisé dans la sculpture sur bois, et une fois l'an, le monde intérieur rencontre le monde extérieur lors d'une expositions ouù le comte choisit les sculptures qui lui plaisent le plus, pour les exposer dans son musée personnel où personne ne va jamais. Le monde des sculpteurs est d'ailleurs lui aussi soumis à des règles très strictes auxquelles il ne faut pas déroger..

On en est là, au début du livre quand se produisent au même moment deux événements qui vont mettre à mal cette organisation taillée sur mesure: la naissance tant attendue de Titus le nouveau fils de la famille. Tout le monde ou presque s'en fout. Fuschia continue à se penser fille unique ( mais commence à développer des envies de révolte contre le système), le comte et la comtesse ont fait leur devoir, et seule Nannie s'intéresse au nouveau venu ( qui pur couronner le tout est moche, avec un crâne proéminent et des yeux violets vif). Mais les festivités de son baptême vont mettre au jour les inimitiés entre Lenflure et Craclosse, entre Gertrude et les Jumelles, entre Fuschia et le monde entier.

Et, plus important encore, c'est le moment que choisit Finelame, un commis de cuisine de Lenflure, pour se faire la malle et s'insinuer de plus en plus dans la famille: car Finelame rassemble deux qualités redoutables, il est à la fois ambitieux et intelligent, et voit de suite quel parti il peut tirer des rivalités et des situations. son projet étant d'arriver au somment de la hiérachie, quitte à passer par des voies détournées, malhonnêtes ou illégales: arriver chez Fuschia par les toits, se faire présenter au docteur, via le docteur, s'insinuer chez les jumelles et mettre de l'huile sur le feu - c'est le cas de le dire, en les poussant à incendier la bibliothèque de leur frère. Se présenter tout à fait par hasard et sauver la famille, devenir l'homme providentiel, être partout, etc...

J'ai bien aimé ce récit énorme, à la narration éclatée ( souvent des chapitres qui se suivent dans le récit se précèdent dans l'histoire, c'est aussi tordu que l'architecture du château), aux personnages farfelus ( J'aime beaucoup Fuschia et le docteur, dandy presque trop élégant pour ce lieu décrépi, j'ai plus de mal avec Nanny, qui synthétise 3 traits que je déteste dans la réalité: la vieille dame qui parle et n'écoute jamais + la vielle dame qui se plaint sans cesse" ha mon pauvre coeur, mes pauvres os..."+ a vieille dame qui donne des surnoms idiots à tout le monde ( moi roi, mon coeur, ma furie, ma folie, ma fourbue...)
Par contre j'ai moins aimé les incursions dans le monde du dehors, finalement rop peu différent dans sa hiérarchie que celui de l'intérieur.

Mais didiius, que c'est épuisant à lire, il faut une attention de tous les instants. J'ai essayé de penser à une adaptation ciné. Ca serait quasiment impossible, il y a des moments que je verrai bien en dessin animé, d'autres en jeu de marionnettes. Mais vu que le décor et son immensité jouent un rôle central dans l'histoire, ça serait quand même une tâche ardue.
La préface parlent de l'erreur qu'il y aurait à le comparer à du Kafka, et en effet, je n'ai pas eu cette sensation à la lecture, pour moi ça serait plutôt l'équivalent écrit des prisons de Piranese ( architectures démentes et personnages minuscules qui s'y perdent), parfois de Brughel ( la cuisine)
Je vous assure, pour moi c'est l'équivalent de ça, en littérature.
apparemment il peut rentrer dans le lot pour son influence sur le fantastique, 'auteur a plus ou moins été comparé à Tolkien, donc bon...
lieu isolé, avant 1950: le château ( et la montagne ) de Gormenghast
ben , auteur anglais, une fois  de plus!
un comte et une comtesse
idée 71: quelque chose dont ont peut être phobique: l'orage, les éclairs, ( pas mon cas!)

6 commentaires:

  1. Allez, je réfléchis au moment de te prêter le tome 2....histoire de ne pas te porter la poisse! Mais il faut bien terminer l'histoire de Finelame!!

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    1. t'inquiètes, prends ton temps, je ne suis pas à cours de lecture, loin de là :D

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  2. Si c'est épuisant à lire, ça n'est pas pour moi !

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  3. Oh là, je crois que je vais passer mon tour si c'est si compliqué .... (j'ai déjà deux ou trois lectures compliquées en attente...)

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  4. Même chose pour moi, je pense que ça ne fonctionnera pas. Je ne suis pas contre de nouvelles expériences de lecture mais le côté épuisant me fait un peu peur.

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    1. après , c'est mon ressenti parce que je lis toujours au travail, et que je suis souvent interrompue, donc, ça rallonge et ça fait plus facilement perdre le fil.. une lecture à la maison doit être plus simple. Ou alors d'accepter simplement de ne pas tout retenir et de laisser le sens de la temporalité de côté?. En tout cas faut que je mette à jour mon article ou que je fasse un article complémentaire pour les illustrations, car l'auteur était aussi illustrateur, et j'accroche bien à son univers

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