Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture

Qui passe par ici?

Flag Counter

lundi 4 novembre 2019

Les trois soeurs - Anton Tchékhov

Suite du programme littéraire, on continue l'exploration de la littérature du XIX° siècle ( enfin, début XX°,publication et premières représentations en 1901). Et autant j'ai plutôt apprécié Tchékhov pour ses nouvelles, autant son théâtre ne m'emballe pas spécialement.

Donc un auteur qui ne me convainc pas toujours, et c'est une fois de plus le cas.
Donc trois soeurs, et un frère, qui n'est pas mentionné dans le titre. C'est vraiment un type incolore et mou, et dont la mollesse va être pour beaucoup la cause des déboires de la famille.

Nous sommes dans une petite ville de province, où ces 4-là habitent depuis 11 ans dans la grande maison de feu leur riche père ancien militaire. Et ils s'y ennuient ferment, ne songeant qu'au moment où ils retourneront enfin habiter à Moscou.

Spoiler, dont on se doute dès les premières minutes: ils n'y retourneront pas.

Le travail et la manière de l'aborder est au coeur de l'action en fait.

malheureusement, ce n'est pas cette traduction que j'ai lue, mais celle de Denis Roche, publiée chez Laffont. J'aurais bien pris le même traducteur que pour Pouchkine, mais, j'ai juste emprunté la seule édition disponible en bibliothèque

Les soeurs sont probablement de petite noblesse, mais, au tournant du siècle, commencent à prendre conscience qu'on ne peut plus vivre comme aux siècles passés.
L'aînée, Macha est mariée avec une professeur, gentil mais ennuyeux comme la pluie, et traîne perpétuellement un malaise à la lisière de la dépression nerveuse. Olga, la seconde fille, travaille comme institutrice, un travail qui ne la passionne pas et lui donne des maux de tête et la vide de son énergie. Irina 20 ans au début de la pièce, quand elle cherche un travail, surtout pour tromper son ennui. Elle va en changer plusieurs fois au fil de la pièce, n'arrivant pas à concilier ses idéaux un peu naïfs sur le monde du travail et la réalité: le travail c'est fatiguant et très souvent, barbant au possible.

Autour d'elles gravitent des militaires, principalement,qui sont leurs locataires: un médecin sexagénaire et alcoolique qui a conscience de n'être plus bon à rien, et plusieurs autres qui se vantent presque de n'avoir jamais levé  le petit doigt de sa vie.

Et il faut rajouter Andrei, leur frère, qui se rêvait professeur d'université à Moscou, amateur de science, qui joue du violon. Il ne peut rien espérer de mieux que devenir secrétaire du zemstvo local, une assemblée agricole. Et est entièrement soumis à sa femme Natacha , qu'on découvre d'abord comme une fille timide, mal à l'aise en société, une petite bourgeoise provinciale mal fagottée, qui va devenir un vrai dragon, une parvenue insupportable qui tyrannise tout le monde, surtout Anfissa, la bonne de 80 ans, qu'elle considère comme inutile puisqu'elle ne peut travailler.
D'ailleurs elle méprise aussi ses belles soeurs " jamais là dans la journée parce qu'elles travaillent" et finit par tout vouloir régenter, décide unilatéralement qu'Olga et Irina n'auront qu'à partager la même chambre car elle a besoin d'une chambre entière pour son nouveau-né, bien que les soeurs soient les vraies propriétaires de la maison ( et le jour où Irina annonce qu'elle va se marier et partir, la réaction de Natacha est à peu près " tu vas me manquer, je t'aime bien, mais je vais pouvoir récupérer ta chambre pour ma fille) Andrei, se laisse manoeuvrer par cette femme qu'il a très vite fini pas ne plus aimer, s'enlise dans sa vie mesquine, est visiblement très vite cocu, fait des dettes de jeu, hypothèque la maison pour donner l'argent à Natacha.. et ne comprend pas pourquoi ses soeurs lui en veulent à lui, et la détestent, elle.

Donc, un portrait de groupe peu glorieux de la vie provinciale, où les gens ont de nobles idées sur le travail, mais en pratique, semble se raccrocher aux dernières bribes d'un monde révolu, ou en train de disparaitre - comme la ville ravagée parles flammes au III° acte.

Sauvons le baron qui courtise Irina, il est naïf sur le travail, mais essaye de faire un peu changer sa vie qui ne le satisfait pas, pareil pour Olga, qui est digne et respecte sa vieille domestique bien qu'elle ne soit plus efficace, et Irina, qui cherche aussi à changer sa situation... Fiodor le mari de Macha est aussi, disons, comme le dit sa belle soeur " c'est le meilleur des hommes.. mais pas le plus intelligent.
Les autres sont des vestiges, préoccupés de maintenir les apparences, thé à heure fixe,visites de courtoisie. On pourrait espérer que l'arrivée dans cette haute société d'une fille de la province ferait bouger les choses, mais non, c'est elle qui prend le pire e l'esprit petit-bourgeois

Et comme il est assez pénible de lire une pièce de théâtre, j'avais commencé mais décroché au bout d'un acte tant l'action me parait sure à suivre, et l'artificialité de conventions théâtrales est lourde à l'écrit. Première réplique: Olga qui raconte à sa soeur qui habite avec elle tout ce qui s'est passé depuis un an et la mort de leur père autant à l'écrit dans un roman, le narrateur peut expliquer cela, autant dans une pièce, le spectateur ne le sait pas et doit être informé, MAIS dans le cadre de l'action, le personnage qui raconte à l'autre ce qu'ils ont vécu ensemble, ça sonne faux sur le papier. Alors que remis dans le cadre de la représentation codifiée, ça passe.

Donc version théâtre, et lire la pièce par la suite est beaucoup plus "vivant". En VF quand même, rassurez-vous.
Et avec une distribution de premier ordre: Jean-Pierre Marielle, Roger Blin, Jean-Pierre Darras, Michael Lonsdale...
Accessoirement, je me dis ( au risque de passer pour une vieille râleuse) que c'était une autre époque, celle où le théâtre dans le petit écran ne se résumait pas à des seuls-en-scène comique et une pièce de Feydeau ou Labiche une ou deux  fois par an, jouée par des animateurs TV. Mais où on osait programmer AUSSI du théâtre un peu plus sérieux. Même pas imaginable en 2019 qu'une chaîne de TV non spécialisée propose à heure de grande audience une pièce de Tchekhov, même jouée par la Comédie Française.



mercredi 30 octobre 2019

La roussalka, nymphe ou démon...

Hop un petit sujet toujours aussi russe, puisque extrait de mes cours: un cours d'histoire sur le peuple slave, qui parle entre autre de mythologie et de fêtes païennes.

Où il est donc question des dieux (j'avais déjà parlé du sympathique et peu farouche dieu solaire Yarilo), mais aussi de créatures fantastiques, que ce soit le domovoï ( un protecteur de la maison,  capable d'amener la prospérité ou la ruine selon la manière dont il est traité un peu comme le Zashiki Warashi japonais), les esprits des bois, des champs, des eaux..

Et la roussalka est un des plus connu, par sa ressemblance qui a facilité son assimilation, avec les sirènes nordiques, la Loreleï allemande, les nymphes des eaux et des bois..

Et donc par " contamination" depuis le XIX°siècle et l'époque romantique, elle est dépeinte comme une belle femme à queue de poisson, une nymphe des eaux qui s'enfuit et se cache à la vue des humains, et coiffe ses cheveux d'algues sur la rive..

Mais d'autres traditions, plus anciennes, parlent de nymphes et de divinités pas seulement aquatiques,mais aussi protectrices des champs et des arbres. Des incarnations des forces de la nature, donc, parfois positives, parfois négatives, et rarement dotées de queues de poissons. Plutôt à l'image de dryades, perchées dans les arbres... et pouvant être aussi bien jeunes que vieilles, belles ou laides, pouvant se métamorphoser en animal.
vue par Ivan Bilibin
Et comme toujours les divinités païennes ont peu à peu été transformées en démons au fil des temps. Assimilées à des revenants, des vampires, des mortes-vivantes qui sortent de leur tombe une fois par an.

De créatures fantastiques d'origine, elles sont devenues le résultat d'une malédiction ou d'une mort violente: certaines traditions expliquant que peuvent devenir roussalki ( pluriel) selon les cas: les enfants morts avant d'avoir été baptisés, les femmes fiancées, mais mortes avant leur mariage, les petites filles, les gens, peu importe leur âge ou leur sexe, morts pendant la semaine des roussalka ( vers le solstice d'été)
Et donc pour se prémunir de ce retour, les peuples slaves organisaient un mariage symbolique - enterrement en tenue de mariage- pour les femmes célibataires mortes avant ce grand jour, afin qu'elles ne reviennent pas hanter les vivants et emporter avec elles le mari qui leur était " dû".

Vue par Viktor Korolkov

Le tout assorti évidemment de mesures préventives  ( ne pas se baigner dans les rivières pendant la semaine des roussalki, ne pas retourner la terre ou grimper aux arbres, ne pas aller dans les champs de blés sous peine d'être chatouillé à mort...) et de rites théâtraux où une femme déguisée en roussalka serait symboliquement dépouillée au fil de la journée de ses attributs de roussalka.. ou poussée à l'eau ( haaa on savait s'amuser aux temps du paganisme)

vues par Andreï Shishkin
Un personnage donc assez insaisissable, associé aux cultes agricoles et de fertilité, au monde des morts, et dont la semaine encadre le solstice d'été et la fête d'Ivan Koupala (un dieu plus ou moins rhabillé en saint Jean), donc lié à la fois à la vie et à la mort, ce qui était déjà le cas de Yarilo également fêté en juin.

Pour tout savoir des roussalki, de leur apparence, de leurs actions. voici un long article très documenté de la revue Persée.

Pouchkine leur a consacré une pièce de théâtre, Dvorak ( tchèque) un opéra, et la créature en question se retrouve un peu partout sous différents noms dans l'ensemble du monde slave ( autant dire un territoire immense)
Chanson à la lune - Dvorak (histoire d'entendre un peu de tchèque)


lundi 21 octobre 2019

Le bal - Aleksandr Odoïevski (poème)

Ho mais, que vois-je dans la liste des textes à lire en littérature?

Ce poème, totalement adapté à la situation actuelle... ( histoire que, quand même, je ne fasse pas un zéro pointé pour le mois Halloween et le chalenge de l'épouvante..)

ambiance musicale ( bien qu'elle soit postérieure d'une semi-siècle au poème, ça colle parfaitement)


Malheureusement, je ne trouve pas de lecture enregistrée de ce texte, je ne pourrai pas vous le faire entendre.

Открылся бал. Кружась, летели
Четы младые за четой;
Одежды роскошью блестели,
А лица — свежей красотой.
Усталый, из толпы я скрылся
И, жаркую склоня главу,
К окну в раздумье прислонился
И загляделся на Неву.
Она покоилась, дремала
В своих гранитных берегах,
И в тихих, сребряных водах
Луна, купаясь, трепетала.
Стоял я долго. Зал гремел…
Вдруг без размера полетел
За звуком звук. Я оглянулся,
Вперил глаза; весь содрогнулся;
Мороз по телу пробежал.
Свет меркнул… Весь огромный зал
Был полон остовов… Четами
Сплетясь, толпясь, друг друга мча,
Обнявшись желтыми костями,
Кружася, по полу стуча,
Они зал быстро облетали.
Лиц прелесть, станов красота —
С костей их — все покровы спали.
Одно осталось: их уста,
Как прежде, всё еще смеялись;
Но одинаков был у всех
Широких уст безгласный смех.
Глаза мои в толпе терялись,
Я никого не видел в ней:
Все были сходны, все смешались.
Плясало сборище костей.

Le bal s'ouvrit... les jeunes paires,
Volaient, virvoltaient gaiement,
Visages frais et robes claires,
Ornées de perles, et de diamants.
Ivre, vibrant de tout mon être,
Un bref instant, les membres las,
Je m'appuyai à la fenêtre,
Les yeux fixés sur le Néva.
Elle était noire et somnolente
Entre ses berges de granit
La lune en reflets infinis
L'illuminait, étincelante...
Le temps passa... le bal tonnait.
Soudain, j'entendis la cadance
Qui se cassait...fixant la danse
Je fus glacé... je frissonnais...
La salle immense n'était pleine
Que de squelettes...Deux par deux,
Ils tournoyaient à perdre haleine,
Leurs os jaunis mêlés entre eux.
Dans la cohue et dans la presse,
Sur le parquet, à grand fracas,
Ils tournoyaient, virant sans cesse,
Accélérant à chaque pas.
Beauté des corps et des visages,
Tout était mort - des os séchés.
Restait leur bouche, affreuse image.
Leur rire était resté figé,
Un rire unique, large et froid,
Montrant les dents, privé de voix.
Je ne reconnaissais personne,
Mes yeux erraient dans la mêlée,
Ronde uniforme, monotone
Des os dansaient dans l'assemblée.

(1825 traduction A.Marcowicz)

Un texte que j'ai envie de mettre en parallèle avec Danse macabre de Baudelaire.
Le poème d'Odeievski est une caricature d'une société nécrosée , qu'il faudrait réformer. Celui de Baudelaire , une réflexion plus générale sur la condition humaine, en forme de vanité.

Ho et puis,cadeau...parce que c'est l'image que j'ai en tête quand je pense à" danse macabre", l'extraordinaire costume de Mort rouge de Lon Chaney dans le Fantôme de l'Opéra