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vendredi 3 mars 2017

Hero corp saison 2 (série TV)

Je sais j'avais dit " Mars, mois de la SF" mais je classe les histoires de super-héros en SF, faute de mieux. On est à mi chemin entre la SF et le fantastique, la ligne est mince parfois entre les deux, donc j'élargis à Mars mois de la SFFF ( SF, Fantasy et Fantastique) comme ça ça englobe tout.

Et, après Lermina, on continue d'ailleurs sur un point de vue bien français, aussi français que l'était Super-Dupont en son temps.

Tout vient à point à qui sait attendre, puisque j'avais vu les deux premières saison de cette série il y a longtemps (la saison 1 date de 2008 et la seconde de 2010). Et je n'avais revu et chroniqué la premier qu'en 2014.
Mais voilà, je n'ai plus la TV,  alors je suis allée faire un tour vers Netflix, depuis le temps que j'en entendais parler et hooo cool, je vais pouvoir voir la suite!enfin, d'abord revoir les 2 première saisons et voir la suite.

Car cette série a eu une histoire plutôt mouvementée: 3°saison en 2013, et 4° en 2014/2015. Plus une déclinaison en websérie. Pourquoi?
L'éternelle raison: les thunes.Et surtout leur manque.
La seconde saison ayant moins eu de succès que la première, La chaine comédie! qui la diffusait à la Tv à lâché l'affaire, laissant scénaristes, acteurs, metteur en scène.. bref toute l'équipe, en plein suspens.

Cependant, les fans se sont mobilisés sur la toile, une rediffusion pourtant nocturne a fait de meilleurs scores, le financement participatif a fonctionné à plein régime, ce qui fait que cahin, caha, la 5°et dernière saison est dans les starting blocks.

Donc reprenons où nous en étions, pour rappel, lors de la saison 1, John, un homme tout ce qu'il y a de plus normal, déboulait dans un village du fin fond de la Lozère pour assister aux funérailles de sa Tante Mary. Laquelle n'était pas tout à fait morte. Même pas du tout en fait mais avait trouvé se subterfuge pour faire venir son neveu avec qui elle n'avait pas eu de contact depuis 10 ans. Or Mary et les autres villageois eux, ne sont pas tout a fait normaux: ils sont, enfin, ils étaient des super héros. Mais, mis au rencard après des années de bons et loyaux services, ou partis de leur plein gré se mettre au vert, ils sont maintenant la branche "Lozère" de l'agence internationale de super héros " Hero Corp" dont le siège est à Montréal, Québec. Or justement ils ont un gros problème, du genre attaque de super-vilain, et leurs pouvoir étant amoindris, pour en pas dire carrément moisis, ils ne sont pas de taille à faire face. Or le medium de l'agence a eu une vision, c'est John qui va les sortir de la mouise en les fédérant à nouveau pour se battre contre " Ze Lord" (oui toujours bien prononcer les noms à la française, Steve = stèèève, Allen = allant, Burt = burte, Mick = Mique...)
Le tout se concluait par une virée à Montréal le temps de rencontrer "capitaine Canada" ( Michel Courtemanche), super héros prétentieux bien que nullissime et poltron, et pourtant célèbre, flanqué de son assistant "captain trois-rivières", tout aussi snob... qui flippe à la vue des animaux de la ferme. Mais, c'est la règle dans toute histoire de super-héros: une fois un super-vilain vaincu, il va forcément y en avoir un autre, encore plus super, encore plus méchant.



Car évidemment, je peux difficilement entrer dans les détails sans éventer un peu la 1° saison.




Cette fois, le super méchant c'est Matthew Hoodwink ( prononcer correctement à l'anglaise), et pas de chance pour John, c'est surtout l'irascible père de sa petite amie Jennifer, laquelle ignore tout de la nature de son petit copain, de la tante et des amis de celui-ci.

Or pendant l'escapade québécoise d'une partie de ceux ci, Hoodwink fait raser le village de Lozère. Tous n'en réchapperont pas, mais une poignée de survivants refont surface, vite rejoints par ceux qui rentrent du Québec et vont devoir tailler la route en pleine forêt, direction le bunker secret de Hero Corp,pour se mettre à l'abri de Hoodwink qui a décidé de les trucider purement et simplement.
Mais John a toujours Jennifer avec lui, otage plus ou moins coopérative, et toujours ignorante de la situation, ce qui leur évite un canardage pur et simple. Et d'ailleurs ignorante tout court, puisqu'elle a perdu la mémoire en lorsqu'une roquette lancée par le maladroit Capitaine Canada a percuté de plein fouet sa voiture. Ce qui ne va pas arranger son mauvais caractère et son côté boulet.

Cette seconde saison est plus sérieuse, ou plutôt plus aboutie, plus suivie en fait que la première où les épisodes étaient plus ou moins indépendants. Là il y a un vrai fil directeur: la fuite des super héros survivants, l'arrivée d'autres survivants venus de régions diverses car les autres branches mondiales d'Hero corp ont aussi été détruites.

On voit donc arriver Valur, un islandais qui sait manier la foudre ( et dont l'accent fait beaucoup d'effet sur tante Mary), Jean Micheng, vietnamien au pouvoir.. déconcertant ( pour ne pas dire complètement n'importe nawak: il déconcerte les ennemis en leur parlant vietnamien, et quand ils sont déconcertés, un ballon de handball surgi de nulle part les assomme. Quand je vous disais que c'était n'imp! Mais force est de reconnaître que c'est efficace même en étant complètement ridicule. et Eshana, brune hippie au pouvoir de dédoublement (sachant que son doppelganger ne lui ressemble absolument pas, c'est loin d'être évident)

Ceci dit, les autres, replongés dans le bain, et obligés de s'y remettre vraiment pour survivre vont dérouiller leurs pouvoirs. Surtout le pauvre Burt, qui fait beaucoup d'efforts pour peu de résultats, mais arrivera quand même à s'extirper de sa condition de Captain Shampooing ( qui lance du shampoing doux qui ne pique même pas les yeux) pour redevenir un peu l'Acid Man qu'il était au temps de sa gloire.
Quand à John, il développe aussi des pouvoirs, disons, paradoxaux: fils d'un super héros et d'une super méchante, ce qu'il ignore encore, il peut à tout moment pencher du bon ou du mauvais côté.
Donc un scénario qui fait toujours la part belle aux moments humoristiques et pinaillages entre super héros, il faut bien le dire, toujours un peu concons et péquenauds indécrottables, mais développe un peu plus son sujet et ça, ça fait plaisir.

Avec en prime une brochette de second rôles assez croquignolets ( le retour de captain sports-extrêmes, déjà aperçu dans la saison 1: le genre de mec à faire du parapente sans parachute, ou du saut à l'élastique, sinon c'est trop facile et bon pour les chochottes. Evidemment, il se ramasse beaucoup et passe plus de temps à remettre en place ce qu'il s'est déboîté plutôt qu'a faire des actions d'éclat. On retrouve aussi le prétentieux Captain Canada, toujours à côté de la plaque et vite dépassé. Et parmi les invités, il y a " atraignée man" ( Alexandre Astier, venu faire un passage dans la série de son frangin). Il n'a aucun pouvoir particulier, sinon celui d'être relou et gratuitement méchant " parce que les araignées c'est méchant". Dans la première saison c'était " chauve-souris Man", le super héros qui ne sert à rien: comme les chauves souris, il vivait la nuit, mais en fait il avait choisi de vivre de nuit le jour parce que c'est moins fatiguant!
Manière évidente de tailler un short aux deux super-héros les plus célèbres..

On va encore trouver ici un homme des bois philosophe aux lectures étranges ( Pierre Palmade): son livre favori est "comment servir l'homme" (oui, oui,l'ambigüité du titre est tout à fait voulue) et, plus tard, un groupe de vampires qui a comme un souci d'image et de crédibilité: En tant que " vampires de jour", personne ne les prend au sérieux et ils passent aux yeux de tous pour des petits malfrats, ce qui est mauvais pour leur égo. Je vous rassure ils n'ont pas le mauvais goût de briller au soleil ( et non je ne me lasse pas de tailler Twilight en biseau)

Donc comme pour la première saison du très très bon, et par moments, du moins bon, des gags qui tombent à plat. Mais un peu moins que dans la saison 1,  voilà, la saison 2  semble plus écrite, et fait moins de part à l'improvisation ont sont issus plusieurs des acteurs. L'impro, c'est bien, c'est réactif.. mais c'est aussi plus casse gueule.


Les nouvelles tenues sont un peu plus homogènes...disons que c'est un peu moins pire pour l'image de Tante Mary d'avoir laissé tomber le tablier à fleurs. Là ils font un peu moins pécores et un peu plus.. euh.. éboueurs? :D


Alors oui, je continuerai, après cette deuxième saison plus aboutie, à suivre les aventures des super héros les moins compétents de la planète. Parce qu'elle a mine de rien l'ambition de mélanger deux choses très différentes: l'univers très sérieux des super héros et l'humour potache, avec en plus de vraies trouvailles scénaristiques par moments, qui en font un ovni au milieu de séries françaises assez convenues.

Mon seul regret: ouiiiin , il n'y a pas Captain Cold dans cette deuxième saison. Je ne sais pas si c'est un choix professionnel de Maurice Lamy qui n'a pas pu revenir pour la saison 2 pour cause de planning, vu qu'il joue surtout au théâtre, ou si c'était prévu dès le départ dans le scénario, mais il me manque.

Autre qualité de la série, je crois que je l'avais dit pour la première saison: les tournages en extérieurs, la campagne de Lozère pour la saison 1 ( Le Causse de Sauveterre et le village des Palhers de Bramonas,  près de Mende et Balsièges, argument touristique qui figure maintenant sur le site de l'OT local), les Alpes Maritimes pour la saison 2 ( Menton, le fort du Barbonnet près de Sospel), les suivantes en Bourgogne ou du côté de la Rochelle. Et cet emploi des décors naturels est un des points forts de la série, la limite financière qui empêche les gros effets spéciaux devient une force ( car franchement arriver à refaire en studio un endroit aussi authentiquement décrépi que l'est réellement le fort du Barbonnet, ç'aurait été difficile. Et les forêts ont l'air de vraies forêts... dimension qui manque paradoxalement dans les productions de plus grand budget où le fond vert est la solution de facilité la plus souvent retenue  )

Rendez vous dans quelques temps pour la suite.

mercredi 1 mars 2017

L'effrayante aventure - Jules Lermina

J'ai déjà parlé ici de cet auteur assez oublié pour les nouvelles "La deux fois morte" et "L'élixir de vie", que j'avais bien appréciées l'une comme l'autre. Qui toutes deux avaient un fond scientifique bien que farfelu, et tentaient d'expliquer le fantastique d'un point de vue rationnel.

Donc quelle peut être cette effrayant aventure? Cette fois, elle est plus Sf, ou plutôt commence un peu Sf et se termine plutôt dans le fantastique.
oui, il y a des monstres! Edition des moutons électriques, mais je l'ai trouvé libre de droit en e-book ici

Tout commence à Paris  dans les années 1910, par la découverte d'un cadavre qui est assez vite identifié comme étant celui de feu Mr Coxward, un anglais un peu boxeur, un peu arnaqueur et beaucoup voleur. Chose curieuse le cadavre semble avoir été jeté d'une importante hauteur.. au milieu d'une place, ce qui est impossible.  Une canaille qui ne manquera à personne, sauf que, autre bizarrerie l'heure de sa mort est estimée à 3h00 du matin, alors que la veille au soir elle était à Londres, recherchée par la police pour un vol. Impossible d'avoir traversé la manche en si peu de temps. Or, Mr Bobby, policier anglais qui a identifié la victime n'en démord pas: il s'agit bien du même, qui a trouvé un moyen inconnu de filer .. à l'anglaise . Evidemment , Mr Bobby n'est pris au sérieux par personne et surtout pas les journaux, qui se font un plaisir de moquer son patronyme si adapté. Mr Bobby va donc devoir laver son honneur terni par la presse française, et prouver ses dires. Son enquête va le mener par bien des détours chez Sir Athel Random, gentleman à l'apparence aussi banale que son nom le laisse supposer ( Lermina s'est bien amusé..), mais qui cache un savant farfelu, inventeur d'une machine volant,ressemblant à une cabane à outils dotée d'hélices: le vriliogire, propulsée au vrilium, l'invention de Sir Random. Alors qu'il escomptait mettre la dernière main à sa machine avant de l'essayer, elle lui a été dérobée justement par le dénommé Coxward qui pour échapper à ses poursuivants est entré dans le jardin pour se cacher dans la cabane à outil... mal lui en a pris, puisqu'il a mis en marche la machine qu'il ne savait pas manoeuvrer qui l'a donc propulséplein est jusqu'àce qu'il en tombe. Le bête accident, mais Mr Bobby avait raison.

Problème: il faut retrouver la machine, quelque part du côté de Paris, encore chargée d'une bonne dose de vrilium dont les effets peuvent être dévastateurs ( le Radium a été découvert en 1898, nombre de personnages réels sont mentionnés: le président Poincaré et le savant Poincaré, le savant Arago, le préfet Lépine, les écrits de Darwin ou les études de Richard Owen.. l'histoire fait donc appel aux connaissances et au cadre de son époque).
Random et Bobby partent donc à la recherche de la précieuse machine, flanqué du journaliste français Labergère, particulièrement gaffeur. Leur quête va involontairement les mener dans les sous-sols Parisiens, pas encore transformés en fromage à trous par les couloirs du métro, mais déjà bien instables et recélant d'étranges choses. Et je paierai cher pour voir la scène finale de mes yeux, en dépit de l'énorme erreur de .. quelques centaines de millions d'années qu'elle implique, ce qui m'a bien faite rire. Erreur involontaire de l'auteur ou assumée pour renforcer le côté cocasse, en tout cas ça marche.

Et j'ai bien aimé cette histoire complètement absurde, qui joue sur le choc des cultures: un policier au nom prédestiné, raide comme la justice, qui se retrouve confronté à un journaleux parisien qui ne prend rien au sérieux et ramène tout, absolument tout à une seule notion: les apéros. Cafés , bars et brasseries sont son obsession. A côté d'eux, le digne sir Random, très flegmatique comme tout anglais de roman qui se respecte... mais devient absolument impossible à maîtriser lorsqu'il s'embarque sur la science, capable alors qu'il est coincé dans un souterrain de s'embarquer sur l'analyse des roches qui l'entourent au lieu de se concentrer à chercher la sortie.
Le tout avec une bonne dose d'humour absurde et décalé, qui trouve toujours le moyen de se frayer un chemin même dans les situations épineuses.
Le livre est sorti en 1914, à la toute fin de la carrière de Lermina, déjà âgé lors de sa publication. Avec une étonnante prémonition:  2 ans plus tard , français et anglais allaient aussi se retrouver à vivre d'effrayantes , bien plus effrayantes aventures, coincés dans des souterrains, dans une situation catastrophique, avec des matières dangereuses susceptibles d'exploser à tout moment. Et cette fois ce ne serait plus pour rire.

Ce qui explique peut-être que cette histoire légère d'un auteur probablement classé vieillot déjà à l'époque ait été oubliée, les années qui ont suivi immédiatement n'étaient plus à la rigolade. Mais, au delà de la fantaisie,  il brosse surtout un savoureux portrait de la presse qui n'hésite pas à inventer des scoops pour faire un plus gros tirage que le journal du voisin, à attirer le chaland avec des manchettes racoleuses du genre " demain à 10h00 nous vous révèlerons toute l'affaire", à diffamer, à broder .. Labergère est un bon exemple du journaliste sans scrupule qui n'hésite pas à aller du jour au lendemain travailler pour la concurrence et démonter ce que lui-même écrivait la veille, ne vérifie jamais ses sources,  pour peut que ça soit lucratif.
C'est d'actualité, n'est-ce pas?

Donc je le classe SF pour l'emploi de la science, et l'invention avant l'heure d'un monoplace à propulsion atomique - ça n'est jamais clairement dit, mais, on comprend vite qu'une puissance colossale concentrée dans ce qui à la taille d'une pointe de crayon est forcément radioactive.
Mais on est tout autant dans le policer et le roman d'aventure. A lire pour rire, sans chercher non plus une énorme profondeur, mais c'est une lecture rafraîchissante et divertissante, avec en plus quelques vannes cyniques sur la police, les autorités et les journaleux.

mardi 14 février 2017

le jour des serments...

Car oui, ma traditionnelle diatribe anti Saint Baratin sera un peu différente aujourd'hui. Parce qu'il s'est passé des choses autrement importantes un 14 février qu'un vieux romain décapité par d'autres romains après avoir rendu la vue à une femme aveugle ( du coup la logique serait d'en faire une journée de sensibilisation aux maladies oculaires, plutôt)

Car le 14 février est avant tout une date importantissime. Pour la France et pour l'Allemagne - et ce, même si ça n'a pas toujours été le grand amour entre les deux pays.

Le 14 février 842, c'est la signature des Serments de Strasbourg qui ont donc 1175 ans cette année.



En quoi est-ce important? C'est tout simplement le traité qui annonce le morcèlement de l'immense empire de Charlemagne d'un point de vue géographique, ET la première occurrence écrite des deux langues que sont l'Allemand et le Français. Et tout commence par une querelle de famille, parce que lorsqu"il y a du pognon et du pouvoir, l'amour familial et fraternel, on s'en cogne un peu en fait. Et on se cogne dessus tout court.

Il s'agit donc d'un traité militaire entre Louis le Germanique et Charles le Chauve  qui s'allient donc pour foutre en commun sur la gueule de Lothaire, leur grand-frère.
Tous trois sont fils de Louis le pieux, Empereur d'occident, lui-même fils de Charlemagne mort en 840. L'héritage partage le territoire en 3 parties et tout le monde aurait du être content. Sauf que l'ambiance n'était pas franchement excellente entre papa Louis de son vivant et ses 3 fils, puisqu'ils ont tenté un putsch en 833.

Et donc Lothaire, fils aîné, réclame le titre d'empereur d'occident,  Louis le germanique qui était duc de Bavière, se voit attribuer la partie est de l'empire, et Charles le chauve, le préféré de son papa avait déjà obtenu une grande partie de la Francie occidentale). Et de fait en étant empereur, Lothaire aurait été suzerain de ses deux frères, qui en l'entendent pas de cette oreille.

Le traité d'alliance entre les deux cadets est fait de manière à ce que leurs armées respectives comprennent la situation, et donc non pas rédigé uniquement en latin, mais prononcé et transcrit en langues vernaculaires, ancêtres du français et de l'allemand. De l'ancien français plus ancien qu'ancien. Et de l'ancien allemand pareillement ancien.
Louis le germanique prononce un discours en langue gallo-romane ( donc pas celle de sa propre armée, mais celle des armées de son frère, à laquelle la troupe répond) et Charles en langue tudesque pour être compris des armées de Louis qui répondent aussi dans leur propre langue.



Voila ce que dit Louis

Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit.


Soit: Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d'aujourd'hui, autant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l'équité, à condition qu'il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles.

On ne va pas se mentir, la langue gallo-romane est quand même encore très très proche du latin, mais déjà on repère des choses qui nous parlent: commun, en avant, plaid ( au sens de plaider), et les formes du futur: salvarai, prindrai.
D'autres vocables ( poblo, salvament, podir, aiudha, salvar) sont plus proches de l'espagnol actuel, la langue parlée devait probablement être comprise dans une bonne partie du territoire de Charles jusqu'à l'océan et la méditerrannée.

Et voilà ce que dit Charles

In Godes minna ind in thes christianes folches ind unser bedhero gealtnissi, fon thesemo dage frammordes, so fram so mir Got geuuizci indi mahd furgibit, so haldih tesan minan bruodher, soso man mit rehtu sinan bruodher scal, in thiu, thaz er mig sosoma duo ; indi mit Ludheren in nohheiniu thing ne gegango, zhe minan uuillon imo ce scadhen uuerhen.

traduction: Pour l'amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre salut à tous deux, à partir de ce jour dorénavant, autant que Dieu m'en donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère, comme on doit selon l'équité secourir son frère, à condition qu'il en fasse autant pour moi, et je n'entrerai avec Lothaire en aucun arrangement qui, de ma volonté, puisse lui être dommageable.

Le futur allemand est déjà un peu plus reconnaissable, enfin, pour peu qu'on l'ai appris, mais il a moins dérivé que le français de sa base et un plus grand nombre de mots sont déjà quasiment dans leur forme actuelle. en tout cas, en le lisant à haute voix et bien qu'étant française, je galère moins à reconnaître les mots actuels
Folches-> Volk ( le V allemand se prononce comme un F français)
geuuizci-> Gewiss
uuillon-> Wille ( le w allemand actuel se prononce comme un V français, mais le redoublement du uu semble indiquer qu'a l'époque, il fallait bien prononcer un " wa" à l'anglo saxonne)
scadhen->schaden
uuerden -> werden

Mais autant dire que d'un point de vue étymologique et historique, ce document ( dont les deux versions connues sont des copies plus tardives) est une mine d'informations sur les langues parlées en Europe au IX° siècle.
La vraie séparation géographique se fera l'année suivante par le traité de Verdun en août 843:
A Charles ce qui s'étend entre l'océan ( moins la Bretagne) à la Belgique au nord, et aux Pyrénées au sud en longeant presque le Rhône. A Louis, toute la partie Est de l''empire, suivant à peu près le Rhin comme démarcation, et à Lothaire, la zone entre les deux, des actuels Pays-bas jusqu'à la Provence et une bonne partie du nord de l'Italie, qui prend le nom de Lotharingie
Arrangement qui va d'ailleurs mettre la grosse pagaille dans l'histoire, car les différentes zones vont se retrouver encore morcelée aux générations suivantes, les rois de l'époque ne se contentant pas d'avoir un seul enfant.
Et la Lotharigie, de plus en plus réduite va rester la pierre d'achoppement entre la France et l'Allemagne jusqu'au XX° siècle. Ca se dit Lothringen en allemand. Et on y passe avec des sabots. Mais la France clamait depuis 1871que l'ennemi prussien ne l'aurait pas ainsi que la région d'à côté.
Et oui, Lotharingie = Lothringen = Lorraine.
S'il n'y avait pas eu ce morcèlement, quelque part, on évitait la rivalité de toujours, la guerre franco-prussienne, le bordel en 1914, le nouveau bordel en 1939, tous aux conséquences dramatiques.

Et donc, d'un point de vue personnel, à cause de ce partage datant de bien avant sa naissance, mon arrière-arrière grand mère à fui l'Alsace en 1870 et les guerres incessantes pour ces territoires tampons entre deux pays, pour se réfugier en Auvergne. Oui mon arrière-arrière grand-mère était donc une réfugiée politique.
La naissance de ma grand-mère en Auvergne est donc une conséquence étrange mais bien une conséquence d'un traité politique signé quasiment mille ans plus tôt, si on y réfléchit bien!

Maintenant, un petit jeu d'imagination, car ils me font bien rire les partis extrémistes, avec leur roman national, la pureté du sang, etc.. et toutes sortes de facilités historiques.
Si mon arrière-arrière grand mère avait eu des sympathies pour l'autre camp, je ne serai simplement pas là pour en causer. Je serais peut-être mettons, polonaise.
(Allons encore plus loin dans l'imagination: Je suis peut-être polonaise dans un univers alternatif où elle est partie vers l'Allemagne. Et je ne sais même pas dans quel coin je suis, dans un univers alternatif où il n'y a pas eu de dispute de famille entre les petits fils de Charlemagne. Oui même là, je ne peux pas m'empêcher de penser SF)

Yep, je suis française par hasard, parce qu'une alsacienne est venue à l'ouest plutôt qu'à l'est et parce qu'à un moment, d'autres pinailleries politiques et territoriales multi-séculaires ont décidé que Nice et sa région seraient finalement françaises au lieu d'italiennes après être passées de main en main. Et tout ce monde a finit par débouler en PACA à cause d'autres alliances politiques au XX° siècle.
Ma nationalité ne tient en fin de compte qu'à une belote politique entre gens de la haute. Je ne m'en plains pas, mais je n'ai aucune raison d'en tirer une quelconque fierté, qu'elle soit nationale ou encore plus ridicule, régionale. Le patriotisme, la main sur le coeur et tout ça, les "tulaimeoutulaquitte" c'est loin d'être mon truc. Pas de quoi fouetter un chat, franchement.
Bon je n'avais pas prévu de partir dans des considérations politiques actuelles, mais après tout le morcèlement de l'Europe du IX° a eu et a encore des conséquences actuelles sur la morphologie des pays et leur langue. Et à partir du moment où on y met son nez, l'évidence saute aux yeux, l'appartenance à un pays ou un autre n'est que le résultat d'une série de hasards.

Donc en ce 14 février, plutôt que l'amour, si on fêtait un peu l'égalité et la fraternité entre l'immense majorité des gens qui sont nés quelque part  ( ça vous va comme concepts, amis politiciens? c'est assez français?)

Oui je suis partie d'un rejet d'une fête commerciale pour embrayer sur un sujet historique et politique, je sais, je suis la personne la moins sentimentale de la terre.

Promis l'an prochain, je vous parle de la mort de Cyrille, l'inventeur de l'alphabet cyrillique 😄 (wow, joie et bonheur, je viens de trouver la commande d'insertion de smilies dans les messages de blog)