mardi 26 janvier 2016

Dracula ( Film 1931)

Nous y voilà.. La version super célèbre qui a lancé ( et finalement pas mal limité par la suite) la carrière ciné de Bela Lugosi.

Après une introduction étonnante sur fond musical de lac des cygnes... euh, pourquoi? Ca n'a rien à voir avec  l'origine du personnage titre ( Roumanie, l'origine de l'acteur principal ( Hongrie), le lieu de l'action ( Londres) ou l'origine géographique du film ( USA)..
Donc après cette intro que je ne m'explique pas, nous voici donc dans une diligence menant le sieur Renfield aux confins de la Transylvanie, afin de faire signer un contrat au comte Dracula, riche noble local qui veut acheter une propriété en Angleterre ( pour quelle raison, ça n'est pas précisé, bah, probablement pour visiter London By Night et goûter à la cuisine locale..)
 Les habitants du coin tentent de le dissuader d'y aller,surtout à ce moment là, car c'est la nuit de Walpurgis, celle où sortent les revenant, les sorcières.. tout ce que la population locale craint, et d'autant que le comte a une réputation d'être un vampire. Surperstitions folkloriques de villageois isolés se dit Renfield qui y va quand même...
Le château est en partie délabré, le propriétaire très étrange, et moins de 24h00 plus tard, croc!  Renfield est devenu l'un de ses serviteurs..
Voilà pour la première partie, assez réussie de mon point de vue, dans les cadrages et les ambiances ( Je vous re-saoule avec la profondeur de champ ou pas?)

La suite quasiment tout le temps en espace intérieur restreint à Londres manque d'ampleur ( dans les décors, les cadrages, les mouvements de caméra..)

Le navire amenant Renfield et son maître à Londres échoue: seul Renfield est retrouvé vivant ( l'équipage a servi de snacks au long de la traversée), mais ses propos incohérents le font considérer comme fou, le voilà donc transféré dans la clinique pour aliénés du Dr Seward.. qui est également le nouveau voisin du comte, qui en bon gentleman, vient faire connaissance du Dr, de sa fille Mina et de Lucy, la meilleure amie de celle-ci. Miam miam, il n'y a même pas à aller bien loin pour se restaurer..

Bien qu'il s'agisse du film le plus célèbre de Tod Browning, je ne l'avais pas encore vu, et je dois dire que je ne l'ai pas trouvé du niveau de Freaks par exemple.
Mais un point intéressant, c'est que le personnage titre passe presque au second plan, celui qui ressort le plus est en fait Renfield, souvent laissé de côté dans les adaptations, mais mis à l'honneur ici. L'acteur Dwight Frye est vraiment très bon, en fou entomophage,  encore dans un style d'interprétation expressionniste, mais j'ai apprécié cette mise en avant d'un personnage plutôt secondaire dans les versions postérieurs ( ça ne m'étonne pas de Browning, fasciné par la différence, la folie et la monstruosité)


Cependant l'édition DVD est trsè intéressante par ses bonus, où on apprend que justement, Browning qui a fait presque toute sa carrière dans le cinéma muet n'était pas vraiment motivé pour un film parlant, d'où de longs moments de silence.. qui sont les passages les plus réussis, car ils misent avant tout sur l'ambiance - très marquée par l'expressionnisme. D'où ce manque d'ampleur de la 2° partie qui fait vraiment étriquée..
L'autre raison,qui est expliquée en bonus est très simple: l'argent. Le film devait être autrement ambitieux et plus proche du roman, mais faute d'argent ( on est juste 2 ans après la grande dépression), il a été décidé de le tirer de l'adaptation théâtrale, et ça se sent sur cette 2° partie presque en huis-clos, qui tournait alors et faisait recette. Avec déjà dans le rôle titre  Bela Lugosi, dont l'accent hongrois correspondait bien à l'idée de cet étranger venu du fond des Carpates.

On y apprend aussi donc, que le Dracula du roman est effrayant ( et que le personnage qui en est le plus proche est le Nosferatu de Murnau avec sa face de rat.. à garder en mémoire quand je lirai le roman!) et ne joue pas sur la séduction, que ce paramètre a été intégré par les adaptations théâtrales. Bela Lugosi joue, donne un côté magicien de foire à son personnage qui hypnotise l'ouvreuse du théâtre où il se rend ( véritablement: " vous allez partir et vous ne vous souviendrez de rien..")

L'autre chose que j'ai trouvé intéressante: le rôle devait être à l'origine tenu par Lon Chaney , acteur fétiche de Tod Browning. L'interprétation de Bela Lugosi, très aristocratique et raffinée, qui joue plus sur la fascination que sur la terreur pure a orienté la vision du mythe des vampires dans ce sens, influençant même la littérature postérieure ( les vampires esthètes plus ou moins décadents d'Anne Rice... Et c'est TOUT. Il n'y a rien après. Et surtout pas des vampires qui ne mordent personne, scrogneugneu!) Nul doute que l'interprétation de Chaney aurait été très différente, il adorait porter des masques, déguisements, et jouer sur sa capacité à changer de physionomie en quelques secondes..

Une idée de ce que ça aurait pu donner? Voilà Lon Chaney dans London after Midnight, film également de Tod Browning, hélas perdu ( on peut espérer une redécouverte miracle comme pour Métropolis?)
Le résultat aurait probablement été très différent et aurait peut-être influencé la vision du vampire de cinéma pour les décennies à venir

Digression!
 Hum.. par contre.. Les cernes, les dents pointues, le haut de forme, la coiffure hirsute, la posture voutée... La ressemblance avec Le Pingouin, celui de Tim Burton me paraît trop marquée pour être une coïncidence.. Je ne sais plus s'il en était question dans  les entretiens, mais.. Si on ajoute à ça que dans Batman Returns, le personnage de Christopher Walken se nomme " Max Schreck" ce qui est exactement le nom de l'acteur qui tenait le rôle titre dans Nosferatu de Murnau.. oui, il doit y avoir un petit hommage quand même...
Fin de la digression!

Mais voilà, Lon Chaney étant mort en 1930, il a bien fallu trouver quelqu'un d'autre.. et bien qu'ayant tenu le rôle sur scène, Lugosi a du auditionner comme les autres postulants, il n'était pas le premier choix et c'était loin d'être gagné pour lui ce qui semble insolite tant il a marqué les mémoires.

On ne saura donc jamais ce qu'aurait pu donner une version Lon Chaney, mais on peut comparer avec une autre version datant aussi de 1931: la version hispanophone ( que du coup j'ai très envie de voir), tournée dans les mêmes décors, dans les mêmes conditions, avec un casting parlant espagnol. Pour une raison simple: pour les films muets une distribution internationale était facile, en changeant simplement les encarts textes pour en mettre dans la langue du pays concerné. Mais pour un film parlant, la technologie de doublage était encore rudimentaire, il était beaucoup plus simple de faire une deuxième version ( une troisième, une quatrième..) du film dans la ou les langues souhaitées, les équipes se succédant sur le plateau de tournage. Dans le cas de Dracula, l'équipe hispanophone pouvait assister au tournage de la version anglophone avant d'enregistrer à son tour, et le film en version espagnole est considérée comme plus aboutie sur le plan technique,  parce que les cadreurs et cameramen avaient eu le temps de voir ce que faisait la première équipe et de se dire "on va essayer de faire mieux"

Mais décidément, j'aime le cinéma de ces années là...

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