samedi 5 juillet 2014

Pieter Brueghel - André Giovanni

Reçu dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio, ce livre, sous titré " peintre de l'ordre naturel" me pose un problème en fait. Ca me tentait beaucoup, dans la mesure ou j'aime énormément l'art flamand, mais c'est un demi échec.

J'ai déjà chez moi pas mal de livre d'art et de catalogues d'expo, et je dois dire que je ne les ai pas "lus", je les feuillette régulièrement mais je ne lis que très rarement les textes, qui sont souvent du niveau " untel, sa vie, son oeuvre". Pour moi l'essentiel d'un livre d'art c'est avant tout les photos.
Or celui-ci part sur une sorte d'analyse philosophique de l'oeuvre de Brueghel ( oui on a quand même quelques passages sur sa vie, hein), ce qui n'est pas du tout ce que moi j'attends d'un livre sur un peintre.
Qui plus est le sujet est très largement desservi par son format A5, dans lequel il y a finalement peu d'illustrations, et pour certains tableaux, juste en détail , sans même une photo entière de l'oeuvre...
L4auteur ne cesse de broder autour du fait que Brueghel n'est pas un peintre réaliste au sens strict du terme, ça serait réducteur, il faut aussi prendre en compte son sens de la composition, l'extrapolation qu'il fait lorsqu'il peint avec un luxe de détail des lieux et personnages situés au lointain ( qu'il a donc du mentalement reconstituer, d'où recréation, et pas seulement reproduction du réel). Or les illustrations sont minuscules, pas toujours très bien placées ( pourquoi avoir réparti un peu de partout les tableaux des saisons? pourquoi n'y a-t-il pas de reproduction d'un grand paysage alpestre auquel A. Giovanni fait référence à plusieurs reprises..)
Lorsqu'on veut montrer l'évolution de la peinture de quelqu'un ça serait un minimum.
Et surtout, je le maintiens, Brueghel n'est pas un peintre à qui le format A5 rende justice.
C'est frustrant, très frustrant: illustrations trop petites, pas toujours bien placées...
Et c'est pareil avec les notes de renvoi, que j'ai cherchées longtemps: les explications ne sont ni en bas de page, ni à la fin, mais  rassemblées en bas de page 88.. le livre en compte 135. Cherchez la logique.
Ca c'est pour la composition.

Ensuite, le contenu. Je n'aime pas dire du mal, mais là aussi, il y a un sérieux problème: l'auteur est un philosophe. Pas un critique d'art (bien que la 4° de couverture parle d'une " légitime réflexion critique"), pas un spécialiste d'histoire de l'art non plus. Ce qu'il dit n'est pas inintéressant, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais son approche est celle d'un prof de philo, et par moment, son écriture est celle d'un devoir de philo: "nous avons souligné.." "nous avons essayé de dégager.." J'ai personnellement beaucoup de mal avec cette convention de la 1° personne du singulier, que j'ai pourtant du employer pendant toute ma scolarité, instantanément, tout le côté factice de la formulation me saute littéralement à la figure.
Lorsque A.Giovanni ne cherche pas à "faire des phrases", ça va, ce qu'il raconte est clair et plutôt intéressant - bien que moins "utile et urgent" que ce que la 4° de couverture veut bien faire croire.
Mais lorsqu'il part dans les travers de l'écriture philosophique, là.. je n'adhère plus. Je sens qu'il vous faut un exemple:
" la création du monde suppose des étage entre le Créateur et les créatures inférieures à l'Acte pur. Etages qui supposent une participation limitée de la cause, si bien que cette perfection ne peut être attribuée à la cause et à l'effet d'une façon univoque, mais analogue, suivant une certaine proportion. Le monde du tableau est régi surtout par l'univocité. Sa diversité ne découle pas de substance réelles entre les substances qui ne sont représentées que fictivement. Les valeurs sont toutes de même espèce, participant de la valeur de façon univoque. Leur totalité représente un ensemble unique, profondément original, absolument spécifique" (P44)

Si j'ai bien compris, l'idée doit être que l'unité de l'ensemble est la somme des détails qui le composent. Il  y avait probablement une manière plus simple de l'expliquer.
Ensuite sur plusieurs pages il brode sur les "valeurs" qui "ne sont pas juxtaposées sur la toile, elles sont liées et s'opposent nécessairement" (p46) et  " se voient attribuer une nécessité supérieure, car l'harmonie générale rayonne sur les parties" (p49) sans jamais définir exactement ce qu'il entend par" valeurs". J'ai fini par supposer qu'il s'agit des éléments du paysage et des personnages , voire des couleurs. Mais je reste persuadée qu'on peut analyser l'oeuvre d'un peintre, et même l'analyser d'un point de vue philosophique, sans rédiger un véritable devoir de philo. En tout cas, pour moi, c'est aussi désagréable à lire qu'un devoir de philo/
Et là, j'ai parlé des valeurs, mais à un autre endroit, ce sont les "en-soi" qui reviennent ad nauseam: " les être ne sont pas des apparences ou des songes, ce sont des en-soi" (p66).; suivent des pages et des pages ou "en-soi" signifie à peu de chose près et selon les phrases " personnage", "type", "objet", "réalité", "éléments qui composent le tableau"...
"il ne pouvait être question pour Brueghel de sacrifier son goût réaliste des en-soi??Il reprit donc le procédé des primitif, des enlumineurs, qui lui permettait de répartir les en-soi dans l'espace" (p69)..et j'en passe.
Sans compte les trop nombreuses citations de Pascal (certes, pourquoi pas mais il n'était peut être pas nécessaire de répéter X fois la citation " une ville, une campagne, de loin est une ville et une campagne").

Mais quand l'auteur oublie qu'il est philosophe, ça se lit bien, la mise en avant des compositions en diagonale qu'affectionne le peintre est intéressante, ou le fait de parler des déformations qu'il fait subir aux animaux et personnages pour donner du mouvement à sa composition. Ou même analyser la signature " Naer het leven" du peintre ( "d'après la vie"), en ce qu'elle reflète, justement, la philosophie de travail du peintre. Mais pitié, pas en parlant comme une thèse.

Sinon une boulette qui m'a faite vraiment bondir (p54): à propos de Jérôme Bosch, qu'il nomme "le maître de Bar-Le-Duc"... Bar le Duc c'est en France, BOIS-le-Duc, 's-Hertogenbosch , avec Bosch, comme dans Jérôme Bosch, c'est aux Pays-bas, et accessoirement la ville natale de Jérôme Bosch . Ce genre d'erreur assez énorme fait quand même perdre beaucoup de crédibilité à l'ensemble.

Donc, je conseillerais cet ouvrage à un fanatique de philosophie, que le style ne rebutera pas, mais je ne suis en tout cas pas du tout le public visé, je préfère une analyse vraiment stylistique, vraiment détaillée en se basant sur quelques tableaux, avec des reproductions de bonne taille, qui vont vraiment me donner les clefs de lecture du peintre ( le tableau sur les proverbes à lui seul mériterait une analyse complète fouillée)
(une petite ville semble en proie à une folie collective, en fait chaque personnage et chaque action illustre un proverbe: "jeter l'argent dans l'eau " -par les fenêtres, en France "regarder la cigogne" - bayer aux corneilles, etc..)
idée n° 64: 64. un objet que l’on trouve dans la nature. (très vaste, ca peut être des végétaux etc): des arbres et la mer

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