dimanche 22 juin 2014

Prodigieuses créatures - Tracy Chevalier



Et le billet anglais du jour est. .. américain ( jusqu’à il y a peu, j’étais d’ailleurs quasiment sure que Tracy Chevalier était anglaise, mais non !), MAIS, comme les personnages sont anglais et l’action anglaise, c’est bon. 

Entre 1807 et 1825 à peu près, deux femmes vont faire connaissance dans la petite ville balnéaire de Lyme Regis, devenir amies, se brouiller et se réconcilier .
L’aînée, miss Elizabeth  Philpot , la trentaine, vient d’emménager sur la côte avec ses deux sœurs, Margaret la fêtarde, et Louise, la silencieuse. Toutes trois ont dû quitter Londres, ville trop onéreuse pour trois femmes célibataires. Car bien qu’issue de la bonne société ( le père était juriste), la famille n’avait pas suffisamment d’argent pour assurer une dot, et donc un mariage, aux quatre sœurs Philpot, et seule l’aînée a pu trouver un prétendant. Dans une société qui ne considère la valeur d’une femme qu’à l’aune de sa fortune en premier lieu, et si vraiment elle en manque, de sa beauté ou de sa conformité  à la norme attendue pour une femme, les 3 cadettes sont bien mal parties : pas riches ( encore qu’avec une pension de 150 livres à l’année, géré par leur frère,  à se partager en 3, elle soient assez aisées pour la province), pas franchement jolies et surtout, aux caractères trop peu « présentables » en société : Louise est silencieuse et passionnée de botanique. Elizabeth se fiche  des conventions de son rang et s’enthousiasme pour le ramassage de fossiles sur la plage ( une activité considérée comme salissante, peu féminine et même sacrilège dans un pays qui croit encore fermement que le monde a été créé en 6 jours,  à une date extrêmement précise calculée par une chanoine). Margaret, plus jolie, aurait pu trouver un mari provincial, sauf que les prétendants fuient à toutes jambes lorsqu’ils rencontrent leurs potentielles belle-sœurs si peu présentables en société.
La cadette, Mary Anning, est une fille d’ouvrier de Lyme, a 8 ans lorsqu’on la rencontre la première fois. Une autre passionnée de fossiles, qu’elle part ramasser sur la plage avec son père artisan et son frère. Mary est une forte tête, qui se fiche aussi des conventions, ce qui est bien sûr aussi mal vu dans le milieu populaire que dans le milieu bourgeois. Et bien sûr elle vont se rencontrer sympathiser et partir ensemble à la chasse aux fossiles, ce qui va faire dégoiser la ville : Elizabeth « se commet » avec des gens du peuple à la réputation douteuse, Mary ne devrait pas fréquenter «  les vielles filles bizarres ». Pour la famille de Mary, les fossiles ne sont qu’une source

En fait, au travers du parcours de ces deux femmes, qui ont réellement existé , d’ailleurs, Mary Anning a eu droit à son doodle ( ci dessus) en mai dernier, de leur lutte pour se faire reconnaitre dans la société en tant que femmes ET pionnières de la paléontologie ( les fossiles qu’elles trouvent sont achetés et portent le nom, non pas des découvreuses, mais des riches collectionneurs qui les ont achetés, ou portent la mention «  don Philpot » afin d’éviter de mentionner leur genre). Ce qui est encore plus difficile pour Mary la prolétaire, qui doit lutter contre les préjugés dus à son sexe, mais aussi à sa catégorie sociale.
Les « prodigieuses créatures » sont au final autant les ammonites, bélemnites, ichtyosaures et plésiosaures qui sont trouvés sur la plage que Mary et Elizabeth elles-mêmes

Un livre que j’ai trouvé plutôt agréable, rapide et facile à lire, même si Mary m’a assez souvent tapé sur les nerfs : butée, mais surtout elle est volontiers mesquine voire gratuitement méchante. Elle le reconnait elle-même, lorsqu’elle oblige une de ses camarades à rester sur la plage à la marée montante sachant qu’elle a peur, lorsqu’elle lance des pierre à un chasseur de fossile rival, lorsque, aveuglée par un homme qui lui fait du charme pour se faire offrir des fossiles, elle refuse de croire Elizabeth qui a vu clair dans le jeu du monsieur , et lui dit des choses particulièrement vexantes.

Elizabeth quant à elle ose, mais n’ose pas : elle ose s’opposer et se mettre en colère contre un noble du coin qui fait des plus-values sur les fossiles, ose aller seule dans la rue ( et à l’époque, sortir sans escorte, c’est limite du dévergondage), mais n’ose pas s’opposer à Mary, car elle a un complexe d’infériorité : Mary trouve de gros fossiles, quand Elizabeth se concentre sur les poissons, qui attirent moins l’attention des collectionneurs et de la presse. Elizabeth se minore elle-même, et n’exprime jamais clairement ce qu’elle ressent, ni ce qui s’est réellement passé lorsqu’elle sauve la mise à Mary à plusieurs reprises ( Mary est du genre plutôt passive, à attendre que les choses se règlent d’elle-même, c’est bien sur Elizabeth qui prend le taureau par les cornes, mais elle ne le dit jamais. Mary croit donc juste que la chance lui sourit  et que rester à bouder dans son coin jusqu’à ce que les choses changent est la réponse adéquate… Je ne sais pas quel était le caractère de la vraie Mary, mais celle du roman est quand même assez souvent tête-à-claque.Et Elizabeth, bonne poire, quand elles auraient du mettre les choses à plat et se serrer les coudes.
De même, le vrai Thomas Birch n'était peut être pas vraiment un mufle. De même Elizabeth Philpot n'était pas aussi inconnue du milieu de la géologie que ce qu'elle l'est dans le roman. J'apprécie d'ailleurs la postface ou Tracy chevalier cite ses sources et fait la part de ce qui est réel de ce qui est romancé.

Ceci dit, un livre qui parle de paléontologie, et de changement dans la condition féminine, je ne peux qu’adhérer. Imaginer seulement vivre à une époque où sortir seule fut-ce pour aller à la boulangerie du coin est un acte audacieux, et se promener seule sur la plage, un acte téméraire voire insensé, brrrr. Je suis bien contente d’être née à la fin du XX° siècle ! et la remise en question des dogmes religieux est passionnante.

lecture commune: Tracy Chevalier


et comme je suis en ce moment à dans un coin où il y a pas mal de fossile ( lecture doublement thématique) j'en profite pour illustrer par la dalle aux ammonites (qui n'est pas au bord de la mer, mais doit assez ressembler au "cimetière d'ammonites" de Lyme.)
Elle est grande, et maintenant fortement inclinée, car ce qui était le fond de la mer au Jurassique s'est relevé avec la surrection des Alpes. Toutes les petites irrégularité son des ammonites de diverses sortes, il y en a vraiment beaucoup.

Tout n'a pas été dégagé, des couches superposés sont conservées sur le côté, il y a encore probablement d'autres fossiles en dessous..
les pentacrines " lys de mer", de forme étoilée

des rostres de belemnites ( ici trouvés en ligne ), j'en ai quelques uns à la maison,  de quelques cms de long seulement.
Et pour voir à quoi ça correspond sur la bête ( une sorte d'os de seiche en fait).. l'animal est en fait beaucoup plus gros que ce qu'il en reste.


idée n°21: quelque chose de vieux: une photo ancienne

2 commentaires:

  1. Très chouette billet et c'est vraiment passionnant de voir tes photos de falaises pleines de fossiles ! Pfiou, Mary Anning et Elizabeth Philpot devaient galérer à l'époque pour les extraire ! Merci beaucoup.

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  2. J'avais beaucoup aimé ce livre ! Quelle chance de voir tous ces fossiles ! J'ai lu récemment une bio de darwin et je suis déçue de ne pas être devenue naturaliste !

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