vendredi 27 juin 2014

Le limier ( film.. version Mankiewicz)



 Attention, film dangereusement rusé! De toute façon, je l'aime, je l'adore, je ne pourrai pas être objective. Vous êtes prévenus.

Andrew Wykes est un vieil anglais de pure souche, aristocrate, très riche, auteur de romans policier et amateur de jeux de l’esprit et d’automates. Milo Tindle, fils d’une anglaise et d’un italien,  est un homme d’origine modeste, encore jeune, coiffeur devenu propriétaire d’une chaine de salons, un travailleur qui n’a pas vraiment de temps à perdre en futilité.Ces deux personnages que tout oppose ont  pourtant un point commun : Margaret, la femme de Wykes, qui vient de le quitter pour  Tindle.

Andrew invite un jour son rival, pour lui proposer un étrange marché : il ne supporte plus sa femme, et escompte bien en être débarrassé pour de bon. Milo n’a pas  suffisamment d’argent pour entretenir une femme dépensière habituée à une vie de luxe, et risque donc de revenir assez vite. La solution de Wykes est simple : il possède une forte somme en bijoux, assurés. Il n’y a qu’à simuler un cambriolage, Milo partira avec les bijoux et, muni des titres de propriété, se fera passer pour Wykes les revendra à l’étranger , tandis que Wykes déclarera le vol et se fera rembourser, tout le monde y trouvera son compte.

Ca sent le coup fourré, à plein nez, car bien sûr Wykes n’a certainement pas envie d’abandonner sa femme, même s’il ne l’aime plus, et ses richesses à un « rital ». Car, au-delà de toutes les raisons qu’il invoque, Andrew déteste Milo avant même de l’avoir vu, car il avant tout est profondément xénophobe, et l’idée que Tindle, né en Angleterre, soit aussi anglais qu’un noble de vieille souche, le révulse haut plus haut point.
Le vrai but de Wykes est de monter de toutes pièces un jeu particulièrement cruel, dans le seul but d’humilier celui qui représente tout ce qu’il déteste : le déguiser en clown, le forcer à monter une échelle dans ce déguisement, le rabaisser constamment, pour finir par.. ha, je ne vous le dis pas. Mais la vengeance de Tindle sera du même niveau.


Ce film dure 2h 18, 2h18 avec seulement 2 acteurs ( d’autres sont crédités dans le générique, mais n’apparaissent pas.. hop première fausse piste) Et on ne s’ennuie pas une seconde. Parce que la tension et le rapport de force entre les deux ne faiblit pas, et qu’on se demande constamment comment  va finir cette affaire. Parce que c’est adapté d’une pièce de théâtre policière de Anthony Shaffer ( scénariste de Frenzy, de Hitchcock et de l’incroyable «  Wicker Man », la folie est bien présente dans les 3 d’ailleurs ) un huis clos, drôle et terrifiant à la fois. Parce que Mankiewicz, dont c’est le dernier film ( cinéaste habitué du film noir) sait créer un ambiance et semer des indices: la maison de Wykes est remplie d’automates bruyants qui semblent constamment observe l’action, la juger comme autant de jurés, un automate chinois, un automate indien, qui sont déjà un indice de la considération de Wykes envers les minorités : leur place est celle de pantins à manipuler et doit le rester. Une statuette d’Edgar Poe ici, un portrait d’Agatha Christie au mur…


 Et tout le décor qui indique clairement que Wykes, est surtout particulièrement dérangé : un jardin en labyrinthe dans lequel il enregistre – à la manière d’une dramatique- son prochain roman. Un puzzle.. entièrement blanc. Une maison remplie de jeux jusqu’à l’écoeurement (y compris des mots croisés sur le carrelage mural des toilettes !). Des automates qu’il fait rire sur commande à ses blagues. Tout est un jeu pour lui, et surtout la vie et la mort.

L’origine théâtrale est revendiquée dès le générique qui présente des miniatures de scènes de théâtre. Et bien sûr, Wykes est joué par  l’immense Laurence Olivier, toujours souriant, surtout lorsqu’il prononce les répliques les plus cinglantes et glaçantes. 

En face , il y a Michael Caine, qui ne se contente pas de jouer les pauvres victimes d’un malade mental, mais ajoute juste la dose d’ambiguïté qu’il faut à son personnage. Peut-être un de ses meilleurs rôles avec « l’homme qui voulut être roi »
Un duo d’acteurs excellents, de l’humour cynique souvent glacial, un retournement de situation pile au bout de 1h09 ( le réalisateur a du calculer à la minute près !)…
Au passage , je sais qu’il y a eu en 2007, une autre adaptation de ce film a été proposée. Je ne l’ai pas vue, apparemment elle n’a pas eu un grand succès. Je suis partagée en fait : je trouve ce film tellement bon, que je ne vois pas vraiment ce qu’une autre version peut bien apporter, d’autant que je le considère comme l’un des meilleurs films de Joseph Mankiewicz ( pour mémoire on lui doit «  All about Eve » et « Cléopatre », pour les plus connus, et « l’aventure de Madame Muir », que j’aime beaucoup) Mais le choix des acteurs m’interpelle : C’est Michael Caine lui-même qui reprend le rôle de Laurence Olivier, et Jude Law qui reprend celui de Caine ( rendu encore plus troublant par un certain air de ressemblance physique entre les deux.
 Encore une fois: VO obligatoire, ne serait-ce que pour se délecter de les R roulés de Laurence Olivier, qui truffe ses répliques de " cliché", " crime passionnel" et autres mots français dans le texte.
 
film policier oblige!

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