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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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samedi 4 juin 2016

En vacances chez l'ami Bidasse

Hé oui, j'ai fait un petit séjour tout là haut dans le nord le mois dernier. Oui, c'est moins exotique que mes vacances habituelles.

Et évidemment, j'ai eu droit aux remarques obtuses de gens obtuse: " mais qu'est-ce que tu vas faire là-haut, fait pas beau, fait froid, y'a rien à voir".
Alors déjà je suis persuadée qu'à part quelques rares endroits vraiment dangereux ou défigurés par l'industrie, en cherchant un peu, il y a des choses à voir ou à faire à peu près partout ( J'éviterai quand même Tchernobyl, le Yémen, la Syrie.. des endroits comme ça.)
Mais, j'ai l'habitude, l'an dernier on s'est payé ma fiole parce que je suis allée en Russie. Ouaip, "chez Poutine". Mais pas seulement les gens, je préfère voir ça mettons, chez Ivan le terrible, Boris Godounov, Alexandre Pouchkine, Mikhail Lomonossov.. y'a pas que la politique contemporaine dans la vie. Je mets ça sur le compte de la jalousie de ceux qui trouveront toujours à redire quoi qu'on fasse.

Bon fallait s'y attendre " je pars une semaine dans le Pas-de-Calais", ça fait moins rêver que  "je pars 3 semaines au Japon" ( encore que j'ai aussi eu " qu'est-ce que tu vas foutre là bas?"), à part ma collègue d'origine picarde qui m'enviait carrément d'aller "vers chez elle".

Alors, Arras, j'y étais allée en 1999, comme ça, par curiosité, parce que j'avais vu la grand place au détour d'un reportage Tv et que ça m'avait bien plu, mais d'une part , ça remontait loin, et d'autre part, je n'avais pas tout vu.
Donc quand j'ai vu que le stage de musique de l'année se passait à l'autre bout du pays, j'ai profité de l'occasion pour  joindre l'agréable à l'agréable et faire un peu de tourisme.

et plus précisément un peu de tourisme axé "Grande guerre", puisque c'est ce que je n'avais pas pu faire à l'époque.
Et de la chasse aux caches aussi ( ceux qui connaissent comprendront. Juste encore un parmi mes nombreux loisirs)

Hôtel de ville, détruit pendant la 1° Guerre Mondiale et reconstruit à l'identique
Comme vous le constatez, il pleut tout le temps dans le nord! ( sarcasme!)
En fait je suis partie d'Avignon en gros pull, et j'ai tout quitté en arrivant. Hé oui, en passant du Mistral à 90 kms/h à pas de vent du tout, ça fait un choc. Et en fait il a plu un peu le jour de mon arrivée et le jour de mon départ. 2 petites averses en 10 jours.

Les géants (Colas et Jacqueline, Dédé avec sa sucette géante et l'ami bidasse)  nous attendent dans le hall de l'hôtel de ville-office de tourisme


Doit y avoir une belle vue de là-haut! Ni une ni deux on monte au beffroi, ce qui constitue une prouesse personnelle tendance effort surhumain: j'ai le vertige. Un vertige terrible mais sélectif: regarder d'en haut ne me pose pas de problème tant que j'ai un parapet à hauteur de la taille ou que je suis dans un téléphérique. Par contre redescendre l'escalier métallique à colimaçon a été une vraie épreuve. Mais oui la vue est sympa.




Ce qui reste de l'abbaye du Mont Saint Eloi, elle aussi victime des bombardements en 1917 en particulier.
Et après être montée dans les hauteurs, direction les souterrains: Le sous-sol de la grand place et de la place des héros est creusé de galeries, restes d'une ancienne carrière de calcaire du moyen-âge, qui a été abandonnée quand les place on menacé de s'effondrer sous la densité de population devenue trop forte.D'autres carrières ont été exploitées hors de la ville à partir de la Renaissance si je me souviens bien, elle sont maintenant aussi sous la ville.
Et donc , on peut faire une visite de ces sous-terrains qui ont servi de caves jusqu'à récemment (il y a quelques décennies), certaines parties privées sont encore des caves,la fraîcheur et l'humidité constantes sont prisées des commerces et des bars qui y stockent leurs marchandises. Ils ont servi de zone de transit pendant la Première guerre Mondiale, et de refuge pour les civils pendant la seconde.


du silex entre les strates de calcaire. Nos ancêtres préhistoriques auraient adoré avoir une mine de silex

il y a 3 étages de caves qui communiquent.. au dessus, un magasin, qui n'est plus autorisé à jeter ses ordures directement dans les souterrains.
oui il a fallu consolider par la suite pour soutenir le poids des constructions sur les places
 Autre chose à voir: le musée des beaux-arts. il a changé depuis que j'y étais allée. La collection de vestiges antiques a du être déplacée.

lion du beffroi XVI° siècle.

en fait ce crâne est à peu près photographié à l'échelle. Joli travail de miniature.


Oui je suis passée pour une psychopathe avec mes photos morbides. Elles vont ressortir pour un sujet à Halloween sur l'art funéraire, les transis, les memento mori, les vanités tout ça. Ca fait deux ans que je veux le faire, ça sera pour cette année.

Et puisqu'on y est.. Je n'ai pas pu aller à Saint Eloi faute de temps, ni aux grands mémoriaux ( Mémorial Canadien de Vimy et Notre Dame de Lorette). Mais je tenais absolument à visiter un ou deux cimetières de guerre, nous n'avons pas ça en PACA, et j'y reviendrais dans le prochain sujet, mais c'est un moyen d'appréhender la réalité  de la première guerre mondiale. Avoir un nombre même colossal de morts mentionné sur un papier, ça reste abstrait.
Cimetière britannique de Duisans

et il est petit par rapport à d'autres, il n'y a "que" 3296 tombes en tout ( on n'en voit qu'une moitié ici)


 Je disais plus haut que les anciennes carrières avaient été abandonnées au profit d'autres plus éloignes de la ville. Elles ont servi vers le XVII siècle en tant que carrières et délaissées lorsque la demande de calcaire a baissé, ont resservi au XX° siècle comme camp pour les troupes du commonwealth pendant la bataille d'Arras. 
Le réseau de carrières est très grand, et plusieurs d'entre elles ont été raccordées les unes aux autres par des tunnelliers néo-zélandais qui leur ont donné des noms de villes néozélandaises pour s'y retrouver ( Auckland, Christchurch, Wellington, etc..)
C'est Wellington qui a été aménagée pour la visite , les autres sont en trop mauvais état




Je n'ai pas de photo de l'intérieur, trop sombre pour mon appareil qui n'aime pas les basses luminosités.

et à part ça, De la campagne et des vaches! Je manque de vert chez moi, et bien que les 10 jours de vacances aient été écourtés ( 1 jour aller, 1 jour retour et 4 de stage, il n'en reste que 4 pour faire un peu de tourisme!), rien que le fait de se retrouver au milieu des champs, ça fait un bien fou
ha oui, z'avez vu ce temps pluvieux dans le nord?

"château" de Lignereuil


Un evielle ferme à Givenchy le Noble

Seulement dans le Nord.
Je m'explique sur ce distributeur: en cherchant une cache que je n'ai pas trouvée, je suis tombée par hasard sur un " distributeur de pommes de terre". La précision est plutôt drôle, l'idée est géniale. J'ai vu arriver l'agricultrice à qui il appartient et on a discuté un petit moment: sa ferme est à 3 kilomètres de la nationale, et peu de gens y venaient, elle a donc investi dans un distributeur de légumes ( une idée qui vient de Belgique). Ca marche comme un distributeur de boissons avec des pièces. et selon les périodes elle y vend ses pommes de terres, ses salades, ses carottes, etc.. .Le temps que les habitants du coin en prennent l'habitude et ses ventes ont bien augmenté.
Et même avec moi, les prix étaient très intéressants, mais en revenant en train, pas moyen de ramener 5 kilos de patates dans la valise. Je suis quand même revenue avec 1,5 kilo de carottes qui sentaient bon la carotte - ça devient rare! - et la terre pour 2,30 euros. 1,5 euro le kilo. Moins cher que chez moi et avec la garantie qu'elles viennent de chez un petit producteur.

D'ailleurs puisqu'on en est au chapitre "production locale"
un fromage venu de la côte d'opale, double crème au lait cru, avec un arrière goût iodé dû à sa proximité avec la mer. Je ne vous dit que ça!
 J'ai aussi ramené du Rollot, du sablé de Wissant, des gaufres pur beurre pour le dessert..
et une bière locale pour les amateurs (pas mal, même si je n'ai pas trop apprécié dans la mesure où je ne suis pas trop amatrice de blondes, ma mère a aimé. J'ai préféré goûter une moins locale, mais ambrée)
Voilà pour las préjugés sur le nord: rien à voir, rien à faire, et ciel gris.
Et il faudra que j'y retourne, pour les autres lieux de mémoire que je n'ai vraiment pas eu le temps d'aller visiter,  la citadelle Vauban qui était en travaux donc pas top pour les photos,  je n'avais pas le temps non plus d'aller jusqu'à Lille, et je suis passée en vitesse devant un panneau " route du camp du drap d'or" .. tiens ça ferait pas un sujet pour le mois anglais ça? Mais vu que le camp en question se trouve près de Calais, c'était un peu trop loin ...

Et il me reste plein de fromages à découvrir! Donc une vraie semaine de Vacances vers Lille/Boulogne/Cambrai et voir ce qui me manque d'Arras, c'est tout à fait envisageable.

mercredi 18 mai 2016

Bassons et cie.. la suite

Car je n'allais pas  m''arrêter en si bon chemin, n'est-ce pas...

Quelques notions de solfège
Attention cette fois, ça va devenir un peu plus technique, mais dans la mesure du possible je vais essayer de rester à un niveau de solfège pas plus difficile que celui du collège.

Bon, a priori, ceux qui sont là doivent savoir a minima qu'on écrit les notes sur une portée à 5 lignes et que le signe bizarre devant est une clef. De sol pour la plus courante, puisque c'est celle qui servait à lire les notes justement lorsqu'on devait jouer au collège sur l'atroce flûte à bec en plastique ( je crois que ça n'est plus obligatoire, d'ailleurs, ouf!!)

La ligne sur laquelle est écrite la clef désigne la note du même nom:
Mais si, sur nôtre flûte en plastique on utilisait seulement la clef de sol,  il y en a d'autres. Parce que ce sol est à peu près au milieu de clavier d'un piano, qui sert de référence.
L'info inutile pour briller en soirée: en allemand la note sol se dit G. Regardez bien la forme de la clef de sol: c'est un G stylisé.

Le LA du diapason ( actuel) est situé dans l'interligne juste au dessus de ce sol entre les deux lignes. J'y reviendrai plus loin, gardez ça en mémoire.

Et donc si on veut jouer des notes plus graves ou plus aigues, ça donnerait vite une pagaille sans nom:
Oui là, les notes qui semblent flotter au dessus et au dessous des portées. avec des tas et des tas de lignes supplémentaires... Le temps de compter le nombre de lignes à chaque fois, on ne serait pas près d'arriver au bout du morceau.
Et donc le basson étant un instrument grave, on va plutôt lire en clef de Fa
Et donc très logiquement , on peut déduire que la ligne comprise entre les deux points et un... fa.
La aussi il parait que cet escargot (ou oreille, si vous préférez) et ses deux points dérivent du nom allemand du fa ( F) et représente un f stylisé. C'est moins évident que pour le G.

Le do qui flotte au dessus de la portée est exactement le même que celui qui flotte en dessous de la portée en clef de sol, c'est la note qui fait la liaison entre les deux portées:
piqué ici, merci à eux

Et donc, sur mon instrument grave, j'ai surtout besoin de notes graves .. mais de quelques aigus aussi, sans aller toutefois jusqu'au bout de la portée en clef de sol. Et donc, pour éviter de se traîner des lignes inutiles, on utilise une autre clef, la clef d'ut 4, à mi chemin entre les deux.
Et vous savez quoi? Ut et do, c'est la même chose, d'une part, ceux qui font des mots croisés le savent bien, donc une clef d'ut, c'est une "clef de do" en fait. Et ce do est exactement, le même une fois de plus , toujours ce do " du milieu" ( parce qu'au milieu du clavier du piano, compris Homer?). Et ut 4, parce que le do est donc sur la 4° ligne en partant du bas ( il y en a d'autres qui ne concernent pas le basson donc... on va les court-circuiter)

Et donc si je bidouille un peu les schémas - de manière très moche sous paint - voilà le registre ( l'étendue entre la note la plus grave et la plus aigue) de l'instrument. 3 octaves et demi, c'est  beaucoup pour un instrument à vent. En général les graves sonnent bien et assez facilement, il faut un peu plus forcer pour sortir les aigus. Attention, si vous devenez bleus sans sortir un son, c 'est que vous avez oublié de mettre l'anche double! D'oh encore une fois!



En général la note la plus haute est un mi bémol mais là encore ça diffère en fonction des modèles d'instruments: le mien est un modèle amateur qui s'arrête au ré suraigu ( en théorie, il y a toujours des manières de contourner pour sortir le mi bémol et le mi, mais.. je ne les ai jamais apprises, simplement parce que je n'en ai pas besoin. Pour les professionnels, des instruments (plus chers évidemment et " plus cher" est un euphémisme) sont fabriqués avec quelques trous de plus afin d'aller jusqu'au fa suraigu... qui n'est presque jamais utilisé concrètement, donc, à part d'être vraiment professionnelle, je n'ai pas personnellement intérêt à mettre le prix d'une voiture pour un mi ou un fa dont je n'aurais pas l'utilité en orchestre.

Par contre les instruments pro ont d'autres avantages sur les instruments d'études (un son plus agréable, des notes un peu compliquées à jouer rapidement qui sont facilitées par quelques subtilités mécaniques et là, oui.. même en orchestre à vent, ça pourrait me servir)

quelques notions d'acoustique.

Je parlais du la" actuel" un peu plus haut, c'est maintenant que je vais y revenir.

Les notes, c'est de l'air en vibration en tout premier lieu ( que ce soit une anche, ou une corde, ou une peau de tambour.. c'est pareil: une vibration qui se transmet à l'air et se propage jusqu'à l'oreille de l'auditeur). Chaque note a une hauteur particulière, en nombre de hertz. Je vous laisse allez fouiller le net pour plus d'explication sur les grandeurs physiques.

Techniquement l'instrument n'est en soi qu'une caisse de résonance munie de trous permettant de raccourcir le trajet de l'air dans le tuyau replié ( l'instrument est un long tuyau coudé de 1m30, qui ferait 2m 50 de longueur une fois déroulé.. et plus un tuyau est long, plus le son qui en sort au bout lorsqu'on souffle dedans est grave), ce qui fait le son, c'est la vibration qu'on y imprime en soufflant dans l'anche en roseau qui vibre sous la pression d'air.

Et donc la note qu'on nomme "la du diapason" est aussi une vibration spécifique, à 440 hertz en général, à 442 pour mon instrument ( et les instruments à vent). Deux hertz d'écart. Ce n'est pas grand chose. Mais ça suffit pour sonner terriblement faux, tendance "sonnerie du métro parisien" si deux instruments ne jouent pas exactement le même la.
Le truc, c'est qu'on ne peut pas vraiment accorder un basson, à cause justement de ces 2,5m de longueur . Pour accorder une flute traversière ( dans les 65 cms de long, corrige moi si je me trompe Sylvain), on tire d'un côté, on tire de l'autre, et 1 ou 2 cms de longueur en plus ou en moins sur une flûte changent énormément le son. 1 ou 2 cms de moins sur un tuyau de 250 cms, ça ne change pas grand chose, il faut s'arranger autrement pour changer le son.
Ce sont donc les instruments plus faciles à moduler qui doivent s'accorder sur les anches doubles, c'est qui les boss de l'orchestre?

Donc je disais que le la actuel est à 440 ou 442 hertz. Ca n'a pas toujours été le cas.
En musique, ce n'est qu'au XIX° siècle que des choses ont été standardisées, et qu'on a pu avoir un son à peu près régulier d'un instrument à un autre.
Et encore même au XIX° siècle la note nommée la correspondait à 435 hertz de vibration. Le la 440 comme standard, c'est quelque chose de récent ( milieu XX° siècle)

De tout ça il ressort que:

- un morceau joué en duo sur un instrument du XIX° siècle ou antérieur et un du XX° aura toutes les chances de sonner faux, parce que les instruments n'ont pas le même la de référence. Quand je disais que quelques  hertz d'écarts suffisaient à être gênants. imaginez lorsque j'ai du travailler un morceau avec mon instrument calé sur 442 hertz et impossible à moduler accompagnée d'un clavecin accordé au la 415 hertz? tout juste, c'était impossible

- la musique baroque ( et Renaissance, voir sujet précédent) ne sonne absolument pas pareil lorsqu'elle est jouée sur instrument moderne ou sur instruments anciens. Pour retrouver la sonorité d'origine, il a fallut recréer des instruments accordés sur leur diapason d'origine
et
-les chanteurs souffrent de cette hausse du la: l'air de la reine de la nuit et ses suraigus étaient plus simples pour la chanteuse de l'époque de Mozart  (la le plus souvent à 422 hertz au lieu de 442)  que pour celle qui va le chanter en 2015, par ce décalage du diapason qui sonnait plus grave à l'époque. en yermes actuels c'est quasiment un demi ton d'écart.

Voilà, j'ai fait beaucoup de détours pour expliquer, mais il fallait en passer par là pour amener la suite progressivement mais une petite comparaison pour illustrer cette différence de hauteur de son ne sera pas de trop...

Allegro du Concerto "le phénix" de Michel Corrette
Version à 4 bassons modernes
Version sur instruments anciens

Encore un?
concerto en mi mineur de Vivaldi RV 484, version moderne
(joué par une femme et dirigé par une femme, le prochain qui me parle d'instrument masculin se prend une mandale de camionneuse!)
et version d'origine
alors laquelle préférez vous? Vous êtes entièrement libres de préférer le son plus brillant du basson moderne ( c'est pour cette question qu'il a été transformé) et du diapason haut.

Pour ma part d'un point de vue musical, je préfèrerai toujours la musique baroque jouée à son diapason d'origine ( et bonus: le basson d'époque Vivaldi est plus facile à jouer au niveau de la position des mains. Ce qui a été gagné en brillance pour le son a été perdu en facilité d'exécution avec la complication de l'instrument et demande donc beaucoup plus de virtuosité au basson contemporain pour obtenir le même résultat. Vivaldi ou Corrette sur basson contemporain sont épuisants à jouer)
Ne serait-ce que pour la raison toute bête: j'ai choisi un instrument grave, parce que j'aime les sons graves. Donc s'il y a moyen que ça sonne encore plus grave, je vais forcément préférer!

jeudi 12 mai 2016

Bassons et cie...

En discutant avec Denis sur une page Facebook, j'ai pu constater une fois de plus que mon instrument n'est pas connu.

Et c'est vraiment  trop pinzuste.

Ce n'est pas la première fois que j'en parle ici, j'avais déjà évoqué le problème un peu ici et si je n'ai toujours pas résolu la question " qu'est-ce qui fait qu'un instrument est perçu par certains comme masculin ou féminin", je n'ai toujours pas compris la réponse ( ou alors c'est évident, et c'est juste mon attitude constamment " genderless" - oui en anglais, faute de mieux, le mot " sexué" en français n'a pas vraiment le même sens- m'empêche de le voir.)

donc le basson, on va faire ça simple
C'est un instrument à vent. "Aérophone" quand on veut faire celui ou celle qui s'y connaît ( ou évacuer les voyelles qui encombrent au scrabble)
On distingue les bois et les cuivres, le basson est un bois. Ce qui fait l'appellation n'est pas la matière dans laquelle l'instrument est fait, mais le fait qu'on en joue avec une anche, une petite pièce en roseau. Le saxophone par exemple est classé dans les bois, même si tout le reste de l'instrument est visiblement en métal.
Dans les bois donc, il y a les anches doubles ( saxophone, clarinette, clarinette basse...) et les anches doubles ( hautbois, cor anglais, basson) et les flûtes ( qui sont une "espèce" à part: l'origine étant un instrument entièrement en bois, corps et bec compris, la flûte reste classée dans les bois, même lorsqu'elle est entièrement en métal).

Donc instrument à vent de la famille des bois, à anche double.
et voilà!!!
Ah oui, j'oubliais: c'est grand: le voilà pour donner une idée, dans mon ancien chez-moi. Les livres de poche  derrière peuvent donner une idée de la taille de la bête.
figure A

A la base, il s'agissait d'un instrument de "famille", c'est à dire qu'il existant en plusieurs tailles et hauteurs de son, soprano, alto, ténor et basse, comme en chant,il n'existe plus que l'instrument grave. Par commodité, j'explique souvent aux gens que c'est comme un très gros hautbois au son grave, parce que le hautbois est plus connu, c'est un peu plus compliqué que ça. Même s'ils sont cousins germains, le hautbois et le basson dérivent 'instruments distincts à la base, j'y reviendrais un peu plus loin.

De cette caractéristique ( l'instrument a été inventé pour jouer la partie grave , dans un ensemble d'instruments de même type) résulte le fait que ça n'est pas un instrument soliste. a part dans des compositions récentes pour basson seul, qui restent rares, il est ait pour jouer en ensemble: duos, trios d'anches, ensembles à vents, orchestre.
Lorsqu'il est soliste, c'est le plus souvent en concerto pour basson ET orchestre. L'instrument est mis en avant, mais ne joue pas seul. Les morceaux d'examens sont souvent joués avec une réduction pour piano ( un "résumé" de l'orchestre au piano.) donc dans tous les cas, on ne joue pas vraiment seul. et c'est mieux comme ça, faire de la musique seul,de mon point de vue, quelque oit l'instrument, n'est pas très intéressant.

L'instrument est assez récent ( XVI siècle, même s'il a continué d'évoluer depuis), mais dérive d'instruments médiévaux et Renaissance , la dulciane ( ou douçaine) pour le basson. Le hautbois dérive de la bombarde. Même s'ils sont proche, il y a quelques subtilités que je ne vous expliquerai pas ici ( je vais laisser Marie-Laure, une camarade de stage, le faire, tiens, elle le fait très bien...). Mais voilà, j'ai eu l'occasion la semaine dernière de jouer sur la version basse et la version alto des douçaines et c'est très drôle, ça m'a totalement emballée - ne serait-ce que parce que les instruments anciens n'ont pas de clétage - les " touches en métal"- et ne pèsent pas un âne mort.

figure B: dulciane basse
et il y a le cervelas aussi. Non, je n'ai pas eu l'occasion de jouer du cervelas, mais le nom évoque surtout un gros saucisson.Pour moi ça ressemble plutôt à une bouteille de bière. Avec capsule.
Figure C
Le nom évoque à priori une saucisse cuite pour le commun des mortels, la forme m'évoque une bouteille de bière.. Saucisse. Bière.. Oktoberfest!!! ein Prostit, ein Prosit.. heu, je m'égare!

L'idée c'est que donc Figure B+ figure C = Figure A

Mais comme je ne compte pas faire une conférence, et que vous commencez à vous demander " ça sonne comment ces trucs là?"

Le cervelas ( Ranckett en anglais)
La dulciane
Les deux en duo
et deux dulcianes ( alto et ténor)

Juste parce que le titre est très drôle: la bourrée d'Avignon morceau du XVII° siècle sur instruments anciens.

Après on aime ou pas, mais pour ma part j'adore ces musiques anciennes. J'en avais parlé un peu l'an dernier en présentant de la musique renaissance anglaise, ici, et .

Et les bassons,, voilà une dame qui présente un instrument baroque ancien , un baroque plus récent, et un moderne
Et pour finir , momentanément (car il y aura bientôt un sujet spécifique pour le XVIII° siècle, beaucoup de "tubes" du basson ont été écrits à cette époque là), voilà trois morceaux Très très très connus pour basson. Vous avez forcément déjà entendu ça une fois dans votre vie.

Fin XIX°: L'antre du roi de la montagne (extrait de Peer Gynt d'edvard Grieg). Il y a encore peu, ce morceau était utilisé pour une publicité télévisée quelconque. Je reconnais les musiques et du coup l'objectif commercial du truc est totalement loupé, parce que je me contrefiche du produit. Mais vu qu'on est matraqué de publicités, qui trouvent commode de prendre de la musique tombée dans le domaine public, où il n'y a pas de droit à payer, c'est parfois une porte d'entrée "sonore" pour des gens qui ne s'y seraient pas penchés sans ça ( et reconnaissons qu'une campagne de pub réussie peut même faire connaître un morceau jusque là quasi inconnu. Chostakovitch peut remercier les assurances machin pour avoir popularisé sa valse n°2.)
Comme Paul Dukas peut remercier Disney...
L'apprenti sorcier... toute fin XIX° siècle
3 bassons et un contre basson ( variante encore plus grave que l'ont peut voir en gros plan ), le bonheur!

Prokofiev: Pierre et le loup (le basson représente le grand-père. J'adorais ce disque, et j'ai eu un coup de coeur pour le son si original du basson)
Une narration modernisée que je n'avais jamais vue, en animation à l'origami dans la savane africaine, racontée par Jean Rochefort (je maudis le ^$ù*=^$ de bandeau d'excuse!)

et sinon pour prouver que basson ne signifie pas forcément musique orchestrale ( en stage nous avons même joué une adaptation de Crazy Train D'Ozzy Osbourne et du funk en grand ensemble. du baroque.. au hard rock)

Disco!!!!!
ou encore " midshipman bassoonblower" ( sous titré "les variations d'un marin ivre", un morceau qui m'amuse toujours beaucoup à jouer, ici le quatuor ne joue que 2 extraits, mais chaque morceau  hormis l'intro, porte un nom d'alcool comme titre: rhum, bourbon, brandy, vodka)

Ca correspond bien au caractère général des bassonnistes, j'en ai rencontré des originaux, des perchés, mais pas d'antipathiques, il suffit de voir nos stages ou l'ambiance est plutôt à la rigolade détendue.

"vous, on ne vous a pas entendus, on ne vous entend jamais, vous n'arrêtez pas de bavardez, faites attention, faites très attention!"