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mercredi 5 décembre 2018

un gros bobard et autres racontars - Jorn Riel

Bon je ne serai pas très efficace sur ce mois nordique, mais je m'y attendais.
Tellement que cette année, je ne participe pas au défi " cold winter" ( qui, il faut bien le dire, en faisant la part belle aux histoires de Noël et autres romances hivernales ne me convient pas vraiment non plus, donc sans regret)

Cependant, pour décembre nordique j'ai toujours un petit tome de Riel sous la main pour l'occasion.

youpi, après celui là, il m'en reste encore 4 à lire dans la série


On continue donc dans l'ordre, après le voyage à Nanga,  c'est autour d'un gros bobard.
Et franchement quand on connait la propension des chasseurs du Nord-Est du Groenland à imaginer des histoires toutes plus loufoques les unes que les autres, on se demande bien ce qu'ils peuvent eux considérer comme un GROS bobard.

et on retrouve donc William le Noir, Valfred, Anton Bjorken, Museau, Lasselille, et tous les autres, Le Capitaine Olsen et son rafiot de ravitaillement, les chiens, les ours...
aux prises cette fois avec un "gigolo", un homme à femmes venu spécialement s'engager comme chasseur dans l'arctique, parce qu'on lui a dit qu'il y a des tas de femmes pas farouches au Groenland, et qu'il compte bien draguouiller toutes les groenlandaises disponibles. Pas de chance pour lui, il a juste oublié un détail, les villes où on peut espérer trouver des filles, sont sur la côte ouest du Groenland.. lui arrive sur la côte est, là où il n'y a pas grand chose à part des boeufs musqués et d'autres bonshommes, mais qui, eux, sont aguerris, ne craignent pas la solitude et s'organisent une ou deux fois pas an au dégel une virée au seul bordel à 500 kilomètres à la ronde ( qu'il faut plusieurs jours de canot ou de traineau pour rejoindre). Pas de bol.

On y trouve aussi Anton, l'écrivain en herbe qui a réussi à se faire publier chez lui au Danemark. Ses copains le voient déjà en "premier prix Nobel de littérature du Groenland", lui a une trouille maladive de retrouver la civilisation, de passer pour un gros péquenaud en raquettes et d'être la risée de tous et pire.. de toutes.
Tandis que Le capitaine Olsen lui, tombe amoureux de sa passagère, une riche et noble dame pour laquelle il va même jusqu'à châtier son langage ( imaginez le capitaine Haddock poli et sobre.. ben voilà)

Valfred est qui toujours aussi amorphe, mais nous saurons enfin pourquoi: c'est la faute à Arthur, son alter égo, en os et en .. os. En effet, Valfred a un jour rêvé que son squelette, surnommé Arthur, lassé de son inertie, décidait de prendre son indépendance.Lui donnant une excuse commode pour en foutre le moins possible.
Bjorken quand à lui, toujours aussi roublard, imagine une combine énorme pour dépouiller le "club des joyeux montagnards Danois" venu faire de l'alpinisme dans le coin, de leur réserve d'alcool, combine qui fera intervenir une bande d'ours américains voleurs et alcooliques.
On découvre aussi les effets secondaires involontaire d'un traitement antiparasitaire, qui dégénère en bagarre digne du village d'Astérix lorsqu'on parle de poisson pas frais, ou comment on fête Noël à la mode groenlandaise ( merci de mettre des tenues de fête, disons, portez un pantalon propre et un anorak blanc de soirée)

Et comme toujours c'est savoureux. Le genre de livre que je ne lis pas en public car régulièrement je m'esclaffe. Et d'autant plus approprié cette fois que je l'avais emmené pour lire en voyage.. au Groenland ( en août dernier).
Donc je ne résiste pas à illustrer par quelques photos de mon cru, même s'il s'agit cette fois de la côte ouest (celle où il y a les villes ET les filles)

presque minuit au dessus du cercle polaire!

glacier d'Ilulissat
des bourguignons ( ne me demandez pas pourquoi les petits morceaux de glace flottante s'appellent comme ça)
Détroit du Prince Christian
Si vous avez l'occasion d'aller visiter les lieux, je vous le conseille chaudement  enfin, froidement), c'est plus que magnifique!

Mais, ho, et puis zut, je vais carrément faire un sujet photo sur mes vacances ;)


mardi 13 décembre 2016

Le voyage à Nanga - Jørn Riel

premier sujet lecture de ce mois nordique ( qui, l'hibernation aidant, risque fort de mon côté de se prolonger jusqu'au printemps): le Groenland.
Où nous retrouvons nos amis les chasseurs pour un 5° tome de racontars, ou plutôt, pour "un racontar exceptionnellement long".

Contrairement aux autres tomes, les nouvelles qui composent ce voyage à Nanga ont un fil directeur et une temporalité de l'été à l'été suivant.
Nanga? Mais je n'ai pas vu ce nom là sur la carte du Groenland? En effet, c'est une montagne située quelque part dans l'Himalaya, mais on va y revenir.
j'avoue que l'illustration, euh.. il n'y est question ni d'ours noir, ni de patinage
La couverture originelle est bien plus liée au contenu:Il y a bien la rencontre d'une touriste en avion et d'un chasseur sur la banquise.

Tout commence donc par une visite surprenante, qualifiée de "Putain de bordel " de nouvelle même, par  Bjørken. alors que tous les chasseurs attendent tranquillement vers la fin de l'été le passage de la Vesle Mari, le bateau qui les ravitaille et leur apporte les nouvelles du continent avant un long hiver isolé.
Un passager innattendu arrive, ou plutôt revient: Halvor, brièvement apparu dans le tome 1 ( la vierge froide) et là, je demnde à tous ceux qui n'ont pas lu le tome 1 d'aller le lire, avec les 3 suivants dans la foulée, car ce tome 5 fait référence directement aux événements des précédents.

vous voilà prévenus

Halvor le norvégien donc, avait, quelques années plus tôt été rapatrié de force sur le continent après une crise de vertigo majeure. Le vertigo est cette sorte de maladie mentale qui vous prend dans l'immensité du nord, à cause de la solitude et du manque de repères: parfois bénin lorsqu'il s'agit simple d'"envies" du au manque de femmes dans le Nord-est du Groenland, qui peuvent être facilement arrangées en allant se faire " régler le compas"au Cap-Sud, où quelques accortes dames esseulées se chargent d ela besogne. Parfois ce sont des lubies plus étranges, tel celui qui, pris d'une obsession pour les pâtisseries partit soudain avec armes et bagages en yole pour l'Islande, se goinfre de gâteaux au beurre.
Dans le cas d'Halvor la conclusion a été dramatique: lui et son collègue Le Vieux Niels élevaient ensemble le Roi Oscar, un cochon ( nouvelle du tome 1 donc), pour en faire le dîner des fêtes de fin d'années. Mais une crise de vertigo, des hallucinations, et Vieux-Niels est passé à la casserole en lieu et place du cochon, devenant ainsi le menu de Noël d'Halvor et du Roi Oscar.
Halvor donc est reparti se faire soigner, a entrepris de se faire pardonner auprès des puissances célestes ( bien qu'il ait eu une crise de folie et non commis délibérément un meurtre cannibale) en devenant séminariste. Seulement, il a la sensation d'avoir oublié quelque chose au Groenland.. mais il ne sais plus quoi.Des skis?pas vraiment. Un ronneau de viande salée? non plus..
Et donc voilà notre fil rouge: Halvor va passer une année, librement, à aller de station en station voir ses anciens compagnons, en espérant que lui revienne la mémoire.
Un tome toujours aussi truculent et absurde ( lorsque certains se mettent en tête de créer un élevage de boeuf musqués après voir tenté d'instaurer la viticulture sous les hautes latitudes; ou lorsqu'un avion s'écrase à deux pas de la tente d'un Halvor un peu stupéfait d'en voir émerger un femme, anglo-indienne qui plus est, et complètement garçon manqué), les chasseurs inventant sans cesse n'importe quoi pour s'occuper un peu, quitte à partir en vacances comme ça, à vélo, du jour au lendemain, mais quelque peu plus sombre que les précédents. Pourtant la série se distingue déjà par son sens de l'humour noir, CF le cadavre en salaison du tome précédent. Mais là, les histoires sont un peu plus dramatiques et/où mélancoliques, ne serait-ce que par ce souvenir d'homicide involontaire.
Car Halvor se retrouve suivi par l'ombre, ou le fantôme de Niels, pas rancunier. Car l'on découvre la véritable passion de Fjordur, avant le tricot. Elle est liée à des circonstances dramatiques et un passé criminel.. mais difficilement condamnable,car la justice et la légalité ne sont pas toujours du même côté.

D'ailleurs, ce récit sur son passé au Yukon m'a fait me poser une question sur la temporalité de ces histoires.
Il y a très, mais alors très peu de références chronologiques, hors "été" et "hiver" ou "quelques années après l'histoire de ...."

L'auteur est né dans les années 30 et à séjourné au Groenland dans les années 50 et 60. L'écriture des racontars , histoires inspirées de son séjour date des années 70.. alors, ça se passe quand au juste?

On sait que Le Comte fabrique son vin, et qu'il a quelques fameuses cuvées, comme 1928, et 1931. enfin, fameuses de son point de vue. Peu de chance que du vin Groenlandais se conserve longtemps surtout dans un coin où picoler est une occupation comme une autre.
Jusqu'à présent j'avais l'impression que les récits était contemporains ou un peu antérieurs au voyage de Riel, donc, début des années 50, vu qu'aucun événement d'envergure internationale n'est jamais mentionné comme point de repère.
Mais lors que quelqu'un se pose la question " Pourquoi n'y a-t-il pas d'Eskimos dans notre quoi" le docte Bjørken, qui a une encyclopédie en un tome, répond qu'il y en a eu " il ya à peine plus d'un siècle, ils sont mentionnés en 1828"..
Ce qui situerait donc bien la période des Racontars dans les années 30 ( et le récit du passé de Fjordur, qui sonne quelques peu  ruée vers l'or, pourrait en effet être antérieur d'une 30 aine d'années encore au moment où il le relate, soit lors de la ruée vers l'Or au Yukon vers 1899)
L'intemporalité des récits fait que jusqu'à présent je n'avais pas eu cette impression, mais il semble qu'il faille en fait les situer dans l'entre-deux-guerres.

Mais que vient donc faire Nanga dans une série de récits sur le Groenland? Hé bien, c'est tout simplement le lieu d'origine de Miss Ma-Kin Mahoon, la pétulante anglo-indienne dont l'avion vient d'échouer aux pieds de Halvor. Après une jeunesse passée en Inde, les yeux rivés sur la montagne Nanga, elle a été envoyée en Angleterre par son notable de père pour apprendre les bonnes manières, désireux de transfromer en lady cette bien peu digne héritière, et heureusement laissée aux soins d'un oncle un peu farfelu qui la laisse mener sa vie de garçonne comme elle l'entend.
Ma kin n'apprend donc pas le piano et l'art du thé et de la conversation mondaine, mais la mécanique, et dès que possible, à piloter un petit avion, et hop, direction l'Islande et les Montagne bleues du Groenland car la neige lui manque trop. Cette arrivée va donc se faire avec fracas, au propre comme au figuré. Car on sait déjà que ces chasseurs sont de rudes gaillards, mais qu'ils ne sont ni xénophobes ( on se serre les coudes, peu importe d'où on vient, c'est une nécessité) ni sexistes ( il y a tellement peu de femmes dans le coin que s'il l'une d'elle tombe du ciel, on ne va pas la rudoyer et lui dire de repartir, et puis elle est bricoleuse, donc loin d'être un boulet), et que toute nouveauté est une distraction bonne à raconter, amplifier, déformer, lors d'une prochaine visite au voisin à 300 kms de là.

Et leur vie libre d'entrave correspond bien au caractère  aventurier de Ma Kin.
Va-t-elle revenir dans un des tomes suivants, après avoir réalisé son rêve de revoir Nanga? Je n'en sais pas plus pour l'instant, mais j'ai déjà le tome suivant sous la main à lire dans les semaines à venir.

Jusqu'à présent j'ai illustré mes sujets d'images  montrant le Groenland en hiver au printemps, en été et à l'automne et c'est toujours aussi superbe, mais pour le plaisir voilà donc la montagne de Nanga ( maintenant au Pakistan 2° plus haut sommet du pays après le K2 et 9 °sommet du monde.. )

Je veux voir ça, en effet si je pouvais me téléporter là, maintenant - en anorak, hein - cette vue, l'air frais.. tout ce que j'aime et je comprend  la volonté de Ma Kin d'y retourner :)

lundi 25 mai 2015

Un curé d'enfer et autres racontars - Jørn Riel


Et voilà, 4° tome des aventures épiques de notre poignée de trappeurs zinzins du grand nord. Et dernier pour moi avant un certain temps, vu que la médiathèque n'a pas les tomes suivants.

7 histoires toujours plus ou moins crédibles et souvent drôles.

- Un cadavre bien conservé: souvenez vous, dans le précédent tome, j'ai dit qu'il y avait des départs. en l'occurrence un des chasseurs est parti  définitivement et les pieds devant. Sauf qu'il y a débat: sa famille espère bien le récupérer pour lui donner "une sépulture décente" et ses amis ont un idée bien précise sur ce qu'il aurait voulu. Mais légalement, c'est la famille qui a raison il faut donc conserver l défunt présentable d'ici le passage du bateau, plusieurs mois plus tard. Tant que c'est l'hiver, pas de souci, on le colle à la remise entre les provisions, il restera congelé tranquillement. Mais lorsque le printemps arrive... pas de souci, Bjørken à la solution: saumurer son patient comme un hareng géant , le coller dans 2 tonneaux scellés et mettre le tout au creux d'un iceberg, plus de danger qu'il dégèle. Sauf qu'un iceberg ça dérive et que le cadavre en salaison semble bien parti pour son dernier voyage.. au sens propre.
Oui dit comme ça, ça parait sordide, mais du moment qu'on aime l'humour noir, les idées de Bjørken ne manquent pas de.. sel.

-Le chien qui perdit la voix: Fjordur, dont on a découvert la passion secrète dans le tome d'avant, a un chien favori. L'animal et son maître s'entendent à la perfection, et "discutent" jusqu'au jour où.. un bête accident, et le chien perd la part la plus expressive de sa personne: sa queue. Le chien devenu " muet" en fait même une dépression nerveuse.
Une histoire un peu décevante: sachant quelle est la passion de Fjordur, je m'attendais à ce qu'il " bricole" une prothèse à sa bestiole, ce qui aurait été du "plus bel" effet - aheum. Mais non, et c'est dommage, je me sens flouée .

-El dedo del Diablo: dans la famille des hurluberlus qui viennent parfois se perdre sur la banquise, je demande l'oncle d'Amérique du Sud. Le chasseur Svendsen a passé plusieurs années quelque part au fond de la jungle. D'une part c'est un incroyable fanfaron qui adore raconter ses "aventures" improbables pour le plus grand plaisir des autres hurluberlus locaux. D'autre part il a ramené avec lui Magdalena. Ce n'est pas sa femme, juste son "petit" animal de compagnie. Du genre long de 5 m, vert et jaune, couvert d'écailles avec une langue bifide. L'arrivée du premier boa constrictor jamais vu dans le grand nord provoque évidemment un foin pas possible. Là encore humour noir et cocasse, comme j'aime.

- Le petit Pedersen: autant  Svendsen était fanfaron, autant Pedersen est geignard: tout petit, plutôt moche, il n'a pas grand chose pour lui, mais serait supportable s'il arrêtait de se plaindre sans cesse. Il met sur le compte de sa taille son absence quasi totale de succès auprès des femmes, mais qui voudrait d'un pleurnichard. Lodvig, le malheureux qui va devoir se le coltiner pendant toute une saison décide que pour sa propre santé mentale, il est nécessaire de faire subir à Pedersen une thérapie de choc qui lui fera reprendre confiance en lui.. et par conséquent, fermer son clapet. La solution de Lodvig est risquée, mais, contre toute attente, efficace.

- une épopée littéraire: On le sait, plusieurs mois de vie dans l'arctique, coupé du monde, ça monte au cerveau, et les lubies bizarres, guettent.Après les bonbons au chocolats, après la scie musicale, le tricot et que sais-je encore, c'est Anton qui est pris d'une folie littéraire et décide de devenir romancier. Problème, il n'y a qu'un seul crayon dans toute la région, et il ne peut pas attendre l'arrivée du bateau, sinon, il risque d'oublier  les idées géniales qui vont faire de lui le romancier le plus novateur de l'histoire de la littérature danoise . Or, problème, par un malheureux concours de circonstance, il avale le dernier bout du dernier crayon. que faire? La encore la solution est.. inattentue et implique 35 boites de sardines à l'huile.
Ok, cette nouvelle là n'est pas fine, mais la série d'événements qui conduisent à l'ingestion du crayon est tellement racontée de manière épique, que je n'ai pu que rire.

- la puce: moins encombrante qu'un boa, c'est cette fois une puce, qui déboule dans le grand nord, bien au chaud dans une cargaison de fourrures. Une puce qui , malgré le nombre incroyable de chiens qui se trouvent dans le secteur, va préférer s'en prendre aux humains.. avec plus ou moins de succès ( certains son trop coriaces.. ou risquent de lui coller une gueule de bois!). Et déclenche une névrose collective. Encore un récit épique.. vu du point de vue d'un parasite.

-un curé d'enfer: Les habitants du nord-est du Goenland sont un peu jobard, on le sait. Leurs visiteurs sont encore pire. La vieille anglaise venue faire un safari en emportant sa salle de bain dans le tome 2, ou le père Polleson dans celui-ci. Ce missionnaire fanatique et xénophobe envoyé évangéliser le sud-est du Groenland a fait tellement de scandale, voyant de la luxure partout, que les autorités religieuses ont décidé d'envoyer la patate chaude dans le nord ouest.. à charge d'évangéliser la vingtaine d'habitants du coin. Déception pour Polleson, il n'y a pas une femme à l'horizon, il ne va pas pouvoir tarabuster son monde avec la luxure, il va falloir trouver autre chose. Et le fait que tous les chasseurs sont plus ou moins bouilleurs de cru lui offre la solution: il va à lui tout seul monter une espèce de ligue anti-alcoolique et faire des choses très chrétiennes: se mettre en colère, tromper son monde, extorquer de faux aveu, voler des bateaux.. pour faire le tour de la côte et détruire nuitamment tous les alambics qui se trouvent sur sa route. Les habitants sont plutôt pacifiques, mais il y a quand même des limites à leur patience.

La encore il y a des nouvelles que j'ai plus appréciées que d'autres, en particulier la première  et celle du boa pour leur humour volontiers noir et la dernière qui montre la résistance farouche d'une poignée de gens un peu mécréants, mais plutôt tolérants quand on leur fiche la paix, contre un religieux obtus qui veut les évangéliser de force. Même au bout du monde, on n'a pas a paix!

Je vous avais déjà montré le Groenland au printemps, et en été voilà le Groenland en automne

lundi 30 mars 2015

La passion secrète de Fjordur et autres racontars - Jørn Riel

3° escapade polaire en compagnie des chasseurs hauts en couleurs de Jørn Riel . Après La Vierge Froide, et un safari arctique. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils sont égaux à eux-mêmes: râleurs, bagarreurs, mais avec la plupart du temps un sens de l'amitié et de la solidarité tenace.
La vie dans ce petit coin de l'arctique est toujours aussi monotone, enfin, tant qu'aucune Lady aventurière ne se met en tête de venir y chasser, et pour tuer le temps on continue a raconter des histoires, peut-être vraies.. ou peut-être pas.
Il vaut mieux avoir lu les deux précédents tomes pour suivre, car certaines nouvelles font  références à des événements précédemment narrés, mais ça n'est pas absolument nécessaire, la plupart du temps, il s'agit d'un simple rappel comme la fois où Emma, la femme imaginaire a fait le tour de la côte, ou lorsque Vieux-Niels a été pris pour un cochon par son compagnon de chasse.

Dans ce microcosme composé d'une poignée de suédois, de danois et de norvégiens, qui vivent en bonne entente la plupart du temps, le moindre micro événement prend des proportions.. légendaires. Les chasseurs taiseux deviennent curieux comme des pies.

Dans L'épreuve de virilité, on retrouve les trois de Bjørkenborg, à savoir Bjørken, Museau et Lasselille le naif. Ce dernier n'a toujours pas réussi à avoir le moindre ours après plusieurs saisons passées au Groenland est est donc bien décidé à repartir sur le continent s'il n'arrive pas à en chasser au moins un avant la fin de l'été. Ses copains n'ont pas vraiment envie de le voir partir et décident donc de lui organiser une partie de chasse préparée au détail près... mais comment arriver à faire venir un ours au plus près de leur cabane, ça, c'est moins simple.
Le trio n'est d'ailleurs pas au bout de ses peines. Dans un cas d'autodéfense, ils se trouvent aux prises avec la créature la plus dangereuse qu'on ait jamais vue sur la banquise: un fonctionnaire zélé autant que borné, qui s'incruste, muni de sa toute puissante circulaire, réquisitionne leur minuscule cabane, réclame du thé et des tartines de miel au petit déjeuner et menace de les faire tous renvoyer au Danemark si ses exigences ne sont pas satisfaites. Lorsqu'enfin, un beau matin le fonctionnaire disparait corps et bien, les trois vont évidemment se soupçonner les uns et les autres de l'avoir "aidé" a disparaître, puisqu'ils avaient si souvent parlé de cette possibilité d'un accident.
On y verra aussi comment la civilisation arrive jusque dans ce coin perdu du monde ( la maison de concert) sous la forme de l'installation d'un relai télégraphique tenu par un duo...disons qu'il y a un télégraphiste et un champion cycliste qui fait marcher le télégraphe en pédalant. Ce qui signifie aussi par la même occasion, l'apparition du premier vélo sur la côte groenlandaise (il se révélera utile, enfin, lorsque Doc, le cycliste qui , ayant passé sont brevet de secouriste, fait aussi office de service aura appris à pédaler dans la neige). doc est aussi mélomane averti, et grand amateur de scie musicale, ce qui.. scie les nerfs de son malheureux binôme obligé de supporter quotidiennement ces couinements que tout le monde trouve si expressifs.
Il y a un départ, celui de Lause, qui dans le premier tome s'était fait construire les seules toilettes en dur à des kilomètres à la ronde ( Un étrange duel), suite a une dispute pour un prétexte fallacieux avec le lieutenant, qui dégénère en duel - car oui, dans ce coin là aussi, la solitude à tendance à porter sur les nerfs, et si la plupart du temps les frictions se règlent autour d'un verre d'eau de vie maison, parfois, elles dégénèrent ridiculement.
Il y aura une arrivée aussi (L'héritage du Comte): on apprend que le comte est vraiment Comte. si, et qu'il vient d'hériter d'un domaine au Danemark. Mais comme il n'a guère envie de se bouger, c'est le notaire chargé de l'affaire qui se déplace jusqu'au Groenland, bien décidé à régler ça en un tournemain. c'est sans compter avec l'horreur pure que peut être la traversée sur un baleinier pour un homme de loi qui n'a pas le pied marin, ni avec la beauté pure du Groenland au printemps qui peut avoir l'effet d'une révélation quasi mystique sur le même homme de loi.

Et puis il y a la mystérieuse passion secrète de Fjordur, un truc tellement inavouable que lorsqu'elle a été découverte, il a du quitter ses précédents postes dans d'autres régions, étant l'objet de moqueries. Aussi lorsqu'il s'enferme, l'intégralité des habitants du coin se perdent en conjectures: accès soudain de religiosité? picole en cachette? addiction aux bonbons de chocolat? activités "manuelles" privées? mais tout ça s'est déjà vu, et si ça n'est pas très reluisant, ça n'est pas illégal. Donc, il va falloir établir un plan de bataille pour l'obliger à sortir de chez lui.. ou au moins trouver ce qui l'occupe tant. Et certes, c'est inattendu pour un chasseur, mais la population locale est toujours prête à accueillir l'inattendu avec curiosité et même à s'y plonger avec joie.

On conclue ce tome avec l'histoire de Laban, le chien de Lodvig, qui a dû rester au Groenland alors que son maître part pour quelques mois à Copenhague se faire opérer. Mais Laban a fermement décidé de retrouver son maître et dans une épopée digne du retour d'Ulysse à Ithaque ( avec en prime une petite référence marrante à Cronos dévorant ses enfants), va tenter de retrouver son maître .. non sans avoir mis une sacrée pagaille en France, en Belgique, en Allemagne et en Hollande. Carrément!
Cette dernière histoire est vraiment à l'image de l'ensemble des racontars: Hénaurme! Ils ne sont pas sans rappller ces histoires de pêcheurs marseillais qui font d'une sardine un véritable monstre marin, à force de bagout.

Donc toujours un plaisir de retrouver cette communauté qui arrive à rendre la visite d'un fonctionnaire un peu casse pied digne d'une malédiction divine, et l'installation du télégraphe digne d'un miracle. Il y a toujours beaucoup d'humour.. et volontiers noir, car malgré tout, la vie est âpre ( qu'on se rappelle de la tournée des cabanes d'un cadavre congelé ou de l'histoire du roi Oscar dans le Tome 1)
trouvé sur un site de voyage: le Groenland en été!
Nul doute que je vais continuer ces lectures.. rafraîchissantes, on se marre bien avec ces vieux râleurs nordiques et la description du Groenland au printemps et en été donne vraiment envie de tout plaquer pour aller en vacances là bas.
Idée 12: ce qui se mange au dîner: de la soupe, un poulet rôti..

dimanche 23 mars 2014

Un safari arctique et autres racontars - Jørn Riel


tome 2 des aventures drôlatiques d'Anton, Valfred, Mads Madsen et leurs copains, tous chasseurs perdus sur un coin de banquise au nord-est du Groenland, que j'avais découverts et appréciés l'été dernier. J'ai pu trouver assez vite cette suite, me voilà donc repartie pour les terres boréales
Même principe que pour le tome 1, il n'y a pas vraiment de héros, chaque trappeur connaît son moment de gloire dans une ou l'autre des nouvelles du recueil, enfin, si on peut parler de gloire dans le cas où on se retrouve en caleçon et chaussettes à engueuler un ours blanc qui voit déjà en vous son prochain dîner, et qu'on réussi à sauver sa peau par un incroyable concours de circonstances (la balle perdue), ou qu'on se retrouve à dériver pendant plusieurs jours sur un iceberg, avec pour seule compagnie un type qui passe son temps à dormir, un réchaud, une bouteille de schnaps et de la viande de phoque. (un petit détour).
Mais grosso modo, c'est tout un univers et ses habitants qui se dessine, touche après touche, nouvelle après nouvelle, un univers où le temps est une donnée élastique, où la survie est un enjeu de chaque instant, et où l'amitié seule peut permettre de ne pas sombrer dans la déprime. Ce qui manque arriver à Anton, l'étudiant venu au pôle avec plein d'idées préconçues sur la vie arctique et qui se voyait déjà en héros des glaces, lorsqu'il se frotte à la réalité de la vie quotidienne, un peu plus dure qu'ailleurs, mais tout aussi routinière, surtout lorsque la nuit s'étire sur plusieurs mois (le bruant des neiges).

Malgré tout, je conseillerai aux futurs lecteurs de prendre les tomes dans l'ordre, car ce volume 2 fait référence à des événements narrés dans le premier (un petit détour fait largement référence au dressage d'un lieutenant du tome 1,et  ce qu'il advint d'Emma, est la suite directe de la vierge froide, où on apprend ce qu'est devenue la femme imaginaire que Mads Madsen avait inventé un soir où il était en verve, et dont il avait cédé " les droits d'auteur" à l'un de ses copains, permettant ainsi ça cette idée de poursuivre sa "vie") Car c'est bien de ça qu'il s'agit. Un des personnages dit ici qu'un récit grandit en passant de personne à personne, en vivant sa vie, en se voyant enjolivé de détails. On est dans une culture orale pas si éloignée des légendes ou  des contes. qu'importe si, au lieu de dieux et de héros, on a ici des chasseurs plus ou moins portés sur la bouteilles. D'ailleurs,  les gens qui me connaissent peuvent s'étonner de me voir passionnée par des nouvelles qui parlent de chasse, moi qui déteste ça. C'est assez simple: jamais on ne ressent chez eux d'agressivité gratuite, ils chassent soit parce que c'est leur travail ( on est dans les années 50, et le commerce de la fourrure n'est pas encore mal vu), soit par nécessité, pour se nourrir ou se vétir ( et l'ours tué par accident dans "une balle perdue" est mangé, et sa peau sert à réparer le traîneau qu'il avait endommagé), ce ne sont pas des meurtres gratuits par plaisir de tuer. Cette notion apparaît dans "un safari arctique", via l'autoritaire Lady Herta, vieille dame chasseuse dans l'âme venue sur la banquise uniquement pour le plaisir de tirer sur un boeuf musqué, et qui par son ridicule ( elle vient chasser "à la rustique", mais il y a quand même besoin d'une douzaine de personnes pour porter son équipement qui comprend plusieurs tentes, une baignoire pliante, de la vaisselle en cristal, des boites de conserve exotiques..), fait ressortir le bon sens et la simplicité des autochtones, pas plus natifs qu'elles, mais, cerise sur le gâteau, c'est l'occasion de quelques vannes bien senties sur l'esprit colonial.

Donc, une très bonne lecture qui me convainc de poursuivre l'aventure arctique, quand l'occasion s'en présentera ( en fait très bientôt, car je viens de gagner à un concours le tome 3 d'une adaptation en BD, qui correspond en fait à l'adaptation graphique de 3 nouvelles issue de ce volume)

et allez, une petite citation car, quand même, :"la baie était incroyablement belle. Les restes de glace de l'hiver brillaient à la manière de sculptures blanches, comme jetées par une artiste fou dans l'eau verte et paisible. Les seuls mouvements perceptibles, c'était les ombres des nuages d'été flottant et des petites ondes concentriques provoquées par la glace qui dégoulinait. A l'extrémité nord de la baie s'ouvrait une large vallée entre de sombres parois de montagnes. Le fond de cette vallée était couvert de bruyères en fleurs et scintillait de couleurs bleues et violettes"
Groen- land, terre verte, c'est marqué dans le nom. Nom d'un casque viking, mais si on me donnait l'occasion d'aller passer l'été là haut au frais, j'irais sans faute!

mercredi 7 août 2013

La vierge froide et autres racontars - Jørn Riel

Il fait chaud. Il fait très chaud chez moi ces jours -ci. Et dans une recherche de fraîcheur, je suis tombée sur ce titre très curieux chez un bouquiniste. Un titre intriguant, une série de nouvelles qui se passent au Groenland, il n'en fallait pas plus pour me tenter!
et ce fut une bonne pioche, ces histoires de chasseurs du grand nord sont assez irrésistibles, volontiers absurdes ou teintées d'humour noir. Et l'auteur sait de quoi il parle, puisqu'il a vécu 16 ans au Groenland dans les années 50/60 et que toutes ses histoires sont inspirées de son expérience.

Car de quoi s'agit-il? De quelques instantanés du quotidien d'une poignée de chasseurs danois, en mission sur la banquise, certains y sont tout au long de l'année, d'autres apparaissent le temps d'une saison et repartent ensuite, laissant parfois d'étranges souvenirs ( tel le tatoueur qui ne chasse jamais, décore tout le monde en échange de cuirs et de peaux, et repart en ayant fait sa saison sans même lever le petit doigt).
 Car on est là dans un univers où les données communes n'ont plus court, le temps comme l'espace sont comme élastique. Un endroit où il ne faut pas moins de 5 jours de traineau à chiens pour rendre visite à un copain qui habite à 150 kilomètres.On comprend que, dans ce cas, les visites ne se fassent qu'une fois l'an, et durent plusieurs semaines. Et que lorsque quelqu'un meurt en plein hiver, la solution est de le laisser congeler et de l'amener en traîneau ( pour éviter qu'il ne soit mangé par un ours par exemple) de poste en poste, afin de convier tout le monde aux funérailles.
Dans ce monde, la solitude est le lot de tous, pour la rendre plus supportable les chasseurs cohabitent par deux dans un poste, situation qui peut être un grand soulagement pour les tâches, mais peut facilement devenir un enfer en cas d'incompatibilité d'humeur. Car le moindre désaccord peut vite prendre des proportions insoupçonnables, et le moindre événement qui vient rompre la monotonie du quotidien est une bénédiction, ce qui donne des images parfois complètement loufoque, à l'image du chasseur Herbert qui adopte un jour un coq et se met à le promener en laisse sur la rive, ou du vieux-Niels, qui préfère emménager dans une porcherie, avec le cochon qui doit être mangé à Noël, et lui lit à haute voix l'un de ses seuls livres; "  Instructions, connaissances et navigation dans le Sud Groenland". Le reste du temps, on chasse, on se raconte des histoires, on philosophe.. et on noie tout ce qui peut se noyer dans l'alcool
Car la solitude, la quasi -absence de femmes dans la région, et l'abus de gnôle maison pèsent vite, ce qui donne un ton à la fois drôlatique, mais très mélancolique à toutes ces nouvelles.
J'aime énormément les sous-titres décalés d'ailleurs. Par exemple : Tournée de visites ...où Herbert en viendrait presque à préférer Lodvig quand il fait la gueule.

Des 10 nouvelles, j'ai particulièrement aimé Alexandre ( celle où Herbert adopte Alexandre le coq, à la suite d'une beuverie mémorable, pour son côté surréaliste), Tournée de visites ( comment se débarrasser d'un copain qui vous raconte sa vie.. jour et nuit. Pendant des jours. en essayant de refiler la patate chaude à un autre bavard ); Le Tatoueur ( pour les suggestions complètement loufoques de tatouages, par exemple, une patate pour celui qui cultive son carré de potager), la vierge froide ( où le dénommé Mads Madsen s'invente une relation avec une certaine Emma pour frimer, sans prévoir que ses amis vont se mettre à fantasmer sur cette invention, au point de vouloir lui acheter le droit d'en rêver. C'est drôle, c'est un peu dingue, j'adore!), De joyeuses funérailles ( pour l'humour noir qu'il y a à trimballer un cadavre gelé à travers tout l'est du pays pour finir par l'inviter à ses propres funérailles, car après tout, c'est en son honneur, non?) et une condition absolue ( où l'arrivée de la civilisation, sous la forme de toilettes, de vraies toilettes, sème la zizanie dans la petite communauté)

La toute dernière : Le roi Oscar, se termine quand même de manière assez dramatique, et, j'espère en voir la conclusion dans un prochain tome. Car oui, il y a d'autres tomes, tous titrés XXX et autres racontars, et c'est avec plaisir que je retrouverais Herbert  et Bjorken les philosophes, Anton et Lasselille les "bleus", Mads Madsen et William le noir, Lodvig qui fait la gueule et leur comparses..
Une très bonne découverte!
8/24