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mardi 28 juin 2022

A woman of no importance - Oscar Wilde.

 Deuxième lecture étrangère en VO, après les nouvelles en russe, voilà une pièce en anglais.


4 actes pour une pièce qui se passe en  quelques heures.

Soirée Mondaine chez Lady hunstanton, quelque part dans la campagne anglaise. Tout le gratin de la région est présent: lords, ladies, un archidiacre, une invitée américaine et Gerald, modeste employé de banque, mais fils d'une proche amie de Lady Hunstanton.

L'événement de la soirée, c'est la réussite de Gerald, à qui le dandy Lord Illingworth, diplomate, vient de proposer une place très convoitée de secrétaire particulier, simplement parce qu'il l'a pris en sympathie. Si Gérald, bien qu'il travaille pour gagner sa vie, est  bien accueilli et apprécié de tous, ce n'est pas le cas de Miss Hester Worsley, l'américaine. Certains la trouvent sympathique, pour d'autres c'est une curiosité ( une authentique puritaine américaine, c'est aussi typique que les rodéos ou la statue de la liberté), pour d'autres, comme Mrs Allonby, la grande mondaine, son rigorisme est antipathique au possible. Elle ne veut même pas se livrer à des joutes verbales, et dit clairement ce qu'elle pense sur les relations hommes/femmes sans badiner, c'est dire!
Donc, dans une situation qui rappelle un peu, en moins retors, Les liaisons dangereuses, Mrs Allonby met au défi Lord Illingworth, célibataire convaincu et séducteur patenté, d'embrasser la puritaine.

En parallèle, Mrs Arbuthnot, la mère de Gerald, qui sort très peu, vient cependant à l'annonce de la bonne fortune de son fils, et reconnaît en Lord Illingworth, futur employeur de son fils, le propre père de Gerald. Il n'a jamais voulu l'épouser, la contraignant, en vertu de la morale de l'époque dans la haute société, à aller se terrer à la campagne sous un faux nom, en se faisant passer pour veuve.
C'est elle la " femme sans importance" aux yeux d'Illingworth. Evidemment, pour préserver son fils, elle ne lui a jamais rien dit en 20 ans, et c'est précisément ce soir là que tout bascule: Gerald se découvre un père indigne, dans la personne de son employeur apparemment parfait. Qui plus est, Gerald en pince sérieusement pour Hester, que justement, Illingworth vient de harceler sexuellement ( embrasser de force, bon à l'époque, on ne parlait pas de harcèlement sexuel). Que faire?

Le problème de la mère de Gerald, c'est qu'elle est aussi puritaine qu'Hester. Et depuis 20 ans, elle se conforte dans l'idée qu'elle est une moins que rien, une pécheresse, parce que sa religion le lui dit. Mais en même temps, elle ne veut pas non plus que son fils (avant l'épisode du harcèlement, qui le fait changer totalement d'avis) parte avec ce père mauvais exemple, bien qu'il veuille rattraper le coup  financièrement en mettant ce rejeton inattendu sur son testament. Alors qu'elle se plaint que depuis 20 ans, il ne fasse rien pour cet enfant.
Mais ne veut pas qu'il compense, parce que c'est un peu une mère crampon, très possessive qui ne veut absolument pas que son fils s'éloigne d'elle, elle ne vit que pour lui. Donc, un paradoxe ambulant: elle se maudit pour son péché, s'en veut à mort, mais ne s'en repent pas, parce que le résultat de cette erreur de jeunesse est un fils qu'elle adore.

Et pendant toute la lecture de ces échanges souvent vachards entre membres de la noblesse anglaise, en 1893, j'ai eu une idée en tête tenace.
Tous parlent de dominer le monde et de classes sociales. Ces gens imbus de leur position sociale, fiers de leur oisiveté, sont en train de se faire rattraper par la "jeune" Amérique, incarnée par Hester Worsley, qui fait littéralement sans efforts, par son franc parler et ses principes, et sans même le chercher, la conquête de Gerald, l'anglais qui se veut moderne, mais étouffe dans le carcan des conventions sociales.
Gerald travaille pour gagner sa vie, c'est une déchéance pour un noble anglais même désargenté, mais c'est une qualité très prisée par l'américaine.  Plutôt que de chercher à faire carrière à l'ancienne en Angleterre, l'Amérique lui tend les bras, à tous les sens du terme.

Mais également tous ces discours sur le pouvoir sonnent incroyablement dérisoires. On est en 1893, littéralement en une génération, 21 ans plus tard, le monde ne sera plus jamais le même, et les dirigenats ne seront plus les mêmes. Replacé dans le cadre réel, la décision de renoncer à l'héritage anglais, et de partir en Amérique est la meilleure possible. Peut-être que c'est d'avoir vu il y a quelques années ce sujet évoqué dans Downton Abbey qui m'y a fait penser.

La pièce n'est pas à mon sens pas du niveau du Portrait de Dorian Gray (1890), même si dans les rapports "jeune naïf - adulte roublard" entre Gerald et Lord Illingworth, se retrouve un peu du rapport entre Dorian et Lord Henry, qui veut pousser un jeune homme bien rangé à devenir comme lui.
Par contre, elle vaut mieux à être lue en VO, parce que j'avais tenté d'écouter une version mise en scène audio, en traduction française, et certaines trouvailles savoureuses se perdent.

Lady Caroline, la femme anxieuse qui ne cesse de traiter son mari comme un enfant, le cherche sans cesse, et lui parle vraiment comme une mère de famille à un gamin de 10 ans.

Lady Hunstanton a une mauvaise mémoire et ne cesse de ponctuer les histoires qu'elle raconte de " il s'est passé ceci. Ou peut-être celà. Enfin, je ne sais plus".

L'archidiacre parle sans cesse de sa femme, pour finir toujours par conclure qu'elle ne fait plus ceci ou celà parce qu' elle est sourde. Et aussi, elle a la vue basse. Elle a des rhumatismes et ne brode plus. Elle ne mange plus solide depuis longtemps. Et elle a ses mauvais jours. Mais elle est très heureuse et ne se plaint pas de sa santé, même si elle s'en préoccupe beaucoup. A se demander si la pauvre femme est encore vivante...mais tout le monde préfère plaindre l'archidiacre qui a une patience infinie avec elle.

Lady Stutfield, peu intelligente, et influencable, répète toujours deux fois les adverbes, soulignant la pauvreté de son vocabulaire ( "it would be so very, very helpful." " yes, that's quite, quite true", "he is most, most trying".. etc je me demande si son nom " Stutfield" est un jeu de mots sur " stutter" bégayer. Dans la mesure où c'est Wilde, ça ne m'étonnerait pas.

Donc pas le meilleur texte de Wilde ( forcément, Dorian Gray est indépassable), mais en filigrane, à travers ce panier de crabes et leurs réactions souvent outrées, la critique sociale est fine: sur l'Angleterre en train de se faire "ringardiser" par l'Amérique.
Sur la condition des femmes, socialement punies, alors que les hommes ne le sont pas lorsqu'ils commettent la même erreur.
Sur une classe sociale qui tourne en vase clos, ferme les yeux sur les problèmes ( il y a quelques mentions des classes moyennes, exactement comme si c'étaient des animaux étudiés par un zoologue), prône des valeurs qu'elle ne respecte pas, tant que ce non respect des conventions n'est pas porté sur la place publique. Malheur à ceux, et surtout à celles qui n'ont pas su maintenir l'apparence de la respectabilité.



4 commentaires:

  1. Et bin tu donnes quand meme envie de voir cette liaison dangeureuse anglaise...ouii....la voir...

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    1. ha, c'est sur, le théâtre c'est plus sympa sur scène.
      J'ai essayé une version audio en français, mais, impossible de savoir qui était qui, qui parlait. On présente certes les personnages au début, mais sans entendre les voix qui y correspondent, c'est une captation à laquelle sont ajoutées les didascalies, donc.. sans l'image c'était trop compliqué à suivre.

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    2. OMG quelle horreur !...C'est pour les gens qui connaissent cette piece....autrement pas possible....

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  2. Je lirai plutôt le portrait de Dorian Gray... Mais pas en vo !

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