jeudi 11 décembre 2014

Les Royaumes du nord - Philip Pullman

Après avoir entamé Harry Potter, on m'a prêté le début de cette autre série jeunesse.
jolie illustration...

 Le sujet avait l'air sympa: des kidnappeurs qui sévissent à Londres, une petite fille qui part dans le grand nord pour essayer de libérer son meilleur ami qui fait partie des victimes, un univers alternatif où tout le monde se promène avec son "daemon" , un compagnon à l'apparence de petit animal doué de parole, qui on s'en rend assez vite compte, fait partie intégrante de son humain. Une sorte de manifestation de la conscience, qui ne peut pas s'aventurer trop loin de son maître. Un peu comme si Jiminy Cricket était relié à Pinocchio par un fil invisible.

alors là, j'annonce de suite la couleur, comme j'ai beaucoup à dire.. et  à redire sur ce livre, je ne vais pas faire dans la dentelle:
là, c'est on ne peut plus clair, ne venez pas gueuler que je vous ai tout gâché!

Lyra, l'héroïne, 11 ans, coule des jours tranquilles dans un collège assez huppé d'Oxford, ou elle est plus pensionnaire qu'élève. Sa vie est rythmée par les quelques visites de son oncles Lord Asriel, les mauvais tours qu'elle jours à tout un chacun, les bagarres avec les enfants des rues lorsqu'elle sort du collège, les escapades sur les toits ou dans les caves avec Roger, un gamin de son âge, qui travaille en cuisine.

Qui travaille? Mais attends ça se passe à quelle époque?

Ben à aucune. Et c'est là un petit peu le premier problème: on est dans un univers alternatif, en Angleterre, à Oxford , puis à Londres. Donc en terrain connu, sauf que... Sauf que les canaux et rivières anglais sont sillonnés par des péniches de gitans, lesquels se réunissent dans des marécages situés quelque part entre l'Angleterre et les pays bas. Sauf que tout le monde a un daemon. Sauf que le pays, et même apparemment toute l'Europe est sous l'autorité d'une sorte de secte religieuse qui s'oppose à la science. Sauf qu'on s'y éclaire à l'énergie ambarique, sans que ce terme ne soit jamais expliqué. Mais en même temps, on y connait l'atome, les photons, les particules élémentaires, on y pratique la théologie expérimentale, et  les autorités ecclesiastiques, représentés par la flippante Madame Coulter sont a couteaux tirés avec Lord Asriel sur la "Poussière", une sorte de particule élémentaire qui semble attirée par les adultes, mais pas par les enfants.

Madame Coulter est gentille, jolie, douce etc...et très colérique et accessoirement la chef du gang des ravisseurs à la solde de l'Eglise, qui enlève les enfants pour mener sur eux des expériences sadiques aux confins du grand nord.
Accessoirement, je ne peux pas la prendre vraiment au sérieux, étant donné qu'elle me fait penser à un hybride entre:

cette folle dégénérée pour le côté enlèvement d'enfant
et

cette folle dégénérée pour le côté enlèvement de masse et sacrifice
Sadiques oui, on cherche un moyen de les séparer de leurs daemon, une expérience traumatisante et potentiellement mortelle qui tient de la torture, de la lobotomie ( les gens privés de daemon sont mornes et  apathiques) et le mot est clairement dit à un moment , de la castration. Oui, car pour les autorités religieuses, on pense que si la Poussière est attirée par les adultes mais pas par les enfants, la raison est évidente: la Poussière est une manifestation physique du péché originel, rien que ça. Et que donc pour conserver les enfants purs du péché originel, il faut leur faire subir une petite opération.  Et comme les deamon ont la particularité de pouvoir changer de forme tant qu'on est enfant, et d'adopter une forme unique et définitive à l'age adulte..
Bon sang mais c'est bien sur, les daemons sont la manifestation du serpent de la génèse qui a tenté Eve, et le fait qu'ils trouvent leur forme finale à l'âge adulte prouve irréfutablement que Poussière = Péché Originel et Daemon = Démon.
Et donc pour protéger les enfants du péché ( contre leur gré, et visiblement celui du monde entier, puisqu'il faut le faire au bout du monde en toute discrétion au fin fond du grand nord), il suffit de les séparer de force de leurs daemon avec une petite guillottine conçue exprès pour..

''tendez.. Je note les mots qui apparaissent dans le bouquin: kidnapping, enfants mutilés,castration opération, guillotine, torture, sacrifices...
 Je vérifie l'âge du public visé sur la jacquette: " à partir de 10 ans".
on est bien d'accord...

SERIEUSEMENT? Je me suis mentalement mis dans la peau d'une lectrice de 11/12 ans, et je trouve ça quand même
- d'une part un peu compliqué entre les délires des fanatiques de dieu sur le péché originel, et franchement la branche scientifique n'est pas vraiment mieux: pour eux, la poussière est le signe d'un univers parallèle qu'on peut apercevoir sous forme d'une ville fantômatique dans les aurores polaires. Et l'énergie de désespoir dégagée par un enfant qu'on sacrifie en le coupant de son daemon peut ouvrir un pont entre les deux univers.. genre pont Bifrost de la mythologie nordique.
on est bien d'accord bis.

- D'autre part, carrément violent pour l'âge visé ( à moins que le public visé en Angleterre ne soit sensiblement plus âgé?) . M'enfin, entre Lyra qui est kidnappée à plusieurs reprise par Madame Coulter, qui se fait tirer dessus à coup de flèche par des mercenaires Tartares à la solde de cette dernière, qui manque se faire guillotiner - même si le lecteur adulte sait qu'à la moitié du livre l'héroïne sera sauvée in extremis, ce qui est un cliché parfaitement agaçant, au passage), qui se retrouve emprisonnée chez le roi des ours polaires et assiste à un duel d'ours ou le vainqueur tue, éventre le vaincue et mange son coeur.. Ah, j'oubliais: elle voit aussi plusieurs autres enfants mourir sous ses yeux ou quasiment.
Non, y'a rien qui vous chiffonne?

Les enfants, vous préférez être butés par les fanatiques religieux ou les fanatiques scientifiques? Vous préférez être canardé par des guerriers tartares ou par des sorcières? Ou alors vous avez le choix entre être mangés par des monstres des falaises ou des ours, c'est vous qui voyez. Je sais, on va m'objecter que les contes de fée sont violents. certes. Mais ils ne font pas 500 pages rien que pour le premier tome.

D'accord un livre jeunesse ne doit pas être forcément gnangnan, mais là il y a quand même exagération dans le sens inverse, ça saigne pas mal, et les thèmes sont soit incompréhensibles pour le commun des mortels
Ce délire mystico-scientifico-mormoil'noeud sur la Poussière, le péché originel et les mondes parallèles m'a paru très indigeste à 37 ans, alors à 10, je ne vous dis pas, je n'aurais même pas dépassé le chapitre 5.
L'héroïnes est agaçante. Lyra a au début du livre un vrai comportement de peste, doublée d'une je-sais-tout, le genre de gamins tête-à-claque qu'il est pénible de suivre pendant 500 pages, même si elle s'arrange par la suite en se prenant tuile sur tuile. Madame Coulter est totalement barge, le genre de personnage dont on pense "crève! crève! crève!" à chaque apparition. Lord Asriel est caractériel et au final totalement barge lui aussi. Les sorcières sont flippantes. Le mystère des parents de Lyra se devine à des kilomètres.
alors ai-je-tout détesté?
Non.
J'ai bien aimé les gitans qui sont les seuls adultes sympathiques de l'histoire, le petit Roger, qui réagit vraiment comme un enfant de 11/12 ans dans ce genre de situation: en ayant peur ( là où Lyra évolue trop vite, donc de manière peu crédible, de la petite peste intenable à l'héroïne courageuse qui doute peu)
Et surtout Iorek l'ours en armure. D'abord parce que je trouve agréable d'avoir un personnage central qui ne soit pas un humain, et même s'il sait bricoler et dispose d'un pouce opposable, il reste un ours blanc, marge à l'amble, grogne et mord. Et devinez quoi? C'est le personnage le plus sensé de toute cette histoire de fous!

Donc non, je ne lirai sans doute pas le tome 2: le scénario était prometteur mais part vraiment trop en sucette à mon goût. où si je le fais ce sera uniquement pour l'ours Iorek.

Je décerne donc pour la première fois sur ce blog la récompense ultime, la sucette d'or, destiné au scénario le plus prometteur qui part le plus vite en sucette. Et en plus à un livre que je n'ai pas détesté entièrement, mais qui m'a fait à longueur de page me demander si l'auteur n'était pas défoncé au plâtre quand il a écrit.
Le dernier Douglas Adams que j'ai lu m'a déçue, mais c'était de toute façon déjà à la base un scénario volontairement foutraque. Donc d'un point de vue scénaristique, les Royaumes du nord est une plus grande déception.

C'est agaçant de voir que d'une part un sujet prometteur est gâché par un auteur qui veut en faire trop, partout, toute le temps et semble partir dans ses délires en oubliant son objectif, et d'autre part de voir que ce livre a un noyau dur de fans, ce que je n'arrive pas, mais alors pas à comprendre. Bon sujet mais développent relou et raté.

Sifflez j'men fous!
bah, oui....
mot " royaumes" plus Iofur, le roi des ours
auteur anglais

2 commentaires:

  1. ahhhh j'adoooooore ton billet !!! Et le prix sucette !!!!! Tu devrais lire plus souvent des nanars, qu'est-ce que j'ai ri !!!!!

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  2. disons que ce magnifique prix est à la hauteur des critiques élogieuses que je lis à peu près partout. Des nanards ou des navets, j'en ai lus, mais je ne leur ai rien décerné, parce que dans le fond, je 'en attendais rien si ce n'est une grosse rigolade ( genre "nuits de pleine lune" de chez Harlequin). Même pour Twilight, je m'attendais à un truc assez moisi, donc, pas de déception vraiment. Là, eu égard au succès de la chose, je m'interroge encore :)

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