dimanche 26 juin 2011

Mythes Incas - Gary Urton

Troisième et dernier petit essai de la collection point sagesse, avant la fin du défi Mythes et légendes, sur les mythes incas cette fois.

et qu'y apprend-on? Pas mal de choses sur l'archéologie d'un royaume qui s'est étendu du sud de l'équateur jusqu'au milieu du Chili et une partie de la Bolivie, apparemment très organisé politiquement. Mais au final , très peu sur les mythes en eux mêmes. Contrairement aux mythes chinois, compilés très tôt dans l'histoire ( et trafiqués aussi) ou aux mythes égyptiens très bien documentés, le principal problème ici est le manque de données fiables ou précises.

Pour la raison très simple que le royaume inca n'avait pas de système d'écriture, ou tout au moins pas encore identifié. Tout au plus a-t-on retrouvé des quipus, ensembles de cordelettes nouées indéchiffrables pour les non-initiés, qui servaient surtout à coder des données, qui étaient ensuite retransmises en "lectures publiques" par les experts. De même pas de dates précises ni de certitudes quand au règne de tel ou tel roi, réel ou mythique. Contrairement aux langues mayas ou aztèque par exemple.

Deuxième problème évoqué par l'auteur: le royaume incas s'est structuré en absorbant différents peuples isolées dans les vallées andines, qui avaient chacun leurs traditions, leurs rites, leurs mythes d'origine, etc... destinés à les différentier des ethnies des vallées voisines,qui ont été remaniés lors de la conquête inca, pour justifier la domination en donnant à tous ces peuples épars une unité culturelle, via le mythe de création "officiel", plaçant les incas et leur roi au sommet de la hiérachie. Exit au passage donc, les mythes andins preexistants.

Troisième problème: les seuls écrits qui nous sont parvenus datent de la conquête espagnole, donc soit rédigés par des religieux chrétiens forcément partiaux dès qu'il s'agit de dénoncer les "hérésies" telles que le culte des momies ancestrales ou du dieu du soleil. Soit par des autochtones convertis, désireux de complaire à l'envahisseur - ou de sauver leurs têtes-, qui proposent des version tronquées ou remaniées des mythes afin de les faire ressembler le plus possible aux croyances chrétiennes. Les meilleurs "enquêteurs" ont compilés les récits fait par un certain nombre de lecteurs de quipus pour les recouper, ce qui donne au mieux un corpus assez touffus et peu homogènes de mythes tronqués ( car rien ne peut permettre que les lecteurs de quipus n'ont pas eux aussi, remanié à leur sauces les légendes locales). Des récits de seconde ou de troisième main.

Ainsi le dieu Viracocha, dieu créateur, présenté comme un homme blanc, barbu, vêtu de blanc, assisté de ses deux fils.. impossible de démêler s'il s'agit d'un triade divine ou d'une transposition de la trinité chrétienne.

Et c'est bien dommage, car on devine aux extraits proposés ( toujours avec les pincettes de rigueur), que la mythologie pré-inca d'abord et inca ensuite devait être très variées, vu les caractéristiques géographiques du pays, et originale. On ne saura pas non plus exactement quelle sont les différences fondamentales entre les deux dieux principaux, Viracocha et Pachacamac, ou s'il s'agit simplement de noms locaux d'une même entité. On n'apprendra pas non plus grand chose au sujet des croyances locales, écrasées par celles de l'élite Inca. Tout au plus que le culte des momies et des lieux sacrés ( grottes, montagnes, sources..) a perduré pendant au moins deux siècles après la conquête, au travers de relations de procès en idolâtrie par les missionnaires.

Donc, si l'opuscule est intéressant au niveau historique, il est en revanche frustrant en ce qui concerne les légendes, puisque deux invasions les ont complètement dénaturées ou effacées. Et qu'il est impossible de démêler ce qui est historique ou légendaire ( Viracocha le dieu est-il une version mythifiée du roi Viracocha Inca qui a vécu vers 1430, ou le roi tirait-il son nom d'une divinité préexistante?). L'auteur tente pourtant de dégager les mythes de création ( céleste, humaine), de destructions ( car contrairement à ce que l'on trouve dans d'autres cultures, ici pas de mythe d'une destruction du monde suivie d'une âge d'or, mais d'une série de destruction ou plutôt de révolutions périodiques) ou de légitimation de la royauté ( via les mythes de création). Mais tout celà reste très morcelé, et ce ne sont pas les sources proposées qui vont vraiment faire avancer les choses ( la plupart sont des ouvrages anglophones, une mini bibliographie francophone est proposée en appendice, mais beaucoup d'ouvrages jeunesse là dedans).

Une mythologie condamnée donc, à rester très parcellaire, pour cause de bouleversement politiques successifs. Oui, très frustrant! Mais au moins j'aurais appris des choses sur la société inca, telle qu'elle était lors de la conquête espagnole, c'est déjà ça.

( et maintenant.. une envie: je me reverrais bien LE dessin animé culte de ma pas trop lointaine jeunesse: les cités d'Or, qui avaient un parti pris assez farfelu et SF, mais qu'est-ce que c'était bien!)

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