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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
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dimanche 14 août 2011

Fortune de France tome 1 - Robert Merle

442p/1000
un deux trois c'est parti, on attaque les choses sérieuses, car c'est avec cet ouvrage en plusieurs tomes que je prends part au défi des 1000 pages proposé par Fattorius.. avec pour mission de lire au moins les 3 premiers volumes d'ici la fin de l'année ( le 1° est lu, le deuxième est bien entamé, ça va pouvoir se faire, moi je dis)

Comme certains l'auront compris, j'adore l'histoire. Et cette série me tentait depuis un bon moment déjà.

Et c'est un coup de coeur énorme! A tel point que sitôt fini le premier tome, j'ai déjà enchaîné sur le deuxième, ce qui est très rare chez moi.

Car le sujet pourrait paraître assez aride et complexe ( les guerres de religion au temps de Henri II, François II et Charles IX), mais Robert Merle a eu la très bonne idée  de choisir un angle d'attaque plus picaresque et humoristique que directement historique, et ça passe très bien. Et même si on y croise Catherine de Médicis, ses royaux fils, l'amiral de Coligny... ils ne sont pas le sujet essentiel du roman.

Donc après un premier chapitre qui nous présente de manière très humoristique la généalogie de Jean Siorac, devenu Chevalier puis baron, c'est à la destinée sa petite famille que l'on va s'attacher.. et à tous les sens du terme, tant cette famille composite est haute en couleur.

Car, en effet, les problèmes commencent, lorsque Jean le huguenot périgourdin, pardon, périgordin de noblesse récente à la morale élastique et au franc parler d'ancien soldat épouse Isabelle de Caumont, très hautaine dame catholique pratiquante fière de sa noblesse de longue date.

Car pour le narrateur Pierre de Siorac, la situation des huguenots au milieu du XVI° siècle, les guerres de religions, les massacres... tout celà n'a de réalité qu'au travers des chamailleries incessantes de ses parents, de la conversion plus ou moins forcée au protestantisme des domestiques, du culte secret à Marie que les chambrières établissent dans le grenier en douce du maître de maison...

Tout a moins de réalité aussi que les revers qui peuvent affecter les habitants d'un coin de campagne sarladaise à cette époque, pour qui les principaux dangers sont surtout les sécheresses, les mauvaises récoltes, la mortalité infantile, les bandes de gueux qui détroussent les voyageurs, les épidémies de peste ou de choléra qui ravagent régulièrement le pays... et pour qui il est clair que les luttes de parti entre catholiques et protestants sont surtout de fait d'excellent prétextes pour les seigneurs rivaux d'essayer d'agrandir leurs terres aux dépends de la population.

Mais tout ceci est brossé de manière assez humoristique, au travers de tableaux savoureux ( les veillées au château sont souvent assez savoureuses, à cause de la cuisinière Maligou, fervente catholique, qui voit le diable partout, mais qui n'a aucun complexe à herboriser pour les femmes du château, et à paillarder avec le curé du village car elle "connait les herbes et où les mettre")

Une charge assez drôle est aussi lancée contre la médecine de l'époque, les croyances sur les humeurs et tempéraments, les débuts de la prophylaxie...

Bref, on y trouve un instantané très agréable à lire d'une époque et d'un lieu en pleine mutation politique, humaine, médicale, culturelle...J'y ai découvert la coutume totalement tombée en désuétude de l'affrèrement, idée qui me plaît énormément ( car oui, après tout, c'est plutôt une bonne idée, s'adopter comme frères entre amis inséparables, afin que si l'un meurt l'autre puisse hériter comme un frère véritable.. une sorte de proto-pacs en quelque sorte!)

et c'est donc également une lecture qui compte pour:

- le challenge histoire

et
-le challenge année de naissance, car le premier tome est justement paru en 1977 ;)

- et aussi, le défi petit Bac, en catégorie lieu: La France

Quadruple emploi, yeeeeeah! (quintuple même, puisque Robert Merle est actuellement un peu mort, sans conditions particulières)

mercredi 3 août 2011

Vagabond T.1 - Takehiko Inoue

Voila donc le petit cadeau que j'ai reçu pour l'édition Masse critique spéciale BD de Babelio.

A l'occasion des 15 ans du manga de Inoue, Tonkam propose une édition "luxe", comprenant un set de cartes illustrées, et pour l'occasion une nouvelle couverture, plus " efficace" que la première je trouve.

Mais hormis les couvertures de plus en plus somptueuses au fil des tomes (celle du tome 30 et celle du tome 32  par exemple), l'autre raison qui fait que j'ai sauté sur l'occasion quand Babelio me l'a proposé, c'est qu'il s'agit d'une adaptation du roman de Yoshikawa, Musashi, que j'avais adoré l'an dernier.

Tout d'abord, précisons s'il en était besoin, qu'Inoue est l'un des mangaka les plus en vue de ces dernières années.Il a régulièrement les honneurs de grandes expos ( 2008 à Tokyo), d'invitations partout dans le monde...
Et je ne résiste pas à vous ajouter un image trouvée sur comics212, d'une fresque réalisée pour une librairie de New-York.. car le monsieur est aussi doué pour la peinture murale.

(Vous croyez que si je lui demande gentiment, il viendrait peindre un samouraï dans mon salon? En plus, c'est mon personnage favori du roman, là. Onegai shimasu Inoue sensei! )
Donc, revenons en à l'intrigue. Le premier volume reprend assez fidèlement la trame du roman, en élaguant par ci par là quand même - et donc, je suis contente d'avoir commencé par le livre de Yoshikawa, car il y a quelques ellipses pas évidentes a priori, et je peux plus facilement combler les lacunes narratives ( mais pour faire simple, le roman est un grand grand classique au Japon, que beaucoup de gens ont lu, il y a toutes les chances que le lecteur suive sans problème.) Dommage par exemple pour la scène du retour de Takezo au village, originalement pendant une fête, ou il retrouve Oko faisant de la calligraphie dans un temple, et non simplement au détour d'un chemin en forêt. C'est seulement qu'avec un graphisme pareil, j'aurais adoré voir une double page" fête de village". De même on ne voit pas encore apparaître le moine Takuan, qui va être un personnage essentiel.

 Le volume 1 du manga couvre à peu près le premier quart du premier livre (la terre), depuis la bataille de Sekigahara jusqu'au retour très peu triomphal de Takezo au village natal et à la guerre ouverte que lui déclare la vieille Osugi. Donc pour le scénario, aucun problème, le roman d'origine est suffisamment solide de ce côté là. C'est donc sur les illustrations que Inoue va devoir se distinguer. Mais vous aurez compris que de ce côté là, je suis conquise, absolument. Par contre, je conçois que le style puisse rebuter certains, on est dans un Seinen, donc le style est réaliste, et Inoue n'hésite pas à rendre une femme laide si son visage est censé être déformé par la peur. De même les détails un peu glauques de l'histoire ne nous sont pas forcément épargnés: ici une crise de gastro, là un bandit égorgé par le héros, un bras coupé d'un côté un nez casé de l'autre etc...

Son Takezo correspond assez bien à l'idée que je m'étais faite de Takezo au début de l'histoire, parfois jeune fou possédé par la folie meurtrière, parfois adolescent complètement désemparé lorsqu'une femme lui fait du charme.


Lorsque je l'ai reçu, je pensais ne pas continuer la série, car elle est toujours en cours avec 33 volumes à ce jour, et je manque sérieusement de place chez moi. Mais je pense qu'au vu de l'excellente impression que m'a donnée le premier volume, je vais avoir du mal à résister. Car je veux voir Takuan!

Ho et puis, je ne résiste pas, voila un petit exemple des cartes offertes avec le volume...(Dommage pour vous c'est encore Sasaki, le méchant de l'histoire, je n'ai pas trouvé en lignes celle avec Musashi et j'avais la flemme de les scanner)


Car la bataille de Sekigahara a eu lieu en 1600

mardi 2 août 2011

La ligue des gentlemen extraordinaires - Alan Moore

Première participation au challenge comics  de l'incontournable Mr. Zombi.

et pour un challenge "No super heros" je commence fort, avec 2 volumes d'une histoire de super héros. Cherchez l'erreur.

A vrai dire, ce titre me faisait de l'oeil depuis un certain temps, et c'est presque uniquement pour avoir l'occasion de le lire que j'ai intégré le challenge.

Une histoire de super héros oui.. mais pas n'importe laquelle. Car les gentlemen en question sont tous des personnages issus de classiques de la littérature fantastique, SF policière, jusque dans les rôles très secondaires ou les noms simplement mentionnés. de ce point de vue là, c'est une vraie réussite,  y compris dans les bonus. Le vrai plaisir est de chercher qui vient d'où et de quelle oeuvre. Le deuxième est que le scénario parodie allegrement les clichés du comics de super Heros, avec un non-sens et un humour souvent noir à la limite du macabre. J'aime tout particulièrement les  encarts délirants de fin de chapitres.

Ca commence très fort, lorsque la ligue est créée par un certain Bond.. Mr. Campion Bond, pour le compte de son supérieur, M ( ça vous rappelle quelque chose ?). A charge pour son premier membre, la psychorigide Miss Murray de rassembler et d'organiser une sacrée brochette de losers plus ou moins dérangés: Alan Quatermain , aventurier vieillissant et opiomane notoire; Le capitaine Nemo, pirate caractériel impossible a raisonner et son sous marin le Nautilus - rhoo qu'est-ce que j'aime ce design Steampunk!; Le timoré dr Jekyll, d'une inutilité patente, au contraire de son corollaire Hyde, créature gigantesque, simiesque, violente et mal embouché; et le détestable et pervers Griffin, qui se sert de son invisibilité pour commettre exactions, abus sexuels, trahison, vols, meurtres...

A charge pour la bande de bras cassés de retrouver un mystérieux élément anti-gravité volé par la mafia chinoise de Londres.. péripéties qui n'ont pas bien d'importances, sinon de faire s'affronter M ( Miss Murray misait sur Mycroft Holmes, elle n'est pas tombée loin, et j'avoue être très fière d'avoir dénichée avant elle le Napoléon du Crime derrière son initiale, mwahahaha!) et "le docteur" (la aussi, très contente de l'avoir percé à jour).

quelques péripéties scénaristiques sans grand intérêt plus tard ( l'Angleterre est sauvée, le méchant disparu dans les airs, les piteux héros peuvent prendre quelques vacances bien méritées.. sauf que...

C'est reparti volume 2: après une ouverture très étrange sur mars qui voit s'affronter plusieurs races d'extra terrestres, la terre reçoit la visite d'étranges obus, contenant de vilaines créatures globuleuses, baveuses, tentaculeuses aux intentions pas du tout amicales.
Ok, là le scénario, s'il en restait un, part dans le gros n'importe quoi, juste pour faire apparaitre un aventurier nommé Gullivar aux faux airs de Lawrence D'Arabie, des tripodes,un savant fou qui a quitté son île pour venir vivre en forêt avec ses créatures ( parmi lesquelles le plaisir est de reconnaître le crapaud de "du vent dans les saules" et le chat botté)

On l'a dit: le scénario au final n'a pas d'intérêt, c'est juste une colossale farce macabre pour faire figurer un maximum de personnages issus de la littérature, parfois juste en clin d'oeil en fond de case ( des squelettes de géants ou de lilliputiens au musée de l'homme, l'assassinat d'une prostituée nommée Anna Coupeau, sur lequel enquête le commissaire Dupin, la mention de Robur le conquérant, une tableau a colorier soi même signé Basil Hallward, une institutrice sado masochiste et sa naïve eleve .. Bref, à ce jeu là, c'est une vrai bonheur, une mine de références très réjouissantes. Et je suis sure que j'en ai loupé!

Par contre le graphisme n'est pas super-super ( bien qu'il s'arrange dans le second volume).

C'est dommage, j'avais pas mal d'attente pour ce titre en ayant lu beaucoup de bien ici ou là, et j'ai parfois l'impression de lire une oeuvre de faignants ( "ok, on a bourré à mort de clins d'oeil, peu importe le dessin ou le scénario, les gens s'en tapent"), et surtout de se dire qu'avec un peu plus de rigueur sur ces deux points là, on aurait pu avoir quelque chose de vraiment énorme, d'autant que le ton est caustique, et le public visés est clairement adulte (attention les ptits n'enfants, y'a de la violence et des parties de jambes en l'air)

Par contre si, j'aime deux choses en particulier:
1/ le chef est une femme, ça fait toujours plaisir, même si elle est casse-pied et autoritaire
2/ l'évolution de M. Hyde qui de brute sanguinaire sans foi ni loi, se révèle au final bien plus intelligent qu'il n'y parait, et capable d'une espèce de relative affection envers la seule personne qui ne le méprise pas ( plutôt une attitude style " créature de Frankenstein" ça). C'est le personnage censé être le plus antipathique qui est le plus travaillé, qui évolue le plus et donc au final, pour lequel j'ai aussi une relative sympathie .Dans toutes les versions que j'ai pu vois, Hyde est le salaud, et Jekyll le pauvre type. Pour une fois, si Jekyll reste un pauvre type fade, qui d'ailleurs laisse vite place à son homologue haut en couleurs, Hyde est un peu subtil, et ça c'est une peu plus nouveau et original. Oui définitivement oui, Hyde est mon personnage préféré ici, et ça ne m'étonnerait pas que ça soit aussi le favori du scénariste en fait (parce que bon faut bien le dire, Nemo ne sert pas à grand chose, et l'homme invisible est un salaud.. trop invisible pour faire un méchant qui a de la gueule)

et mon avis final est : une demie déception. Si l'idée de départ est vraiment réjouissante - pensez: un comics qui table sur la culture littéraire de ses lecteurs! et avec des pointes d'humour so british!-et laissait espérer quelque chose qui casse vraiment des briques, le résultat est un peu bâclé et reste juste un ovni cool mais sans plus. alors qu'on sent bien que ça aurait pu être laaaaargement mieux exploité.