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dimanche 26 mai 2024

L'âme de Hegel et les vaches du Wisconsin - Alessandro Baricco

 Que voilà un étrange titre, trouvé  bizarrement au rayon " musique" de la médiathèque, et pour cause, il s'agit d'un essai sur la musique et plus particulièrement sur la place au XXI° siècle de la "musique savante", muséifiée par les tenants du bon goût qui l'érigent en rempart contre la médiocrité.
Oui mais, y - a-t-il vraiment un bon goût? Et à partir du moment où on trace des frontières à défendre, on bloque l'évolution naturelle des choses.


Donc, avec une telle thématique, j'étais obligée d'emprunter cet opuscule, d'autant qu'en mai, c'est le mois italien et que ça fait super longtemps que je n'y ai pas particulier. J'avais déjà lu " Soie", du même auteur, et je l'avais franchement trouvé très moyen pour ne pas dire carrément ennuyeux, au point de me demander pourquoi ça a été un tel succès. Je n'en ai pas gardé grand chose, et en relisant ma chronique, je confirme, ça ne m'évoque plus rien, si ce n'est l'ennui. Donc c'est aussi l'occasion de donner une seconde chance à l'auteur.
Et c'est déjà mieux, même si le langage philosophique est parfois étrange dans ce domaine, surtout lorsqu'il s'agit de battre en brèche l'idée d'un bon goût et d'une supériorité intellectuelle de la musique classique, de ceux qui l'écoutent et, en particulier, clament haut et fort n'écouter que ça ( pour info je suis en train de rédiger tout ça avec Bruce Springsteen dans les oreilles)

J'avoue qu'en tant que mélomane qui écoute de tout, ça me saoule toujours de voir des gens séparer la musique en caissons étanches. Et bien qu'ayant été biberonnée à la musique classique et au jazz, j'écoute écouter peu de classique, pour une bonne raison: j'ai toujours du mal à l'écouter sur disque, je préfère aller l'écouter en salle ... comme tout type de musique d'ailleurs. Mais avec la différence que j'en joue aussi, et donc, ma pratique fait qu'en dehors, j'ai envie d'écouter... ce que je ne joue pas ( oui, c'est d'une imparable logique: je ne joue pas de rock à la guitare, donc je suis très contente d'écouter Bruce faire ce qu'il sait faire et très bien. Si j'exerçais mes doigts sur ses une guitare, et que j'apprenne à jouer ses titres, j'aurais... envie d'écouter autre chose. Voilà, j'aime écouter.. ce que je ne sais pas faire, ou que je n'essaye pas d'apprendre à faire.
Dans l'absolu, c'était le cas de ma mère aussi, et le mien: ayant pratiqué la danse pendant des années dans l'enfance, et après avoir arrêté en devenant adulte ( à l'époque, il n'y avait pas d'autre possibilité que soit devenir professionnelle, soit arrêter), elle n'avait pas spécialement envie d'aller voir des ballets qui lui rappelait que c'est ce qu'elle aurait voulu faire, sans en avoir eu à l'époque les moyens financiers. J'ai fait de la danse moderne et je n'en regarde que très rarement. J'ai longtemps chanté en chorale et je vais très rarement écouter des choeurs en concert. Je pense que c'est lié au fait que ce qui a de l'attrait, c'est ce qu'on ne fait pas. Quand on connait l'envers du décor, c'est ... moins une priorité.

Donc revenons à Alessandro, à Hegel et aux vaches.
C'est un tout petit livre en 4 parties: l'idée de musique cultivée, l'interprétation, la nouvelle musique et le spectaculaire.
Mais alors pourquoi Hegel et les vaches?
Parce que Baricco met en parallèle les réflexions de Hegel sur la musique dans les années 1820, et un mémoire contemporain de l'université du Wisconsin, étudiant les effets de la musique symphonique sur la production laitière des vaches locales...
Selon Hegel, "la musique doit soulever l'âme au-dessus du sentiment dans lequel elle est plongée". À l'inverse, les chercheurs de l'Université du Wisconsin ont découvert que la production de lait augmentait de 7,5 % chez les vaches qui écoutent de la musique symphonique !

On ne va pas ici débattre de la véracité de cette affirmation ou de la crédibilité du pourcentage, qui peut être vrai ou faux, selon qu'un protocole scientifique a été respecté ou pas.
Mais ça me rappelle les expériences sur les effets de la musique, tel le " pansement Schubert", dont je parlais un peu ici. Je reviendrai prochainement sur le rapport entre musique, santé mentale et neurologie, j'ai encore un livre en attente sur ces sujets.
Mais effectivement il est rare de voir des études tente la même chose avec d'autres types de musique ( ici, un petit article sur le metal... anti-stress)

La première partie m'a aussi fait penser à un petit passage d'une conférence d'André Manoukian sur le jazz, où il mettait en en rapport le jazz et sa liberté ( son dada personnel, puisqu'il est pianiste de jazz) et le concept de " Conservatoire". Je n'avais en effet pas réfléchi au pourquoi du comment de cette appellation bizarre pour une école de musique. Un lieu où on met la musique en conserve? Et bien.. oui, tout à fait!
C'est la faute à Mendelssohn!
A son époque, la musique des siècles passées étaient considérée comme inintéressante, vieille poussiéreuse. Felix a trouvé des partitions de Bach, a trouvé ça cool, et et décidé qu'il serait intéressant de la remettre en avant, initiant sans le vouloir le mouvement de sclérose qu'évoque indirectement Baricco. Alors oui, c'est intéressant d'avoir un approche diachronique, mais ça devient un problème à partir du moment où
- ce qui est ancien devient valorisé du seul fait de son ancienneté ( et il doit y avoir pas mal de bouses oubliées dans la musique ancienne aussi - de fait, il y en a, je tairais simplement les noms de ceux que j'aime pas, na!)
- ce qui est ancien devient valorisé au point que les évolutions ultérieures ne sont même pas prises en compte. Ce n'est que vraiment récemment que le conservatoire de ma ville a ouvert un pôle "musiques actuelles", appellation très vague et qui ne donne aucune notion de ce qui s'y fait? Jazz? Pop?Rock? Colégram? .
Ce que pointe Manoukian ici, c'est aussi la transformation de l'enseignement, qui a totalement perdu la dimension d'improvisation, qui était pourtant une des forces de quelqu'un comme Bach par exemple, pour se concentrer sur le suivi à la lettre, à la note près d'une partition.
Au point que le musicien capable d'improviser sans partition est devenu dans l'idée de beaucoup "l'illettré musical", celui qui ne sait pas lire une partition (insérer ici l'éternelle blague sur les batteurs: comment faire cesser un batteur de jouer? donnez lui une partition. Il va sans dire que je kiffe les batteurs qui savent improviser)

Dans mon cas, c'est l'inverse, ayant appris sur partition, je peux difficilement m'en passer parce que je n'ai pas les techniques d'impro... qui sont naturelles aux musiciens de blues et de jazz, lesquels ne se prennent pas du tout la tête avec les partitions, y compris ceux qui savent les lire. J'envie beaucoup cette liberté qui est ce vers quoi j'essaye dans ma pratique, de tendre de plus en plus. En particulier en apprenant le piano, je cherche à ne pas me contenter de suivre exactement une partition, mais aussi à comprendre la structure harmonique, et à travailler avec des grilles d'accords, ce qui rend souvent bien plus visible la structure en question. Comme ça, au minimum, la partie accompagnement sera libre, OSEF si ce n'est pas exactement la manière dont untel joue tel morceau.

Pour l'interprétation ( 2e partie), inévitablement sanctionnée dès qu'elle ne correspond pas 100% à la partition - ou à l'idée que s'en fait l'auditeur- je vous propose Fazil Say avec son interprétation très libre et personnelle du Clair de lune de Debussy. Il y a en commentaire les inévitables " c'est pas comme ça qu'on DOIT jouer Debussy" ( Et qu'esse t'en  sais? T'as demandé à Claude ce qu'il en pense?) et... je kiffe cette version parce qu'il y met sa sensibilité personnelle et que ça me parle plus qu'une énième version, passez-moi l'expression, "balai dans le Q"

(Ha, le disque de Bruce est fini, je passe à Pink Floyd!)

La 3° partie aborde le paradoxe de la musique contemporaine, qui en tant qu'avant garde, aurait dû être le parangon de la modernité, mais qui, à trop vouloir renouveler la forme, aller vers des calculs mathématiques et une logique compréhensibles de l'auteur seul, s'est totalement coupée du public. Et cette obsession de la forme " surprenante" (mais qui a force de surprises permanentes, perd l'effet de surprise, qui ne se comprend qu'en lien avec une cohérence interne reconnaissable) est devenu ce qui a enfermé la musique contemporaine dans sa tour d'ivoire, en marge de la modernité. Elle n'a plus évolué qu'en vase clos, et donc... sans lien avec monde qui a continué de tourner sans elle.
Ce que j'ai souvent résumé en "Messiaen, c'est intéressant à analyser, mais c'est chiant à écouter"
Et la 4° et dernière partie évoque le spectaculaire en musique " savante", via Puccini pour ses opéras et Mahler pour ses symphonies. L'auteur y voit des précurseurs du langage cinématographique ( et en veut pour preuve leur emploi régulier en musique d'ambiance de films).
Je le laisse seul responsable de ses affirmations, d'autant que je connais assez peu Puccini ( et le peu que j'ai écouté n'est pas ma tasse de thé) et Malher ( pour moi c'est surtout le gars qui a mis en III partie de sa première symphonie le thème de "Frère Jacques", en mode mineur, ce que je considère plutôt drôle que spectaculaire)

Oui, je m'éloigne du contenu du livre, mais c'est d'ailleurs l'objectif de l'auteur en avant-propos, semer des pistes de réflexion plutôt que de poser des questions et d'y répondre. Et ce d'autant que l'auteur se concentre principalement sur la musique " savante", ce qui laisse supposer que le reste est une musique "bête" ou du moins " simple". Donc je vais élargir avec quelques réflexions en vrac, hop, sur le rock et la pop.

Ce printemps, un sacré lièvre a été soulevé, lié à l'idée de respecter les morceaux à la lettre, et à celle de spectacle, mais dans le domaine du rock. Un groupe de rock très célèbre, et qui fait maintenant payer ses places de concert facilement dans les 1000 livres sterling, a été pris en flag' de lipsync.
J'ai parlé l'an dernier de Wings of Pegasus ( Fil Henley) et de ses analyses. Fil a analysé plusieurs prestations des Eagles et prouvé par A+ B que le groupe fait depuis plusieurs années semblant de chanter sur des enregistrements audio. Quand une "prestation" est sonorement la même qu'un autre faite 1 an auparavant, à la nanoseconde près, il n'y a pas d'autre explication possible: c'est parce que c'est exactement la même bande qui est diffusée. Ce qui explique aussi pourquoi le groupe était aussi féroce depuis longtemps, à faire la chasse à tout risque d' enregistrement pirate. Moins pour les royalties que pour éviter de voir la fraude révélée.
Là, deux camps s'opposent, chez les auditeurs:  ceux qui sont dans le déni et cherchent à réfuter les preuves, ou à minimiser la triche en argumentant " on va voir un concert de rock, on veut que ça sonne exactement comme sur le disque, qu'importe si c'est du mime. Ils nous ont donné ce qu'on attend, donc c'est ok, y'a pas de triche".
Et l'autre, qui l'a très mauvaise d'avoir payé une somme exorbitante pour voir des gens faire du mime, argumentant que "nous on veut voir du live, c'est l'expérience qui nous plaît, on ne veut pas payer pour écouter un disque qu'on peut écouter chez nous,  ils ont menti, qu'ils nous remboursent".
Je vous le dis de suite, je serais carrément dans le second camp, celui qui se rallie à la bannière " real music by real musicians" (oui, j'ai encore trouvé le moyen de vous le caser quelque part, ça va devenir un running gag, mais c'est exactement pour ça que j'ai totalement adhéré à sa démarche)

Je me dis que cette dérive vient aussi de ce côté pervers de la muséification, y compris dans le rock: beaucoup de gens veulent entendre en concert exactement ce qu'ils ont sur le disque, et vont râler si le chanteur dit " aujourd'hui je suis un peu malade, donc on prend tel morceau un ton et demi plus bas". Au contraire, j'applaudis à la faculté d'adaptation de ceux qui peuvent le faire, et changer tel ou tel morceau en fonction de leur forme, de l'acoustique de la salle, ou du remplissage de celle-ci.
J'adore quand je suis surprise par une version un peu différente sur scène, ce qui était l'une des grandes compétence du real musician ci-dessus mentionné.
Prendre en compte les attentes du public, c'est bien, mais quand ça en vient au point de " on va leur donner ce qu'ils veulent, on va faire semblant de chanter, et qu'à la fin, il y a concert de louanges pour le chanteur qui, à 75 ans, " chante encore aussi bien que quand il en avait 30", ce qui était déjà un bon indice de truc suspect, la ligne est franchie.

Donc quand Baricco a écrit son ouvrage en 1999, il s'est surtout concentré sur ce qui a précédé et ce qui lui parlait. 25 ans plus tard, le constat de muséification est amer. La "real music" s'éloigne de plus en plus, quel que soit son genre.
Les amateurs de musique classique s'écharpent sur quel est le meilleur orchestre, le meilleur enregistrement, le meilleur chef.. (évidemment toujours des enregistrement datant d'avant les années 70, depuis " c'est tout moisi"), et ça fait pitié.
Les amateurs de rock trouvent pour certains normal de se faire arnaquer, juste pour avoir exactement la même chose qu'"avant", et ça fait pitié.
Les fans de Taylor Swift (chanteuse dont je me fous totalement, je la laisse à ceux qui l'apprécient, c'est leur droit le plus strict) la statufient de son vivant, y'a jamais eu mieux, y'aura jamais mieux, y'a qu'elle pour faire une chanson de 10 minutes (ahahaha! ELP? Tool?) et, inversement, leur manque de culture musicale générale, fait pitié.

Et au milieu, moi, qui veut écouter des trucs anciens, en découvrir de nouveaux, mais n'arrive le plus souvent pas à connecter avec la musique récente, parce qu'il n'y a même plus d'instruments ou si peu.Il y a encore de très bonnes choses, mais elles ne sont plus diffusées sur les canaux les plus faciles d'accès. Coup de coeur récent pour le duo franco-ivoirien Tchologo. Vous en aviez entendu parler? Moi non plus je les ai découvert en concert, localement.

Autre point intéressant, Baricco parle abondamment de la dimension commerciale de la musique, ce qui était déjà le cas par le passé, quand quelqu'un comme Haydn - d'origine modeste- écrivait des morceaux de commande pour des gens de la haute société, pour lesquels la musique était un produit de luxe , destiné à montrer leur goût et leur standing. On n'en est plus là: produit de consomation , oui, mais le goût s'est fait la valise. Et on en a pas fini, avec l'approche des 90 ans de la naissance d'Elvis Presley, on voit apparaître des tas de goodies de mauvais goût, type "crocs avec photo d'Elvis", la musique est devenue secondaire, un produit dérivé de l'image de la star. Beaucoup de gens portent des tee-shirts à l'effigie de groupes qu'ils ne connaissent pas, juste comme objet de mode ( et peuvent se trouver dans l'embarras lorsqu'ils se voient expliquer que le tee-shirt au logo sympa est en fait un groupe suprémaciste à l'idéologie trèèèèès douteuse)

J'ai donc réussi dans un seul sujet à caser en vrac Bruce Sprinsteen, Schubert, Pink Floyd, Medelssohn, André Manoukian, le jazz, Pop & Rock & Colégram, Puccini, Malher, Frère Jacques, Fil Henley, The Eagles, Qui-vous-savez, Taylor Swift, ELP, Tool, Tchologo, Haydn, Elvis Presley...

samedi 25 mai 2024

La fleur du mois (6)

 Photo prise dans ma rue ( là, je fais vraiment le plus proche possible, le seul moyen d'être encore plus proche , ce serait de photographier le citronnier et le houx de la voisine d'à côté, ou les géraniums de mon balcon), fin mai. Oui je continue a essayer de garder une logique de saison.

Une plante absolument indisciplinée pousse le long d'une gouttière. La propriétaire de la maison la coupe absolument tous les ans et absolument tous les ans, elle repousse.
Mieux, la première année, il y en avait UN massif qui a été ratiboisé. L'année suivante, il y en avait 2.  Et de plus en plus exubérante tous les ans.Visiblement il s'agit d'une plante a croissance exponentielle !
Mais donc cette propension à insister à revenir et à repousser alors qu'on essaye de la décourager fait que je l'ai choisie comme plante totem.

La propriétaire a d'ailleurs renoncé et décidé de couper ce qui gêne le plus, mais d'en garder un massif, car, la bonne nouvelle c'est que non seulement elle est très prolifique, mais les fleurs ont une odeur agréable, marquée mais sans être entêtante. Et en cette saison de sécheresse dans ma ville, c'est toujours un plus d'avoir une odeur végétale qui cache un peu celle des égouts qui refoulent ( oui, poésie! Mais c'est un vrai problème ici, et je pense qu'elle a vu son intérêt à garder quelque chose qui améliore olfactivement son coin )




Il s'agit d'un Datura innoxia. On n'est pas passé loin de la plante de sorcières, mais dammit! C'est la version inoffensive ( ce que signifie son nom ), on ne pourra donc pas l'utiliser pour des philtres en novembre prochain!

mardi 21 mai 2024

De la musique pour toute l'année: mai

 Encore un mois pour lequel j'avais déjà une idée très précise en amont.

Et cette fois, on part dans la musique ancienne et folklorique.

Malicorne est un groupe de rock-folk français un peu oublié de nos jours, mais qui a eu beaucoup de succès dans les années 1970, en mélangeant rock et instruments folkloriques ( type épinette des Vosges, dulcimer, etc..). On est à l'époque d'Alan Stivell et Tri Yann, donc totalement dans l'esprit troubadours 70's.

C'est le mai:


Et puisqu'on y est, une chanson anglaise de la fin de la Renaissance, que j'avais aussi chantée à l'époque où je faisais partie d'un choeur... Voilà qui annonce parfaitement le mois anglais, dans quelques jours seulement!

In the merry month of May - Henry Youll

Tous en choeur: falala, falala, falala...

dimanche 12 mai 2024

Rafiki ( film, 2018)

 Dans le cadre du mois de la culture africaine ( ou plutôt, du printemps, puisque les animations s'enchainent en fait sur au moins 2 mois et demi), la bibliothèque où je vais bientôt travailler proposait hier une projection d'un film africain, sans dévoiler le titre, c'était la surprise.
Donc, puisque j'ai eu peu l'occasion de voir de films africains, allons y.

Et ça a été franchement une très très bonne surprise, que je rapproche, par son sujet et son traitement de l'excellent " Et puis nous danserons", mon petit coup de coeur de ces dernières années, mais aussi de "Papicha", pour l'envie de montrer des femmes essayant de lutter à leur manière contre les traditions sclérosées de leur pays, et de montrer une image jeune, et dynamique des pays africains.
La mise en relation des trois en d'ailleurs temporellement pertinente, puisque les trois datent de a même période, soit 2018/ 2019 ( prenant en compte le temps nécessaire au tournage souvent compliqué, de ce genre de films)

un film kenyan, ce n'est pas si courant, et sur ce sujet, c'est presque une anomalie


Un vent de liberté cinématographique souffle donc, au nord au centre de l'Afrique, dans le Caucase... les gens en ont marre de subir des politiques qui les brident dans leur vie quotidienne et le font savoir.

Donc de quoi s'agit -t-il? Pour le titre, je n'ai pas trouvé la traduction, ce n'est pas le nom d'un des personnages, donc... aucune idée. Les film est kényan, les personnages s'expriment le plus souvent en anglais ( pour les dialogues intergénérationnels), et ponctuellement en swahili, principalement entre jeunes des couches sociales les moins favorisées ( a fille de bonne famille parle anglais aussi avec ses copines, tandis que celle qui est une classe moins aisée parle swahili avec ses amis)

Et donc, le sujet. C'est une histoire d'amour, mais.. pas cucul-la-praline. Une histoire de Roméo et Juliette, avec des familles qui s'opposent politiquement sauf que..
Ici ce n'est pas Roméo et Juliette, mais Juliette et Juliette.
Sauf qu'on est au Kénya, un pays où l'homosexualité est passible de 14 ans de prison pour les hommes, tandis que comme souvent, le cas des femmes est plus flou. La loi est très claire concernant les hommes mais les femmes, si elles sont victimes d'ostracisme, de moqueries, de violence, sont moins à risque de subir une peine de prison ( c'était d'ailleurs aussi le cas en Europe il y a encore quelques décennies: il semble que mondialement,  les lesbiennes font moins peur que les gays, visiblement, et sont relativement mieux tolérées que les homosexuels, socialement)

Le film a été considéré par les médias européens, comme vieillot dans son traitement, parce qu'il reste délicat et pudique, alors qu'en Europe, on se tape des versions crues, souvent vues par un homme, hein, la Vie d'Adèle était loin d'avoir la subtilité de son origine " Le bleu est une couleur chaude", et je l'ai tellement trouvé bof que je ne l'ai même pas chroniqué, ni n'ai l'intention de le faire, l'auteur de la BD a dit son opinion et toute sa déception à ce sujet)
Or là, le film a été interdit dans son pays d'origine, pour sa dernière séquence ouverte, qui donne une piste comme quoi les deux femmes qui ont été séparées n'ont aucune envie de mettre fin à leur relation. C'est dire si le sujet est encore tabou au Kenya, dont la loi anti homosexuelle a été depuis le film, encore durcie. et ne parlons pas de l'Ouganda, qui tente au mieux de mettre en place une peine de prison a vie, au pire une peine de mort.. provoquant la fuite massive des personnes concernées qui risquent leur vie à être elles-mêmes.

Donc, deux Juliettes , lycéennes kenyanes qui attendent les résultats de leur bac.
Il y a Kena, grande mince, plate, au style androgyne, aux loisirs "de garçon", elle aime faire du skate et jouer au foot avec ses copains, donc Blacksta, un brave gars, marrant, dragueur.. qui l'adore sans vraiment oser se déclarer, exactement parce qu'elle n'est pas comme les autres filles avec qui il sort. Il drague les autres mais l'aime, elle, en espérant qu'un jour elle se rende compte qu'il est un type bien ( même si ses arguments sont économiques et patriarcaux: il pourra lui faire une vie confortable, l'argent, c'est ce que tout le monde veut... etc...)
Kena, c'est typiquement le garçon manqué qu'on s'attend à trouver dans un film américain.. mais beaucoup moins dans un film kenyan.  C'est aussi la bonne élève qui a d'excellentes notes, un projet d'étudier en école d'infirmière. Ses parents sont divorcés, elle habite avec sa mère, et travaille avec son père, épicier, qui mène aussi une campagne pour des élections locales.
Et il y a Ziki. Elle, elle ne détonnerait pas si l'histoire se passait au Japon, à Harajuku ou à Shibuya: vêtements fluos, tresses roses, maquillage outré, robes à fleurs, sandales, c'est le prototype de la fille branchée, qui passe plus de temps à sortir en clubs qu'à étudier, et n'a donc pas des notes et un horizon formidable professionnellement. Mais elle est de famille riche, et son rêve est d'aller voyager de par le monde, de se présenter aux gens et de rire partout " je suis kényane, et je suis sure que ce n'est pas comme ça que vous imaginiez une jeune kenyane, l'Afrique n'est pas ce que vous pensez".
Problème, elle est aussi la fille de l'opposant politique du père de Kena.

Des filles, donc, différentes des clichés sur l'Afrique, qui, malgré leurs différences de style, de niveau social, d'objectif de vie, font connaissance et se stimulent à ne pas se limiter aux carcans que leur impose la société , Ziki poussant Kena a envisage mieux qu'être simplement infirmière, l'excellence de ses notes lui ouvrant la possibilité de faire des études de médecine, soit le travail rêvé.. des hommes, ou du moins du gendre idéal que la mère de Kena espère voir un jour sa fille lui ramener... sans se douter qu'elle est plus sensible aux charmes de sa camarade.
Les deux filles ne sont d'ailleurs pas dupes et se rendent très vite compte que leur amitié est bien plus que ça... En fait, les seules personnes que cette relation ne gêne pas sont elle même, et lorsque les choses se sauront, le père de Kena qui trouve que le bien être de sa fille est plus important que les élections, et la mère de Ziki, qui l'envoie à Londres quelques années, le temps que les choses se tassent Précisément, dans un pays, et une ville, qui sont beaucoup plus tolérants sur ces questions.
Les deux autres parents, eux, sont du côté intolérant: le père de Ziki ne voit que les retombées négatives que l'homosexualité de sa fille pourrait avoir sur sa campagne électorale ( et représente donc le blocage politique), et la mère de Kena, hyper religieuse, accuse le père de Kena, qui, pour elle, est responsable du fait que sa fille soit la proie des démons, et se met donc en tête de la faire exorciser pour régler le souci ( et cette fois, c'est le blocage religieux)
Et il y a les autres, les copains de Kena, les copines de Ziki, les commères du marché, les policiers qui s'amusent de la situation lorsque les filles sont découvertes et tabassées... qui représentent le blocage social. Blacksta est un peu à part, il soutient Kena et de la rejette pas lorsqu'elle vient chercher refuge chez lui mais... ne peut pas vraiment accepter sa défaite en tant qu'homme , qui ne pourra jamais avoir la fille qui lui plait.
Et il y a l'homosexuel, rôle muet, qu'on voit passer sur le marché, moqué, harcelé, souvent pourvu d'un pansement ou d'un coquard ( et je pense que c'est aussi une prise de pouvoir pour Kena d'opter pour une carrière de médecin, une manière peut-être de " réparer" ceux qu'on exclut). J'ai beaucoup aimé la séquence ou elle va finalement s'assoir près de lui, sur un banc, sans un mot. Rejoignant le banc des exclus, des accusés, la minorité silencieuse, mais dont le silence est aussi une révolte.
La manière de films est intéressant. Il y a des parallèles clairs avec Et puis nous danserons, dans la volonté de montrer par petites touches le poids de la tradition, de la religion ( ici une jarre traditionnelle géorgienne, un chapeau de berger caucasien, là un tissu wax, des tresses munies de coquillages...) à l'opposé de la fête foraine, la boîte de nuit, des vêtement à l'européenne..mais là où le film géorgien montrait assez souvent l'espace, la campagne, la liberté, le film kényan enferme ses personnages dans l'image: des grilles, des barreaux, des rideaux de perle qui séparent les personnages une ville très verticale survolée d'un hélicoptère de surveillance. C'est une manière intéressante de faire passer le message que tout le pays est une prison, où les murs ont des oreilles et des yeux.

Autre point intéressant, la réalisatrice est militante féministe, mais aussi d'un mouvement esthétique " Afro Bubblegum", caractérisé par des couleurs vives, volontiers jaunes, roses, fluos assez pop-art... pour montrer un côté plus moderne de l'Afrique, qui n'est pas que tons terreux et cases dans la brousse.
Une très jolie découverte, donc, qui me permet de valider une catégorie 2020
(et je me rends compte que ça devient rarissime, un film qui commence par le générique de début, on est plus habitués depuis quelques années à avoir au moins une séquence pré-générique, parfois même tellement longue d'on attend 10 bonnes minutes pour avoir le titre. C'est peut être aussi ce qui l'a fait classer comme " désuet" en Europe, mais d'un point de vue personnel, je préfère ça. C'est tout bête mais, entrer dans l'histoire, en sortir 5 minutes plus tard pour le générique et essayer de reprendre le fil de la narration, je trouve ça pénible. Je préfère cette manière de faire: générique, titre, hop, c'est plié, l'histoire peut commencer)

Pour ceux qui veulent le voir , il y a deux possibilités:
- soit vous êtes avignonnais, avec une carte de lecteur à la bibliothèque, et il est visible gratuitement sur le site de la bibli, dans la collection vidéo
- soit vous n'avez pas la chance ( ou la malchance) d'être avignonnais et donc.. Ho, mais le voilà disponible sur mon site chouchou, Universciné!

un film réalisé par une femme
bonus catégories: film ou on entend deux langues ( anglais et swahili)

lundi 6 mai 2024

Lundi soleil 2024 (5) - Mai en rose

 Ce mois-ci, c'est retour au Japon, diverses années...
Comme l'an dernier j'ai toujours du mal avec la couleur rose.
Enfin, je vais nuancer, j'ai surtout du mal avec la couleur rose pâle, les nuances plus vives ou qui vont vers le fuschia ou le violet passent évidemment mieux.
*C'est même étonnant que deux couleurs parfois très proches peuvent me causer des effets inverses, une que j'évite, et l'autre qui est ma favorite, simplement parce qu'il y a une petite adjonction de bleu.

Là, par exemple, ça va, le premier est par petite touches, et la robe est en dégradé. J'avais pris ces tenues en photo pour quelqu'un à qui je savais que ça plairait, mais objectivement j'aime bien la robe kimono, que je trouve élégante et originale. Ca aurait été juste... mieux en violet :D
Tokyo, 2012



Ces petit lapins aux roses oreilles sont sculptés dans des cocons de vers à soie: quand les cocons sont trouvés parce que le papillon en est sorti, ils sont inutilisables pour faire de la soie. Un artisan a donc décidé de les utiliser pour faire de petites sculptures vendues comme souvenirs. Kyoto 2012.

Et puis, si pour beaucoup de gens "rose = Barbie", pour moi "rose = Jesse Johnson", et il faudrait sacrément être miraud pour le prendre pour une nana avec sa moustache.
Allez, je vous ressors l'ami Jesse et sa guitare rose, ça fait une occasion d'en reparler, parce que j'aime beaucoup sa musique, et que ça me fait toujours plaisir de voir un homme casser les codes genrés récents, puisqu'avant les années 1930, le rose était une couleur considérée comme masculine. Donc, non seulement Jesse n'a fait que se réapproprier une mode bien plus ancienne, mais en plus, avec son teint, ça lui va beaucoup mieux qu'à la poupée blonde.

Je préfère quand même la couleur de sa tenue à celle de la guitare, un peu trop "malabar" pour moi

Conclusion? Portez la couleur qui vous plaît, OSEF de l'avis des marketeux.

Et pour les expressions?

anglais: Pink ( et non "rose" qui est simplement la fleur, ou le passé du verbe to rise)
In the Pink of health, ou in the pink: être en excellente santé. Je suppose que ça fait référence à un teint " de lis et de roses", ce qui va être un peu compliqué pour Jesse, même s'il est en pleine forme. Du coup je me demande comment disent les populations d'origine africaine, pour le même concept, ça va être à chercher. Donc to be in the pink, c'est bien, mais to be in the red.. beaucoup moins (avoir un compte en banque négatif)
To be tickled pink: être " chatouillé en rose", avoir une bonne surprise, une satisfaction. Là encore je pense que c'est parce qu'on rosit de joie.
a pink slip
: pas cool du tout, ce n'est pas une culotte rose, mais un avis de licenciement au travail.
a pink collar: damn! encore l'association rose = fille. C'est un travail traditionnellement ou habituellement majoritairement occupé par des femmes: infirmière, femme de ménage, enseignement, et tout le toutim.
To see pink elephants: bon là, on a exactement la même, dans la même situation. Voir des éléphants roses.
J'en profite pour mentionner que Pink Floyd tient son nom de deux bluesmen, Pink Anderson et Floyd Council et donc ce n'est pas une référence à la couleur directement.Et le petit doigt "Pinky finger", non plus, c'est un emprunt au néerlandais "pink" qui signifie " petit doigt", tout simplement.

allemand: Rosarot, en non Rosa ( la fleur aussi)
Etwas durch  die rosarote Brille sehen: voir les choses à travers des lunettes roses: être optimiste, mais.. vraiment trop. Donc, c'est même encore plus que voir la vie en rose.
Il faut noter que pendant longtemps l'allemand n'avait même pas de mot pour désigner cette couleur, qui était " hellrot", rouge clair.
Elle est devenue très à la mode au XVIII ° siècle après le succès du roman de Goethe Werther, parce que l'héroïne porte une robe décorée de rubans " hellrot", lors d'une soirée. Le succès a été tel que les tailleurs ont vu les commandes de robes ornées de ruban roses exploser. Goethe a involontairement été  influenceur de mode au XVIII° siècle et ça m'éclate.

Espagnol
La prensa rosa: la presse rose (non, pas ce genre de publication, ce n'est pas rose " cochon"), c'est ce que les russes appellent la presse " jaune", la presse à scandale, les potins, "Coin de rue, images immondes" ou " Ici Pourri"
Ver la vida de color rosa: voir la vie en rose, tout simplement.

Et en russe, je n'ai pas trouvé d'association particulière, si ce n'est la mention du fait que en peinture symboliste ( doc début XX° siècle) la couleur est souvent associée à l'illusion et au rêve.
Mais, à par l'habituelle association mondialisée " rose = fille", ce n'est pas une couleur qui a donné lieu à des expressions spéciales en russe. La couleur traditionnellement appréciée en Russie, c'est le rouge, donc le rose doit être plutôt perçu comme un rouge délavé, un peu sans intérêt, qu'il va falloir repeindre fissa.