vendredi 18 décembre 2015

La Mort emprisonnée - François Faucon

Encore un livre qu'on m'avait prêté il y a longtemps et que j'ai enfin pris le temps de lire.
l'illustration vient de la danse Macabre de Bernt Notke

Nous sommes au Moyen-Âge dans le Languedoc. Un soldat revient de croisade, un simple fantassin. Il rêvait de se couvrir de gloire, le voilà qui revient désabusé. Il a failli mourir au combat, a survécu contrairement à pas mal de ses compagnons, ne croit plus vraiment au bien fondé des croisades, mais rêve encore malgré tout de fortune et d'aventure.
Les deux vont lui tomber dessus le long d'un chemin, ou trois vagabonds qui se ressemblent étrangement vont lui offrir divers objets magiques en échange d'un peu de nourriture: un tambour dont le seul son fait danser les gens, que l'ont sache en jouer ou pas, des dés enchantés qui en perdent jamais au jeu, et un sac magique: il suffit d'ordonner à n'importe quelle créature d'y entrer pour qu'elle s'execue. Le tambour va lui procurer très vite l'argent qui lui manque, le sac lui permettra une chasse miraculeuse à tout les coups: de l'argent et de la nourriture à foison.
Et les dés.. hé bien passant près du village de Bizanet, il apprendra que le château est occupé par trois démons impossibles à déloger: il faudrait pour celà les battre aux dés, ce qui est impossible, car les démons trichent.
Evidemment des démons ne font pas le poids face à des dès enchantés, et voilà le soldat devenu riche, célèbre , et protégé du du châtelain du coin. Tout semble enfin lui sourire, et la fortune sera de son côté pendant des années.. jusqu'au jour funeste où il décide d'utiliser son sac magique pour faire le bien de l'humanité en y enfermant la Mort. La Faucheuse.
Mauvais choix. car la mort est essentielle, c'est elle qui donne du prix à la vie et permet à la Terre de ne pas être surpeuplée. Or si plus rien ne meurt: les animaux vont pulluler et ravager les cultures, c'est la famine qui va toucher une population qui ne peut que souffrir de la faim sans jamais en mourir, les malades ne mourront plus.. mais continueront à être malades et à s'affaiblir. C'est ce que La Mort tente en vain d'expliquer à ce benêt qui veut le bien d'une humanité qui ne lui a rien demandé. Rien à faire, la Mort se retrouve enfermée dans le sac magique.
La nouvelle se répand jusqu'à Rome, où le Pape se rend vite compte qu'au delà des problèmes techniques dus à la fin de la mort, c'est aussi tout le fond de commerce de l'Eglise qui est menacé: si la population n'a plus peur de la mort, elle n'a plus besoin de l'Eglise, du Paradis, de l'enfer, de la religion en général et du Pape en particulier. Pour sauver son business, le Pape envoie donc l'Inquisition aux trousses de celui qui a "volé" la mort, tandis que la population de Bizanet et du reste du monde commence à ressentir les effets prédits.

Quelle bonne surprise de ce conte qui met en scène d'une part les terriens, un en particulier, qui aurait mieux fait de s'interroger sur la provenance des objets magiques qui lui assurent une vie facile, trop facile, et d'autre part, les démons, Satan qui se dispute avec son ennemi de toujours, des enfers qui ressemblent fortement à une réunion de bureaucrates, et nous entraîne dans un périple qui mène de Bizanet à l'abbaye de Fontfroide, puis jusqu'en Grèce à l'entrée des enfers ( tels que décrits dans l'Eneide).
Ma lecture m'a beaucoup fait penser au Diable de Jean-Jacques Feuchère, il correspond bien à l'idée que je me fais du Satan du livre. qui a fort probablement inspiré les diables de Liège dont je parlais dans un précédent sujet

En se permettant de petits clin d'oeil à Monstres et Merveilles ( série de Jim Henson qui a bercé ma fin d'enfance et celle de l'auteur, nous sommes de la même génération à 5 ans près, l'un des épisodes était d'ailleurs déjà titré "la Mort emprisonnée"), le choc des Titans, les mythes grecs et romains, les danses macabres médiévales.
la danse macabre de Tallin en entier

C'est une remise en avant d'une légende assez connue faisant intervenir un soldat et le diable venu le tenter ( la version la plus célèbre étant celle de Ramuz, adaptée musicalement par Stravinsky), qui existe dans à peu près toute l'Europe sous une forme ou une autre, mais avec toujours l'intervention de divers objets magiques. La conclusion cependant est plus philosophique que morale , et ça me fait immensément plaisir.

Par contre pour ceux qui seraient intéressés, il va être difficile à trouver: la maison d'édition du Pierregord, spécialisée dans les nouveaux auteurs, a disparu depuis 2 ans. Il ne reste que quelques exemplaires trouvables dans  de rares boutiques en ligne, ou revendus par des particuliers, dommage car j'aurais bien voulu l'offrir à plusieurs personnes.

En tout cas, ça m'a vraiment donné envie de revoir Monstres et Merveilles ( the Storyteller )
Pour le plaisir, le générique est ici
N°38: quelque chose en rapport avec la Toussaint, Halloween: une danse macabre

1 commentaire:

  1. Bonjour, je suis l'auteur. Je suis ravi de votre critique, ce n'est pas si souvent que j'en ai. Le clin d'œil à la série de Jim Henson est parfaitement assumé et mentionné dans la bibliographie.
    Cordialement
    F. Faucon

    RépondreSupprimer

Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture