vendredi 1 mai 2015

Häxan (film muet)


Un film que j'avais en attente depuis pas mal de temps, et que j'ai décidé de regarder enfin à l'occasion de cette semaine spéciale  sorcellerie. Häxan ( sous titré en français "la sorcellerie à travers les âges) est un film muet de 1922, coproduction Danoise-suédoise de Benjamin Christensen. Moins connu que les films allemands de la même époque, car il a été censuré, considéré comme érotique et pervers dans plusieurs pays :on y voit une paire de fesses, une femme nue en ombres chinoises et une évocations des tortures médiévales, ce qui pour certains a justifié la censure. C'est intéressant car ça confirme justement le propos du dernier chapitre.

étrange choix, cette image de la grande dame et du moine n'est pas dans le film, en tout cas pas dans la version que j'ai vue. Et je ne savais pas qu'Agnès B éditait des DVD oO
Car, comme beaucoup de films de l'époque, il est divisé en chapitres, 7 ici. Le premier est une sorte de conférence en plan fixe, où des explications sont données sur des gravures médiévales via les cartons: les origines de la sorcellerie dans la croyance aux esprits malins, la superstition, depuis la plus haute antiquité. S'ensuit une série de tableaux, liés les uns aux autres. le "vrai" film avec acteurs... et effets spéciaux. Et Christensen exploite toutes les possibilités de l'époque: déguisements, marionnettes, ombres chinoises, effets de surimpression.

Dans une petite ville nordique en 1448, Karna la sorcière prépare philtres et potions pour des clients, ici, la bonne d'un moine désireuse de faire prendre un philtre d'amour à son employeur ( qui est plutôt du genre " frère Tuck", plus intéressé par les jambons et pâtés que par la gaudriole). A cette époque tout le monde voit des sorcières et sorciers partout: les médecins qui autopsient un mort pour découvrir l'origine des maladies sont considérés comme sorciers, l'ivrogne qui chancelle accuse la vieille mendiante de lui avoir jeté un sort aux jambes, qu'un malade vienne à mourir sans qu'on sache de quoi, gare encore à la première personne qui viendra taper à la porte: si c'est une vieille miséreuse et laide, elle sera aussitôt dénoncée à l'inquisition. Si c'est une femme jeune et belle dont le souvenir hante un moine, elle sera aussi considérée comme sorcière et dénoncée. Car quiconque refuse de dénoncer une sorcière ou un sorcier est considéré comme complice et condamné. Ainsi, c'est justement dans les endroits les plus religieux qu'on condamne le plus: sous l'effet des tortures chacun accuse les autres d'avoir participé au sabbat, et des familles entières sont emprisonnées. Même les endroits  les moins risqués ( couvents, où vu le nombre de croix, peu de diables pourraient entrer) sont en proie à une vague de folie collective.
horreur, une soeur possédée, la preuve: elle tire la langue à l'abbesse!

Car c'est le propos du film résumé dans la dernière partie: au XX° siècle on  ne croit plus au diable - mais les superstitions sont toujours là et on va se faire tirer les cartes chez la voyante - les cas de possessions diaboliques ont été rattachées à des maladies nerveuses et mentales: hystérie, mythomanie, kleptomanie, hallucinations... on ne brûle plus les vieux à cause de leur apparence, mais les malades sont encore craints et mis au ban d'une société qui continue à voir le mal partout.. ce que je disais plus haut sur la censure.

Le film a vieilli, comme tous les films muets, mais il garde son importance comme prototype de conférence filmé et comme pionnier du cinéma d'horreur. Et la vieille dame qui joue Maria la mendiante torturée a un visage absolument incroyable, le réalisateur -qui joue lui même le diable - a du chercher longtemps SA sorcière et l'a trouvée.

Plastiquement c'est intéressant aussi: beaucoup de cadrages très travaillés qui rappellent les scènes de genres et natures mortes de la peinture du nord, à la renaissance, justement l'époque évoquée.
mais alors, une nature morte.. très morte...

A voir donc pour les amateurs de films muets. Par la version que j'ai a un gros défaut: une bande son contemporaine de 2006, pas toujours très réussie. C'est plus pénible qu'autre chose.  La version en question est également colorisée au filtre ( j'ai presque envie d'écrire " philtre"), ce qui est toujours mieux qu'au pinceau, et explique les différences de colorisation des illustrations: piochées ici et là, elles viennent probablement de différentes versions, car comme souvent pour les films muets, ils ont été montés, perdus, remontés...Il en existe une avec moins de cartons, mais avec un texte ajouté narré par William S Burroughs., avec une bande son jazzy sur les scènes de cuisine des sorcières qui me pose un vrai de vrai problème: ça ne colle pas!!!

1 commentaire:

  1. Un film intéressant, merci pour cette découverte originale. J'ai lu récemment un petit livre sur les superstitions et on y trouve plusieurs chapitres liés aux sorcières et à la sorcellerie.

    RépondreSupprimer

Bienvenue amis curieux!

Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

Vous trouverez donc ici un peu de tout, de ce qui fait ma vie, mes loisirs: musique, lecture, voyages, etc...
Bonne lecture