jeudi 9 mai 2013

Real Humans - Série TV

Ah, la bonne surprise que nous a faite ARTE ce mois d'avril, en diffusant cette série SF originale et pleine de surprises.
Déjà, une série SF, oui, mais une série SF suédoise, ce qui est suffisamment rare pour être signalé.
Et en matière de série nordique, il y avait eu il y a déjà quelques années la série fantastico-bizarre " l''hôpital et ses fantômes " alias " The Kingdom" de Lars Von Trier.
On peut donc faire confiance à ARTE pour nous proposer des choses que l'on verrait difficilement ailleurs.

Real Humans donc, Äkta Människor ( j'espère ne pas faire de faute!) en suédois dans le texte.

Quelque part en Suède, dans un futur proche. Un futur qui ressemble furieusement à notre présent  sauf que..
Sauf que la plupart des gens ont maintenant à leur service des robots humanoïdes hyperperfectionnés, les Hubots ( humains-robots) affectant à s'y méprendre l'apparence humaine. Destinés en premier lieu à soulager les vrais humains des corvées ennuyeuses, ménage, lessive, dotés d'une mémoire infaillible qui leur permet par exemple d'aider les enfants aux devoirs, ils font partie du décor: personne ne s'étonne par exemple de voir un robot pousser un chariot dans les rayons d'un supermarché, ou s'occuper de malades pour peux qu'ils aient été programmés dans ce sens. Les réactions de la population à leur égard sont dans l'ensemble plutôt positives, puisqu'ils rendent des services inestimables.
Qui sont les vrais, qui sont les faux?

Mais, et c'est là, dès le premier épisode que le malaise s'instille, n'ont aucun statut juridique en tant que travailleurs, car ils sont considérés somme " véhicules " au même titre que des voitures, vendus dans des marchés aux allures de concessions automobiles.


 Ce qui en fait également des employés d'une efficacité redoutable, qui n'ont jamais besoin de pauses, jamais besoin de vacances, travaillent 24h/24 pour peu qu'on leur laisse la possibilité de se recharger.. ce qu'ils font d'ailleurs tous seuls. De parfaits esclaves modernes pour les patrons qui ne voient pas plus loin que leurs profits et commencent à licencier en masse les employés humains faillibles pour les rempacer par des machines qui ne se plaignent jamais. D'où l'émergeance d'une opposition nommée " äkte Manniskör", les vrais humains, qui vont simplement de la personne qui refuse d'avoir un Hubot au véritable terroriste qui souhaite faire sauter les points de reventes, peu importe s'il blesse ou tue des humains au passage. Au passage, Roger, le technicien un peu paumé, qui voit les robots le remplacer au travail et dans sa vie, lorsque sa femme le quitte pour  son hubot - prof-de-sport, est le personnage le plus intéressant, l'acteur fait vraiment du bon boulot pour rendre son personnage plus subtil qu'il n'y parait à première vue.
Roger et les robots

Au passage, cette image des travailleurs robotisés en ligne m'a fait penser à 2 choses, ça n'est peut être que mon imagination, mais...


Des robots qui travaillent comme des humains
 VS
Des humains qui travaillent comme des robots

Et aussi, sur l'apparence de la majorité d'entre eux...Je ne sais pas si c'est une référence consciente ou non, mais y'a un peu de ça


J'ai beaucoup, mais alors vraiment beaucoup aimé tous ces passages qui concernent le regard de la société sur les robots qu'elle a créé, qu'elle adore mais déteste en même temps, dont elle ne peut plus se passer, avec tut ce que ça implique: il y a les gens pour qui ils sont devenus de véritables compagnons de vie ( très intéressante, la relation entre le retraité que sa famille trop occupée vient voir rarement, et son hubot défaillant mais qu'il considère quasiment comme un fils. On n'abandonne pas un fils handicapé parce qu'il est handicapé.. il se refuse donc d'envoyer son "presque fils" au recyclage). Il y a aussi les gens beaucoup moins honnêtes: un véritable marché noir qui s'est ouvert, trafiquant la mémoire de robots volés pur les remettre en vente avec la complicité de revendeurs véreux. Il y a aussi tous ceux et toutes celles qui trouvent finalement leurs hubots bien plus attirants que leurs maris ou femmes et , moyennant beaucoup d'argent, les font " débrider" dans la plus grande illégalité afin d'en faire des esclaves sexuels. Et, une chose en entraînant l'autre, de véritable lupanars se sont ouverts, doté de prostitué(e)s robotisé(e)s consentant toujours à n'importe quoi.
Dérangeant, n'est-ce pas? Et ça n'est que le début de la série: cette transposition des pires instincts de domination, cette pulsion d'esclavage détourné, après tout, il n'y a pas à avoir d'états d'âmes n'est-ce pas? Ce ne sont QUE des machines, sans âme, sans opinions, toujours contentes quoi qu'on leur fasse faire, jamais fatiguées, jamais lassées...
Sauf que..

Que serait une série SF sans réflexion sur l'intelligence artificielle? Et bien il y en a... Via un groupe de hubots "dissidents": car en hackant leurs programmes,certains se sont aperçus que les hubots avaient déjà commencé à développer des caractéristiques humaines , le sens de l'injustice, la volonté d'indépendance, et qu'en modifiant quelque peu les programmes, on peu certes obtenir un esclave docile.. ou un robot animé d'une volonté de survie qui n'hésitera pas ( et dès le 1° épisode) à transgresser les 3 lois d'Asimov.
Bon il y a quand même un troisième fil directeur beaucoup moins passionnant, autour d'un hybride humain robot, officiellement mort, mais sauvé in extremis par l'adjonction de circuits électriques à son organisme et qui doit également se recharger pour survivre. J'avoue que ces passages là étaient nettement moins intéressants ( et d'ailleurs plus secondaire dans l'intrigue, en tout cas, j'ai trouvé toute cette histoire de semi humain robotisé un peu plus classique dans le fond et dans la forme)
Mais grosso modo, les quelques faiblesses ne gâchent pas l'ensemble de la série.

Plastiquement c'est .. banal. Oui, très banal. Volontairement ( l'auteur a expliqué qu'il s'agissant d'un choix à la fois imposé par un manque de moyens, mais aussi d'une volonté d'ancrer le récit dans un quotidien le plus habituel possible). Les retraités sont vieux et ridés. Les employés  sont bedonnants. Les femmes qui travaillent ont l'air fatiguées.
On n' est pas dans une série américaine où tout le monde est beau, bien habillé.. du réalisme en veux-tu en voilà ( même que certains retraités ont.. une vie sexuelle! awwww! shocking!)
Personnellement j'adore, car ça ressemble beaucoup plus à une série anglaise. et même avec un peu d'humour par ci par là ( c'est ballot, mais le coup des 2 robots qui se considèrent comme frère et soeur, et nommés " Flash" et " Gordon", ben, ça m'a fait bien rire!)

Donc une saison de 10 épisodes , un de plus n'aurait pas été de trop à mon sens, car les deux derniers étaient vraiment dense, l'auteur devait se dire " au cas où ça ne marche pas, j'ai lancé plein de pistes, et il me reste seulement 2 épisodes pour tout conclure, en faisant quand même une fin légèrement ouverte, juste au cas où"..
Et bien le cas où  s'est présenté, puisque le tournage de la deuxième saison vient de s'achever en suède, et qu'il va nous falloir UN AN en France avant de pouvoir la voir.

Et au pire, si ARTE ne rediffuse pas la première saison, elle est déjà en vidéo
Je comprends tout à fait que certains fans de SF aient pu ne pas accrocher, car il y a au final peu d'action, pas d'effets spéciaux, pas de têtes d'affiches.. Mais moi j'ai vraiment accroché à ce quotidien à la fois réaliste et différents, à cet univers turquoise ( le faux sang des hubots est turquoise, et ça vaut mieux, sinon par moments, ça aurait pu être gore. et par ci par là, des rappels de couleurs semblent indiquer à quel point les robots s'intègrent et " noyautent" la société: un collier turquoise au cou d'une dame, un écouteur turquoise sur les oreilles d'un ado...), à ces références très " seconde guerre mondiale" ( ici, un autocollant 'interdit aux chiens et aux hubots" sur une porte d'hôtel, ou le petit groupe de "résistants qui se cachent dans une église ou un grenier pour échapper à une "police spéciale), à ces acteurs qui réussissent le prodige d'être toujours sur le fil: ni trop raides pour ne pas caricaturer les robots, ni trop expressifs, pour ne pas les humaniser trop non plus.
Et puis une série qui se permet de dynamiter dès les départ les lois d'Asimov, ou d'intégrer des références au test de Turing, je suis obligée d'apprécier!

Ca va être long, un an, d'autant que les derniers épisodes amorçent d'autres thèmes fichtrement intéressants, pas forcément nouveaux, mais on peu espérer le même traitement original,autour de l'immortalité, des clones...Via des robots qui commencent à comprendre leur "pouvoir vis-à-vis des humains", se rendant compte qu'ils sont l'avenir ( comprendre l'immortalité, l'infini, potentiellement, peut-être incapable de se reproduire, mais capables de se dupliquer...) tandis que les humains mortels, sont le passé.

A lire: interview du réalisateur
pourquoi fabriquer des robots à notre image

De la SF, des robots, bon, je crois que ça peut rentrer dans un challenge geek ;)

5 commentaires:

  1. Très tentant, en plus, j'aime bien l'univers des robots. Ton billet donne vraiment envie de découvrir cette série.
    Le problème c'est que je ne pense pas à éplucher le programme TV mais je devrais, je passe souvent à côté des programmes qui valent le coup!
    Sinon, ça me fait penser à Asimov, à la nouvelle "Sally" que j'ai lue il y a quelques mois, concernant les véhicule automatiques, dotés d'une personnalité, d'une autonomie et capables de beaucoup de choses... Brrr!

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    1. Asimov est en effet fréquemment cité dans la série, je ne saurais que trop la conseiller aux amateurs de sci-fi qui fait réfléchir. Un vrai gros coup de coeur et pourtant je ne suis pas très série ( les 2 autres que j'ai vraiment aimées récemment sont dans des styles très différents Downton Abbey et Big bang Theory).
      Du coup, je mets en avant, ne serait ce que pour conforter ARTE dans cette orientation, en espérant qu'ils licencient Black Mirrors aussi, ça me tente beaucoup.

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  2. Pas vue cette série, me je me la suis mise dans ma to do list...
    C'est marrant que tu parle de The Kingdom, j'avais adoré cette série, et je rêve de la revoir... Si Real Human est au même niveau ça présage que du bon ;)

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  3. J'ai vu les 4 prmiers épisodes mais je n'ai pas pu finir la série : comme toi, j'ai trouvé que les intrigues posaient des questions intéressantes ! Je ne suis pas fan de Sf mais j'ai retrouvé l'univers d'un P. K. dick (pour la question humain vs robot) et j'ai bien aimé ton illustration du village des damnés (?) à laquelle je n'avais pas pensé !

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    1. exact, le village des Damnés première version. Ca m'a fait tilt tout de suite, ces employés tous pareils et parfaitement indéchiffrables.

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