jeudi 27 septembre 2018

Snegourotchka ( film d'animation 1952)

Septembre mois, des contes et légendes. Sauf que quand il avait été proposé septembre, à l’époque, je n’étais pas encore sure de changer de vie, ce qui s’est passé ce mois-ci, et j’ai été prise de court.

Donc, je participe, tardivement, avec un dessin animé soviétique. Et à suivre, un autre sujet – que j’ai déjà présenté sur mon blog «  langues » - sur une série télévisée d’animation, bien plus récente, mais tout aussi russophone, qui présente des conte venus de toutes les ex-républiques soviétiques, et autant dire que ça fait un paquet de traditions originales à explorer.

Mon goût pour le monde slave et sa culture n’étant plus à démontrer, après avoir parlé du dieu du soleil Yarilo au printemps dernier, et présenté le film d’animation «  les douze mois », je reste dans la même veine d’inspiration avec ce moyen métrage (1h05) qui raconte la légende ( enfin, une des légendes) de Snegourotchka.

J’avais déjà évoqué ce personnage du folklore russe, jeune femme, dont le nom signifie «  Petit Flocon », qui accompagne Ded Moroz. Dans la version actuelle Ded Moroz ( Grand-père gel ) est l’équivalent slave de Saint Nicolas ou du père Noël, qui apporte des cadeaux au enfants cages en hiver.
Ahem, tandis que les messieurs adultes attendraient plutôt le passage de la jolie Snegourochka ?En tout cas, elle est parfois présentée comme la fille ou petite fille de Ded Moroz ou comme son assistante.

Mais évidemment, de tels personnages ont une origine folklorique bien plus ancienne, et le dessin animé va plutôt se baser sur ce fond traditionnel, animiste et païen.
Ici Snegourotchka est la fille de Ded Moroz, qui n’est autre que l’esprit de l’hiver et de Vesna, incarnation du printemps. Elle a 16 ans et s’ennuie ferme, recluse dans une forteresse.



Ce n’est pas que ses parents soient cruels, mais elle ne doit pas sortir se mêler aux humains, car son âme est gelée, et si elle venait à ressentir des émotions positives comme l’amitié, la reconnaissance, l’amour, l’affection, le charme qui la protège serait brisé, et le premier lever de soleil du matin suivant cette découverte lui serait fatal. Elle fondrait, littéralement, comme neige au soleil.
Son seul plaisir est de regarder passer au loin, Lel, le joyeux berger, qui joue de la flûte et charme par ses chants toutes les filles du village voisin.
détail marrant et geek, Ded Moroz a le symbole de la triforce sur ses gants :D


Evidemment, elle supplie ses parents de la laisser se mêler aux humains, au moins pour rompre sa solitude. Ce qu’ils acceptent, elle sera donc remise aux bons soins d’un couple de paysans sans enfants qui s’occupera de l’acclimater au monde humain. Non sans que lui sois rappelée la nécessité de ne pas prendre pour argent comptant les paroles des chansons car il s’y cache « de dangereux soleils et de la traîtrise »


Snegourotchka est jolie ( après tout c’est une créature fantastique) et ne laisse pas indifférents les hommes du coin, pour qui elle est incapable de ressentir quoi que ce soit. Il n’empêche : par sa faute involontaire, les fiancés rompent avec leurs petites amies, espérant gagner ses faveurs.
Situation qui déplait fortement à Yarilo, dieu du soleil, qui fait se succéder des automnes pluvieux, à des étés pâlots et des printemps frisquets, car c’est une hérésie que de ne rien ressentir !
Le bon tsar du coin, averti de la situation, propose donc une solution : quiconque réussira à dégeler l’âme de Snegourotchka, le jour de la fête de Yarilo avant le lever du soleil, remportera sa main sur le champ, et tout rentrera dans l’ordre.
le tsar aime les arts et peint lui-même son palais

Sauf que, vous vous souvenez de la malédiction qui pèse sur elle ?

Le film est court, très musical, en fait, une mise en image d'un opéra de Nikolaï Rimski-Korsakov, dont il reprend la musique et les choeurs, d'où un côté très "culture classique"

Et, on n’est pas chez Disney ! Déjà, le contexte est très polythéiste : dieu du soleil, déesse du printemps, dieu de l’hiver… et ça, j’adore.
Pas non plus de bons sentiments : Mizgir rompt sans remords et sans ménagement avec sa fiancée lui disant cash «  oui, tu me plaisais, mais maintenant, c’est Snegourotchka que je préfère ». Lel lui extorque un cadeau à grand renforts de serments, pour la laisser en plan, dès que d’autres personnes lui font signe. Il y a deux morts : non seulement la malédiction se réalise, mais il y a un suicide. Le tout suivi de « réjouissons nous car Yarilo est content, la fille gelée a disparu, l’été va revenir ».Euh, c’est raide quand même, on parle de celui qui vient de se suicider dans la foulée ou on attaque de suite la réserve d’eau-de-vie en chantant «  gloire au dieu du soleil » ?
Réponse : on fait la fête, amenez les bouteilles !

En fait, c’est un peu le problème : la légende est super connue, l’œuvre de Rimski-Korsakov en est déjà une adaptation, et le dessin animé ne dure qu’une heure, ce qui malheureusement donne ce genre de raccourcis très brutaux, là où l’action devrait prendre un peu plus son temps. Mais on part du principe que le spectateur averti comblera de lui-même les lacunes et c’est dommage.
5il me semble que dans une des variantes du conte, c’est Yarilo lui-même qui vient chercher Snegourtchka pour l’emmener avec lui, ce qui explique plus facilement les réjouissances : être la promise de l’équivalent d’Apollon, c’est plutôt positif, elle ne « meurt » pas, mais retourne dans son domaine d’origine, le monde divin)
Ceci dit, c’est visuellement un plaisir, comme toujours avec les dessins animés de soyouz-multfilm (à qui on doit la splendide Reine des Neiges de Lev Atamanov) décors somptueux, soin apporté aux tenues colorées des paysans ou du palais entièrement peint de motifs traditionnels et légendaires, du tsar, effets splendides sur tout ce qui est eau, reflets et brouillard…j’avais dit peu près la même chose pour les 12 mois : c’est trop court, et ça parait d’autant plus court que, le temps d’admirer les décors, l’action a avancé au pas de course.

voilà pour le genre de décors.Pensez que tout est fait à la main, image par image c'est du dessin animé traditionnel


Allez, prochain dessin animé «  les cygnes sauvages » d’après Andersen ( que je garde pour l’hiver nordique)
J’ai trouvé, trop récemment pour m’y pencher cette saison, le tome 2 des contes populaires russes compilés par Afanassiev, quia fait le même travail pour les contes russes que les frères Grimm pour les contes germaniques. Donc, il ne me reste qu’à trouver le tome1, et j’aurais de quoi faire pour le prochain mois des contes et légendes.

Vous n’avez pas fini de lire des sujets russes chez moi, peut-être même que je vais déclencher des vocations chez mes lecteurs qui voudront à leur tour apprendre la langue ? ;)



3 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ce genre de graphismes...

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    1. Très sympa, avec des personnages plutôt de type réaliste ( plus quelques caricatures quand même), mais tout le monde n'a pas des yeux immenses, les animaux ne sont pas systématiquement anthropomorphisés,le lièvre marche bien sur ses 4pattes et ne parle pas,même s'il y a des oiseaux qui chantent et dansent parce que c'est le ballet des oiseaux dans l'opéra, et il y des gens de tous âges et ça, ça fait plaisir.

      J'aime beaucoup aussi ce cinéma d'animation qui est souvent le grand oublié, parce qu'on pense d'abord aux USA, au Japon et parfois à la France dans ce domaine, mais Miyazaki a cité comme sources d'inspiration pour lui, le Roi et L'oiseau ( donc animation française) et La Reine des Neiges (donc animation soviétique).
      Don oui, il y a de petites pépites à redécouvrir, dans le cinéma d'animation soviétique.

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  2. j'adore l'aspect visuel, merci pour cette découverte, je vais le chercher

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