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lundi 2 septembre 2013

engrenages; la vie d'un idiot - R. Akutagawa

Deux nouvelles posthumes de Ryûnosuke Akutagawa, auteur que j'avais découvert et beaucoup aimé avec Rashômon.

Dans "engrenages", on suit  l'anti héros en perdition, harcelé par des migraines qui lui font voir des hallucinations d'engrenages,poursuivi pas la peur de devenir fou, et qui ne peu s'empêcher de voir des présages dans ce que n'importe qui en bonne santé nerveuse considèrerait comme coïncidences ou ne remarquerait simplement pas. La couleur jaune, un chien qui aboie 4 fois ( au Japon, 4 se dit shi.. homophone du mot mort, et le 4 est donc considéré comme un présage funeste), un manteau de pluie associé à l'idée d'un fantôme, et surement beaucoup d'autres que j'ai laissé échapper par manque de connaissances..

"La vie d'un idiot" reprend la même idée, mais dans une forme différente: une nouvelles morcelé en de nombreux chapitres parfois très courts, où, cette fois, le narrateur fait le bilan de sa vie peu satisfaisante.. Les deux sont intéressantes, mais la première est peut être plus "littéraire", avec un fil directeur plus net. En tout cas elle m'a un peu plus parlé que La vie d'un idiot, qui fait plus "témoignage clinique"

C'est dramatique, car on sent bien que l'auteur est vraiment au bout du rouleau. Car oui, pour le coup, l'auteur et le narrateur sont difficilement dissociables. Mais en même temps, passionnant, car pour le coup, la névrose est particulièrement bien rendue. L'auteur est "le fils d'une folle", étiquette qu'il se donne à lui même et qui lui pourrit littéralement la vie, persuadé qu'il est condamné à suivre le même chemin. C'est d'autant plus triste de constater à chaque page qu'on a affaire à quelqu'un d'une culture immense, tant asiatique qu'européenne ( il cite Mérimée, Baudelaire,Anatole France, Gogol..) Du coup, je crois que c'est exactement l'auteur que je conseillerais à qui veut attaquer la littérature japonaise, parce qu'il reste accessible au novice dans ses références, à mi chemin entre l'Europe et l'Asie ( n'oublions pas qu'on est à l'ère Meiji, l'ouverture du pays vers les autres pays est toute récente, la névrose d'Akutagawa doit être intéressante à mettre en parallèle avec la mutation de son époque)

10/24
chez folio!

Entre chien et loup - collectif

Dans la série Belgique, voilà un recueil de nouvelles que j'ai trouvé un peu par hasard ( et donc, comme j'ai eu peu de temps en rentrant, mon mois Belge devient un mois et demi? un bimestre? belge, tant que je n'ai pas rédigé les billets en attente en fait)

Et donc, voilà pour l'occasion 10 nouvelles belges, parues tout récemment chez Onlit edition, disponible par exemple ici, dans une multitude de formats mais toujours gratuitement
10 nouvelles, 10 auteurs primés ou distingués au concours de nouvelles de la fédération de Wallonie- Bruxelles 2012/2013. Avec pour seul critère que ce soit des auteurs wallons ou résidant en Wallonie, et qu'il n'aient pas jusqu'alors étés publiés à compte d'auteurs. Le thème imposé était " entre chien et loup", aux auteurs d'en faire ce qu'ils veulent.. Avec à la clef des prix pour les trois premières et la possibilité d'être publiées

- Petits services rue Dussaussois ( Véronique Deprêtre) . L nouvelle qui a gagné le grand prix de la fédération et le prix Onlit. Un homme de 55 ans un peu limité fantasme sur une femme de son quartier ou plutôt sur " son cul". Et c'est au final la nouvelle que j'ai le moins aimée. Parce que je n'ai pas trop accroché au style très oral d'une part.. et que je ne vois pas vraiment le lien avec le thème, à part que la conclusion se passe le soir? enfin, clairement pas ma préférée.

- La Barrière ( Françoise Duesberg) nouvelle primée et mention RTBF: un normand répond un jour par hasard à une petite annonce matrimoniale lancée par une belge.. mais manque de courage et s'enfuit lorsqu'il a enfin l'occasion de la rencontrer réellement. Ca pourrait se limiter à ça, sauf que la réalité est plus tordue comme on le découvre dans le "droit de réponse" surporenantde la dame :). Une nouvelle sympathique sur les barrières mentales qu'on se met soit même ( mais là aussi, le rapport avec "chien et loup" me parait tiré par les cheveux.. La frontièreentre le jour et la nuit vue de manière plus "mentale"?

- Josika Utca ( Stephane Fontaine) nouvelle primée: Budapest, seconde guerre mondiale. Un militaire SS peu taillé pour l'armée recueille par hasard un chiot mal en point et cherche à le faire soigner. La survie de l'animal devient soudain la seule chose importante à ses yeux et fait éclater ses au grand jour des doutes qui le tenaillent. J'ai énormément aimé cette nouvelle, qui arrive à condenser beaucoup de choses avec une tension efficace en peu de pages

- Alice dans la pénombre d'une lampe d'Opaline (Pierre Pirotton) nouvelle primée: Un personnage de vieille dame un peu cliché dans un décor cliché, un soir d'automne. Et si la vieille dame décidait de changer le cours de l'histoire  que le narrateur veut lui faire jouer? Original et surprenant.

-lumière d'automne ( Laurène Cheilan) nouvelle distinguée: Quelque part au Japon. Au soir de sa vie, un moine errant se remémore son passé et tente de faire la paix avec lui. Un sujet qui me parle, forcément.

- Sur le fil (Csilla Deak ) nouvelle distinguée: La soirée qui fait tout basculer dans la vie d'un jeune musicien hongrois venu étudier le jazz en Belgique. un peu dans la même veine que la précédente, j'ai beaucoup apprécié cette histoire

- Incertitude (Sylvie Fabien) nouvelle distinguée: un psychiatre fantasme sur une de ses patientes qu'il idéalise. Moui.. là encore, pas très convaincue, même si l'action se passe le soir et donc n'est pas hors sujet, je n'ai pas accroché spécialement

- Des loups puis des chiens (Sébastien Févry)  nouvelle distinguée et publiée dans la revue Indication. Cette fois, les loups sont d'anciens bandits vieillissants, devenus des "chiens" en rentrant dans le rang, qui vont rendre un dernier hommage à la mémoire de leur ancien "chef de meute". J'ai apprécié cette nouvelle pour son côté allégorique, c'est étrange, parce que c'est vraiment la seule du recueil qui ne prenne pas l'expression au sens " entre la nuit et le jour", mais vraiment dans un sens différent des autres. Je m'attendais plus à ce genre de traitement , mais non.

- Aujourd'hui c'est mon anniversaire (Catherine Meeus) nouvelle distinguée et publiée dans la revue Marginale. Du matin à la tombée de la nuit, la journée déprimante d'une dame qui fête son anniversaire, entre un mari qui l'a complètement oublié et des enfants qui s'en fichent totalement. Drôle, enlevé et un poil cynique.

- Un héros très discret (Gozdecan Ulusçu) nouvelle distinguée. L'errance d'un drogué en quête d'une dose.. mais un concours de circonstances va radicalement changer sa vie. L'autre nouvelle qui traite l'idée des loups de manière plus allégorique.

Au final, la plupart des nouvelles brodent autour du sujet " un personnage à un tournant de sa vie, va-t-il saisir l'occasion de faire changer les choses", ce qui en soit est une sujet qui me plaît assez. il n'y a pas de nouvelle que j'ai détesté, certaines qui ont su me plaire, une bonne découverte donc. Et ça tombe bien, car j'ai un autre recueil du même éditeur, " Bruxelles midi", je n'attendrais probablement pas très longtemps avant de l'ajouter aussi à mon challenge nouvelles.
9/24
Nouvelles wallones

Pyramides - Terry Pratchett

Et hop, un petit détour sur le Disque Monde, ça ne se refuse pas!

Et cette fois, nous allons suivre les aventures de Teppicymon XXVII pharaon du Royaume de Jôlhimome ( en VO, Djelibeybi, je crois que je préfère ça, ça sonne moins " scie des années 60" et un peu plus bonbon), royaume perdu dans un coin du disque monde, 150 kilomètres de longs sur 3 de large, un fleuve qui contient plus de crocodiles que d'eau, de bonnes terres arables inutilisables, car la population locale a une nette propension à couvrir justement les meilleures terres de Pyramides, car les rois décédés méritent ce qu'il y a de mieux n'est-ce pas.
Pendant ce temps, le sympathique Teppic, rejeton royal du pharaon sus-cité, envoyé par sa famille étudier le noble art de l'assassinat auprès de la guilde des assassin d'Ankh-Morpork ( si, si, le déplacement furtif, la maîtrise des poisons et l'escalade urbaine sont des compétences plus qu'utiles pour l'exercice du pouvoir)
Problème n°1: Teppic est d'un naturel pacifiste, n'a aucun goût pour l'assassinat et réussit son diplôme par un incroyable concours de circonstance, presque en essayant de le rater.
Problème n°2: Pile le même jour, loin de là, Teppicymon XXVII casse sa pipe. Ni une ni deux, voilà Teppic obligé de repartir pour un pays dont il a quasiment tout oublié, qui n'est plus chez lui, pour devenir le Pharaon Teppicymon XXVIII sous la houlette du grand prêtre Dios, tellement vieux que personne ne sait plus au juste depuis quand il a pris ses fonctions, bien décidé à manipuler Teppicymon junior comme il a manipulé son père et son grand -père aupravant.
Et Teppic donc, de redécouvrir les charmantes traditions de son pays natal qu'il avait préféré oublier: se faire tanner à longueur de temps par des gens qui veulent vous faire épouser votre tante, à défaut de soeur ou de cousine, voir ses décrets systématiquement travestis par les grands prêtres, supporter la présence de servantes en pagnes qui pèlent des raisins en chantant faux, faire construire une pyramide géante à feu son père..
Tiens Teppicymon XXVII, au fait qu'en pense-t-il? Et bien il ne veut pas en entendre parler.. Mais allez faire connaître vos choix funéraires lorsque vous n'êtes plus qu'un fantôme.
et puis une pyramide énorme, n'est-ce pas un peu dangereux.. après tout les pyramides ne sont-elle pas des sortes de catalyseurs de temps ( on apprend que le temps s'écoule à l'extérieur , mais pas à l'intérieur, permettant aux pauvres  momies qui y sont enfermées de se barber sérieusement pendant des millénaires à contempler le couvercle de leurs sarcophages.. tous les jours..toutes les nuits.. pendant des millénaires.. Et ça, feu Teppycimon n'en veut pas!) Alors lorsque la nouvelle énorme gigantesque pyramide qui lui est destinée se met à distordre l'espace temps -un peu comme une sorte de trou noir - le pays entier sombre dans une pagaille colossale.

Oui, car c'est du Pratchett, hein, Pyramide est un one-shot dans la Série Disque monde, mais c'est du Pratchett. On y trouve en vrac Sale-Bête le chameau,  le meilleur mathématicien du monde, qui n'a pas son pareil pour calculer tous les paramètres afin d'ajuster le coup de pied le plus efficace avec le moins de déperdition d'énergie; une ancêtre qui a subitement décidé des siècles plus tôt de changer de sexe par décret pour devenir roi, plutôt que reine ( ce qui fait que toutes ses descendantes depuis lors sont également considérée comme hommes, et que la tante de Teppic est aussi à la fois son oncle, son frère, sa soeur et son cousin), une servante grande gueule, une armée ennemie dont la marotte est de construire des chevaux de bois pour se cacher dedans, un architecte devenu tout plat suite à une décharge d'énergie et contraint de marcher en crabe, des momies ressuscitées bien décidées à en découdre avec ceux qui leur avaient promis un autre monde que personne n'a jamais trouvé, une statue de Bitos le dieu à tête de vautour des invités surprises ( ce détail me plaît énormément) dont personne ne veut... et bien plus encore

Comment dire, c'est savoureux, une fois de plus. Comme souvent avec Pratchett il faut un peu s'accrocher au début ( l'action alterne entre le passé de Teppic et son passage de diplôme avant de reprendre une narration plus linéaire.. enfin, un peu plus linéaire), laisser la rationalité au placard et se laisser mener par cette histoire complètement délirante qui tord joyeusement le cou à l'Egypte antique et sa foule de dieux, à la guerre de Troie, à la pharaon(ne) Hatshepsout, aux philosophes grecs - qui payent des gens pour les écouter débattre au cours de repas pantagruéliques dont les résultats sont à peu près équivalent à ceux d'un sommet du G20. Et bien sûr une mini apparition de LA MORT sans qui un Pratchett ne serait pas un Pratchett.

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 Donc un très bon tome, que j'ai beaucoup apprécié, la seule chose frustrante étant qu'il s'agit d'un one -shot.. et que selon toute vraisemblance on ne reverra pas ailleurs Teppic, la râleuse Ptorothée, les chameaux mathématiciens..
Pratchett.. évidemment
Parce que le héros devient pharaon, quand même!
quelques jours de retard sur la LC fantasy, mais pas grave
parce que les dieux à tête d'ibis, de vautour, de crocodile.. ça me rappelle un truc , mais quoi? :D
auteur anglais, une fois de plus
version parodique