lundi 2 novembre 2015

Crimson Peak ( film)

Bon, voilà j'en reviens, et comme c'est le jour des défunts, que le réalisateur est mexicain, pourquoi attendre? Billet Spécial " Dia de los muertos"!


Donc l'affiche avait attiré mon attention il y a quelques jours, d'autres personnes l'ont vu en ce mois Halloween, m'ont dit qu'il était assez dans la veine du Labyrinthe de Pan, du même réalisateur et que j'avais bien aimé... Donc go, le ciné le diffuse en VO, et ça me donnera donc enfin l'occasion de voir réellement le dans un rôle principal Machin, alias " l'acteur au nom difficile à retenir dont pas mal de gens semblent être fans".
Je disais  par ailleurs que pour moi, ce sont plutôt les visages que j'ai du mal à retenir, donc plutôt " où est-ce que j'ai déjà vu cette tête". Merci Google, donc, dans un rôle secondaire , dans la plupart des épisodes des "enquêtes de l'inspecteur Wallander", série avec Kenneth Branagh - alias, "le rouquin que j'aime bien mais dont je vais éviter de dire le nom pour ne pas me taper la honte avec mon accent frenchie".

Je ne savais pas de quoi ça parlait, au delà de l'affiche d'esprit gothique. Bon, rien qu'avec l'affiche, vous savez déjà qui est l'innocence même, et qui est la garce.

Je m'étonne toujours de cette tendance récente à mettre le nom de quelqu'un sous la photo d'un autre? Donc ici, le brun s'appelle Jessica, et la blonde Tom. La brune a un nom de femme, mais pas de bol, c'est pas le sien. Si quelqu'un a une explication rationnelle à cette mode?
Donc pour résumer, Edith Cushing, la blondinette, est américaine, de famille riche, et a des ambitions littéraires. Elle veut écrire des histoires de fantômes, son éditeur lui demande des histoires d'amour, ce qui ne la tente pas du tout. quand on lui demande si elle se prend pour Jane Austen, elle répond qu'elle préfèrerait être Mary Shelley - et me donne l'occasion d' enchaîner directement sur mon billet d'hier.
Elle voit aussi les fantômes, et par deux fois le fantôme de feue sa mère est venu lui dire d'éviter un endroit nommé "Crimson Peak" dont elle n'a jamais entendu parler, et qu'elle ne saurait même pas situer sur une carte.
Elle a aussi des idées progressistes et une horreur des snobs, des titres de noblesse et de tout le tintouin que peut faire une femme de sa connaissance qui fanfaronne à propos d'un lord anglais, avec titre, château... qu'elle a ferré si facilement.
Je t'aime déjà, toi!

C'est alors que bien sûr, alors qu'elle tape son manuscrit dans le secrétariat de son entrepreneur de père, elle est abordée par Mr. Sharpe, qui vient essayer de tirer des fonds auprès de Mr. Cushing. Sharpe est sympathique, souriant, l'air un peu perdu, et vante les mérites du manuscrit d'Edith auquel il a peine jeté un oeil.
C'est aussi un beau parleur, et un peu excentrique, juste ce qu'il faut pour embobiner une fille qui a la tête un peu trop dans les nuages. Tant pis pour le fait qu'il soit lord et possède un manoir, la donzelle semble vite oublier ses principes sociaux avec quelques jolies phrases taillées sur mesure.

Ce qui ne plaît guère au paternel qui a fait des recherches sur le monsieur quand même assez louche, et s'empresse de demander entre quatre-z'yeux à cet anglais trop poli pour être honnête de dégager presto ( lui et sa pétasse de frangine également louche, c'est pas dit exactement comme ça, mais c'est l'idée)

Aussi lorsque le père décède dans des circonstances aussi brutales qu'inattendues, Edith va évidemment se précipiter et épouser en justes noces son prétendant, qu'elle suit jusqu'en Angleterre. Puisque papa n'est plus là pour l'empêcher de faire ce qu'elle veut - le fait qu'il ait été violemment assassiné ne semble pas lui paraître très important . Après tout c'est juste son seul parent encore en vie qui vient de mourir, de mort non naturelle, alors hein, pourquoi rester dans son pays à attendre l'enquête policière pour savoir qui a eu l'idée de faire passer son paternel de vie à trépas, pour suivre précisément les gens à qui le paternel en question avait refusé du pognon peu de temps avant sa mort suspecte.

Ah, l'Angleterre, Londres, la classe ultime...
bienvenue dans ma modeste demeure...qui part en loques
Surprise, le manoir en pleine cambrousse est croulant, la toiture laisse entrer les feuilles mortes, la maison est construite sur une carrière d'argile qui teinte tout de rouge sang: l'eau, les murs.. les nombreux fantômes qui traînent par là.
Et puis il y a Lady Lucille, la soeur de Lord Sharpe, tellement polie, tellement bien élevée, mais dont le spectateur voit d'emblée qu'elle déteste cordialement Edith.
Mais que va-t-il se passer?

mais oui,  que pourrait-il bien se passer dans un endroit aussi joli dont le proprio est si.. si... heu.. avenant?
Ah oui, car évidemment, elle n'apprendra que bien tard que la région entière est surnommée " Crimson peak" par les habitants du coin, car l'argile qui remonte du sol colore de rouge la neige fraîche.

En fait, c'est du Guillermo Del Toro, je l'ai dit. Donc une histoire so British, avec lord, lady, manoir, neige, fantômes.. mais traitée de manière très hispanique en fait.

Autant j'aime bien l'ambiance qui se dégage de cette demeure trouée, humide, visqueuse.. autant il y a par moments une surenchère d'effets un peu trop grand-guignol qui désamorcent tout le côté réellement malsain de l'histoire pour une violence un peu caricaturale.
Je l'avais trouvée mieux gérée dans Le Labyrinthe où le monde monstrueux de l'imagination de la gamine était opposé à celui réellement violent de l'Espagne franquiste.
Là... il y a un peu trop d'effets faciles, de jump-scares ( voir mon billet sur Halloween, le dossier du fossoyeur) attendus, de fantômes bien bien moches, et par conséquent... j'ai ricané. Hé oui. Je m'y attendais un peu connaissant le réalisateur. Mais à un moment, l'espèce de fantôme zombie qui rampe dans le couloir ressemble tellement à la marionnette des contes de la Crypte, ou a Eddie, des pochettes d'Iron Maiden que j'étais presque obligée de me marrer. Heureusement, j'étais seule dans la salle, les gens se seraient demandé pourquoi je rigolais au moment flippant.
oui là.. et pourtant il y a un effet visuel intéressant, cadrage, point de fuite, couleurs... qui tombe à plat quand on voit le fantôme de face

Ca et les effets sonores un peu trop appuyés. Une ombre qui passe furtivement au fond d'une pièce c'est inquiétant. Pas besoin d'en faire plus. Si on lui rajoute un gros " fssssssh" façon épée qui sort d'un fourreau, ça casse le côté menaçant.
Voilà pour le négatif: les effets visuels et sonores un peu trop faciles qui pètent vraiment l'ambiance.
Je sais que pour la plupart des spectateurs, horreur = litres de sang, mais moi, ça me fait plus marrer qu'autre chose.
Du coup, je me suis prise à penser ce qu'auraient pu donner la même histoire avec les mêmes acteurs, mais traitée par Burton, Carpenter, Cronenberg... autant de gens qui jouent souvent sur le macabre, mais avec des univers visuels très très différents. Oui, tiens, je serais très curieuse de savoir ce qu'aurait pu en tirer le Cronenberg disons, de l'époque  Faux-semblants. Donc des gens dont je me sens plus proche d'un point de vue personnel dans leur approche du macabre. Ou même Lynch, même s'il ne me convainc pas toujours non plus, Eraserhead reste le summum du bizarre-malsain.
Voilà, ça c'est dit, Del Toro en fait trop à mon goût, et je répète bien à MON goût. Tant mieux si le le film tel qu'il est trouve son public, mais pour le coup je ne le trouve pas... assez sombre.
Je ne sais pas si ce que je raconte a un sens, parce que pour moi saignant ne signifie pas sombre. Et pourtant il y avait de très bonnes pistes, entre un coup de couteau et un coup de hachette. Donc je donne un exemple tout frais dans ma mémoire, d'autant que les deux films ont des points communs: Shining n'était pas saignant , enfin, très peu, et pourtant bien plus sombre dans son exploration quasi clinique de la folie. Dommage parce qu'il y avait vraiment de bonnes choses, que ce soit au niveau visuel et surtout au niveau de l'interprétation très bonne pour les 3 principaux personnages.
En fait toute la partie américaine m'a bien plus plu, dans le rapport trouble que les 3 ont entre eux, les jeux de regards... que la suite, où ces rapports existent encore mais sont un peu en retrait derrière les apparitions fantômatiques.

Pour les bonnes choses, et ça j'en parlais déjà pour Kubrik ou Carpenter, je vais donc me répéter:

Cadrages, profondeur de champ, éclairages, mouvements de caméra... Guillermo del Toro maîtrise très bien tout ça. La montée de la tension avec ce décor qui est lui même un personnage à part entière, quasiment vivant. C'est donc d'autant plus rageant pour moi de voir de très bonnes choses ( je ne sais pas qui sont les chefs op' et les photographes, et cadreurs, mais ils sont bons aussi, n'oublions pas tous ces gens sans qui le réalisateur ne pourrait pas non plus mener son film à bien) tomber parfois à plat. Les jeux de couleurs sont intéressants aussi, je pense qu'il y a quelque chose derrière le fait que certains fantômes apparaissent noirs, d'autres rouges ( là j'ai compris pourquoi) et un seul... blanc ( oui je me doute aussi)
Je me demande s'il n'y a pas un clin d'oeil à Shining, entre ces escaliers et la scène de poursuite dans la neige au milieu des machines. Et le fait que l'héroïne soit littéralement séquestrée au milieu de nulle part avec des visions qu'elle semble seule à avoir.

Et reste donc à aborder les acteurs. Mamma mia, je suis mal barrée, misère la blondinette a un nom encore plus imprononçable. Elle est bien dans son rôle d'oie blanche pas si innocente que ça - bien que, malgré sa culture littéraire, quand on lui dit " il y a un sous-sol.. il ne faut pas y aller".. non apparemment ça ne lui évoque rien. Elle va même piquer une clef pour aller ouvrir la caisse qui s'y trouve. J'ai bien aimé ce clin d'oeil à barbe-bleue qui n'est pas là juste pour faire stylé.
Bon, scénaristiquement, il y a des choses que je voyais venir:
Attention spoiler!
Le thé " amer", la relation glauque entre le frère et la soeur, l'identité du meurtrier du père d'Edith, les femmes épousées pour leur argent et assassinées
fin spoiler!
J'aime beaucoup Lucille, elle est fielleuse et menaçante à souhait sous ses sourires. L'actrice est très bonne aussi. Dans le registre " garce" qui ne se cache même pas. Le genre de personnage que j'aime détester... Remarque de nana: j'adore ses tenues, même si faire la cuisine en robe de velours bleu nuit n'est pas très indiqué! Mais je n'aime pas du tout les vêtements d'Edith, manches ballon et froufrous.
fliiiiiiippante!
Et donc l'acteur principal. Je comprends mieux l'engouement autour de lui. Je le disais, il est excellent. Il a ce talent tout britannique d'être toujours sur le fil, plusieurs fois je me suis demandé si son personnage était un excentrique perdu dans ses projets, un sentimental un peu paumé ou un faux-derche de première catégorie qui embobine l'héroïne pour obtenir un financement de son père.

Non, vraiment il a le talent de dire des phrases absolument ridicules dignes de romans sentimentaux, avec juste l'expression furtive qu'il faut pour que le spectateur comprenne que c'est du gros pipeau, mais sans en faire non plus des caisses.
Faux-jeton en vue, faux-jeton en vue! et elle regarde ailleurs évidemment..
Le coup du cours de valse à l'européenne était tordant: Pour résumer, " quand on sait valser élégamment, on peut danser en tenant une bougie, sans l'éteindre", suivi d'une démonstration à se faire pâmer les donzelles niaises éblouies. Tu crois que je ne les ai pas vus, peut-être, ton sous-entendu grivois, et ton sourire en coin?
Toi, tu vas entrer directement en bonne place dans ma liste " top des acteurs anglais", catégorie révélation de l'année.
Quand un monsieur vous demande de lui tenir la bougie.. euh, mais non voyons y'a PAAAAAS de sous-entendu grivois!
Non vraiment faut que je mémorise son nom et sa tête, il est très bon.
Et d'autant plus que j'ai pu voir le film en VO et allons y pour la remarque de donzelle niaise, faut bien que j'en fasse une aussi: très jolie voix, bien modulée,qu'évidemment, je n'avais pas pu apprécier dans la série en VF.
Avec en prime l'accent britannique que j'aime beaucoup et que je comprends bien sans sous-titres.
Je crois que vous avez compris maintenant depuis un certain temps que je suis sensible aux voix plus qu'à quoi que ce soit d'autre.

Mais bon, il a quand même aussi une tête qui sort un peu de l'ordinaire, je devrais arriver à m'en souvenir, sauf s'il nous fait une carrière à la Gary Oldman. Je l'apprécie, lui aussi, mais il change tellement de tête d'un rôle à l'autre que j'ai toujours du mal à le reconnaître. Et quelque chose me dit que Tom Hiddleston ( ayet, j'ai réussi au moins pour le nom), va suivre un peu le même chemin. En tout cas pour le côté "sourire faussement sympathique au point d'en devenir flippant", c'est déjà fait.

Donc encore un truc qui joue en faveur de Del Toro: choisir pile l'acteur ou l'actrice qui convient. Sergi Lopez aussi était excellent dans le Labyrinthe de Pan. Mais voilà, j'avais trouvé le rapport violence mentale/ hémoglobine mieux géré dans Pan. Film bon.. mais juste un peu en dessous de ma référence pour ce réalisateur.

Le point de vue de Kobaitchi

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