samedi 23 août 2014

expo "14/18, c'est notre histoire" à Bruxelles

L'autre exposition dont je voulais parler, c'est celle-ci, j'ai découvert son existence par hasard en arrivant, bien que, ça m'aurait vraiment étonnée qu'il n'y ait pas eu quelque chose à ce sujet  à l'occasion du centenaire de la première guerre mondiale. J'ai donc modifié mon planning pour aller la voir!

Il m'a été demandé sur la page Facebook du mois belge de parler de mon ressenti à ce sujet, en tant que non -belge.

Déjà sur l'exposition en tant que telle, je l'ai trouvée intéressante et très complète, adaptée à tous les publics, avec non seulement des objets ayant appartenu au roi Albert I°, au kaiser Guillaume II, des objets de la vie courante dans les tranchées ou hors zone de combat. Des cartes, des plans,d es extraits vidéos pour mieux situer les événements. Très intéressant aussi de commencer par un topo ( que la plupart des visiteurs ne regardaient même pas) sur l'état politique de l'Europe avant la première guerre mondiale, en rappelant que déjà le choses commençaient à bouger socialement: les femmes qui commencent à réclamer le droit de vote, le colonialisme de plus en plus critiqué, l'instabilité politique générale: l'assassinat de l'Archiduc d'Autriche n'est finalement qu'un assassinat politique parmi tant d'autre, qui n'aurait pas du avoir autant d'impact, ou au moins un impact limité entre l'Autrice et la Serbie qui revendiquant son indépendance depuis des années. Seulement, la Russie s'en est mêlée en apportant son soutien aux serbes dans un souci de se poser en champions du panslavisme, et le jeu des alliances politiques à fait le reste, dans un climat de bellicisme généralisé.

Tu attaques mon allié, donc je t'attaque et ainsi de suite.. l'exposition éclaircit ben les choses sur la triple entente et la triple alliance, j'avoue que les cours d'histoire du collège sont tellement loin que j'avais totalement oublié qui soutenait qui. Donc triple entente: France- Angleterre et Russie, et Triple Alliance ( aussi nommée Triplice): Autriche-Hongrie, empire Allemand, et Italie... déjà ce qu'on retrouvera  30 ans plus tard.
L'intérêt de l'expo est de souligner également à quel point ces ententes dérivaient d'oppositions familiales, puisque la plupart des pays étaient dirigés par des gens apparentés (si Guillaume II n'avait pas eu d'inimitié personnelle avec sa grand mère Victoria, on n'en serait peut être pas arrivés là.. je schématise, mais c'est vraiment ce qui ressort de ma visite: un effroyable gâchis causé par quelques égos surdimensionnés).

Après pour répondre précisément à la question d'Anne: en tant que française, les cours de collège mettaient l'accent non pas sur l'assassinat de l'archiduc, mais surtout sur celui de Jean Jaurès, qui était l'un des plus féroces opposants à l'entrée du pays en Guerre.
C'est donc pour moi très intéressant de voir la même guerre d'un autre point de vue. Mes cours ne mentionnaient qu'anecdotiquement le roi des Belges, donc j'avais à peu près oublié l'opposition au kaiser. Ça a donc été non seulement une remise en mémoire, mais aussi un complément d'information jamais eue, chaque pays ayant bien sur tendance à orienter politiquement ses programmes scolaires pour ne voir les choque que par le petit bout de la lorgnette qui va dans son sens. Je me souviens qu'on nous présentait chaque fois Guillaume II presque comme un monstre assoiffé de sang, alors qu'il en ressort plutôt un personnage effacé, inconséquent et qui vivait dans son propre monde mental.
photo de presse trouvée en ligne

Autre point très intéressant de l'exposition: les reconstitutions. On passe dans une tranchée reconstituée, un café, une kommandantur, une prison reconstitués.. c'est bien, ça évite l'ennui d'une simple mise bout à bout d'objets exposés. Et chose importante, les colonies ne sont pas oubliées.

Alors là aussi, de mon point de vue de française, et plus précisément, de française qui vit tout au sud du pays j'ai appris des choses très intéressantes.  Comme la première guerre mondiale s'est surtout déroulée au nord, pour nous, ça se résumait un peu  à " on se battait là haut, vers la Somme, les Ardennes, la frontière Belge, les régions en question ont été dévastées. Le reste du pays vivait à peu près en paix, c'était l'arrière, on ne s'y battait pas, le seul effet visible de la guerre était de devoir envoyer des gens au front" - bon là aussi, c'était des cours de collège, donc qui n'entraient pas trop dans le détail de l'inflation, du manque de matière première, des pénuries...
Mais à part ça, c'est tout à fait vrai. en PACA, la première GM n'a eu quasiment aucune retentissement, au contraire de la seconde ( tiens lundi on fête les 70 ans de la libération de ma ville), où la zone libre s'est réduite finalement à rien du tout et où des impacts de balles sont encore visibles ici ou là en ville.

Et bien sûr quand un programme scolaire doit traiter en 9 mois l'histoire depuis la révolution industrielle jusqu'à la seconde GM, on n'entre pas dans le détail. J'ignorais donc totalement que la Belgique avait été littéralement occupée, avec réquisitions de logement, tickets de rationnements, kommandantur et tout ce que la France a connu à son tour 30 ans plus tard.

Passionnant donc, pour peu qu'on s'intéresse à l'histoire. Mais l'expo est bien faite avec des petites attentions multimédia destinée au public jeune ( et à moi aussi, hein, je suis allée cliquer sur les cartes,  et me suis étonnée sur l'existence de charrettes à chiens - des charrettes tirées par de gros chiens qui amenaient les réserves de munitions au plus près des combattants)
(encore une photo trouvée sur le net, je n'ai pas de photo de l'expo, comme une truffe j'avais oublié de recharger la batterie de mon appareil!)

après, le sujet m'intéresse particulièrement car ma famille a eu une chance incroyable: personne dans mes ancêtres n'a été mobilisé! Mes grand-parents étaient trop jeunes, mes arrières grand-parents n'ont pas été mobilisés, je ne sais pour quelle raison..parce qu'ils étaient agriculteurs et donc plus utiles à la production? ou soutiens de famille? Mes grand-mères étaient soit trop jeunes soit pas encore nées, une partie de la famille paternelle était composée d' acteurs itinérants et des mères célibataires,  donc déjà en marge de la société et peu concernés par les questions de frontières... et il n'y a pas eu à ma connaissance de mobilisation de grands-oncles non plus.

Et puis, comme je l'ai dit, je suis de là, en bas, tout au sud, la guerre était vraiment quelque chose de très lointain. Il n'y a pas d'histoire familiale à ce sujet, on n'en parlait pas simplement parce qu'on avait pas spécialement de raison d'en parler (ou je suppose que puisqu'ils n'avaient pas été concernés directement, disons les choses comme elles sont, ils s'en foutaient un peu) c'est donc quelque chose de totalement, vraiment étranger pour moi. J'ai bien conscience d'être un cas rare quand je vois les listes de noms sur les monuments aux morts (contrairement à la 2° GM, là, oui, il y a une histoire familiale, ou même pour une ancêtre qui a quitté l'Alsace lors de l'invasion prussienne), de fait ça m'intéresse encore plus, peut être du fait que n'ayant pas eu de drame familial, je peux m'y intéresser de manière dépassionnée, puisque je n'ai pas de raison personnelle de le faire?
(nota, je viens d'aller chercher sur une base de donnée officielle en ligne, et je vois une seule occurrence de mon nom de famille, rare certes, mais quand même, un lointain cousin de mon arrière grand père paternel probablement.. vite je télécharge le document, ça peut s'avérer précieux en généalogie!)

Enfin, toujours est- il que j'ai énormément apprécié cette visite qui m'a appris une foule de choses.
et la aussi, le temps indiqué par le musée est " environ 1h30 à 2h00 " et j'ai dépassé allègrement les 3h00 de temps de visite.

5 commentaires:

  1. Oh merci pour ton billet et les gentilles réponses ! Par rapport à la vision de chaque pays, aujourd'hui on insiste sur le fait que les Allemands ont finalement souffert autant que les autres, en nombre de morts, en souffrances des civils et on perçoit mieux la personnalité de Guillaume II (c'était pas mal expliqué dans la série Apocalypse). En Belgique il y a eu des massacres de vcivils aussi dans les premières semaines, hier on commémorait à Dinat (là où Charles de Gaulle a été blessé dès le début des combats) le massacre de 674 civils, et il y a des villages des Ardennes belges raysé de la carte parce que tous les habitants ont été tués, tout ça parce que les Allemands croyaient dur comme fer à la présence de "francs-tireurs" comme en 1870, on le leur a fait croire ou ils se tiraient dessus entre eux sans le savoir comme à Louvain. Tout ça est passionnant quand même, et fait froid dans le dos aussi. J'ai été très frappée par la "mise en scène" de la fin de la guerre, quand tu marches littéralement sur les ruines d'Ypres, tu te retournes et tu tombes sur les vitrines avec les fûts d'obus sculptés... quel contraste !

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    1. pas de souci, si tu as d'autres questions n'hésite pas. Oui je trouve aussi très intéressante cette muséographie. J'ai lu aussi, avant de visiter, des articles forts intéressants dans Science et Vie, l'un sur la pollution toujours importante des sols et cours d'eau en conséquence des bombardements en Picardie ( que j'avais prêté à une collègue qui vient de cette région, elle a été effarée de l'apprendre!) et un autre sur l'archéologie au LIDAR, qui permet de retrouver la trace des villages rasés, sous le couvert forestier qui a pris leur place.

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  2. Billet intéressant. J'ai bien aimé ta comparaison entre les cours en France et chez nous où on insiste plus sur la mort de l'Archiduc que sur celle de Jaurès, dont on ne parle pas en fait. Je n'ai appris le lien qu'à l'âge adulte en préparant mes propres cours.
    J'ai apprécié aussi que tu dises "on n'en parlait pas vu qu'on n'était pas vraiment concerné". C'est l'impression que j'ai depuis des années. Seules la Belgique et le Nord de la France célèbrent avec ferveur le 11 novembre et en parlent volontiers dans des expos, depuis de nombreuses années. Mes grands-parents avaient connu la faim, le froid, les combats, la perte de proches dans les attaques allemandes des premières semaines et vu des frères partir à la guerre. Cela les avait vraiment marqués.
    Merci pour ton billet !

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    1. hé bien, je suis contente que ça vous ai plu, à Anne et toi. Et en fait, mes visites ont été complémentaires, puisque le Parlementarium insiste aussi sur la création de la SDN, comme base de la CEE et de l'UE, en réaction à la première guerre mondiale, et pour éviter à nouveau le même désastre...ce qui n'a pas marché du premier coup on va dire.

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  3. Voilà un exemple de ce que permet la recherche au LIDAR ( j'en parle dans la réponse à Anne), ici dans la forêt d'Argonne:
    http://centenaire.org/fr/cartographie/images-lidar-de-la-foret-dargonne

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