Belladonna Blackthorn, alias Belle, car elle déteste son prénom complet, est libraire ET sorcière.
Donc forcément quand un livre pareil m'arrive entre les mains, peu avant notre rendez-vous annuel halloweenesque, il faut que je le lise. D'autant que c'est une très jolie édition, avec un jaspage représentant Big Ben sur la tranche. J'ai presque hésité à le garder pour le prochain mois anglais d'ailleurs!
Un coup d'oeil sur la quatrième de couverture m'indique que c'est un " cosy fantastique", comme il y a du cosy mystery, de la cosy fantasy ( coucou Miss Percy et Fitz le dragon), et très récemment de la cosy SF ( sisi, lors de la présentation des nouveautés de rentrée, la chef nous a parlé d'un livre de cosy SF où des robots ouvrent un restaurant de nouilles, autant dire que ça pique beaucoup ma curiosité, moi qui ai fait une table thématique " robots" l'an dernier au taf).
Le titre Rewitched évoque évidemment " Bewitched", série des années 1960 , connue comme " Ma sorcière bien -aimée" en France. Donc une sorcière -femme au foyer, qui a beaucoup de talents mais doit les cacher, pour plaire à la société machiste des années 1960, et à son crétin de mari qui se marie avec une sorcière, mais à condition qu'elle n'utilise pas la magie, parce qu'il faut qu'elle soit comme madame tout le monde. Ce qu'évidemment elle ne fait pas, sauvant souvent les situations précisément grâce à la magie ( J'ai vraiment du mal avec cette série. Il y est littéralement question d'une femme aux talents exceptionnels qui doit ne pas les utiliser, parce qu’un homme le lui a demandé en mode " si tu m’aimes, tu renonces à ta particularité". Alors certes, elle le fait quand même, mais jamais pour carboniser sur place les gens qui lui dictent sa vie et l'obligent à ne plus être elle-même, et c'est extrêmement frustrant. Mais c'est aussi peut-être la première qui présentait la sorcière sous un angle positif, et non comme une horrible mégère malfaisante)
Mais nous sommes au XXI° siècle, et contrairement à Samantha, Belle a une vie sociale avec d'autres centres d'intérêts que se couler dans le moule social et rester à la maison pour le bien-être d'un mari qui ne pense qu'à faire bonne impression sur son patron...
Belle est une sorcière dans un cadre quotidien, qui a un travail, prend le bus, vit en colocation avec une copine toujours aussi pressée que le lapin d 'Alice au pays des Merveilles, et un chat, évidemment!
Elle a comme tout le monde des ennuis avec un blaireau au travail, des factures à payer, et une propension à glandouiller. Belle a 29 ans et 364 jours au début de cette histoire.
Elle est sorcière, comme sa mère et sa grand-mère, et a grandi sans se poser de question dans un environnement magique, se souciant simplement que les non-magiques - les moldus de ce livre - ne découvrent pas son secret. Pas pour obtenir une validation sociale, mais plutôt pour la tranquillité, et parce que ça lui facilite la vie au quotidien.
De mon point de vue, elle utilise la sorcellerie à bon escient. Comme sa " grande soeur " de TV Samantha, pour s'épargner les corvées de ménage, ce qui est déjà pas mal. Pour classer la paperasse administrative ( mais ça ne l'empêche pas de laisser traîner ses factures jusqu'à oublier leur existence). Pour améliorer son quotidien au travail ( et en tant que bibliothécaire, un sort pour que les livres se nettoient et se rangent seuls, ça aussi, je prends!)
Mais ce qu'elle ignore ou n'a jamais pris le temps de vérifier, c'est que si ses dons sont innés, ils doivent être travaillés et améliorés. On ne devient pas championne de natation en se contentant de nager la brasse pour rester à flot, c'est pareil en magie. Le don est une chose, mais il ne servira pas à grand chose si on ne l'entretient pas et ne le développe pas. Elle a passé une sorte d'initiation à 15 ans, qu'elle s'est empressée d'oublier, et à 30 ans, paf! Voilà qu'un test va décider de son avenir de sorcière. Si elle n'est pas suffisamment active dans ce domaine, elle perdra tous ses dons.
Or a part les petits avantages au niveau du quotidien et du travail, elle n'a jamais cherché à s'améliorer: elle n'a jamais rencontré d'autre sorcier ou sorcière à part sa mère et sa grand-mère, et donc se dit que ça n'a pas beaucoup d'intérêt pratique. A côté de ça elle est un peu en crise au travail, sa patronne, la propriétaire de la librairie où elle officie comme manager, la tarabuste pour qu'elle reprenne la boutique, sinon.. c'est Christopher, son fils qui le fera, et c'est un foutu trader qui ne voit que les chiffres, veut remplacer la thématique halloween de la librairie par une mise en avant de la finance, s'adresse avec l'irrespect d'un financier avec tout le monde, et surtout avec les femmes qu'il appelle systématiquement " mon chou" ou "Sugar". La patronne, les autres employés, tout le monde est persuadé que Belle, qui gère déjà la majeure partie de l'affaire , e, pratique, mais pas nommément, ferait une repreneuse parfaite, et permettrait d'éviter que Christopher en bon homme d'affaire, ne coule la boutique en moins de 2 ans. Mais Belle a un fameux syndrome de l'imposteur et se persuade qu'elle n'a pas le talent nécessaire pour faire officiellement ce qu'elle fait officieusement depuis des années. alors que bon, vu le niveau de Christopher, même un épouvantail ferait mieux.
Et c'est dans cette circonstance déjà difficile que le représentant du Grand Coven de Londres qui vient lui casser les pieds (heum, il a fallu que j'aille chercher en ligne ce qu'est un coven, je suis décidément une moldue!) pour lui rappeller qu'elle doit passer un test le lendemain qui validera ou non son appartenance à la communauté magique.
Double charge: il va lui falloir régler le problème Christiopher (une bonne boule de feu.. ha non, zut, c'est le fils de la patronne. Bon, un petit sort d'anticapitalisme, ça ferait l'affaire), et ... faire une formation accelerée de sorcellerie pour ne pas perdre ses pouvoirs (insérer ici " Eye of the Tiger"). Belle a donc 30 nuits pour rattraper 15 ans de négligence. Elle va pouvoir compter sur Rune, sorcier âgé de 300 ans et qui en parait 10 fois moins ( c'est pratique les sorts!), et Artorius, vieux monsieur passionné de crochet et de pâtisserie, qui a été banni du coven pour une sombre affaire de meurtre, mais s'avère être l'opposé de ce qu'on imagine d'un meurtrier. Cette équipe hétéroclite ne sera pas de trop pour mener la mission à bien d'autant que quelqu'un semble vouloir que Belle échoue, et sabote à distance ses efforts.
J'ai eu très peur à un moment que ça parte en romance, à cause de Rune, qui est forcément le beau grand brun ténébreux qui-sent-le-feu-de-bois ( dans la vie courante, il y quand même plus de chance qu'un grand brun qui sent le feu de bois soit pizzaïolo que sorcier, quand même), et que ça ne vie en roucoulades pénibles, vu que Belle ne peut pas le piffer dès le début, et que c'est LE cliché de toute comédie sentimentale qui se respecte. Mais non. Il y aura bien rapprochement, mais c'est loin d'être le coeur de l'intrigue, qui reste centrée sur Belle, son manque de confiance en elle, particulièrement au niveau du travail, les hauts et les bas de son amitié avec Ariadne, sa relation avec Artorius le papy-gâteau (diantre, aurait-on menti à Belle sur son passé criminel?), sa difficulté à faire son deuil de sa grand-mère.. bref, de la tranche de vie dans un cadre fantastique.
Et je prends! C'était une lecture automnale bien sympathique, qui prend le temps de développer son intrigue et ses personnages ( même si j'ai vu de loin venir le retournement final, et l'identité de qui arrive un peu tard: et là, dans les 2 derniers chapitres: BAAAAAASTON! Là par contre, c'est un poil brutal, au chapitre précédent on en était encore à faire de la magie dans un grenier)
Pour ce qui est des personnages, personne ne m'est sorti par les yeux, il y a juste les soeurs Gowden qui sont un peu cliché au point où spoiler alert, si on a un peu l'habitude du fantastique, on devine vite que la plus dangereuse n'est pas celle que le scénario désigne. Règle d'or: pour rendre un personnage plus méchant, rendez-le d'abord plus gentil! fin du spoil.
Et donc une lecture pas inoubliable, mais qui fait le taf en détente, avec même quelques petites touches d'humour anglais par-ci par là. En plus la couverture est superbe, le livre lui même a un côté grimoire, très soigné. Ce n'est en aucun cas un gage de qualité ( j'en suis même venue au travail à me dire " plus le livre est beau, avec un jaspage recherché, plus il y a de chance que ce soit un cache misère), mais celui là est plutôt dans le haut du panier: bel objet et contenu agréable.
Je vois que l'autrice a publié un second tome " Uncharmed", centré sur une autre sorcière; dont la couverture fait judicieusement écho à Rewitched: lune inversée, grande roue, chat blanc au lieu de foncé, titre au sens opposé , et apparemment, personnage central qui a parfaitement confiance en ses capacités.
donc évidemment que je lirai le deuxième volet. En espérant même un cameo des personnages du premier, tiens.
