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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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dimanche 8 novembre 2026

Rewitched - Lucy Jane Wood

Belladonna Blackthorn, alias Belle, car elle déteste son prénom complet,  est libraire ET sorcière.




Donc forcément quand un livre pareil m'arrive entre les mains, peu avant notre rendez-vous annuel halloweenesque, il faut que je le lise. D'autant que c'est une très jolie édition, avec un jaspage représentant Big Ben sur la tranche. J'ai presque hésité à le garder pour le prochain mois anglais  d'ailleurs!
Un coup d'oeil sur la quatrième de couverture m'indique que c'est un " cosy fantastique", comme il y a du cosy mystery, de la cosy fantasy ( coucou Miss Percy et Fitz le dragon), et très récemment de la cosy SF ( sisi, lors de la présentation des nouveautés de rentrée, la chef nous a parlé d'un livre de cosy SF où des robots ouvrent un restaurant de nouilles, autant dire que ça pique beaucoup ma curiosité, moi qui ai fait une table thématique " robots" l'an dernier au taf). 

Le titre Rewitched évoque évidemment " Bewitched", série des années 1960 , connue comme " Ma sorcière bien -aimée" en France. Donc une sorcière -femme au foyer, qui a beaucoup de talents mais doit les cacher, pour plaire à la société machiste des années 1960, et à son crétin de mari qui se marie avec une sorcière, mais à condition qu'elle n'utilise pas la magie, parce qu'il faut qu'elle soit comme madame tout le monde. Ce qu'évidemment elle ne fait pas, sauvant souvent les situations précisément grâce à la magie  ( J'ai vraiment du mal avec cette série. Il y est littéralement question d'une femme aux talents exceptionnels qui doit ne pas les utiliser, parce qu’un homme le lui a demandé en mode " si tu m’aimes, tu renonces à ta particularité". Alors certes, elle le fait quand même, mais jamais pour carboniser sur place les gens qui lui dictent sa vie et l'obligent à ne plus être elle-même, et c'est extrêmement frustrant. Mais  c'est aussi peut-être la première qui présentait la sorcière sous un angle positif, et non comme une horrible mégère malfaisante)

Mais nous sommes au XXI° siècle, et contrairement à Samantha, Belle a une vie sociale avec d'autres centres d'intérêts que se couler dans le moule social et rester à la maison pour le bien-être d'un mari qui ne pense qu'à faire bonne impression sur son patron...

Belle est une sorcière dans un cadre quotidien, qui a un travail, prend le bus, vit en colocation avec une copine toujours aussi pressée que le lapin d 'Alice au pays des Merveilles, et un chat, évidemment! 

Elle a comme tout le monde des ennuis avec un blaireau au travail, des factures à payer, et une propension à glandouiller. Belle a 29 ans et 364 jours au début de cette histoire. 

Elle est sorcière, comme sa mère et sa grand-mère, et a grandi sans se poser de question dans un environnement magique, se souciant simplement que les non-magiques - les moldus de ce livre - ne découvrent pas son secret. Pas pour obtenir une validation sociale, mais plutôt pour la tranquillité, et parce que ça lui facilite la vie au quotidien. 

De mon point de vue, elle utilise la sorcellerie à bon escient. Comme sa " grande soeur " de TV Samantha, pour s'épargner les corvées de ménage, ce qui est déjà pas mal. Pour classer la paperasse administrative ( mais ça ne l'empêche pas de laisser traîner ses factures jusqu'à oublier leur existence). Pour améliorer son quotidien au travail ( et en tant que bibliothécaire, un sort pour que les livres se nettoient et se rangent seuls, ça aussi, je prends!)
Mais ce qu'elle ignore ou n'a jamais pris le temps de vérifier, c'est que si ses dons sont innés, ils doivent être travaillés et améliorés. On ne devient pas championne de natation en se contentant de nager la brasse pour rester à flot, c'est pareil en magie. Le don est une chose, mais il ne servira pas à grand chose si on ne l'entretient pas et ne le développe pas. Elle a passé une sorte d'initiation à 15 ans, qu'elle s'est empressée d'oublier, et à 30 ans, paf! Voilà qu'un test va décider de son avenir de sorcière. Si elle n'est pas suffisamment active dans ce domaine, elle perdra tous ses dons.

Or a part les petits avantages au niveau du quotidien et du travail, elle n'a jamais cherché à s'améliorer: elle n'a jamais rencontré d'autre sorcier ou sorcière à part sa mère et sa grand-mère, et donc se dit que ça n'a pas beaucoup d'intérêt pratique. A côté de ça elle est un peu en crise au travail, sa patronne, la propriétaire de la librairie où elle officie comme manager, la tarabuste pour qu'elle reprenne la boutique, sinon.. c'est Christopher, son fils qui le fera, et c'est un foutu trader qui ne voit que les chiffres, veut remplacer la thématique halloween de la librairie par une mise en avant de la finance, s'adresse avec l'irrespect d'un financier avec tout le monde, et surtout avec les femmes qu'il appelle systématiquement " mon chou" ou "Sugar". La patronne, les autres employés, tout le monde est persuadé que Belle, qui gère déjà la majeure partie de l'affaire , e, pratique, mais pas nommément, ferait une repreneuse parfaite, et permettrait d'éviter que Christopher en bon homme d'affaire, ne coule la boutique en moins de 2 ans. Mais Belle a un fameux syndrome de l'imposteur et se persuade qu'elle n'a pas le talent nécessaire pour faire officiellement ce qu'elle fait officieusement depuis des années. alors que bon, vu le niveau de Christopher, même un épouvantail ferait mieux.

Et c'est dans cette circonstance déjà difficile que le représentant du Grand Coven de Londres qui vient lui casser les pieds (heum, il a fallu que j'aille chercher en ligne ce qu'est un coven, je suis décidément une moldue!) pour lui rappeller qu'elle doit passer un test le lendemain qui validera ou non son appartenance à la communauté magique.
Double charge: il va lui falloir régler le problème Christiopher (une bonne boule de feu.. ha non, zut, c'est le fils de la patronne. Bon, un petit sort d'anticapitalisme, ça ferait l'affaire), et ... faire une formation accelerée de sorcellerie pour ne pas perdre ses pouvoirs (insérer ici " Eye of the Tiger"). Belle a donc 30 nuits pour rattraper 15 ans de négligence. Elle va pouvoir compter sur Rune, sorcier âgé de 300 ans et qui en parait 10 fois moins ( c'est pratique les sorts!), et Artorius, vieux monsieur passionné de crochet et de pâtisserie, qui a été banni du coven pour une sombre affaire de meurtre, mais s'avère être l'opposé de ce qu'on imagine d'un meurtrier. Cette équipe hétéroclite ne sera pas de trop pour mener la mission à bien d'autant que quelqu'un semble vouloir que Belle échoue, et sabote à distance ses efforts.

J'ai eu très peur à un moment que ça parte en romance, à cause de Rune, qui est forcément le beau grand brun ténébreux qui-sent-le-feu-de-bois ( dans la vie courante, il y quand même plus de chance qu'un grand brun qui sent le feu de bois soit pizzaïolo que sorcier, quand même), et que ça ne vie en roucoulades pénibles, vu que Belle ne peut pas le piffer dès le début, et que c'est LE cliché de toute comédie sentimentale qui se respecte. Mais non. Il y aura bien rapprochement, mais c'est loin d'être le coeur de l'intrigue, qui reste centrée sur Belle, son manque de confiance en elle, particulièrement au niveau du travail, les hauts et les bas de son amitié avec Ariadne, sa relation avec Artorius le papy-gâteau (diantre, aurait-on menti à Belle sur son passé criminel?), sa difficulté à faire son deuil de sa grand-mère.. bref, de la tranche de vie dans un cadre fantastique.

Et je prends! C'était une lecture automnale bien sympathique, qui prend le temps de développer son intrigue et ses personnages ( même si j'ai vu de loin venir le retournement final, et l'identité de qui arrive un peu tard: et là, dans les 2 derniers chapitres: BAAAAAASTON! Là par contre, c'est un poil brutal, au chapitre précédent on en était encore à faire de la magie dans un grenier)

Pour ce qui est des personnages, personne ne m'est sorti par les yeux, il y a juste les soeurs Gowden qui sont un peu cliché au point où spoiler alert, si on a un peu l'habitude du fantastique, on devine vite que la plus dangereuse n'est pas celle que le scénario désigne. Règle d'or: pour rendre un personnage plus méchant, rendez-le d'abord plus gentil! fin du spoil.
Et donc une lecture pas inoubliable, mais qui fait le taf en détente, avec même quelques petites touches d'humour anglais par-ci par là. En plus la couverture est superbe, le livre lui même a un côté grimoire, très soigné. Ce n'est en aucun cas un gage de qualité ( j'en suis même venue au travail à me dire " plus le livre est beau, avec un jaspage recherché, plus il y a de chance que ce soit un cache misère), mais celui là est plutôt dans le haut du panier: bel objet et contenu agréable.
Je vois que l'autrice a publié un second tome " Uncharmed", centré sur une autre sorcière; dont la couverture fait judicieusement écho à Rewitched: lune inversée, grande roue, chat blanc au lieu de foncé, titre au sens opposé , et apparemment, personnage central qui a parfaitement confiance en ses capacités.
donc évidemment que je lirai le deuxième volet. En espérant même un cameo des personnages du premier, tiens.

samedi 31 octobre 2026

Défi " 100 disques dans l'année" 3e Volume - Octobre

 Evidemment l'instrument insolite de ce mois-ci ne pouvait être que le theremine, qui n'a pas son pareil pour créer des ambiances fantastiques et des sonc fantômatiques.. encore plus accentué par le fait qu'on ne touche pas l'instrument ( ce n'est pas exactement le seul, la harpe lumineuse de Jean-Michel Jarre rentre dans ce cadre...) ce qui donne l'impression que l'instrumentiste est en train de faire des incantations et lancer des sorts.

Voilà donc "Ghost Sonata" de Scott Marshall, la bien intitulée, pour theremine et orchestre, qui ressemble à s'y méprendre à une bande son de film signée Danny Elfman.


Et il peut s'accompagner lui-même créant des nappes sonores très " film de SF vintage", pour peu qu'on utilise un looper et de la réverbération. Très efficace!

Donc, quoi de neuf en octobre, à part deux jours de grève mis à profit pour jouer un peu de zique, évidemment?
Rien en particulier, si ce n'est que les premiers concerts s'annoncent en novembre. Une masterclass de basson sur 2 jours suivie d'un concert la semaine suivante, encore un autre le dimanche d'après..

J'ai un peu perdu le fil de mes écoutes, vu que je n'ai pas tout noté au jour le jour

Ecoutes:(6)
Ossiadiana - Folkstone ( Folk metal 2017)★, je cherchais un groupe de metal itlien chantant en italien, et c'est une excellente pioche!
Pikes 19 à 22 - Buckethead ( inclassable 2013))★: comptent pour 2. petit coup de coeur pour Teeter slaughter, le 19 pike, que je trouvais incroyablement funky, et pour cause: Bootsy Collins y joue de la basse. J'ai vu Buckethead mentionné  plusieurs fois par Bootsy sur sa propre page facebook, je ne savais pas à partir de quel moment leur collaboration avait commencé. En tout cas cette collaboration entre un bassiste que j'adore et un guitariste qui ne cesse de m'épater, ça décoiffe!

Division Bell- Pink Floyd ( rock prog 1994)★: tout le monde ne sera pas d'accord, mais je le surkiffe pour des raisons très précises: c'est le premier disque que  j'ai acheté à 17 ans avec mo argent de poche, celui qui m'a fait découvrir PF et plus généralement le rock prog. C'est donc une pierre angulaire de ma culture musicale rock et anglaise, avec Queen ( que j'avais acheté avant et en cassette), et je l'ai poncé vu que j'avais pendant longtemps seulement 2 CD!

The Joshua Tree- U2 ( rock 1987) ★ U2 a vite rejoint PF lorsque j'ai commencé à construire ma collection, ils étaient ultra méga populaires pendant mes années collège ( 1988 à 1992), mais j'ai découvert à postériori leurs albums plus ancien. PArfois j'oublie à quel point j'adore la voix de Bono et la guitare the The Edge, et ce disque là me le rappelle instantanément. e ne peux pas ne pas mettre d'étoiles à un album qui contient Where the Streets have no name, Still haven't found what I'm looking for et With or without you) Pour cette dernière chanson j'ai une anecdote. Pendant quelques années, j'ai habité pas loin d 'une place bruyante et lorsque j'entendais la ligne de basse de ce titre, ça voulait dire que le bar allait fermer, dernière tourné.. et l'enfer allait commencer: les soiffards sortaient avec leur pinte et venait la finir sous mes fenêtres. Et pourtant ils ne m'ont pas fait détester la chanson. Sur le papier, chanson d'amour, paroles un peu gnangnan, ça aurait tout pour me déplaire, mais l'expressivité de Bono et la ligne de basse la sauvent. Ca ne vaut pas les choses plus péchues, mais j'aime quand même profondément cet album.

Heroes - David Bowie ( pop Rock, 1977)★ là aussi je ne peux pas ne pas y mettre l'étoile! Les instrumentaux sont top et me faisaient penser à Brian Eno, Bingo, il a bossé dessus!

il me semble avoir écouté d'autres choses en travaillant, mais c'étaient probablement des réécoutes, c'est pour ça que je n'ai pas tout noté.

Pratique.. petit mois, j'ai été un peu malade à la fin :(
Basson: 12h50, concerts en approche!
Piano: 16h20 

lundi 26 octobre 2026

Des momies!

 Après le crâne de la Renaissance alsacienne, les squelettes du museum d’histoire naturelle, ça vous tente, des momies ?

Quand je dis " momie" il a 75 % de chances que vous pensiez à l’Egypte, 20 % que vous pensiez au Pérou, à la Bolivie, enfin, à l’Amérique latine, et 5 % que vous pensiez à autre chose : les momies des tourbières nordiques, celles de Chine, telle la marquise de Dai, celles de Sibérie que ce soit les momies tatouées des peuples nomades, ou celles de mammouths et de loups, d’ailleurs. Ou même Ötzi, dont la découverte au début des années 1990 a eu un écho mondial.

Ils y en a des intentionnelles, résultat d’un processus funéraire codifié, ou des naturelles, comme, hé bien Liouba le mammouth ou Ötzi, congelés pendant des millénaires.

Mais je suis à peu près sûre que personne ne pensera à l’Allemagne. Moi non plus jusqu’à Août dernier, mais il s’avère qu’il y a des momies à Brême. Elles sont même l’une des curiosités de la ville, visibles dans une petite exposition que je suis évidemment allée voir. Oubliez les bandelettes et les sarcophages dorés à l'or fin, ce n'est pas du tout ça!

Il y en a 8, toutes datant du XVIIe au XVIIIe siècle, les premières ont été trouvées à la toute fin du XVIIe siècle, lors d’un remaniement de la crypte, et donc, à l’époque, il s’agissait de momies contemporaines, datant de moins de 50 ans. On a donc par la suite continué à rajouter des gens, pour constater que le phénomène se poursuivait.

Certaines sont donc parfaitement identifiées ( Georg Berhardt et Maria von Engelbrechten, d’autres uniquement définies par leurs vêtements ( le cornette , qui désigne ici un officier de la cavalerie) un surnom sujet à caution ( la comtesse anglaise ou " lady Stanhope", bien qu’aucune archive ne mentionne de Lady Stanhope enterrée là à cette époque), ou une supposition erronée que l’étude radiographique à démentie ( le couvreur de toit et l’étudiant sont plus probablement des malchanceux morts pendant la guerre de Trente Ans).

Toujours est-il qu’ils ont, pour une raison inconnue, vu qu’il n’y a pas d’archives, été enterrés dans la crypte ouest de la cathédrale, surnommée " Bleikeller", la cave au plomb, oubliés pendant des décennies et retrouvés momifiés.

Les raisons de cette momifications ont été liées au nom du lieu. La crypte a servi à entreposer du plomb pour les travaux de toiture de l’Eglise, c’est long en général, encore plus en période de conflit, et déjà au bout de quelques années, tout le monde a dû oublier que le plomb était posé SUR les cercueils et leurs occupants.

Donc on a  supposé que la présence du plomb, légèrement radioactif, avait joué un rôle en freinant le développement des champignons et bactéries, et en repoussant rongeurs, insectes et autres grignoteurs de viande séchée.

Les mesures ont trouvé une radioactivité négligeable dans les locaux, mais surtout une hygrométrie très basse. C’est plutôt là que se trouve l’explication. Désolée de l’image, mais.. tous ces gens ont séché très vite avant d’avoir le temps de moisir et d’être mangés. C’est finalement le même phénomène que dans le désert.
Pour en avoir le coeur net,  au XVIII° siècle, des expériences ont été menées en y laissant divers animaux morts, chats, chiens, un singe aussi il me semble... Ca a fonctionné , ils ne sont plus dans la crypte mais dans un musée que je n'ai pas pu visiter. Mais l'expérience est allée plus loin, en y enterrant un homme  nommé Konrad Ehlers, mort octogénaire en 1788. Comme il était pauvre, on l'a nourri et logé gratuitement dans le cloître pendant les dernières années de sa vie, en échange de l'acceptation d'être enterré dans la crypte, afin de vérifier si la momification opérait encore.
Dans le fond, même si on ne parlait pas encore de ça, c'est un peu l'équivalent de léguer son corps à la science, et il a fait plutôt un excellent choix, qui lui a permit de ne pas mourir dans la misère. Franchement je ferais le même: nourrie et logée gratuitement en échange de ma carcasse pour faire avancer la science, j'accepte.
Je suppose qu'à l'époque ça devait être un choix moins évident, puisque les gens étaient religieux et qu'un marché pareil avait un côté bien peu charitable. Je vois surtout que le papy n'est pas mort de faim ou de froid.

Et le plus curieux dans l'affaire c'est que la momie qui est aujourd'hui dans le meilleur état de conservation est la plus ancienne, l'Oberst Gregor von Winsen un officier poméranien mort vers 1652, et même mort et bien sec on voit que le monsieur devait de son vivant être très imposant et amateur de bon petit plats. Ce mort est bien portant!
Alors que l'ami Konrad, bien que le plus " jeune" est  plus proche du squelette que de la momie.

Je n'ai pas de photos car c'est interdit par respect, on parle là de morts assez récents, certains nommés et qui même s'ils ont involontairement fait avancer la science n'ont, à l'exception du dernier, pas donné leur accord pour le faire. Mais un petit panneau à l'entrée précise que si les visiteurs ne sont pas à l'aise avec la mort , sa représentation et la vision très concrète de cadavres ( bien qu'ils ressemblent plus à des sculptures en bois, un peu macabres), il vaut mieux passer son chemin. Les momies sont exposées, car on est en pays de tradition protestante et il y a moins de tabous par rapport à la mort que dans les pays de tradition catholiques, du moins actuellement. Au moyen âge on ne se privait pas de montrer des bouts de cadavres sous forme de reliques en échange d'aumônes. Est-ce plus moral? Pas vraiment.

Mais l'exposition est faite avec respect, et insiste sur la volonté, au XXI e siècle, alors que la mort est de plus en plus caché, de moins en moins visible, sur la volonté de lui laisser une place, en plein coeur de la ville. Si on part de ce principe, et de la conviction que la mort fait partie de la vie, il n'y a pas lieu d'être choqué. L'objectif est de faire un memento mori visitable, et de faire réfléchir celui qui fait la démarche d'y entrer. 
C'est mon cas, j'ai pourtant vu quantité de squelettes, fossilisés ou non, de specimens en bocaux dans des musées, de momies dans des expositions ou en photo, se retrouver devant ces gens dans leur cercueil couvert d'une plaque de verre ( auparavant, ils étaient accessible au public qui les a endommagés et notamment au XIX° siècle, on ne se privait pas pour ramener une mèche de cheveux ou un doigt en souvenir), hé bien c'est surprenant. Le fait qu'ils ne soient pas dans un musée, mais dans une crypte qui est l'endroit où ils ont été enterrés, donne une impression effectivement plus concrète de la mort. Ils n'ont pas été amenés quelque part pour être présentés, avec une fiche détaillant les découvertes scientifiques qu'ils ont amenées. Là, non. Leur nom ou leur identification, et très peu d'information. Ce ne sont pas des pièces de musée. On va les voir chez eux.
C'est d'autant plus troublant qu'ils sont récents, entre 350 et 250 ans. Je n'ai pas pu faire autrement que penser que leurs descendants vivent peut être encore à Brême ou dans la région, sans forcément savoir qu'ils sont apparents à une des momies. Et s'ils le savent, est-ce qu'ils sont allés voir leur ancêtre? Est ce qu'on a fait des études ADN pour retrouver ces descendants? (après tout, Boris Johnson s'est trouvé apparenté à une momie trouvée à Bâle, en Suisse!)
Etrangement l'effet n'est pas le même avec une momie égyptienne, ou sibérienne âgée de plusieurs millénaires. Où placer le curseur? est-ce que parce que l'analyse des restes humains de civilisations ancienne est une des seules manière de comprendre leurs modes de vies? Ou parce que 1700 et quelque c'est récent, attesté, qu'on peut savoir des tas de choses sur cette époque avec les archives sans forcément examiner les reste de Untel? est-ce que ça vient du fait qu'il puisse y avoir encore des apparentés?
En ce cas, il y a pourtant les inscriptions hiéroglyphiques, n'a les noms des pharaons...et l'anglais Adrian Targett, prof d'histoire, s'est trouvé être descendant du squelette de l'homme de Cheddar mais du fait que c'est lointain, il est plus facile d'oublier qu'il s'agit d'abord de quelqu'un qui a vécu. Quel effet ça peut faire d'avoir la conscience de descendre d'un squelette ou d'une momie ( en Europe, hein.. en Indonésie, les gens sont tranquilles avec ça, et font prendre l'air aux momies de la famille tous les ans en août, leur offrent de nouveaux vêtements, etc...).
Mais là, on s'aventure du le terrain philosophique, éthique, social, et toutes les opinions sont possibles depuis " on n'expose rien, les morts sont sacrés qu'ils soient humains ou animaux" jusqu'à " on expose tout, après tout, leur redonner un nom une histoire est une identité c'est mieux que les laisser dans un tiroir sous un numéro d'ordre". Pour moi la limite c'est "est-ce que le défunt a été volé à sa culture d'origine? est-ce que c'est un prisonnier qui a été exécuté" (pour ne pas encourager le trafic d'être humains, et moins par rapport aux morts qu'aux vivants de sa communauté d'origine). Dans le cas de quelqu'un qui a légué son corps à la science, ou du moment où l'intérêt scientifique dépasse le statut individuel, pas de problème! Les ménageries en général et les zoo humains étaient autrement plus cruels.

Pour en savoir plus sur le Bleikeller et ses momies, c'est ici ( en anglais)
quelques photos de momies du monde chrétien ( site en allemand) dont un détail des mains de Herr Von winsen, sacrément bien conservé, contrairement à Maria von Engelbrechten.

Tiens et pour continuer sur le sujet, j'avais vu la plutôt intéressante exposition "Momies" au printemps dernier à Paris; Plutôt intéressante parce qu'elle détaillait diverses méthodes de momification volontaire sur plusieurs continents à travers plusieurs exemples, mais je l'ai trouvé moins exhaustive que celle présentée en 2022/2023 à Toulouse, qui intégrait les momies naturelles, y compris les mammouths; loups, lions des cavernes, etc... Mais dans les deux cas, on était véritablement dans le cadre d'une approche muséale, scientifique. Donc c'est intéressant de constater que mon ressenti est différent, parce que le cadre et l'objectif sont différents.