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Tout simplement parce qu'on y trouve un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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mercredi 8 septembre 2010

Mon gras et moi - Gally


 Et de un pour le challenge Bd. J'avais repéré ce titre sur l'agenda dédicace de ma Fnac, l'affiche qui est aussi la couverture du bouquin  ( "mon gras et moi" en rose dégoulinant sur un bide rebondi) m'avait faite rire, puis je n'vais aps pu aller voir ce dont il s'agissait. et voila que ce petit livre refait surface,  il ne fait que 5€60 chez pocket, la 4° de couverture est marrante aussi ( un fessier rose tout aussi rebondi que le son comparse, sanglé dans une culotte étriquée, dont l'étiquette est en fait le code ISBN). Bref, pourquoi se priver.

Donc en fait, "mon gras et moi" narre les déboires et le quotidien d'une fille qui fait partie de qu'on appelle hypocritement "les personnes fortes". Comprendre, elle taille un bon 50. Et donc arrivent les difficultés du quotidien: comment trouver un pantalon à sa taille quand les boutiques spécialisées commencent au 54, mais que les magasins classiques  s'arrêtent au 46, comment résister à l'envie de baffer la copine maigre qui vous comprend " trop bien! j'ai pris 500 grammes et j'ai mis 3 jours à les perdre, l'angoisse", comment transiger avec sa balance et sa conscience pour reprendre une cinquième part de fromage, etc.;

Autant dire que, sur certains trucs , je me suis reconnue ( déjà quand on fait un 46/ 48, pas facile de trouver un pantalon correct, surtout avec la récente mode " cuisses étroites", et j'aboutis régulièrement au magasin hippie avec ses fringues "free size"). Sur d'autre par contre, j'avoue que je ne me sans pas concernée. ayant toujours été grassouille, j'ai pris sur moi, l'état d'esprit de notre héroïne me rappelle plutôt moi au collège ou au lycée. Je suis maintenant totalement opaque aux magazines féminins et leurs promesses mirobolantes, au regard des autres. Limite si le bouquin ne m'a pas fichu un mini complexe du style " C'est pas normal! en fait je devrais culpabiliser, mais je ne culpabilise pas! Y'a un truc qui cloche". Bon faut dire que mon vécu est un peu différent, et puis j'ai toujours été comme ça, pas de brusque changement qui fait déprimer et broyer du noir ( faudra peut être que je songe à écrire "ma flotte et moi" pour les victimes de rétention d'eau? ). en prime, je déteste les sucreries, et je n'ai pas de rapport de compensation envers la nourriture, donc, forcément, je reste un peu extérieure à tout ça, tout en me disant que oui, sur le coup des fringues, c'est bien vu le choix "entre les motifs de clown ou de grand mère slovaque".

Mais finalement le bouquin se clôt sur une note optimiste, avec un personnage qui décide de ne plus se cacher et de s'assumer enfin comme elle est. L'auteur nous a fait une petite catharsis rigolote et sans prétention, c'est assez sympa, rose sur la forme, mais quand même assez noir sur le fond, puisque ça parle aussi d'angoisse et de déprime.
Donc au final, une BD  qui devrait quand même parler plus aux lecteurs/ lectrices hyperphages qu'aux autres, mais qui fait quand même plaisir pour quelques petites choses: une femme qui ose s'affirmer comme "grosse" et qui pointe l'ostracisme envers ceux qui sortent de la norme esthétique . Supposé ou réel, je ne vous mentirai pas, on imagine beaucoup de regards méchants là ou il n'y en a pas, les gens étant en majorité eux-même trop préoccupés de leur gros nez, de leurs grands pieds ou d'autres défauts plus ou moins visibles, pour faire attention aux autres. Mais il faut le reconnaître aussi, il y a toujours un quidam particulièrement mauvais qui prendra plaisir à vous rabaisser, rien que par méchanceté ou frustration, pour le plaisir. De parfaits inconnus qui vous insultent dans la rue. Ca n'est pas la majorité, mais il y en a et il y en aura encore. D'ailleurs souvent, des gens plutôt eux même moches/  trop maigres/ complexés qui cassent les pieds au monde à cause de leur propre complexe d'infériorité. Ceux-là ne méritent que le mépris. Pas évident certes, j'ai mis des années à le comprendre, et a accepter de passer outre. c'est pour ça que je disais que la situation décrite dans la BD fait écho à quelque chose que j'ai vécu, et dépassé il y a maintenant des années. Ce n'est pas toujours facile au quotidien, mais la déprime à ce sujet et morte et enterrée depuis longtemps 

Et puis c'est encore plus positif dans mon cas, de pouvoir voir, en quelque sorte, le chemin parcouru. La dessinatrice serait surement étonnée de me lire mais oui, c'est ce que j'ai pensé: "dire que j'étais comme ça il y a une vingtaine d'années: yeap! le plus dur est fait, et comme je ne me gave pas, que je n'aime ni le nutella ni les frites, que je marche beaucoup, que j'ai identifié mon problème et éradiqué la source, il est plus que probable que cette situation ne reviendra jamais!"

Voila voila, j'ai débordé le cadre de la chronique BD pour parler de choses persos, mais il fallait en passer par là pour mieux comprendre mon avis sur ce livre. Après , il s'agit d'un recueil de planches d'une page, tirée, je viens de l'apprendre, d'un BD blog. Donc, pas d'histoire à proprement parler, ce sont des gags d'une page, deux maximum, en général basé sur un échec lamentable de notre héroïne à s'en tenir à son régime, ou ses stratégies pour tirer au flanc et éviter le sport. Donc toujours ciblé "problème de poids", on peut y être hermétique , je conçois tout à fait. Mais bon, j'y ai trouvé mon compte. Ca ne sera pas la BD de l'année, mais c'est plutôt drôle et bien trouvé.
challenge BD: 1/ 30

edition: 
participation rétroactive au challenge Roaarrr du bar à BD
Challenge roaarrr: prix public Angoulême 2009

samedi 4 septembre 2010

La Mort en été - Yukio Mishima

Difficile de résumer globalement un recueil de nouvelles, par essence disparates. Certes des thèmes communs surnagent, la mort, le renoncement, la superstition, l’opposition entre le Japon traditionnel – et les traditions féodales, et la modernité qui menace de submerger ces traditions, le tout lié par un pessimisme presque total.
La Mort en été, donc, narre la dépression d’une mère de famille suite à la mort de deux de ses enfants et de sa belle sœur, et son lent retour la vie. La fin étant plutôt ouverte, on peut assez facilement la voir en négatif, comme en positif, je pencherai plutôt pour cette seconde option, au vu du cheminement intérieur de l’héroïne : la tristesse est toujours là, mais il faut l’accepter, prendre sur soi, et surtout, comme l’exige la bienséance à la japonaise. Pas très joyeux, mais cependant, une lueur d’espoir.
3 millions de Yens, m’a rappelé de loin l’ambiance des Choses de Perec, dans sa peinture d’un couple pour qui l’argent et le bien être matériel sont une obsession. De loin seulement, car là où les héros des choses sont dépensiers, les protagonistes de 3 millions sont parcimonieux à l’extrême, chipotent sur le moindre yen, et acceptent l’humiliation des riches pour amasser de l’argent ( on ne saura pas au final, de quelle nature exactement est cette humiliation, au lecteur d’imaginer).
Les bouteilles thermos. Une nouvelle qui ne m’a pas marquée plus que ça, un japonais expatrié aux Usa retrouve par hasard une ancienne maîtresse et sa fille, se rappelle temps passé avec elle, avant de rentrer au pays retrouver son épouse, soumise comme il se doit. Pas très palpitant, la faute à une narration peu fluide. C’est celle, avec l’histoire du prêtre de Shiga et les sept ponts, qui accuse le plus le coup de la double traduction ( du Japonais à l’anglais, de l’anglais au français, à la demande expresse de Mishima. ). On sent qu’on passe à côté de quelque chose, et c’est dommage.
Le prêtre du temple de Shiga, la nouvelle suivante donc, pâtit aussi d’une narration alourdie par la traduction. La conception bouddhiste de l’autre monde est intéressante, le parallèle entre les 2 personnages, obsédés par la perte de la pureté et donc du droit à accéder au Pays Pur, n’est pas sans intérêt non plus, mais c’est un petit peu long.
Patriotisme : A coup sûr, LA nouvelle choc du recueil. Les dernières heures, ressenties de l’intérieur, d’un militaire et de sa femme qui ont décidé de se suicider pour raison politique. A l’érotisme de la scène précédente succède la description par le menu du rituel de Seppuku ( et son équivalent pour la femme, consistant à couper la carotide avec un poignard, le nom de Jigai n’est jamais mentionné, le seppuku proprement dit étant un suicide très ritualisé réservé aux hommes). Nouvelle d’autant plus perturbante si on sait qu’elle a été adaptée au cinéma avec Mishima lui-même dans le rôle du lieutenant suicidaire. Et d’autant plus impossible à lire de nos jours sans penser que l’auteur mettait déjà en scène son propre suicide par Seppuku quelques années plus tard.
Dojoji et Onnagata, les deux textes suivants, sont intéressants dans le sens où ils explorent les deux facettes du théâtre japonais traditionnel, qui tente de perdurer à l’époque contemporaine.
Dojoji, une saynète absurde qui met en scène la vente aux enchères d’une énorme armoire interrompue par l’irruption d’une femme assez dérangée, est intrigante. Elle ne m’avait pas emballée, jusqu’à ce que je fasse des recherches sur ce titre bizarre . En fait il s’agit de la ré-interprétation par Mishima d’un sujet classique de théâtre Nô : Une femme poursuit de ses assiduités un moine du temple Dojoji, qui se retrouve coincé sous une cloche de bronze. La femme s’avère être une sorcière, qui se changeant en dragon, cuit le pauvre moine à l’étouffée sous sa cloche. Sachant cela, j’ai pu a apprécier l’ironie du détournement, en tout cas, ça m’a donné envie d’en savoir plus sur le Nô.
L’onnagata donne a voir de l’intérieur, la préparation d’une pièce de Kabuki, l’autre forme du théâtre japonais. Le héros tombe amoureux sans s’en rendre compte d’un onnagata, à savoir l’acteur spécialisé dans les rôles féminins (là aussi quelques recherches rendent la chose plus intéressante : le Kabuki était à l’origine un théâtre de femmes, des femmes travesties jouant les rôles masculins, mais, suite à un décret, les femmes en ont été évincées, et comme dans le théâtre grec, certains acteurs hommes se sont donc spécialisés dans les rôles travestis). Au passage, la nouvelle permet de mieux cerner peut-être une des raisons du mal être de l’auteur, difficile à assumer dans le Japon des années 50/60.
Les langes, comme les sept ponts, n’a rien de particulier, trop court pour vraiment intéresser.
La Perle, chose surprenante , est une nouvelle plutôt drôle : une dame de la bonne société invite d’autres dames de la bonne société à son anniversaire. La perle de sa bague se détache te disparaît, ce qui va amener peu a peu toutes ces dames à se soupçonner mutuellement : l’une d’entre elle l’à-t-elle mangée par mégarde en la prenant pour une décoration du gâteau, ou pire : Y aurait-il une voleuse parmi elles ? La bonne société, ses codes et ses principes sont passées à la moulinette avec un humour inattendu au milieu de tous ces textes sombres, et ça fait du bien.
joecool
Donc, globalement un avis positif, j’en retiens surtout les 2 textes sur le théâtre, pour m’avoir donné envie d’en savoir plus, Patriotisme, pour son côté choc et sans fard, et la Perle, pour son humour.
Pour les curieux:
Un dossier clair sur le nô:
Pour en savoir plus sur le kabuki
le Seppuku  (sans images gores, rassurez-vous!)

Et une lecture commune pour le challenge ABC et le challenge In the mood for Japan 


Ubu Roi - Alfred Jarry


Pour cette lettre J, j'ai décidé, soyons fous, d'inaugurer un nouveau support: l'E-book. Je n'avais pas encore essayé, mais bon, pourquoi pas. Ubu est donc disponible, libre de droit (car plus ancien que les 100 ans fatidiques) ici, au format PDF.

Sur le format d'abord. Bien sûr il y a l'énorme avantage de ne pas prendre de place, et donc de ne pas venir s'empiler sur une pauvre étagère déjà surchargée. Et Bien sûr, il y a aussi l'énorme inconvénient de devoir avoir son ordi sous la main pour le lire - ne parlons pas des visionneurs d'E-Books, au prix par trop prohibitif encore pour l'instant. Le format PDF n'est pas trop pénible à lire si on ne passe pas des heures et des heures d'affilée dessus, la lecture reste aisée, moins fatigante que ce que je craignais. Donc, ça sera un oui pour moi, mais seulement pour les ouvrages que je ne tiens pas absolument à rajouter dans ma collection, que je n'ai aps le temps d'aller chercher à la médiathèque, qui sont tout le temps sortis ou indisponibles, et assez courts surtout.

Donc Ubu. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en fait. Le personnage est connu, on y fait souvent référence, on en vante l'absurde et la dérision mais je ne savais pas trop de quoi ça parlait au juste. Et finalement c'est une bonne surprise, notamment parce qu'il s'agit d'un détournement parodique de Macbeth, que j'ai également cette année au programme de l'ABC. Et, en ayant lu d'abord Macbeth, par chance, j'ai pu apprécier la parodie qu'en donne Jarry.
Evidemment, c'est un peu étonnent, les deux premiers actes laissent un peu perplexe, le Troisième démarre très fort, lorsqu'Ubu, despote idiot, pingre, sûr de lui, et prétentieux commence son " train de réformes" à son propre profit, secondé par sa mégère de femme. A ce moment là, la critique de la démagogie ( donner de l'argent par-ci par-là pour gagner la confiance du peuple), de la haute finance ( récupérer un maximum de sous par ailleurs en spoliant un maximum de gens) et de la législation ( promulguer finalement des lois pour se mettre à l'abri) est bien vu. Ca reste assez proche de ce qui se passe encore ici où là sur ce globe. Ubu devenu roi décide que puisqu'il a le trône, il n'est plus question de séparation des pouvoir: le juridique, le judiciaire, l'exécutif.. l'Etat, c'est lui. Ajoutons à tout ça qu'il a quand même une chance hors du commun qui lui permet systématiquement d'échapper aux situations périlleuses où le met régulièrement sa bêtise et son incroyable couardise. Ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs de fanfaronner même lorsqu'il s'est rendu ridicule( Ubu dans une grotte avec ses sbires, attaqués par un ours, se mettra hors de danger laissant les autres se dépêtrer avec la bête, et prétendra quand même avoir tour fait, car c'est grâce à lui bien sûr que l'animal à été tué. Hé oui, car il a prié Dieu avec ferveur, et ça a d'autant mieux réussi, qu'il est monté tout en haut d'un rocher pour que ses prières aillent plus vite!)
Poltron, goinfre, malhonnête, pingre, prétentieux, abruti, ne retenant rien de ses échecs.. le portrait du politicard sans cervelle de base. Autant dire que son coup d'état miteux ne durera que quelques jours, car il réussi par ses réformes fiscales à se rentre impopulaire en moins de 48h.


Une bonne surprise donc que cette courte pièce, une vision de la politique totalement désabusée et cynique, mais qui fait mouche. Après le style, très oral, est particulier, les créations lexicales foisonnent. "De par ma chandelle verte" et " cornegidouille" sont les jurons fétiches d'Ubu à ce propos. On accroche ou pas.

En tout cas, ça annonce déjà dès la fin du XIX° le théâtre de Ionesco. Replacée dans son époque, on devine que la pièce n'a pas été très bien accueillie. De nos jours, c'est bien évidemment moins étonnant, les surréalistes et le théâtre de l'absurde sont passés par là, mais la critique politique reste savoureuse. Par contre il faut préciser que la première représentation s'est faite en théâtre de marionnettes. Et d'ailleurs, ça semble convenir tout à fait, on a du mal à se l'imaginer jouée par ces acteurs en chair et en os. Le côté " pantin" cadre en fait tellement bien avec l'idée même du fantoche politique que je le vois difficilement autrement ( ou alors si: dessin animé, papier découpé, théâtre d'ombres, etc..) mais pas en représentation "réelle"

Une lecture dans le cadre du challenge ABC!