vendredi 10 avril 2015

Love in vain - JM Dupont

L'an dernier, j'avais eu l'occasion de participer à un tirage au sort  " la BD fait son festival sur PriceMinister", et j'avais pu chroniquer Les racontars arctiques en BD. Et rebelote cette année, c'est " Love In Vain" que j'ai reçu, une évocation en noir et blanc de la vie chaotique de Robert Johnson.

Robert Johnson, je résume pour les gens qui ne connaissent pas trop le blues, c'est un peu l'archétype du bluesman qui attire la mouise: Enfance misérable dans une plantation, une mère abandonnée avec ses enfants par son premier mari qui tente de joindre les deux bouts avec le père de Robert.. qui la quitte à son tour, le travail aux champs de coton pour un salaire de misère, un mariage qui se solde par un veuvage à 19 ans, et la tentative d'oublier tout ça en se réfugiant dans l'alcool.

L'alcool et la musique. Car Robert a une énergie vitale et une ténacité hors du commun, qui lui permettent de rebondir même après avoir essuyé des critiques négatives par le grand bluesman de l'époque, Son House.Non seulement il continue la musique qui lui permet de gagner quelques sous vites dépensés avec des filles ou en bouteilles, mais il se fixe l'objectif de devenir meilleur que les autres.

Un personnage donc pas très fréquentable, orgueilleux, provocateur, menteur qui entretien une fausse parenté avec Lonnie Johnson ( un presque homonyme assez célèbre à l'époque) et qui apprécie de se faire entretenir par les femmes, mais au vu de son passé, on pourrait difficilement le blâmer, lui.. et les autres musiciens évoqués dans cet ouvrage: Charley Patton, Peetie Wheatstraw, Memphis slim, Howlin' wolf, Elmore James.. qui tous ont puisé dans leur vécu pour alimenter leur répertoire.. sans même se rendre compte qu'ils apportaient individuellement une contribution à une oeuvre commune: la musique noire américaine, ici évoquée dans ses prolongements jusqu'à Clapton et aux Stones qui ont abondamment mis en avant cet héritage musical

Le tout étant, cerise sur la gâteau, narré par un personnage.. avec qui Robert Johnson comme plusieurs autres prétendaient avoir passé un contrat, un soir, près d'un carrefour.. Vous le connaissez, je suis sûre que vous devinez son nom, il est ici depuis très longtemps et a damné beaucoup de gens...
Robert Johnson, mort à 27 ans dans des circonstances mystérieuses, ici, on retient la théorie de l'empoisonnement ou de la maladie, est d'ailleurs involontairement à l'origine du " club des 27" , théorie un peu fumeuse qui veut que les gens talentueux meurent à 27 ans, parce que c'est ce qui est arrivé à une poigne d'entre eux ( Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrisson.. oui on aurait aussi pu l'appeler le club des J, donc)

Avant, d'avoir ce blog, il faut savoir que j'ai chroniqué plusieurs disques et livres sur un site d'amateurs de blues aujourd'hui disparu, j'ai donc choisi cette BD non pas tellement pour son sujet, puisque je connais assez bien les enregistrements de l'authentique robert Johnson et les grandes ligne de sa vie, mais pour l'ensemble: un beau livre relié, papier bien épais de qualité et un graphisme assez spécial, à la Robert Crumb, où Gilbert Shelton. Du coup, à la lecture, j'ai eu l'impression que  Love in Vain est presque autant un hommage à la BD underground américaine dans sa forme qu' une évocation d'un lieu et d'une époque ( les états du sud dans les années 30) et d'un personnage réel, un des plus célèbres, parmi toute une foule d'autres musiciens, connus ou anonymes.

Si je parle de Crumb d'ailleurs, c'est que celui-ci est l'auteur d'un " héros du blues, du Jazz et de la country" et un grand amateur de musiques afro- américaine.
Version Robert Crumb

Love in vain n'est pas très novateur en soi, au niveau narration, je veux dire, mais le livre est soigné, le graphisme adapté à son sulfureux personnage qui chante l'alcool, la drogue et les filles.
Une image que je trouve particulièrement réussie pour évoquer la détresse des laissés-pour-compte de l'amérique profonde , et des hoboes de la grande depression

A lire donc, qu'on soit amateur de blues, de BD underground, d'humour noir ( l'accident de Peetie wheatstraw ne manque pas d'ironie!), ou simple curieux.
En écoutant bien sur le standard ultime de Robert Johnson, "sweet home chicago", il n'y a pas de concert de chicaco Blues digne de ce nom qui ne termine par une reprise de ce standard, c'est presque aussi inévitable que le Beau Danube Bleu  un  1° janvier à Vienne.
A noter que le livre contient aussi un song book reprenant les textes les plus incontournables de Johnson et les traduisant.

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