mercredi 7 août 2013

La vierge froide et autres racontars - Jørn Riel

Il fait chaud. Il fait très chaud chez moi ces jours -ci. Et dans une recherche de fraîcheur, je suis tombée sur ce titre très curieux chez un bouquiniste. Un titre intriguant, une série de nouvelles qui se passent au Groenland, il n'en fallait pas plus pour me tenter!
et ce fut une bonne pioche, ces histoires de chasseurs du grand nord sont assez irrésistibles, volontiers absurdes ou teintées d'humour noir. Et l'auteur sait de quoi il parle, puisqu'il a vécu 16 ans au Groenland dans les années 50/60 et que toutes ses histoires sont inspirées de son expérience.

Car de quoi s'agit-il? De quelques instantanés du quotidien d'une poignée de chasseurs danois, en mission sur la banquise, certains y sont tout au long de l'année, d'autres apparaissent le temps d'une saison et repartent ensuite, laissant parfois d'étranges souvenirs ( tel le tatoueur qui ne chasse jamais, décore tout le monde en échange de cuirs et de peaux, et repart en ayant fait sa saison sans même lever le petit doigt).
 Car on est là dans un univers où les données communes n'ont plus court, le temps comme l'espace sont comme élastique. Un endroit où il ne faut pas moins de 5 jours de traineau à chiens pour rendre visite à un copain qui habite à 150 kilomètres.On comprend que, dans ce cas, les visites ne se fassent qu'une fois l'an, et durent plusieurs semaines. Et que lorsque quelqu'un meurt en plein hiver, la solution est de le laisser congeler et de l'amener en traîneau ( pour éviter qu'il ne soit mangé par un ours par exemple) de poste en poste, afin de convier tout le monde aux funérailles.
Dans ce monde, la solitude est le lot de tous, pour la rendre plus supportable les chasseurs cohabitent par deux dans un poste, situation qui peut être un grand soulagement pour les tâches, mais peut facilement devenir un enfer en cas d'incompatibilité d'humeur. Car le moindre désaccord peut vite prendre des proportions insoupçonnables, et le moindre événement qui vient rompre la monotonie du quotidien est une bénédiction, ce qui donne des images parfois complètement loufoque, à l'image du chasseur Herbert qui adopte un jour un coq et se met à le promener en laisse sur la rive, ou du vieux-Niels, qui préfère emménager dans une porcherie, avec le cochon qui doit être mangé à Noël, et lui lit à haute voix l'un de ses seuls livres; "  Instructions, connaissances et navigation dans le Sud Groenland". Le reste du temps, on chasse, on se raconte des histoires, on philosophe.. et on noie tout ce qui peut se noyer dans l'alcool
Car la solitude, la quasi -absence de femmes dans la région, et l'abus de gnôle maison pèsent vite, ce qui donne un ton à la fois drôlatique, mais très mélancolique à toutes ces nouvelles.
J'aime énormément les sous-titres décalés d'ailleurs. Par exemple : Tournée de visites ...où Herbert en viendrait presque à préférer Lodvig quand il fait la gueule.

Des 10 nouvelles, j'ai particulièrement aimé Alexandre ( celle où Herbert adopte Alexandre le coq, à la suite d'une beuverie mémorable, pour son côté surréaliste), Tournée de visites ( comment se débarrasser d'un copain qui vous raconte sa vie.. jour et nuit. Pendant des jours. en essayant de refiler la patate chaude à un autre bavard ); Le Tatoueur ( pour les suggestions complètement loufoques de tatouages, par exemple, une patate pour celui qui cultive son carré de potager), la vierge froide ( où le dénommé Mads Madsen s'invente une relation avec une certaine Emma pour frimer, sans prévoir que ses amis vont se mettre à fantasmer sur cette invention, au point de vouloir lui acheter le droit d'en rêver. C'est drôle, c'est un peu dingue, j'adore!), De joyeuses funérailles ( pour l'humour noir qu'il y a à trimballer un cadavre gelé à travers tout l'est du pays pour finir par l'inviter à ses propres funérailles, car après tout, c'est en son honneur, non?) et une condition absolue ( où l'arrivée de la civilisation, sous la forme de toilettes, de vraies toilettes, sème la zizanie dans la petite communauté)

La toute dernière : Le roi Oscar, se termine quand même de manière assez dramatique, et, j'espère en voir la conclusion dans un prochain tome. Car oui, il y a d'autres tomes, tous titrés XXX et autres racontars, et c'est avec plaisir que je retrouverais Herbert  et Bjorken les philosophes, Anton et Lasselille les "bleus", Mads Madsen et William le noir, Lodvig qui fait la gueule et leur comparses..
Une très bonne découverte!
8/24

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