mardi 27 août 2013

La ballade de Lila K - Blandine Le Callet

Il y a un certain temps, en discutant avec une collègue, alors que je lui parlais de science-fiction en général, et de Fahrenheit 451 en particulier, elle me dit qu'elle en a un à me prêter, sur un sujet similaire..
Et voilà comment Lila K est arrivée entre mes mains, alors que je n'ai pas vraiment l'habitude de lire des livres récents, vraiment récents, de l'an dernier, en fait.

Dès le début, nous voilà propulsés sans ménagement dans le quotidien de Lila, petite fille de 6 ans séparée du jour au lendemain de sa mère, et qui ne comprends pas pourquoi on la force à faire des choses insensées: parler, marcher, manger, tout en la gavant de médicaments, le tout dans un univers ultra sécurisé,où elle est surveillée constamment. C'est très violent, car vu par ses yeux. Pendant une bonne moitié du livre, on ne voit jamais Lila, on a seulement accès à son point de vue Sauf que le lecteur comprend assez vite de quoi il retourne exactement: Lila a été retirée à sa mère qui la maltraitait, et est simplement placée en centre de réadaptation: Elle ne sait plus marcher, ne veut rien manger, ne supporte ni la lumière ni le contact physique, est incapable d'avoir des relations normales avec les autres... mais les choses vont changer progressivement grâce au directeur du centre, le sympathique monsieur Kaufmann qui détecte chez elle des capacités intellectuelles inattendues au vu de son passé.

Ca aurait pu être très bien: la réinsertion d'un enfant parti du mauvais pied.. sauf que Blandine Le Callet a décidé de placer son récit dans un futur lointain, dans une société elle aussi ultra surveillée ( pas seulement le centre de réadaptation), où tout le monde est prié de filer droit sinon.. sinon? Et bien c'est là le problème: Dans la deuxième moitié du livre, Lila, qui a maintenant 18 ans, et aspire seulement à retrouver sa mère pour lui demander des comptes, sort du centre et découvre le monde. Un monde futuriste, où les livres sont non pas interdits, mais considérés comme dangereux. Pas dangereux car subversifs, mais dangereux car risqués.. en termes d'hygiène, rapport aux microbes que le papier peut transporter. Une société hygiéniste, où les cuvettes de toilettes sont paramétrées pour analyser l'urine tous les matins pour trouver des traces d'alcool ou de drogue. Une société qui considère qu'un godemiché est non seulement un cadeau adapté pour une gamine de 13 ans, mais encore conseillé, avec les préconisations d'usage ( 2 fois par semaine, ça n'est pas obligatoire, mais c'est l'usage si tu veux être considérée comme normale sinon.. sinon?).
Une société où on trouve des chimères - sans nous en dire plus- qui occupent des postes subalternes, et risquent l'euthanasie en cas de grabuge.
Sauf que tous ces "sinon" ne sont jamais cernés. Les gens sont surveillés, mais on ne sait au final ni pourquoi, ni ce qu'ils risquent s'ils se révoltent. On ne sait pas d'où viennent les chimères, si elles sont un accident ou créées exprès pour les postes subalternes. Ni les robots, on apprend fortuitement que détruire un robot est considéré comme un assassinat et peut mener en prison. On ne ressent pas vraiment de menace ou de climat angoissant à la 1984 vers lequel le roman lorgne pourtant : Lila trouve du travail dans une bibliothèque où elle scanne des articles pour les censurer. Tiens donc..

C'est un problème car, à quoi bon placer son récit au XXII° siècle  à Paris ( oui, car on apprend par hasard que Lila fait du footing porte Dauphine.. sur l'ancien périph' transformé en coulée verte.. au bout de plus de 200 pages...), un Paris élargi autour duquel s'étend " la Zone", violente, dangereuse, pauvre, sale, etc... (jusqu'où.. les environs immédiats? le bassin parisien? le pays entier?), donner un cadre Sci-fi à son récit, si c'est pour ne pas l'utiliser.. absolument pas un moment. De même Lila est une surdouée, ce qui sert juste à nous expliquer qu'elle (ré)apprend vite, mais ne revient jamais sur le tapis. D'ailleurs Lila est le seul personnage développé.. Les autres: M. Kaufmann son tuteur, puis Fernand, à la suite de Mr Kaufmann, Lucienne la femme de Fernand - qui disparaît de l'histoire aussi vite qu'elle y est apparue, Justinien le magasinier de la bibliothèque,  M Templeton le directeur de la bibliothèque.. tous ceux là ne sont qu'ébauchés, du coup, impossible de s'intéresser à leur histoire.
Dommage, surtout pour Lucienne, dont on sent qu'un peu mieux développée, elle aurait pu être une sorte de grande soeur virtuelle pour Lila.
donc: personnages survolés, cadre science-fiction qui ne sert à rien ( j'aurais vraiment plus apprécié cette histoire, bien écrite par ailleurs, si elle s'était contentée d'un cadre actuel et de suivre la quête familiale de Lila et sa reconstruction)

Mais voilà, il y a l'OHASI (© moi : l'Obligatoire Histoire d'Amour Sans Intérêt), entre Lila et son patron, peu crédible (rappelons qu'elle évite tout contact physique avec tout le monde encore 10 pages plus tôt), qui nous vaut des pépites harlequinesques du style:
"vous avez étendu les mains pour recouvrir les miennes Je vous ai laissé faire avec l'impression troublante que la chaleur de vos paumes aurait le pouvoir d'effacer mes cicatrices"
Insérer ici yeux au plafond, gros soupir et mouahahaha.. dommage jusqu'à présent, c'était agréable à lire.

Impossible à prendre au sérieux: non seulement l'heureux élu s'appelle Milo (et pour cette raison, j'imagine un type en armure avec un casque improbable.. A cause de Kurumada ce nom est lié à vie pour moi au chevalier du scorpion), mais vu qu'on ne sait rien de lui, sinon que hooooo horreur, à 35 ans il a des rides, ce qui dénote un laisser-allez certain ( véridique), tous ces passages sont assez pénibles, car ils piétinent dans la semoule.
Dommage car j'aime bien Lila, son caractère, sa détermination.. mais là aussi une chose me gêne.. L'auteur ne la décrit jamais en 200 et quelques pages.. et là paf! entre la poire et le fromage on apprend
1- qu'elle est très blanche
2- que c'est une beauté.. mais alors, une beauté du genre à faire sursauter les gens. Oui je sais, j'ai fait la même tête que vous: o_Ô
Déjà, on vient de passer la moitié du livre à nous dire qu'elle a vécu des choses très dures, qu'elle a des cicatrices sur les mains ( qui la complexent), qu'elle est maigre au point d'être surnommée "gringalette", qu'elle ne mange pas ou presque.. toutes choses qui ne vont pas vraiment dans ma tête avec "tu est une beauté".
Non, décidément, cette info arrive trop tard, alors que je m'était fait déjà mon idée de l'héroïne: une femme au physique marqué, cernée ( bon sang, elle carbure aux anxiolytiques depuis l'âge de 6 ans!), déterminée.. et allez savoir pourquoi, noire ( ou au moins métisse). Tant qu'à faire, à garder le mystère sur l'héroïne autant le garder jusqu'au bout. Et en faire soudain une beauté qui fait sursauter ( et pourquoi d'abord sursauter? on sursaute de surprise, de peur.. pas parce que quelqu'un est beau!), tout le monde, hommes comme femmes.. nan, pas crédible.
parce qu'il essaye d'être SF/anticipation/dystopie.. sans y réussir vraiment.

Donc au final un livre.. pas raté, mais inabouti: le contexte est peu ou mal utilisé, les personnages hormis l'héroïne sont peu développés. Sans le cadre SF qui ne sert à rien,  finalement il aurait pu être très bien, en se concentrant sur la résurrection d'un enfant martyr, en creusant plus la dimension sociale, mais là, tel quel, il y a plein de pistes peu ou mal utilisées et c'est vraiment dommage, parce que c'est plutôt bien écrit et que ça se lit bien. Du coup, je me demande qui est le public visé: les fans de SF n'y trouvernt pas leur compte, les fans de romans sociaux non plus, les fans de romans sentimentaux.. pas plus.

2 commentaires:

  1. Je préfère passer mon chemin.

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    1. Si j'avais su, je l'aurais passé aussi, mais bon on m'a limite forcée à le lire :D

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