Aujourd'hui est un jour spécial, et j'avais envie de parler d'un personnage historique méconnu qui fête aujourd'hui ses 300 ans: Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galaisière.
Outre de se distinguer par un nom long comme une année sans vacances, ce scientifique est une légende: le roi de la poisse. Un des types les plus malchanceux de l'histoire de la science. Son histoire est tellement incroyable que si un scénariste l'avait adaptée en film, tout le monde aurait pensé qu'il y allait un peu fort sur les invraisemblances, et pourtant...
Bien qu'il ait contribué en tant qu'astronome en apportant sa contribution à la connaissance scientifique, c'est surtout l'incroyable succession de tuiles qu'il a eu dans sa vie qui l'a rendu inoubliable. Eût il été plus chanceux, ou du moins n'eût-il pas eu de mésaventures aussi rocambolesques que notoires, il y a fort à parier qu'ils serait totalement oublié de nos jours.
Je vous présente donc Guillaume-la-guigne, profession précisée par l'esprit sorcier "astronome malchanceux". Et forcément quelqu'un à qui il arrive des tuiles qu'il n'a pas recherchées, et qui en plus s'appelle Le Gentil, on le prend forcément en sympathie, tant le sort paraît encore plus injuste. Injuste mais drôle. Si le film en question était réalisé, ce serait une comédie, mais du genre " Lost in La Mancha". Lost in l'océan indien pour le coup.
Merci l'esprit sorcier pour l'illustration (qui arrange un peu le nez du monsieur quand même!) avec moumoute estampillée XVIII° siècle
Hop, portrait d'époque mais à l'âge où il a pu enfin retrouver une vie à peu près normale.
Et pourtant, merci Wiki: "Il
découvrit ce qui est de nos jours connu comme les objets de Messier
M32, M36 et M38, ainsi que la nébulosité dans M8, et il fut le premier à
cataloguer la nébuleuse obscure dans la constellation du Cygne
quelquefois connue comme Le Gentil 3." Ce n'est pas rien quand même. M. et des chiffres, parce que toutes ont été a posteriori consignées dans le catalogue de Messier.
la petite nébuleuse en bas
M 36, un fort joli cluster de la constellation du cocher, découvert auparavant par Giovanni Batista Odierna, qui l'avait considéré comme " tache nébuleuse". Lorsque les instruments se sont améliorés, elle a donc été redécouverte un siècle plus tard par l'ami Guillaume, donc.
M38
La "nébuleuse obscure" Le Gentil 3. Je n'ai pas trouvé la 1 ni la 2.
Ce sont en fait ces nuages de poussières qui obscurcissent une région de l'espace et cachent ce qu'il y a derrière. La "tête de cheval" dans la constellation d'Orion est la plus connue.
Mais aussi M20, la "nébuleuse trifide"
elle claque, quand même!
M8, Nébuleuse de la lagune dans la constellation du Sagittaire:
pas mal non plus
Tout celà n'est pas négligeable, mais oui, le monsieur était un scientifique et a fait quelques découvertes importantes, et, ce que ça devait être cool à l'époque, sans pollution lumineuse, d'admirer le ciel en compagnie d'esprits encyclopédiques du XVIII° siècle, que j'imagine volontiers aussi enthousiastes que des gamins devant un saladier rempli de bonbons. Vu que c'est encore le cas chez les astronomes amateurs du XXI° siècle, ça ne devait pas être très différent à l'époque où en plus, tout était à découvrir. Et là je me dis que s'il pouvait le voir avec l'optique actuelle (et ce
ne sont même pas les images du téléscope Webb au moment où je préparer
bien en avance ce sujet), il serait époustouflé
Mais donc, parlons des tuiles de Guillaume.. je vous laisse en prendre connaissance avec l'excellente petite vidéo que lui a consacré Bruce Benamran il y a plus de 10 ans maintenant.
Comment, dans ces circonstances ne pas ressentir en même temps une sympathie, voire une affection pour le bonhomme par delà les siècles, mais également une hilarité devant cette série de tuiles. Mais au moins, oui, on se souvient de lui. Et oui, je suis d'accord avec Bruce: Ce type est mon héros. Ne fut-ce que parce qu'il n'a pas lâché l'affaire, un bel exemple de ténacité, comme je les aime!
J'avais dit en début d'année, qu'inspirée par Denis du blog bonheur de
lire, j'allais parler voyage. Et quel voyage peut être plus fabuleux qu'un voyage spatial aux confins du système solaire. A ce détail près que ça n'est pas de la science fiction, mais bien un voyage réel pour deux petites sondes qui fêtent leurs 40 ans de bons et loyaux services cette année ( oui, comme moi!!)
Ceux qui me suivent depuis pas mal de temps savent la fascination absolue qu'exerce sur moi, encore aujourd'hui le programme Voyager. J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises mais je trouve absolument fou le fait que des sondes prévues pour fonctionner 5 ans soient encore opérationnelles 40 ans plus tard.
Voyager 2 est partie de chez nous le 20 août 1977 et Voyager 1 le 5 septembre 1977 et se dirigent vaillamment vers l'espace interstellaire, emportant avec elle ce dont je n'avais pas vraiment parlé précédemment : le voyager golden record, des "bouteilles à la mer spatiales". Les sondes devraient arriver à proximité d'autres systèmes stellaires d'ici 40 000 ans. Là où avec un peu de chance, des habitants peuvent se trouver - va falloir
Ce n'est pas la première fois que des sondes emportent des messages terrestres à destination de potentiels extraterrestres, les deux sondes Pioneer 10 et 11 emportent avec elles des plaques gravées représentant le système solaire schématisés, la silhouette des sondes,la raie d'émission de l'hydrogène ( ne me demandez pas de décrire précisément je ne suis pas physicienne) qui sert de base pour décoder le reste, la position du soleil par rapport à 14 pulsars de la galaxie, un homme et une femme nus..
En même temps, si des extraterrestres trouvent la plaque, il va falloir qu'ils aient l'idée que le dessin qui ressemble à une paire de lunettes représente la transition hyperfine de l'hydrogène et la structure étoilée, des pulsars.
Les Voyager Golden Records reprennent le concept en allant plus loin. Il s'agit cette fois d'un disque, contenant des images et des sons de la Terre à destination toujours d'un potentiel extraterrestre qui pourrait le trouver et le lire.. s'il arrive à comprendre les instructions sur la boite!
On y retrouve en bas le schéma de la transition hyperfine de l'hydrogène et de la position des pulsars. Pas d'hommes et de femmes nus cette fois, certains prudes ayant été choqués par les plaques de Pioneer
Pour le reste..là encore , débrouillez vous amis d'outre espace pour comprendre qu'il y a un schéma en binaire montrant comment utiliser le "saphir" fourni avec le disque, la vitesse de lecture, la direction du scan pour voir les images, et ce qu'est la première image visible si correctement décodée ( un cercle dans un rectangle)
On aura de la chance s'il est trouvé par une entité qui connait le binaire, ou même suspecte qu'il s'agit d'une production artificielle venue de très loin dans le temps, plus encore que dans l'espace.
Parce que, revenons à nos 40 000 ans, durée minimale.
Pensez à ce qu'était la terre il y a 40 000 ans.
Imaginez un homme ou une femme préhistoriques trouvant ce genre d'artefact. Soit ils estiment que c'est plutôt joli et le ramènent à qui dirige le clan à ce moment là, qui ne saura pas trop quoi en faire, et déclarera peut-être que c'est un message des dieux qui justifie clairement que ce soit lui ou elle ou - ha zut, on n'a pas de pronom neutre en français ça manque - le chef, soit, tout aussi probablement: " bah, ça ne se mange pas, aucun intérêt".
A l'autre extrémité: la société développée, qui comprendra de suite qu'il s'agit d'un message venu d'ailleurs, qui a envie de savoir, qui arrive à décrypter et cherche à savoir d'où ça vient.
Avec en main ce qui n'est ni plus ni moins qu'un instantané de la Terre 40 000 plus tôt. Il y a fort à parier que ça aura beaucoup, mais alors beaucoup changé d'ici là.
Yaura-t-il encore des humains à la surface? Pas sûr.
Et c'est là que ça devient vertigineux: les extraterrestres auront peut être en main la SEULE et unique production humaine restante pour attester que nous avons un jour existé.
Des extraterrestres qui pour l'heure sont peut être au mieux en train d'inventer l'équivalent local de l'agriculture.
Curieux de savoir ce que contient le disque?
Un court discours de présentation du secrétaire général des Nations Unies Kurt Waldheim, des salutations en une cinquantaine de langues ( là aussi, déjà va comprendre ce que c'est qu'un langage, et ensuite qu'il s'agit de langues différentes les unes des autres), des sons aussi variés que le tonnerre et la pluie, des grillons et des grenouilles, ou un marteau piqueur (et certains sons sont assez difficiles à reconnaître même pour un terrien!), de la musique de différents pays pour l'audio, et pour l'image, des photographies des tâches solaires, des planches d'anatomie, un embryon, des gens de tous pays et toutes générations, des îles des montagnes, des arbres , une femme qui ratisse des feuilles mortes etc...
D'autant plus déroutant que le support est, d'un point de vue technique humain, largement dépassé , les images représentent parfois des modes de vie parfois disparus ou en passe de l'être, et ce en 40 ans. Alors que dire de 40 000 ans.
La succession de tout ces enregistrements donne un effet assez étrange, presque expérimental (et ça aussi, c'est très daté années 70, nul doute que le choix serait différent maintenant)
Mais, et là une ironie que je trouve particulièrement savoureuse.. D'après vous qui sont les 3 musiciens retenus pour représenter la culture américaine? Blind Willie Jonhson ( bluesman ), Louis Armstrong ( jazzman) et feu Chuck Berry, mort en mars dernier ( pionnier du rock). Vous le voyez le point commun?
Ils ont connu la ségrégation et le mépris sur Terre pour leur apparence physique et représentent pour l'éternité le pays qui les a méprisés de leur vivant...qu'ils vont représenter comme "ambassadeurs" virtuels auprès d'hypothétiques auditeurs d'une autre planète.
Je laisse la place à Blind Willie Jonhson (un musicien que j'ai découvert découvert via le film " The soul of a man"de Wim Wenders, et qui a eu tellement de poisse dans sa vie qu'il est quasiment la quintessence du concept de blues) Son morceau "Dark was the night, cold was the ground..." est partie voyager dans l'espace sombre et glacé.
Et je vois que Bruce Benamran a eu le même ressenti métaphysique.
allez, parce que je ne m'en lasse pas, je l'ai déjà dit mais cette mission spatiale a eu un énorme impact sur moi, le survol de Neptune le 25 août 1989 et les photos dans les jours qui ont suivi, rendant mon livre d'initiation à l'astronomie obsolète du jour au lendemain, mont laissé une impression inoubliable.
Que n'a pas réussi à battre la Mission New Horizon et ses pourtant superbes clichés de Pluton.
Voyager 1 a aussi un cliché très marquant à nous proposer.. D'abord on ne voit rien, c'est pour celà qu'il a été fléché
vous êtes ici
Oui, ce minuscule pixel bleuté c'est la Terre, vue le 14 février 1990 à 42 UA de distances ( donc 42 fois la distance Terre-Soleil)
Voilà ce qu'en dit Carl Sagan ( l'un des scientifiques les plusconnus,sinon, le plus connu , à avoir pris part au programme Voyager)
« Consider
again that dot. That's here. That's home. That's us. On it, everyone
you love, everyone you know, everyone you ever heard of, every human
being who ever was, lived out their lives. The aggregate of our joy and
suffering, thousands of confident religions, ideologies, and economic
doctrines, every hunter and forager, every hero and coward, every
creator and destroyer of civilization, every king and peasant, every
young couple in love, every mother and father, hopeful child, inventor
and explorer, every teacher of morals, every corrupt politician, every
superstar, every supreme leader, every saint and sinner in the history
of our species, lived there... on a mote of dust suspended... in a
sunbeam. The Earth is a very small stage in a vast, cosmic arena. Think
of the rivers of blood spilled by all those generals and emperors so
that in glory and triumph they could become the momentary masters of a
fraction... of a dot. Think of the endless cruelties visited by the
inhabitants of one corner of this pixel on the scarcely distinguishable
inhabitants of some other corner. How frequent their misunderstandings,
how eager they are to kill one another, how fervent their hatreds. Our
posturings, our imagined self-importance, the delusion that we have some
privileged position in the universe, are challenged by this point of
pale light. Our planet... is a lonely speck in the great, envelopping
cosmic dark. In our obscurity, in all this vastness, there is no hint
that help will come from elsewhere to save us from ourselves. The Earth
is the only world known so far to harbor life. There is nowhere else, at
least in the near future, to which our species could migrate. Visit,
yes. Settle, not yet. Like it or not, for the moment, the Earth is where
we make our stand. It has been said that astronomy is a humbling and
character-building experience. There is perhaps no better demonstration
of the folly of human conceits than this distant image. To me, it
underscores our responsibility to deal more kindly with one another and
to preserve and cherish the pale blue dot, the only home we've ever
known. »