mardi 10 juillet 2018

La laisse - Françoise Sagan

Voilà une lecture qui s'est glissée subrepticement au sein de mon mois anglais, partant d'une triple constatation

- quelqu'un a prêté ce livre à ma mère et comme je n'avais encore rien lu de cet auteur, c'était une occasion comme une autre, et elle pourra le rendre à son propriétaire.

-d'ailleurs, si les femmes sont bien présentes sur mon blog Japon, il y en a moins sur le blog général. La raison est simple: je choisis en général une lecture en fonction de son sujet, pas du genre de l'auteur.

- mais le fait est qu'il y a pas mal d'écrivaines,même célèbres que je n'ai pas eu l'occasion de lire ( Sagan donc, mais aussi George Sand, Marguerite Yourcenar ou Simone de Beauvoir par exemple. Bon je n'aime pas Duras par contre... le nouveau roman en général n'est pas mon truc) Mais donc , j'ai envie de faire une petite session rattrapage de ce côté ( je dois avoir au moins un titre de Colette et un de Sand en attente que je me décide.)



Et donc, peut être pas tous les mois vu le planning de ministre qui m'attend mais de temps en temps, je vais essayer de glisser un rattrapage hors challenge (pas forcément 100% nanas d'ailleurs, vu le nombre d'auteurs classiques que je n'ai pas encore lus, bien que certains occupent mes étagères depuis presque un quart de siècle, et même mes étagères virtuelles.

Et je commence donc par Françoise Sagan que je n'avais jamais lue. Ma mère aime bien ( de mémoire elle a surtout aimé "un orage immobile") et cette "laisse"-là qui a moins plus, mais pour moi c'était une découverte.

L'histoire d'un musicien pauvre qui s'est marié à une grande bourgeoise, au grand dam d'une belle famille qui ne voit en lui qu'un parasite et un raté.. il aurait rêvé une grande carrière de concertiste classique, qui n'a pas abouti.
Sa femme ne lui a jamais reproché ses échecs, ni de vivre à ses crochets, loin de là. elle a même tout fait pour que les choses continuent comme ça.
Sauf que pour une fois la chance sourit à Vincent, qui commence à se faire un nom, non comme musicien classique, mais comme compositeur de musique de film,et se rend compte, maintenant qu'il commence à gagner son argent, de toutes les anomalies de ces 7 dernières années: est-il normal pour un homme adulte de se laisser entretenir par une femme riche? Pire est-il normal d'accepter d'être infantilisé, et de recevoir de sa part de l'argente de poche tous les mois. Est-il normal de ne plus voir personne d'autre ou presque que ses amis à elle?

Peu à peu il se rend compte qu'elle lui a fait louper volontairement des opportunités d'emploi, que l'argument " tu as le talent d'être musicien classique, ne va pas te commettre dans une chose aussi vulgaire que la musique de films" est sans fondement, qu'elle ne s'est jamais vraiment intéressé à lui pour lui-même, et qu'elle l'aurait probablement bloqué aussi dans une carrière classique.Car ce que veut Laurence dans le fond, c'est un mari bien poli, effacé, sans plus de répondant qu'un enfant.. un joli petit toutou qu'elle tient en laisse.

L'histoire est connue.. dans l'autre sens: un homme qui va mettre sous cloche sa femme, on en a plein la littérature classique. Qu'on retourne la situation, et de suite, son absurdité apparaît clairement.. et c'est ça peut être le plus dramatique.

Mais quelque part, ça m'a parlé, parce que j'ai vécu ça, non avec un conjoint, mais avec un père manipulateur, pervers narcissique, possessif, jaloux, à contrôler en permanence qui étaient mes amis et a essayer de me mettre sous cloche.
Donc la situation du malheureux Vincent, je l'ai vécue, donc ça me parle.

Sans le paramètre argent, qui est très très important ici, dans le sens où en plus le héros se sent redevable à sa femme, et estime que tout l'argent qu'il gagne lui revient de droit, à elle, qu'il lui "rembourera" en quelque sorte le temps et l'argent qu'elle a "investi" dans leur mariage, etce d'autant qu'il se rend compte qu'elle ne l'a jamais vraiment aimé... ou tout au moins, qu'aimer quelqu'un ce n'est pas l'infantiliser et tout faire pour le faire échouer. Ni le critiquer sans cesse sur ses choix et jouer à la poupée avec en lui dictant jusqu'à sa tenue vestimentaire.

Et d'autres bizarreries se profilent; le beau-père fâché qui n'a jamais accepté son prolo de beau-fils, mais souhaite soudain se réconcilier depuis qu'il est devenu potentiellement riche, les amis de Laurence qui l'invitent depuis qu'il est devenu célèbre, et se battent presque pour lui vendre des choses ou lui donner des conseils " avisés" de placements. Ce qui signifie qu'il a donc gagné encore plus d'argent qu'il ne le croit, Et qu'il pourrait maintenant mettre les voiles sans difficultés et reprendre son indépendance.. si 7 ans de vie dans le confort et l'oisiveté n'avaient pas émoussé sa combativité pour se sortir de cette relation étouffante.

 Le récit est écrit à la 1° personne du point de vue de Vincent, et je n'ai pas souvent eu l'occasion de lire ainsi un récit écrit par une femme qui fait parler un homme en " caméra subjective", tiens.. les récits à la premières personne japonais sont plus classiques de côté: une autrice = un "je" de narration féminin aussi.

Donc j'ai bien aimé au final, même si ce n'est pas un coup de coeur absolu. si Françoise Sagan recroise ma route un jour, je tenterai peut être un autre livre, en tout cas.
J'avais vu une captation de sa pièce " Château en suède" que j'avais bien aimé aussi ( et qui m'avait d'ailleurs fait découvrir l'excellent Nicolas Vaude que je suis de loin en loin depuis, en tout cas pour sa carrière théâtrale), et je retrouve d'ailleurs dans la Laisse, qui est un roman des caractéristiques de pièce de théâtre. Peu de décors, des chapitres qui pourraient facilement correspondre à des scènes ( et même un final tout à fait dans les conventions du théâtre classique).

Et donc pas mal aussi pour commencer juillet.. et le festival d'Avignon,même si ça n'est pas  une pièce de théâtre, dans l'idée, on en est très proche.

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