mardi 25 février 2014

Voyager aux confins du système solaire (3) - Missions vénusiennes

Parce que j'en avais brièvement parlé dans le sujet du mois dernier sur les Missions Pioneer, la destination de ce mois de février, sera la soeur jumelle de la Terre, alias Vénus. Ce surnom de soeur jumelle lui sied d'ailleurs bien peu, depuis que justement, on a pu en savoir plus à son sujet: un endroit absolument charmant où il fait plus chaud encore que sur Mercure, si j'en crois le CNES ( 460°C à la surface de Vénus, contre 430°C "seulement" sur Mercure en plein soleil, ceci, du à un effet de serre colossal causé par l'atmosphère très dense de Vénus)
Donc, un endroit ou personne de sensé ne voudrait aller. Mais pour le savoir, il a justement fallu aller y jeter un coup d'oeil, car vu de notre bon vieux plancher des vaches, l'atmosphère constamment nuageuse de la planète est impénétrable aux téléscopes.
Venus en vraies couleurs par Mariner 10

Je ne reparlerais pas des deux pioneers de 1978, puisque je les ai déjà évoqués, mais plutôt des deux principaux programmes qui s'y sont consacrés: Le programme Mariner côté USA et le programme Venera côté URSS. Puisque la planète Vénus a fait l'objet de la rivalité entre les deux nations au moins autant que la lune. En tout cas, il s'agit de la première planète vers laquelle des sondes ont été envoyées, avant même de penser à visiter Mars.

Petit rappel: Dans les années 50, l'URSS frappe fort: premier objet mis sur orbite (spoutnik 1) et premier être vivant envoyé dans l'espace ( Laïka) en 1957, premier survol de la Lune par Luna (1959) et surtout évidemment, Youri Gagarine, premier cosmonaute de l'histoire en 1961.avant la première femme, Valentina Terechkova en 1963.
La réponse des USA ne s'est pas faite attendre: le programme Apollo d'un côté avec le résultat qu'on connaît: un petit drapeau US sur la Lune et un pas de géant pour l'humanité, mais aussi via le programme Mariner en direction des planètes rocheuses Vénus en premier lieu, Mars et Mercure par la suite.
Si la bataille pour la Lune est bien restée en mémoire, celle pour Vénus est moins connue du grand public, moins impressionnante bien sur, puisqu'il s'agit d'envoyer des sondes. Face à quoi l'URSS avait déjà, tout prêt, le programme Venera.

Tout au long des années 60, dans un camp comme dans l'autre, les différentes tentatives se sont soldées par des échecs, soit au lancement, soit à l'atterrissage. Mais le match de ping-pong qui s'est joué entre les deux pays a quelque chose d'amusant. Les dates sont celles de lancements, et non celles des survols.
Venera 1.. ce design fait rétrospectivement vraiment robot de film SF des années 50/60

- Venera 1: léger avantage de l'URSS en février 1961, la sonde a survolé Vénus à 100 000 kms, mais sans toutefois pouvoir transmettre de données.

plusieurs Mariners
-Mariner 1 et 2: Mariner 1 lancé en Juillet 1962 n'a pas pu sortir de l'orbite terrestre. Mariner 2, un mois plus tard, a quand a lui pu survoler Vénus, recueillir et communiquer quelques données permettant d'en savoir un peu plus: l'absence de champ magnétique de la planète, le fait que l'atmosphère soit dense et couverte de nuages.. mais rien encore sur son apparence au sol.
Venera 2 ( 1965) a survolé la planète mais n'a pas pu renvoyer de données


- Venera 3 (nov. 1965) a pu entrer dans l'atmosphère de la planète sans renvoyer de données, mais Venera 4 ( 12 juin 1965) a quand a elle pu collecter des information avant de s'écraser au sol: mesures sur la densité, la composition et la pression atmosphérique
- Mariner 5 (14 juin 1967) - le 3 et le 4 concernaient Mars: survol de Vénus, amélioration de la mesure de l'Unité Astronomique, calcul de l'aplatissement de la planète et étude de l'atmosphère qui corroborait les données de Venera 4 sur la densité et la composition de l'atmosphère. Mais pas de chance pour Mariner 5, Venera 4 lancée 2 jours plus tôt l'avait alors battu sur le fil en atteignant Venus.. un jour plus tôt.
mariner 5

Puis, arrivent les années 70: le programme Mariner se réoriente vers Mars et Mercure, laissant au final le champ libre aux missions Venera
- Venera 7 (aout 1970): la première sonde a survivre à son "avénussage", pendant 35 minutes, et première sonde tout court à  toucher le sol d'une autre planète sans dommage
Venera 7

- Mariner10 (nov. 1973) parti pour explorer Mercure a cependant pris quelques photographies en survolant venus

- Venera 9 (juin 1975), a quand a elle réussi a renvoyer des images en noir et blanc de la surface.
sol vénusien par Venera 9, à comparer ci-dessous avec l'image de Venera 14

- Pioneer Venus 1 et 2 (alias Pioneer 12 et 13 - mai et août 1978), on en avait déjà parlé ici, dotés de nombreux appareils d'analyse, en particulier d'un radar à qui on doit une cartographie de la planète. L'un des modules de Pioneer Venus 1 a réussi a "survivre" un peu plus d'une heure sur Vénus, une première pour les sondes américaines, mais là encore pas de chances car :
- Venera 11 et 12 (septembre 1978) ont fait plus fort, juste une quinzaine de jours plus tard. En particulier Venera 11, qui embarquait des caméras couleur et a fonctionné pendant 95 minutes. Sans pouvoir toutefois renvoyer d'images
Venera11

Années 80: retournement de situation: la Nasa semble avoir laissé tomber complètement Vénus.
L'URSS a continué pendant quelques années le programme jusqu'en 1983: Venera 13 et 14 en 1981 ont ainsi pu transmettre les première photos en couleurs de la Surface, et Venera 15 et 16 en 1983 ont établi des cartes radars.. et depuis plus rien ou presque.
panorama par Venera 13


image du sol vénusien au pied de Venera 14



et en couleurs ( Venera 14)
Hormis la sonde Magellan en 1989, qui a du se contenter d'un seul radar ( Un projet plus ambitieux nommé VOIR était dans les cartons, mais a été annulé suite à une réduction budgétaire imposée à la NASA par R. Reagan), lequel a quand même permis d'obtenir une cartographie précise de la surface de la planète de découvrir des traces de volcanisme récent ( quand même dans les 600 millions d'années) et résiduel.

Magellan
une mosaïque d'images radar par Magellan, montrant enfin la planète "pelée "de ses nuages
Je me demande si c'est par suite de ces différents revers face à l'URSS qui ont poussé les hercheurs américains à s'intéresser à autre chose, ou simplement parce qu'une fois constaté que Vénus est réellement invivable, et donc sans réel intérêt, puisqu'on ne pourra jamais y envoyer une mission habitée comme sur la Lune ou peut-être un jours Mars?
Et que du coup, dépenser de l'argent pour une cause "perdue", pour une planète pleine de volcans et à l'atmosphère bourrée de gaz carbonique,d'acides sulfurique et chlorhydrique, et qui tourne sur elle-même si lentement qu'une année vénusienne dure un peu moins de deux jours vénusiens...
Sans compter la fin de la guerre froide, qui a aussi fini par avoir raison des missions russes.

Toujours est-il qu'il a fallu attendre 2005 et la sonde européenne Vénus Express ( une variation de Mars express) pour voir à nouveau une mission spatiale s'y intéresser, avec cette fois l'objectif d'étudier non seulement la composition de l'atmosphère mais aussi sa circulation,l'influence du vent solaire sur la planète, et d'élucider les différences dans l'évolution de Venus et de la terre ( s'il y a un jour eu de l'eau sur Vénus, est-ce que l'atmosphère a été un jour moins dense, est-ce que la Terre risque un jour de suivre le même chemin.? car paradoxalement, étudier Vénus - ou Mars d'ailleurs peut par ricochet permettre d'en savoir plus sur l'évolution de la Terre).
cartographie par Venus express


En tout cas la mission Vénus express qui devait cesser au bout de 500 jours terrestres est toujours en cours, la sonde se révèle extrêmement solide, en particulier face au vent solaire, au vu des résultats,la mission a été reconduite jusqu'en décembre prochain.
Mais la Russie semble n'avoir pas tout a fait enterré ( envénussé?) les mission Venera et il est question d'un projet "Venera D" - une sonde prévue pour durer 30 jours à la surface de Venus - devrait être lancé courant 2016
Sans compter l'arrivée d'autres pays dans ce domaine, ainsi la tentative de l'agence spatiale japonaise, qui a lancé la sonde Akatsuki en 2010, dans le but d'étudier le volcanisme et la circulation atmosphérique de la planète, mais elle a échoué a se mettre en orbite autour d'elle, et une seconde tentative devrait avoir lieu fin 2015.

La course à Vénus est donc bien relancée, et j'ai envie de dire tant mieux, car je l'avoue avant de rédiger cet article et de rechercher sources, images et renseignements,  et hormis la guéguerre USA/URSS, je n'en savais que peu à son sujet, une planète qui ne m'a jamais semblé follement intéressante, mais les derniers projets et ceux encore en cours m'ont l'air vraiment passionnants.

pour en savoir plus sur les mission Venera: Russia's unmanned mission to Venus
Pour les données collectées par Magellan : magellan images
les dernières nouvelles de Venus Express: Venus express activities
et ses images ( j'aime bien l'idée d'étudier non seuement Venus, mais aussi la Terre, telle qu'elle apparait de loin)
Des photos des différentes sondes,  compris celles dont je n'ai pas parlé (et les raisons de leurs pannes).; je leur ai piqué quelques images, merci à eux: ac-nancy élèves, le dossier date de 2004 et s'arrête donc logiquement à Magellan
Venus était l'étape 2 de mon petit tour d'horizon des missions spatiales

Voyager, c'est fait, Pioneer, c'est fait, la conquête de Vénus, c'est fait.. Pour le mois de mars, je vous laisse deviner où je vous emmènerai... quel suspense insoutenable, insn't?


3 commentaires:

  1. Je me coucherai moins bête ce soir, j'ai appris beaucoup de chose ! Merci ;) Bon week-end !

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  2. En tout cas c'est passionnant, merci pour ce nouveau billet spatial. Tu as dû passer pas mal de temps à chercher les sources et les informations concernant les différentes missions. J'ai aussi appris beaucoup de choses. J'attends avec impatience le billet du mois de mars. :)

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    1. oh-punaise-oui, plusieurs heures. D'ailleurs faut que je commence celui de mars pour la semaine prochain . Mais celui d'avril est déjà prêt!

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