lundi 29 juillet 2013

Jules César/ Antoine et Cléopâtre - W. Shakespeare

J'avais prévu une lecture Shakespearienne pour le mois anglais, mais, à l'époque je n'avais trouvé que des traductions de François -Victor Hugo. Je ne mens pas, le recueil que j'avais trouvé contenait trois pièces dont le Marchand de Venise, et je n'avais pas vu le nom du traducteur. Et après avoir vainement essayé de lire chaque pièce, j'ai vérifié, et Damned!
Pourquoi tant de haines? paaaarce que! Parce que tout simplement je trouve les traductions du fifils à papa absolument indigestes au point de me faire relire plusieurs fois les premières pages sans y rien comprendre. Je le disais déjà , sans compter que je n'ai jamais publié mon billet ABC 2010 sur Macbeth, parce que je suis une fois de plus tombée sur une de ses traductions et que je n'ai rien compris ( si ce n'est qu'il fait du mot à mot.. mais vraiment du mot à mot du genre "To make a fool out of somebody "n'a jamais voulu dire " faire le fou de quelqu'un".. j'en pleurerais tiens..)

Et donc, j'ai fais la tournée des bouquinistes et ai trouvé une édition que je ne connaissais pas " bibliothèque de Cluny", une collection Armand colin des années 50
Et après avoir vérifié que le texte est lisible, j'ai eu la joire de voir dans la préface " comme la plupart des traducteurs[..] nous avons utilisé au départ la traduction de F-V Hugo. [...] Pourtant, elle donnait prise aux critiques par des erreurs caractérises, des lourdeurs, des expressions maladroites ou équivoques". Donc en gros, c'est une base mais tellement grossière qu'on l'a entièrement remaniée. Joie et bonheur!


Donc en ce qui concerne la traduction finale, je ne sais pas exactement de qui elle est les éditeurs des années 50 ne s'embêtaient pas à citer leurs traducteurs. Mais elle est lisible: pas d'énormes boulettes qui laissent transparaître un anglicisme évident.

Donc pièce 1: Jules César. Et surprise, le grand Jules n'apparaît que très peu, l'argument est plutôt autour de la conspiration des Ides de Mars et de ce qui s'ensuit ( Jules César est assassiné dès le III° acte, et on l'a peu vu auparavant). Le personnage central est Brutus et ses hésitations à prendre part à la conspiration, un peu comme Hamlet, sauf que Brutus se décide à agir beaucoup plus vite, et sur des motifs on va dire fallacieux ( César n'est pas mauvais, mais il risque de le devenir, donc autant couper court). Cassius, l'autre principal conspirateur, le moteur même de la conspiration est lui beaucoup plus intéressé par le pouvoir. J'ai beaucoup apprécié le fait qu'un des thèmes centraux soit l'amitié, et surtout la destruction d'une amitié. Cassius fait appel à l'amitié que Brutus  a pour lui pour l'embobiner - il n'y a pas d'autre mot- dans son projet d'assassinat. De fait ils deviennent complices avant tout, et les dissensions éclatent entre eux. Ils sont obligés de se faire bonne figure car ils sont tous deux dans la même barque, mais le coeur n'y est plus.
en face, un autre duo: Marc-Antoine, orateur et manipulateur de talent bien qu'il s'en défende ( j'adore la manière dont il retourne la foule à leur avantage en ayant l'air de respecter les conspirateurs, grand moment) et Octave , le futur auguste, bien décidés à venger César. Mais là aussi, leur duo est un duo de circonstance pour atteindre un même but, et l'hostilité entre le chef militaire aguerri et le jeunot futur empereur, qui éclatera dans la pièce suivante est déjà latente. Tout ça est passionnant, parce que très politique, et finalement pas si éloigné de ce que j'avais pu apprendre en cours de latin. un pièce de tacticiens en fait, je convient que ça peut rebuter les gens qui attendent du romanesque, mais j'ai bien aimé.

Et bien ri aussi. Ca c'est la faute aux conventions théâtrales de l'époque qui paraissent terriblement kitsch aujourd'hui. La propension des personnages à se suicider pour un rien après une grande tirade bien léchée ( après vérification Porcia s'est bien suicidée en mangeant des braises - ce qui doit être le suicide le plus bizarre de l'Histoire ou peu s'en faut- mais après seulement la mort de son mari, ce qui est moins tiré par les cheveux que de se suicider parce qu'il est parti en campagne militaire.. comme tout romain).
 Et cette propension à mourir en scène. Le théâtre classique français ne représentait pas la mort sur scène, et ce n'était parfois pas un mal, parce qu'il y a possibilité de faire dire à un personnage " il s'est passé une épée au travers du corps, il a agonisé pendant es heures dans une mare de sang".. c'est glauque mais.. là non, on a un comique involontaire de répétions grâce aux didascalies: il se jette sur son épée et meurt. Il est poignardé et meurt. Le problème est le même dans Cléopâtre: Le serpent la mord et elle meurt, la servante tombe raide morte..j'ai l'impression que tout le monde bien portant une seconde avant décède instantanément, et finalement très proprement. Il n'y a finalement que la mort d'Antoine qui dure un peu plus et donc paraît un peu plus réelle.. bien que le passage où on le hisse mourant par une fenêtre manque sérieusement de dignité..
autre problème: les anachronismes. Parce que des romains qui parlent d'enfer, de démons, de jugement dernier, ou entendent sonner une horloge, et cachent des poignards dans leurs pourpoints...De même qu'il est question à un moment d'utiliser une pertuisane ( une sorte de hallebarde). Les romains utilisaient des lances certes, mais là.. Ca m'a faite rire autant que s'il avait été mentionné un mousquet ou une arquebuse. Enfin je suppose que les spectateurs de l'époque s'en fichaient et qu'un romain en robe de chambre ne leur posait pas de souci particulier, qu'il en leur venait pas à l'idée que les choses aient même pu être autrement que ce qu'il voyaient au quotidien. Mais moi, ça me fait marrer. désolée William, je sais que ça n'était pas le but.
juste pour le plaisir, le buste retrouvé il y a quelques années dans le Rhône, et assimilé à César. Simplement parce que c'est une oeuvre d'une qualité extraordinaire, indépendamment de l'identité du personnage, et qui dégage vraiment une impression  saisissante lorsqu'on la voit "en vrai".

Pièce 2: Antoine et Cléopâtre. On retrouve  d'un côté Antoine, qui oublie tout ses devoirs de triumvir à la cour de la reine Cléopâtre, et d'un autre Octave, qui essaye de lui rappeler justement, face à la menace que constitue Sextus Pompée, fils de Pompée le grand, bien décidé à se faire un nom dans cette période troublée. Mais Antoine n'en fait qu'à sa tête, tout manipulé qu'il est par Cléopâtre.
J'ai moins aimé que Jules César, bien que la pièce soit plus connue. On retrouve les soucis que je mentionnais plus haut , les anachronismes , bien qu'il y en ait moins, les personnages qui meurent en une fractiuon de seconde.. Mais le principal problème pour moi vient de Cléopâtre. On la suit dans les dernières années de sa vie, ça n'est plus une adolescente ( la Cléopâtre historique est morte avait en gros 40 ans à sa mort)n, et c'est avant tout un chef d'état. or cette dimension de reine est complètement mise de côté au profit d'un comportement mi gamine capricieuse,  mi mégère non apprivoisée. Et c'est bien dommage, parce que certaines répliques laissent à penser qu'il y a une grande part de calcul dans ses geignements pour obtenir d'Antoine  l'appui dont elle besoin face à Octave. Mais non, elle continue à se comporter en casse-pied capricieuse ( qui moleste un messager parce qu'il nui lui apporte pas les nouvelles qu'elle voudrait entendre) les trois-quart du temps. Et c'est bien dommage, car cette Cléopâtre qui manque singulièrement de dignité me gâche une partie du plaisir. On a bien du mal à voir en elle un personnage qui puisse fasciner tout le monde. Faire peut à cause de ses sautes d'humeur, à la limite, mais fasciner, assez peu. Je suppose que Shakespeare a voulu mettre en avant qu'une reine est une femme avant tout, mais ça ne colle pas avec le fait de mettre en avant son sens tactique et son intelligence. Là elle fait juste casse- pied capricieuse. J'aurais préféré que la pièce joue justement sur les deux tableaux: la différence entre Cléopâtre dans le privé - plus soupe au lait, plus caractérielle, si on veut, et la Reine. C'est dommage , car elle aurait pu être un bon personnage, si elle avait un peu plus de nuances.
Je sais on va me dire " la plus grande histoire d'amour de tous les temps" (argumentaire du film de 1963), mais justement, j'ai du mal à y croire, ayant déjà lu chez le même auteur des portraits plus subtils, je sais qu'il peut le faire. Et c'est rageant de voir qu'il passe à côté.Après ça n'est que mon ressenti..
Théâtre, festival, tout ça...
un empereur et une reine...
...et là, on ne peut plus historiques!
Joie, une nouvelle lecture pour le Gilmore challenge. dommage je ne trouve pas de gif Jules César
Shakespeare étant contemporain du début de l'empire britannique, ça compte!
parce que Antoine et Cléopâtre
Parce que César, Antoine, Octave, Brutus, etc..

1 commentaire:

  1. ah ah j'adore tes billets ! Et ces explications sur Shakespeare sont vraiment croustillantes !

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Pourquoi le Cabinet de curiosités?

Tout simplement parce qu'on y trouvait un peu de tout, par ordre de pagaille. Cette idée de collection sans thème déterminé me plaît...

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Bonne lecture